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Femmes : les mecs, comment en sortir

Ecrit le 17 janvier 2006

 Violence contre les femmes et vie quotidienne

La violence faite aux femmes est constante et pas seulement reliée au conjoint ou au compagnon ni même à des coups, le point ultime cependant. Elle est un bain dans lequel nous sommes toutes engluées sans nous en apercevoir. Vous allez voir.

Je vis séparée de mon mari (avec lequel j’ai vécu 25 ans une relation plus ou moins d’emprise au cours de laquelle, malgré les apparences, il dirigeait tout, enfin tout ce qui est important. Nous vivions là où il vivait au départ, -à Paris-... et ne fréquentions que sa famille). C’était comme une drogue : lorsque je me suis décidée à le quitter, il me manqua !

Il me fallut repartir à zéro. J’étais totalement isolée. Une fois seule, je fondais, dans une petite ville des Cévennes, une galerie d’art puis une maison d’édition (paroles de femmes) ... C’est comme si j’avais éclaté. Avec quelques couacs tout de même. Je ne suis pas guérie, même si j’en donne l’image. C’est (en partie) une façade... Il me faut tenir le rang que je me suis imposé.

Et that is the question ! Je me suis rendue compte dans mon travail -triple- (éditrice, écriture, affaires) que nous étions, comme femmes, systématiquement déséquilibrées par les mecs d’une manière subreptice et cependant profondément affouillante qui annihilait sans que rien ne soit visible toute créativité et énergie.

Hélène Lar

Je me suis aperçue qu’il ne fallait jamais l’accepter, et que nous l’acceptions toujours : par politesse, par détachement, (et cependant je suis issue d’un milieu féministe)... par habitude... Par peur peut-être. Et que cela nous détruisait.

 L’agent

Car c’est tous les jours qu’un coup de pioche ébranle nos fondations : exemple, je vais voir un agent immobilier, 33 km, rendez-vous pris depuis une semaine. Il est en retard d’une demi heure. Aimable, mais pas un mot d’excuse. Il me dit d’attendre, sa voiture est garée plus loin. Je lui fais visiter ma maison, le jardin, OK... et lui demande de rédiger le contrat. Il ne peut pas, il a un rendez-vous... Sottement, je lui réponds que j’attendrai. J’aurais dû lui dire « comment, vous ne l’avez pas préparé ? » voire « vous prétendez me faire attendre encore ? » Je ne l’ai pas fait. J’ai attendu... non pas jusqu’à midi mais jusqu’à deux heures et demi de l’après midi ! Au troquet.

 Le vendeur

14 h 5 mn. Enervée, (en plus j’ai les pieds mouillés) j’avise un cordonnier. Personne. Il est indiqué que le magasin ouvre à 2 heures, mais... Je vois arriver un petit type qui ne se presse pas. Il ouvre. Je rentre. Il prend tout son temps pour installer son panneau, ses pubs etc...

Une paire de bottes basses en solde à 20 euros trône sur la caisse. Je les essaye. Elles sont hideuses, mais sèches.
– Elles sont en cuir ? demandai-je à tout hasard (car au moins sont-elles souples, et cela me semble évident).

Le petit monsieur le prend de très haut.
– EN CUIR ? Mais MA PAUVRE DAME, si elles étaient en cuir, elles seraient à 200 euros, voyons, où avez-vous vu des bottes en cuir à 20 euros..." Et il en sort triomphalement un paire encore plus hideuse que la précédente :
– Celles-ci par exemple, sont en cuir, vous ne voyez pas la différence..." (Non, je ne la vois pas, et je me sens mal de ne pas la voir...).

Et soudain, c’est la prise de conscience. Brutale, immédiate, absolue, sans possibilité à présent de retour en arrière, jamais. Ce mec-là et l’agent immobilier, me parlent comme si j’étais une débile, sur un ton qui ne « colle » pas avec celui qui devait être adressé à Hélène Larrivé, éditrice... ou à n’importe qui. Ou à un homme.

