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Femmes et formation (1)

Ecrit le 11 octobre 2006

 Monique

Monique, 46 ans, raconte : « J’ai d’abord obtenu un BEP commerce et j’ai tenu pendant longtemps un commerce de poissonnerie. J’ai passé ensuite un CAP de Commis de cuisine pour travailler en restauration. Puis un CAP de cuisinier en validation des acquis de l’expérience. J’espérais que cela m’ouvrirait des horizons vers l’emploi. Mais en vain »

 Angélique

Angélique, 23 ans, est sortie de classe de Troisième sans le Brevet des Collèges. « J’avais 16 ans, je souhaitais travailler rapidement. Mais je n’ai rien trouvé alors j’ai passé un CAP machines automatisées, avec la formation professionnelle des adultes, mais je n’ai trouvé que 3 mois en intérim : je me suis aperçue qu’il me fallait une formation qualifiante supplémentaire ».

 Production Mécanique Informatisée

Monique et Angélique préparent actuellement un BEP « Production Mécanique Informatisée » : « Nous savons qu’il y a des emplois dans ce secteur industriels. Nous avons actuellement 15 heures d’atelier par semaine, nous allons faire des stages en entreprise, nous espérons bien décrocher le diplôme et trouver du travail ensuite ».

« Nous commençons notre formation sur un tour ou une fraiseuse traditionnelle, avant de passer à la machine informatisée. Par la suite nous pourrons travailler aussi bien le bois que les métaux »

 Huit adultes

Le Greta   du Castelbriantais accueille depuis le début du mois de septembre 2006, huit stagiaires en formation sur les secteurs industriels porteurs d’emploi sur la zone du Châteaubriant. Il y a 5 femmes et 3 hommes de 22 à 50 ans. Certains d’entre eux étaient salariés avant de venir en formation, d’autres étaient demandeurs d’emploi.

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Monique, Gilles, Angél

– 3 personnes se préparent au métier de chaudronnier-soudeur et passeront un BEP Réalisations d’Ouvrages Chaudronnés et Structures Métalliques eu juin prochain.
– 5 personnes se préparent au métier d’opérateur sur commandes numériques et passeront un BEP Métiers de la Production Mécanique Informatisée en juin prochain.

Les stagiaires suivent la formation professionnelle avec les élèves du Lycée Etienne LENOIR à Châteaubriant. tandis que la formation générale est assurée par l’Atelier de Pédagogie personnalisée.
Les 8 adultes suivent la même formation que les jeunes mais sur une année au lieu de deux. Les parcours de formation ont été aménagés en fonction des acquis antérieurs.

Avant d’entrer en formation, chaque personne a été reçue en entretien par l’équipe pédagogique et a été évaluée au niveau de ses connaissances générales et de ses aptitudes.

Le Conseil Régional des Pays de La Loire finance 6 places de formation et les 2 autres sont prises en charge par le Fonds d’assurance Formation du travail temporaire dans le cadre d’un congé individuel de formation.

L’intérêt d’un tel projet est de pouvoir répondre localement aux besoins des entreprises et de proposer plusieurs formations qualifiantes et diplômantes dans le secteur industriel sur place.

Pour les enseignants, ces élèves-adultes exigent une grande capacité d’adaptation. Ils sont aussi très intéressants : « Ils arrivent 10 minutes avant l’heure du cours, ils montrent une grande curiosité, un grand désir d’apprendre. Ils sont éléments de stimulation pour les jeunes élèves » disent MM. Gicquel et Terrien.

Renseignements : www.greta.ac-nantes.fr
Ou 02 40 81 08 59 (Mme Nadan).


 Sylvie

Ecrit le 11 octobre 2006

La galère, quand on ne l’a pas vécue, peut-on vraiment l’imaginer ?

Sylvie est née dans une famille de neuf enfants, en 1958. A l’époque on ne passait plus guère le Certificat d’Etudes : les parents de Sylvie ont cependant insisté pour qu’elle le passe, en fin de classe de Cinquième. Elle l’obtient avec succès, comme elle obtiendra, deux ans plus tard, le Brevet des Collèges. Elle entre alors en Seconde et est admise en classe de Première.

Mais dans la famille, les études sont incongrues. Il faut travailler le plus vite possible. Sylvie quitte donc le lycée, la rage au cœur, en se promettant, un jour, de préparer le baccalauréat.

 La vie « active »

La « vie active » : ce n’est pas facile quand on n’a pas de qualification. Mais Sylvie accepte tout : « Je n’ai fait que des petits boulots, du remplacement. J’ai mis de la viande sous cellophane, j’ai vendu du poisson, et des vêtements, de l’électroménager et des luminaires. Je n’ai jamais rechigné à la tâche » dit-elle.

Une histoire d’amour, et un enfant que le père ne reconnaît pas. Rupture sentimentale. Et comme un malheur n’arrive jamais seul : Sylvie est victime d’un « licen-ciement économique ». Le temps passe. Elle ne retrouve pas de travail, sauf « des ménages, des repassages, des extras dans les commerces le WE ». Tout pour pouvoir survivre. Mais l’engrenage infernal est enclenché...

