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La fièvre « affreuse »

écrit le 14 mars 2001

La crise du productivisme

La fièvre aphteuse, après l’encéphalopathie spongiforme bovine. Que ces deux maladies surviennent coup sur coup en Grande-Bretagne n’est pas le fruit du hasard. C’est ce qu’explique le Journal le Monde du 6 mars 2001, dans un article que nous reprenons ici.

L’éditorial du Monde estime que « C’est la faillite d’un modèle productiviste que le Royaume-Uni a poussé à l’extrême et qui aujourd’hui s’effondre. Le choix remonte à loin, à la fin du XIXe siècle. Ce pays, longtemps première puissance agricole d’Europe, décide alors de délaisser son agriculture au profit de l’industrie. L’agriculture britannique allait ainsi peu à peu devenir une industrie de bas de gamme.

Alors que la France ne va adopter, avec beaucoup de réticences, ce modèle qu’après 1950, la Grande-Bretagne s’y lance un demi-siècle plus tôt. Aujourd’hui, la population agricole n’y représente plus que 1,5 % de la population active contre 4,2 % en France. L’accélération « productiviste » a été constante. Dans les dix dernières années, un quart des fermes a disparu Outre-Manche : il n’en reste plus que 168 000. L’aval de la production agricole s’est encore plus concentré : cinq grands groupes seulement contrôlent totalement la distribution et imposent facilement leurs vues et leurs prix aux industriels-paysans. Après la vache folle, les trois quarts des abattoirs ont fermé, il n’en reste plus que 300.

Le succès, le seul, s’observe dans les prix. Le prix réel de la nourriture payé par le consommateur britannique a été réduit de 10 % ces dix dernières années. C’était évidemment le but recherché. Mais on constate que l’agriculture anglaise importe de plus en plus. Quatre fruits sur cinq viennent d’ailleurs que des vergers, naguère si nombreux, dans la verdoyante campagne anglaise. Les marchés sont déstabilisés en permanence par la course au moins cher. Malgré les efforts de productivité, les agriculteurs continuent de produire à perte et ne doivent leur survie qu’aux 30 milliards de francs de subventions de Bruxelles. Par comparaison, l’agriculture « organique » c’est-à-dire biologique, ne reçoit que 130 millions de francs d’aides.

Cette agriculture dont la seule règle est la productivité s’avère d’une extrême fragilité. Une petite baisse de rendement, la moindre inondation, plongent les comptes des agriculteurs dans le rouge. A cette fragilité économique s’ajoute une fragilité sanitaire. Hier, les épidémies de fièvre aphteuse étaient fréquentes et aussi terribles qu’aujourd’hui. Mais, à l’époque, elles étaient facilement circonscrites géographiquement. Aujourd’hui, en revanche, les mouvements liés aux achats-ventes et la concentration des abattoirs étendent considérablement les risques.

En Grande-Bretagne et dans l’Europe tout entière, le débat doit s’ouvrir. Après le choc de la vache folle, le retour de la fièvre aphteuse met clairement en cause le productivisme agricole » conclut le Monde.

La fièvre aphteuse est redoutée par le monde paysan depuis des siècles. Sa première description fiable date de 1546, mais le virus de cette maladie n’a été identifié qu’en 1897. La vaccination a été longtemps pratiquée puis a été abandonnée, non pas pour des raisons sanitaires, mais pour des raisons commerciales : en ne vaccinant plus, on fait croire que la maladie n’existe plus. « Certains pays comme les Etats-Unis et le Canada n’importent pas notre production parce qu’ils nous considèrent comme une zone « sale » dans la mesure où le maintien de la vaccination laisser supposer la persistance de foyers de fièvre aphteuse » disait en juillet 1991, M. François Patriat (vétérinaire, député PS de Côte d’Or), actuel secrétaire d’Etat aux PME, au commerce et à la consommation. Et il est vrai que la suppression de la vaccination a provoqué un bond impressionnant des exportations

La fin de la vaccination n’a pas entraîné la fin du risque infectieux. Un foyer épidémique en 1993 au sud de l’Italie, puis en Grèce en 1996 et en 2000 et maintenant en Angleterre