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30% de la nourriture est gâché

Ecrit le 18 septembre 2013

1,3 milliard de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année. Effarant. « Nous ne pouvons tout simplement pas permettre que 30% de toute la nourriture que nous produisons soit gaspillée ou perdue lorsque 870 millions d’êtres humains sont affamés chaque jour », a dit José Graziano da Silva, directeur de la FAO (organisation des Etats-Unis pour l’agriculture et l’alimentation). Ce n’est pas seulement une gigantesque perte économique, c’est aussi un grave préjudice aux ressources naturelles dont l’humanité dépend pour se nourrir, indique le nouveau rapport de la FAO paru le 11 septembre 2013.

Télécharger le document : Rapport FAO , format pdf de 301.6 kilo octets

 Réduire et prévenir

Gaspillage, Dessin de Moon, 06 87 32 77 47

Les pertes de récoltes peuvent être causées par des conditions atmosphériques défavorables durant la récolte ainsi que par des techniques et des matériels inadéquats. De plus, le manque de bonnes infrastructures de transport, de stockage, de réfrigération et de commercialisation entraîne la détérioration des aliments, en particulier sous les climats chauds.

Le secteur privé comme le secteur public doivent accroître les investissements pour affronter ces problèmes, ce qui n’aura que des avantages pour la sécurité alimentaire, l’atténuation du changement climatique, la protection des terres et le maintien de la biodiversité.

A ces investissements de base peut s’ajouter la contribution des nouvelles techniques. Par exemple des sacs spéciaux pour le stockage du riz aux Philippines ont contribué à réduire les pertes de 15%. En Afrique de l’Ouest, l’utilisation de séchoirs solaires pour prolonger la durée de conservation des fruits et des tubercules est prometteuse dans la réduction des pertes après récolte.

Rassembler les agriculteurs au sein de coopératives ou d’associations professionnelles peut contribuer grandement à réduire les pertes alimentaires en renforçant leurs connaissances des marchés, en permettant une programmation plus efficace, des économies d’échelle et en améliorant leurs capacités de commercialiser leur production.

Côté distribution et consommateurs, il est tout aussi important d’accroître la sensibilisation au problème et aux moyens de l’éviter. Quant aux entreprises et aux ménages, ils doivent s’efforcer de modifier leurs habitudes pour limiter l’ampleur du gaspillage.

Les entreprises - tant celles de la chaîne alimentaire comme d’autres ayant une empreinte alimentaire importante (grandes cafeterias, par ex.) - peuvent conduire des audits du gaspillage alimentaire pour déterminer comment et pourquoi la nourriture est gaspillée.

Il est crucial d’améliorer la communication entre tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Les écarts entre l’offre et la demande sont en effet une cause principale de gaspillage alimentaire : il peut s’agir d’agriculteurs qui ne trouvent pas de débouchés pour leurs produits et qui les laissent pourrir en plein champ ; de mères qui cuisinent pour les cinq membres de leur famille alors que seulement trois rentreront dîner ; de grandes surfaces qui réduisent les quantités commandées à la dernière minute, laissant les producteurs avec des produits invendables sur les bras ; ou de restaurants qui surestiment la demande et stockent des excédents qui se gâtent.

Le conditionnement des produits a également son rôle à jouer - des emballages excessifs ou provenant de sources non durables font partie du coût environnemental de la nourriture.

Dans les pays développés en particulier, il faut encadrer la vente au détail dans un esprit plus soucieux de l’environnement, recommande la FAO - par exemple, abandonner la pratique d’exposer en rayon de gros volumes de nourriture (sous prétexte que cela contribue à accroître les ventes) ou de jeter la nourriture dès qu’elle approche de la date limite de consommation.

 Dictature de l’esthétique

L’élimination de denrées alimentaires sur la base de facteurs esthétiques ou de sécurité sanitaire est souvent une autre cause principale de pertes et de gaspillages alimentaires. Dans certains cas, les agriculteurs jettent entre 20 et 40% de leurs produits frais car ils ne correspondent pas aux critères esthétiques des commerçants.

La réglementation de la vente des fruits et légumes et les critères esthétiques gagneraient à être révisés. Certaines grandes surfaces ont déjà commencé à assouplir leurs normes sur l’aspect visuel des fruits, en vendant des articles « vilains » à prix réduit, contribuant ainsi à faire prendre conscience aux consommateurs que « déformé » ne veut pas dire mauvais.

Il faut également s’empresser d’adopter de meilleures habitudes de consommation. Dans les pays développés, une grande part des gaspillages alimentaires se fait au niveau des consommateurs, tendance qui, en certains endroits, a même tendance à augmenter.

Outre les analyses du gaspillage alimentaire dans les foyers, les consommateurs peuvent adopter de nombreuses techniques pour inverser ces tendances, comme : préparer des menus hebdomadaires, acheter des fruits et légumes « imparfaits », s’assurer que les réfrigérateurs fonctionnent bien, utiliser les produits défraîchis dans les soupes, et mieux accommoder les restes. De plus petites portions, la rotation des articles plus anciens sur le devant des rayons ou des étagères de frigidaires, la congélation des aliments en trop et le compostage des déchets sont d’autres moyens de lutter contre le gaspillage.

