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Maux de mots

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 Maux de mots : le petit a battu le grand

Les mots naissent, les mots meurent, les mots se modifient ....

Il y a des mots ... oubliés comme « la pecque » désignant une femme sotte et impertinente. « A-t-on jamais vu, dîtes-moi, deux pecques provinciales faire plus les renchéries que celles-là ? » écrivait Molière (1)

Il y a des mots ... perdus, comme l’adjectif « malitorne » : « Nous avons le fils du gentilhomme de notre village qui est le plus grand malitorne et le plus sot dadais que j’aie jamais vu » disait Molière. Un personnage malitorne a de mauvaises façons et de mauvaises manières...(2)

Il y a des mots ... sauvages, forgés de toutes pièces par des écrivains inventifs. Rimbaud parlait de hargnosité. Balzac préférait anecdoter et Verlaine s’amusait des riendutoutistes ! (2)

Chassez le goupil il revient en renard

Il y a les mots... commerciaux : Le réfrigérateur s’appelle, à tort, un « Frigidaire », tandis que le crayon-bille est devenu un « Bic ». Et tandis que certains s’insurgent de la récupération, en nom commun, de noms de marque, d’autres essaient le contraire : « Ne dîtes pas Javel, dîtes Lacroix »

Il y a aussi les mots venus de succès littéraires : c’est ainsi que le goupil, mammifère carnassier, intelligent et rusé, est devenu peu à peu un renard, en raison du succès du « Roman de Renart » paru au début de XIIe siècle. Sans cesse naissent ainsi des mots liés à la littérature et au spectacle. Récemment : les shadoks.

Argent de son mot

Nommer les choses est un acte si important que certains essaient de faire « argent de leur mot ». C’est ce qu’explique très justement Philippe Rivière dans « le Monde Diplomatique » de janvier 2000 .

« America On Line n’a pas hésité à revendiquer la propriété de la phrase « You’ve got mail » (« Vous avez reçu un message »), en intentant un procès à son concurrent AT&T dont le slogan était... « You have mail ». Débouté en août 1999, le fournisseur d’accès à Internet a fait appel.

La société Caddie, pour sa part, exige un droit de réponse dès qu’un journal utilise son nom pour parler d’un chariot de supermarché » explique-t-il (3)

« Tout espoir est permis à qui veut s’approprier un mot » dit encore Philippe Rivière en citant un exemple lié au fameux « bogue » informatique : « L’office américain des brevets et marques déposées a accordé à M. Jeff Buhl, président d’une petite société de conseil, la marque « Y2K », acronyme anglais pour « an 2000 » . Ce dernier a alors pu réclamer des royalties aux sociétés de service informatique spécialisées dans la lutte contre le bogue de l’an 2000. »

Riz au curry

On peut même aller plus loin. Philippe Rivière révèle que « le japonais House Foods réclame la paternité de la recette du... curry. Si l’Office japonais des brevets répond favorablement à sa demande, un plat cuisiné quotidiennement par des millions d’Indiens deviendrait la propriété de ses « inventeurs » déclarés, MM. Hirayama Makoto et Ohashi Sachiyo »

Les affaires se succèdent notamment sur internet : « Un aigrefin grec s’est offert les noms de domaine amazon.com.gr et amazon.gr. Espère-t-il bénéficier ainsi de la renommée de la librairie américaine en ligne amazon.com, ou négocier avec cette dernière pour lui revendre ces noms au prix fort ? »

Jouets contre œuvres d’art

Philippe Rivière cite un autre exemple :

« En septembre 1999, le vendeur de jouets en ligne eToys porte plainte devant le tribunal du Comté de Los Angeles contre un collectif d’artistes européens, basé en Suisse et dénommé etoy.