RMI, coupures d’eau, coupures d’électricité, suppression de l’aide au logement. « Quand vous ne pouvez plus payer, on ne vous demande même pas si vous avez un enfant ». « Je peux dire que j’ai connu la faim. Avec souvent deux cuillérées de riz, pour moi et pour mon fils. Et avec ça la peur, la terreur totale de l’arrivée d’un huissier. L’un d’eux m’a dit un jour : « vous n’avez rien, on ne pourra donc rien vous enlever, mais on vous prendra vous » . Je m’imaginais déjà en prison et mon fils à l’assistance publique : un petit malheureux de plus ». Sylvie demande un peu d’aide au CCAS   et se ramasse une phrase du genre : « Ne vous plaignez pas. Vous avez un toit et des parents. Vous n’êtes pas déracinée ».

« Mon père venait de décéder. Ma mère et ma jeune sœur, malgré leur profonde tristesse, ont toujours été là pour mon fils et moi, mais ne pouvaient m’aider financièrement. Je n’ai pas pu compter sur le reste de ma famille : pour eux je n’étais qu’une RMIste, c’est-à-dire une moins que rien. Je n’étais qu’une chômeuse, c’est-à-dire une assistée, une voleuse même ». « J’étais pourtant prête à faire n’importe quel travail ! ».

Au bout de la peur : la dépression. « J’ai même pensé à un double suicide, mon fils et moi ».

Et puis, la chance : « j’ai rencontré un homme qui a su m’écouter et qui m’aimait. Je l’aimais, mais je n’en étais pas sûre : quand on est démoli, comme je l’étais, on ne sait plus si on aime vraiment ».

Mais oui, c’était vraiment de l’amour. Réciproque. Sylvie est venue vivre à Châteaubriant. « Je me suis reconstruite, peu à peu. Et puis j’ai trouvé du travail dans une administration, comme femme de ménage. Les conditions de travail étaient très mauvaises ».

Dépression. La hantise que « ça » recommence. « Le désespoir de se dire qu’on ne peut pas donner de satisfaction à ses enfants et à son époux, quand on n’est pas heureux soi-même ».

 DA-EU

Sylvie est une battante, malgré les coups durs dont l’accable la vie. « J’ai décidé d’avancer, comme preuve d’amour vis-à-vis de mon époux et de mes enfants, pour que eux, un jour, ne baissent jamais les bras ».

Son attention est attirée par quelques lignes dans la presse : préparez le baccalauréat. Trente ans qu’elle en rêvait !

« J’ai téléphoné à Nantes au service de la formation continue, j’ai rempli le dossier et je me suis rendue à Nantes pour un entretien d’orientation. J’ai été admise à la préparation du DA-EU : diplôme d’accès aux études universitaires. La formation est payante, je n’ai eu aucune aide. Heureusement que mon mari m’a soutenue ».

Premier cours à Châteaubriant « la trouille au ventre, le cerveau ankylosé : est-ce que, finalement, je n’allais pas prouver que j’étais une nullité, comme on me le faisait comprendre depuis 30 ans ? ». « Je dois dire que j’ai eu de la chance de rencontrer mes professeurs, qui m’ont beaucoup aidée, aussi bien moralement qu’intellectuellement ». Sylvie découvre aussi, dans ses camarades d’études, d’autres personnes aussi démolies qu’elle, sinon plus.

Alors elle se jette dans le travail, souvent 8 heures par jour, quand les enfants sont partis à l’école. « J’avais honte de laisser le ménage, mais il me fallait obtenir ce diplôme ». Pas facile de se remettre à étudier à 45 ans : le français, l’anglais, l’histoire-géo .... « J’ai fait les dix devoirs demandés dans chaque matière, et les exercices conseillés. Quand j’étais perdue, j’aurais pu téléphoner aux professeurs, dans les créneaux horaires indiqués. Mais je n’osais pas. Heureusement les professeurs m’ont appelée, ils m’ont soutenue dans mes efforts ».

Premier examen blanc : raté ! « J’avais tout oublié. J’étais tellement stressée ! Alors je me suis dit que je ne réussirais pas la première année mais qu’il me fallait apprendre le plus de choses possible, pour réussir l’examen la seconde année : cela m’a calmée »...

Juin 2004, Sylvie passe l’examen à Nantes, s’embrouille dans les dates d’histoire mais décroche un 13 en anglais et un 14 en dissertation. Quand la lettre arrive : c’est la joie. Elle a réussi son DA-EU (diplôme d’accès aux études universitaires) en un an seulement.

Après une nouvelle année d’études (maths, physique, chimie, biologie), Sylvie a pu entreprendre la préparation d’un BTS en Economie sociale et familiale. Encore une formation payante : « C’est dur ... mais j’y arriverai ».

N’est-ce pas une belle histoire ?

C’est certain : Sylvie y arrivera et, dans son futur travail, elle saura apporter aux autres l’écoute et l’aide dont ils auront besoin.

Qu’est-ce que le DAEU ?

Voir : femmes et formation (2)