Ecoutez la suite. J’ai laissé filer. Et puis, calmement :
– NON je ne vois pas la différence.
– QUOI ? Vous ne voyez pas...
– Je viens de vous le dire. » (Il hausse les bras au ciel comme pour prendre à témoin de ma débilité un Dieu quelconque.) Je regarde sous la semelle.
– Et de plus elles sont faites en Chine... » Et alors il a tenté le coup, sans s’apercevoir clairement que ça n’allait plus comme il voulait dans les didascalies de la pièce.
– Bien sûr, qu’elles sont faites en Chine, ma pauvre dame... Si elles n’étaient pas faites en Chine, elles vaudraient 500 euros.
– Par des prisonniers politiques dans des camps...
– Mais non qu’allez-vous imaginer, les journalistes écrivent n’importe quoi pour ceux qui y croient...

Là, je le guettais sournoisement. Sonnez trompettes, ce fut la charge prévue.
Parleriez-vous ainsi à un homme ? » Il s’est arrêté net. Couic. Décidément, quelque chose n’allait pas. Silence.
– Ben oui... enfin... oui...
– Non, et vous le savez. » Etc etc... Le pauvre homme a dû subir tout le logos, et ce fut hautement instructif car, dans sa manière maladroite de se dépatouiller, il reconnut au passage que ses chaussures étaient faites dans des conditions... peut-être... euh... douteuses certes, mais avec les impôts et la concurrence des supermarchés, que voulez-vous etc... (Le piège aurait été de démontrer, on y serait encore, ce n’était pas la question, ou plutôt, si, mais elle était noyée.)

C’est si simple ! Mais comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ! Comment n’ai-je pas dit à l’agent immobilier « vous me retardez pour la journée » : il ne m’aurait pas fait attendre ensuite jusqu’à deux heures et demi. C’est toute la vie, à tous les instants que l’on subit cela... Car après avoir agoni le pauvre cordonnier qui au fond m’a servi de cobaye, je me suis sentie en parfaite forme, même pas énervée de m’être mise en retard et d’avoir ses chaussures mouillées qui allaient sécher sur moi. Euphorique.

Plus jamais je n’accepterai. Ces érosions de nos êtres paraissent banales, anodines, voire même comiques. Elles ne le sont pas : elles nous minent.

 L’intello

Le lendemain, dans le jardin de la galerie, entre un gus que je connais avec sa femme. La cinquantaine, beau mec. (Le cordonnier, même âge, était un petit type chafouin, l’agent immobilier, un très jeune homme, tout mignon.) Je suis dehors, je ratisse. Il passe le premier et s’exclame /

– « c’est Emmaüs   ou quoi ? » en riant. (Il y a des installations un peu bizarres.) Chic, il va être mon second cobaye, je me réjouis d’avance.
– C’est une installation sur la guerre en Irak." Pas un mot de plus, pas un sourire, ou étudié un peu arrogant. (Oui, je sais, c’est vache...)
– Ah oui ? " (Il retente de rire, mais personne ne suit).
– C’est étonnant, de jeunes immigrés l’ont immédiatement saisi et des intellos très branchés, non... C’est pour ça que j’aime les install... « - Ah oui... » (Il ne rit plus). Il rentre, suivi par sa femme. Elle porte le chien, qui aboie et il lui demande d’aller le promener pour qu’il puisse être tranquille (il veut parler avec moi). Je guette la réaction de la femme. Elle répond que cela ne changera rien. (Un demi bon point).
– Allons, montrez moi les tableaux de Danielle" demande-t-il (c’est une amie commune que j’expose.)

