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Derval : 324 producteurs noyés dans du lait

Ecrit le 6 mai 2009

 Derval : 324 producteurs noyés dans du lait

 Les élus s’expriment

Les élus de la Communauté de Communes du Secteur de Derval s’inquiètent de la situation sociale et économique qui découle de la décision du Groupe BONGRAIN de fermer son unité de transformation laitière à DERVAL au 1er octobre prochain.

Ils dénoncent une fois de plus la brutalité de cette décision et les motifs avancés pour justifier celle-ci. En fait, il s’agit d’une délocalisation de la fabrication du lait longue conservation vers l’unité CORALIS de Cesson-Sévigné (35) et de la crème U.H.T. restauration vers l’usine ELVIR à Condé-sur-Vire (50).

Devant une telle démarche, ils attirent l’attention du monde agricole et des responsables économiques sur la disparition d’outils de transformation agroalimentaire dans leur secteur qui est pourtant un important bassin de production.

Ces décisions ont et auront des conséquences sociales et économiques lourdes pour nos communes rurales au moment même où tout le monde parle de revitalisation nécessaire.

Ils renouvellent leur appel auprès du groupe BONGRAIN pour qu’il diffère sa décision qui ne s’impose pas en pleine période de crise, l’unité de DERVAL ne mettant pas en danger la rentabilité de l’entreprise, afin de donner le temps nécessaire aux uns et aux autres de trouver, en concertation, des solutions permettant de préserver l’emploi sur place.
(communiqué)

 Les salariés manifestent au « Panthéon »

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Au « Panthéon » de Bong

Du côté des salariés, précisons les chiffres : il y a actuellement 112 salariés. La fermeture de l’usine de Derval entraînerait 83 suppressions de postes. Et il resterait 29 salariés sur le site dervalais, chargés de la collecte du lait.

Les salariés maintiennent la pression et les manifestations, avec l’appui de la CFDT. Le 27 avril, par exemple, 51 salariés participaient à un voyage-surprise : le secret avait été bien gardé. Ils croyaient aller manifester à Condé sur Vire, mais en fait ils allaient à Viroflay, siège social du groupe Bongrain. Leur arrivée n’est pas passée inaperçue : en un quart d’heure les « forces de l’ordre » étaient présentes. Manifestation pacifique, certes … mais qui a bloqué le travail sur place !

« Après deux heures de manifestation devant les portes du Panthéon, les représentants du personnel ont été reçus. De cette réunion, il en ressort que le groupe Bongrain reste sur ses positions de fermeture au 1er octobre 2009 du site de Derval, malgré les nombreux arguments évoqués par la délégation sur la pertinence de ce projet.
Néanmoins, le groupe Bongrain s’est engagé à définir un plan de sauvegarde de l’emploi digne de ce nom (reclassement, formation et indemnités) à la hauteur des valeurs du groupe et des attentes légitimes des salariés, du fait des performances accrues du site de Derval (médaillé d’or 2009 pour la crème UHT réservée aux professionnels et dégageant des bénéfices en 2006 et 2007 et à l’équilibre en 2008 malgré la crise).

C’est donc bien une décision stratégique et non économique. » dit la section CFDT.

 Les producteurs veulent devenir coopérateurs directs

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Caprice des v
Et Coeur de Béton

La laiterie de Derval collecte annuellement 100 millions de litres de lait, auprès de 324 producteurs, répartis à 50 % en Loire-Atlantique et 50 % en Ille et Vilaine et Morbihan. Le groupe Bongrain a prévu de céder toute la collecte à sa filiale Coralis à Cesson-Sévigné, près de Rennes. Les 100 millions de litres de lait donneront 80 millions de lait destiné à la fabrication de lait UHT par Coralis et 20 millions de litre de crème que Coralis revendra à la CLE (compagnie laitière européenne, filiale du groupe Bongrain) pour faire sa crème (activité fort rentable pour le groupe).

