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Il est bon, mon poulet !

Ecrit le 9 avril 2014

C’est la bactérie qui devient résistante

... et non pas l’Homme ou l’animal.

Alors que le mois dernier, notre cher président déclarait dans les colonnes de la France Agricole qu’il souhaitait permettre aux agriculteurs de pouvoir plus facilement créer ou agrandir leurs élevages (sous-entendu intensifs), alors que l’OMS dénonçait il y a quelques jours, l’utilisation massive d’antibiotiques dans les élevages intensifs, l’UFC-Que choisir a rendu publics les résultats de son test labo.

Cette association « a analysé 100 échantillons de poulet et de dinde vendus, 61 % étaient porteurs de bactéries résistantes à une ou plusieurs familles d’antibiotiques, dont 23 % à des antibiotiques critiques, c’est à dire des plus cruciaux utilisés en médecine humaine en dernier recours pour des pathologies graves » . Au-delà des risques d’épidémies au sein des élevages, la résistance des bactéries aux antibiotiques est inquiétante pour notre santé. Nous devenons plus vulnérables aux bactéries dont « certaines souches sont mêmes devenues toto-résistantes c’est-à-dire résistantes à tous les antibiotiques disponibles », selon l’OMS. Sachant que nous sommes déjà les champions de la résistance aux antibiotiques en Europe, nous pourrions nous retrouver sans moyens efficaces pour traiter certaines infections.

Selon l’étude « les volailles standards et premiers prix semblent plus impactées par l’antibiorésistance que les volailles biologiques. Si pour le label rouge la résistance est moindre, en revanche lorsqu’elle est présente, cela concerne les antibiotiques critiques, les plus forts. » Sachant que le prix du poulet varie du simple au triple entre le poulet premier prix et le poulet label rouge ou bio, nous pouvons imaginer que les personnes aux plus faibles revenus sont les plus sensibles à ce phénomène.

Le 20 mars 2014, sûrement en réaction à cette étude, le ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt a répondu par un communiqué mettant en avant toutes les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre l’antibiorésistance : les contrôles, le plan écoantibio, la loi d’avenir. Mais les contrôles, s’ils évitent certains abus, ne prennent pas le fond du problème qui est le mode d’élevage intensif qui « oblige » les agriculteurs à nourrir leurs volailles aux antibio. La loi d’avenir semblait promettre quelques améliorations sur ce point, mais il s’avère en fait que l’Etat petit à petit recule face à certaines pressions.

Quant au plan écoantibio, qui prévoit une réduction de 25 % en 5 ans de l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire, il n’est en fait qu’une mesure de façade de plus. Il est très peu contraignant et même pire « si les éleveurs évoluent vers des antibiotiques plus puissants, ils respecteront l’objectif de réduction en volume » selon UFC-Que choisir. Mais l’Etat se défend en rappelant l’inefficacité de la législation dans les autres pays sur ce point.

Ce n’est pas l’accord de libre-échange qui est en train d’être négocié entre les États et l’Europe qui va améliorer la situation. Le but de cet accord est d’avoir des normes communes mais celles de notre voisin sont plus faibles que chez nous.

Mais rassurez-vous, si vous faites bien cuire votre viande, si vous n’y touchez pas avant de la faire cuire, si vous lavez bien chaque outil qui a eu contact avec elle, vous diminuez fortement les risques « d’attraper » ces bactéries antibiorésistantes. N’est-ce pas une belle perche pour réfléchir sur notre consommation de viande ? Les traitements alternatifs aux antibiotiques ?

Signé : PL