A la veille du mois de décembre 99, le fournisseur électronique du Père Noël obtient la fermeture du site (etoy.com) qui lui paraît faire de l’ombre à son propre catalogue (etoys.com) - et risque de nuire à ses quelque 5 milliards de dollars de capitalisation boursière. Une faute de frappe suffit en effet à faire dévier le chaland distrait vers une galerie d’art que ses promoteurs veulent « insultante, destructrice, anarchiste, rebelle et antisociale » .

Qu’importe qu’etoy ait remporté le prix Ars   Electronica en 1996, et anime ce site depuis 1995, quand eToys n’a ouvert son propre serveur qu’en 1997... »

Cela rappelle un procès du même type qui a opposé la SNCF et un bar parisien, il y a quelques années. A cette époque, du côté du Square Montholon à Paris, il y avait un bar « Le Corail ». Quelques années plus tard, la SNCF a lancé ses fameux trains « Corail » et porté plainte contre le café qui avait pourtant une large antériorité sur ce nom !

On a dit que l’un des signes de la supériorité de l’être humain, c’est de pouvoir nommer les choses. Il faut croire que cette supériorité, désormais, sera à réserver à ceux qui peuvent aligner, à côté des noms, des arguments sonnants et trébuchants.

La défaite des joujoux

Mais voilà que la morale reprend ses droits : dans Le Monde du 1er février 2000 on apprend que les artistes animateurs du site etoy.com (fermé à la demande d’eToys.com) ont lancé, sur internet, une vaste croisade mêlant l’humour, l’art et l’agitation politique, qu’Ils ont créé un nouveau site internet, afin de coordonner la résistance, sur tous les continents, contre la brutalité et le cynisme du marchand de jouets.

Les média s’en sont emparés, les investisseurs sont devenus nerveux, le cours de l’action du marchand de jouets eToys s’est effondré ! Le 24 janvier 2000, la firme américaine a capitulé, acceptant même de payer la totalité des frais de justice !

« La victoire historique de l’Internet alternatif sur l’internet marchand » titre Le Monde !


Ecrit le 15 avril 2015

 Homographes et Homophones

Oubliez votre passé, qu’il soit simple ou composé, participez au présent pour que votre futur soit plus que parfait. Que vive la langue française !

Les homographes sont les mots s’écrivant de la même façon, mais certains sont non-homophones, c’est-à-dire n’ont pas la même prononciation.
– A l’abbaye où les poules du couvent couvent, je vis ces vis.
– Nous portions nos portions, lorsque mes fils ont cassé les fils.
– Je suis content qu’ils vous content cette histoire.
– Mon premier voisin est de l’Est, il est fier et l’on peut s’y fier. 
– Ils ont un caractère violent mais ne violent pas leurs promesses.
– Elles ne se négligent pas, c’est moi qui suis négligent.
– Elles excellent à composer un excellent repas avec des poissons qui affluent de l’affluent de la Loire.
– Il convient qu’elles convient leurs amis, elles expédient une lettre pour les inviter, c’est un bon expédient.
– ll serait bien que nous éditions cette histoire pour en réaliser de belles éditions.

Et il y a des mots de sens différents, s’écrivant et se prononçant de la même façon (Homographes homophones) :

– Cette dame qui vous dame le pion, je vais d’abord avouer qu’elle est d’abord agréable.
– A Calais, où je calais ma voiture, le mousse grattait la mousse de la coque. Le bruit dérangea une grue, qui alla se percher sur la grue.
– On ne badine pas avec une badine en mangeant des éclairs au chocolat à la lueur des éclairs.
– En découvrant le palais royal, il en eut le palais asséché.
– Je ne pense pas qu’il faille relever la faille de mon raisonnement.


Mots obsolètes

Chape-chute


NOTES:

(1) L’obsolète, Dictionnaire des mots perdus - par Alain Duchesne et Thierry Leguay . Ed Larousse

(2) L’insolite, Dictionnaire des mots sauvages, par Maurice Rheims, Ed Larousse

(3) Le Monde Diplomatique de janvier 2000