Un facteur contribuant souvent au gaspillage est la confusion que font les consommateurs entre date limite de consommation (DLC) et date limite d’utilisation optimale (DLUO), fait remarquer la FAO. Dans certains cas, il faudrait revoir et corriger des législations « trop zélées ». Les législateurs devraient aussi publier des directives plus claires et plus flexibles pour les entreprises comme pour les consommateurs.

Vache Chaque année, 30% de la nourriture produite est gaspillé. Cette non-consommation engloutit un volume de 250 000 milliards de litres d’eau et est responsable du rejet dans l’atmosphère de 3,3 milliards de tonnes de gaz à effet de serre. Et coûte 565 milliards d’euros par an.

Le secteur de la viande a de gros impacts sur l’environnement (occupation des terres et empreinte carbone), en particulier dans les pays à revenus élevés et en Amérique latine, qui, ensemble, représentent 80% de tous les gaspillages et pertes de viande.

 200 kg de légumes et céréales par habitant

Dans la seule « Asie industrialisée », région qui comprend la Chine, le Japon et la Corée du Sud, près de 200 kilos de légumes et céréales par habitant sont gaspillés chaque année en moyenne.

Le gaspillage des fruits est responsable de gaspillages d’eau en Asie, en Amérique latine, et en Europe.

« La réduction du gaspillage de nourriture pourrait alléger la pression sur des ressources naturelles limitées mais aussi réduire le besoin d’augmenter la production alimentaire » pour nourrir une population mondiale croissante, conclut le rapport de la FAO.

 Réutiliser pour manger

Les marchés pour les produits qui seraient normalement exclus de la chaîne alimentaire doivent être développés, soutient le guide de la FAO. Par exemple, le glanage est la pratique qui consiste à ramasser des denrées qui, pour une raison ou pour une autre, resteraient à pourrir dans les champs et seraient ensevelis. Certains entrepreneurs ont flairé le filon et achètent ces produits à prix réduits avant de les remettre sur le marché, développant ainsi de nouvelles chaînes de valeur.

De même, des marchés peuvent être créés pour les produits jetés par les détaillants mais encore consommables - les marchés de producteurs jouent déjà leur rôle ici.

Redistribuer les excédents de nourriture comestible aux personnes dans le besoin est la « meilleure solution », soutient l’étude de la FAO. A l’heure actuelle, la quantité de nourriture redistribuée aux banques alimentaires se chargeant d’en faire profiter les plus démunis n’est qu’une fraction minime de tous les excédents comestibles disponibles. Il reste en effet à surmonter encore un certain nombre d’obstacles à cet égard.

 Recycler, composter

Au lieu de se débarrasser de ces déchets dans les décharges, le recours à la digestion anaérobie pour les décomposer en digestat - pouvant servir d’engrais - et en biogaz, qui peut être utilisé comme source d’énergie ou injecté dans le réseau public de gaz — est préférable, du point de vue écologique, au compostage et à la mise en décharge.

Lorsque la méthanisation est impossible, le compostage représente la meilleure solution de rechange. Au niveau des ménages, le compostage est susceptible d’alléger les services publics d’enlèvement des ordures de 150 kg de déchets alimentaires par foyer et par an.

Enfin, l’incinération des déchets alimentaires avec récupération de l’énergie constitue la solution de dernier recours pour empêcher que les déchets ne finissent dans les décharges. Les émissions de méthane des décharges représentent une des premières sources d’émissions de Gaz à Effet de Serre de tout le secteur des déchets.

 En France

En France, « chaque Français jette de 20 à 30 kg de nourriture par an dont sept kilos d’aliments encore sous emballage », explique Guillaume Garot, ministre délégué chargé de l’Agroalimentaire. Légumes abîmés, yaourts périmés, assiettes entamées des cantines ou pain des restaurants… « Ce gaspillage représente environ 400 euros pour une famille de quatre personnes », déplore le ministre délégué

 Jeter ou offrir ?

« Les détaillants pensent encore qu’il est plus économique et plus facile d’envoyer les déchets à la décharge, même si désormais la hausse des taxes sur la mise en décharge a un effet dissuasif », explique le guide de la FAO. Mais il ajoute que le facteur qui a le plus dissuadé les entreprises de faire don de leurs surplus alimentaires est le risque d’être tenues pour juridiquement responsables en cas d’intoxication, de maladie ou de blessure. De plus en plus, les gouvernements cherchent des moyens d’assouplir le processus et d’accorder des protections aux donateurs au cas où les denrées alimentaires données de bonne foi auraient des effets délétères.

Voir le site sur le gaspillage alimentaire

Le rapport de la F.A.O en anglais