Pour Coralis, l’opération est intéressante : doubler son activité lait qui passerait de 80 à 160 millions de litres de lait UHT par an. Les machines tourneraient 7 jours sur 7 (au lieu de 5 actuellement), il y aurait quelques embauches à Cesson-Sévigné, et le personnel serait prié de travailler sur sept jours en faisant les 3 x 8.

Dans cette histoire, les producteurs de lait de la région de Derval s’interrogent sur leur sort. Onze d’entre eux sont allés en délégation au siège de Coralis à Cesson, pour s’informer. Ils ont ensuite invité leurs collègues à une réunion le 21 avril à Guémené Penfao : 150 d’entre eux se sont déplacés.

CORALIS leur propose d’intégrer une filiale, créée tout exprès pour eux. Ils s’inquiètent : « Le prix du lait sera le même que celui de la coopérative. Mais si Coralis fait des résultats positifs il n’y aura aucune retombée pour les producteurs de la filiale mais par contre si elle fait des résultats négatifs la filiale aidera à les éponger. Et si un jour Coralis veut se débarrasser de sa filiale, il la vendra ou la fermera et nous resterons le bec dans le lait ! ».

Par un vote majoritaire les producteurs ont demandé à devenir coopérateurs directs du groupe Coralis, sachant qu’alors il serait plus difficile à Coralis de se séparer d’eux. Ils demandent aussi que les 29 salariés de la laiterie, restant sur le site de Derval, deviennent eux aussi salariés de la coopérative. « Ce serait une garantie pour tout le monde, malheureusement le groupe Coralis n’a pas l’air d’envisager ça comme ça » dit Bruno Debray, producteur, et premier adjoint à Sion-les-Mines.

 Développement local compromis

La fermeture programmée de la laiterie de Derval est un sale coup pour tout le monde : pour les salariés, les producteurs de lait, les familles des salariés et des producteurs. Mais aussi pour toute la collectivité. En effet la laiterie apporte une taxe professionnelle annuelle de 650 000 € à la Com’Com’   de Derval, soit 53 % de ses ressources. « Quand cette ressource aura disparu, l’Etat compensera, 75 % la première année, 50 % la deuxième année, 25 % la troisième année ... » regrette le Président Jean Louër. « Je sais bien qu’il doit y avoir une modification des ressources des collectivités locales, mais nous sommes cependant dans la plus grande incertitude ».

Il est à craindre en effet qu’une partie des ressources de taxe professionnelle soit transférée sur les contribuables. Le risque existe bel et bien de voir les financements publics des collectivités se tarir, retirant aux élus locaux toute marge de manœuvre en les contraignant à privatiser leurs services, avec à la clé une montée des inégalités et l’abandon des activités non rentables. Sans compter le danger bien réel d’une explosion des impôts sur les ménages pour compenser les pertes. La mise en place de la réforme est prévue pour 2011 ou 2012.

Dans l’immédiat, salariés, producteurs, élus, s’efforcent de faire le plus de bruit possible, en espérant que cela contribuera à attirer l’attention sur les procédés du groupe Bongrain, et à le faire reculer.

La piqûre d’une tique
peut paralyser un géant !


 Bongrain - malgrain

Dans un communiqué le Conseiller Général Yves Daniel détaille les initiatives qu’il a prises pour sensibiliser les acteurs locaux - et notamment les élus du canton - au sujet de la laiterie de Derval , « pour mobiliser tous ceux qui peuvent être utiles à la recherche de solutions pour maintenir à Derval une unité de transformation et de valorisation de produits laitiers ». Il a notamment demandé une table ronde à Derval, mais l’Etat a fait la sourde oreille.

Le 30 avril, le Conseil Général a reçu les représentants des salariés à la demande de la CFDT. L’Etat, la Région, la CCSD   y ont été conviés.

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Communiqué Yves Dani
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Communiqué Yves Dani

Note du 20 mai 2009

Fermeture de la Laiterie de Derval

 Trois collectivités interpellent le président du groupe Bongrain

Dans une lettre adressée au président du groupe Bongrain, les trois présidents,
– Patrick Mareschal, Conseil général de Loire-Atlantique,
– Jacques Auxiette, Conseil régional des Pays de la Loire,
– et Jean Louër, Communauté de communes du secteur de Derval, réaffirment leur soutien aux salariés de la laiterie de Derval, dont les emplois sont menacés par sa fermeture annoncée en mars dernier.

Bongrain SA prévoit en effet de se séparer de cette unité de production, la fermeture devant entraîner 83 suppressions d’emplois sur Derval. Cette décision intervient alors même que la rentabilité de l’établissement n’est pas en cause.

Après avoir informé le préfet de leurs inquiétudes, le 30 mars dernier, Yves Daniel, conseiller général du canton de Derval, et Patrick Mareschal, Président du Conseil général, réaffirment leur position avec le soutien des deux présidents, Jacques Auxiette, Président du Conseil régional des Pays de la Loire, et Jean Louër, Président de la Communauté de communes du secteur de Derval.

Dans cette lettre adressée au président du groupe Bongrain, les trois présidents expriment notamment leur indignation : « il n’est pas admissible que des décisions brutales de fermeture d’activités industrielles soient prises sans être motivées par des enjeux économiques vitaux pour l’entreprise. De toute évidence, l’établissement de Derval et le groupe Bongrain ne sont pas dans ce cas ».

Soulignant l’importance des enjeux sociaux, économiques et territoriaux, ils réclament au président de Bongrain « de bien vouloir surseoir à ces projets de cession et de plan social afin de laisser le temps de rechercher des solutions alternatives intégrant une exigence de maintien d’activités industrielles de transformation et des emplois associés sur ce site.


Note du 21 mai 2009

 La colère des producteurs de lait

Le lait : Travailler plus pour perdre plus

La Confédération Paysanne dénonce : « Il y a entente (illicite ?) entre industriels laitiers (privés ou coopératifs) pour appliquer un prix inférieur d’au moins 100 €/1000 L par rapport à celui payé en avril 2008 – soit une baisse de 30 % - ce qui signifie un revenu égal à « 0 » pour les producteurs.

La Confédération Paysanne revendique une véritable politique laitière.

– Exiger de l’Europe des mécanismes publics de régulation des marchés et le maintien des quotas,

– Exiger une adaptation des volumes produits à la consommation européenne,

– Exiger une prise en compte des coûts de production moyens dans la fixation du prix,

– Imposer avec l’appui de l’Etat un prix minimum aux laiteries : pourquoi la loi sur l’interdiction de vendre à perte ne s’applique pas aux producteurs ?

Aujourd’hui nous subissons une baisse de 100 €/1000 l, ce qui donne un revenu négatif pour les producteurs, c’est intolérable ! Pour les producteurs de lait, c’est travailler plus pour perdre plus.

5 % ça fait 30 %

La grande distribution et les laiteries ont une responsabilité importante dans cette crise, mais la Confédération Paysanne trouve scandaleux que la commissaire européenne à l’agriculture Mme Fischer Boel, détourne ses responsabilités en désignant comme unique responsable la grande distribution.

« Nous avions un système de quotas, même si on peut y apporter des améliorations, qui fonctionnait bien. C’est Mme Fischer Boel qui a orchestré la dérégulation de la production depuis 2005, et nous a conduit dans la situation actuelle, 5% d’augmentation de la production provoque une baisse de 30% du prix. »

Nous demandons
– un gel immédiat de la production d’un minimum de 5% afin d’adapter l’offre à la demande,
– la tenue d’une cellule de crise grand ouest présidée par les Pouvoirs Publics afin d’apporter une réponse à court terme aux producteurs,
– et la démission de Mme Fischer Boel 1re responsable de cette crise.

Dominique Lebreton, Confédération Paysanne

La crise du lait, mai-juin 2009