Je lui réponds comme par jeu que je ne vais pas les lui indiquer d’emblée mais qu’il va sûrement les deviner parmi les autres. Il avoue ô stupeur, son incompétence, (sans doute parce que, pour lui, l’art c’est secondaire) je me montre conciliante « elle a une inspiration si diverse qu’en effet il est parfois difficile de la repérer ». Je désigne les toiles. Il s’étonne :

- 2000 Euros ?
– Oui, c’est sa côte et elle refuse de descendre au dessous." Ca l’épate, visiblement, il n’aurait jamais cru que... Soit. Puis il avise les livres : (là, il va pouvoir briller enfin).
– C’est difficile d’être éditrice ?
– Oui et non. C’est du travail, mais passionnant.
– Mais c’est vous qui imprimez ?
– Pas du tout, je donne juste les maquettes, c’est l’imprimeur qui s’en charge...
Là il jubile. Moi aussi.
– Oh mais c’est difficile les maquettes.
– A présent, ça va. Au début en effet j’ai eu du mal.
– Pour cadrer ?
– Non, pour des signes comme le cadratin, ou les guillemets.
– Je suppose que vous avez lu le code de l’imprimerie de Durand, c’est la référence absolue.
– Non.
– Comment ! Mais il le faut absolument. Car il y a des règles !
– Certainement, mais je les connais.
– Par exemple les deux points. Il ne faut pas d’espace, vous savez.
– Je sais. Et lorsqu’on justifie, il s’en forme presque toujours un. Ce n’est pas grave.
– Comment, ce n’est pas grave ! Mais si, c’est grave.
– Non. Sinon l’espace est trop grand ensuite. Regardez n’importe quel livre.
– Et puis il y a les majuscules. Il faut un accent.
– Non.
– Mais si, selon le code de l’imprimerie, et c’est tout de même celui qui fait autorité... - Pas du tout.
– Mais la grammaire, c’est de l’art tandis que l’imprimerie, c’est une technique rigoureuse dont on ne...
– C’est l’inverse : la syntaxe est une mécanique rigoureuse et l’imprimerie, une technique : c’est l’université et non l’imprimeur qui décide de l’orthographe et syntaxe.
– Mais... Puisqu’on peut le mettre à présent, pourquoi ne...
– Parce que cela ne se met pas, c’est tout : avez-vous appris les majuscules lorsque vous étiez enfant et avez-vous jamais mis un accent sur le « a » majuscule ? Bon, maintenant, parlons : je suis ... peu importe, disons que j’ai le plus haut niveau universitaire qui soit en lettres et vous avez apparemment l’intention de m’apprendre l’orthographe ; non, ce n’est pas agressif et ne me dérange pas en soi mais je voudrais seulement savoir si vous agiriez ainsi si j’étais un homme ?

O la chute !!! J’ai été juste un peu longue pour montrer comment des mecs (presque tous) infléchissent systématiquement la relation avec une femme, connue ou non, amie ou non, séduisante ou non, vieille ou jeune, d’une manière à poser les jalons d’une relation d’emprise (peut-être jouée mais la question n’est pas là) tirant dans tous les cotés, se positionnant toujours de manière à la déséquilibrer, ex : rire devant une œuvre, user d’un ton pontifiant pour mentionner une référence inutile et la déstabiliser sur une question qu’elle possède forcément, professionnellement (lorsqu’il n’en va pas de même pour lui) etc ...

Hélène Lar

 Quel bonheur !

Jusqu’à avant hier, ma réaction « normale » (en fait elle n’est pas normale, justement) aurait été de me justifier (« les install sont... un peu laides, si vous voulez... mais vous savez, c’est fait exprès parce que »...) de me re justifier ensuite et même de faire semblant de concéder pour avoir la paix (« un accent sur une majuscule ? Bon, si vous voulez »)... Et je me serais sentie mal ensuite. Tandis que là... quel bonheur.

Du reste, comme le précédent, le gus s’est immédiatement calmé et même m’a questionnée (mais de façon normale cette fois) sur le travail d’éditrice... et ô stupeur, sa femme, qui n’avait pas ouvert la bouche jusque là, (la forme d’un livre, elle s’en foutait et au fond, elle avait raison) a repris la conversation que nous avons finalement poursuivie seules (elle était fille de résistant et n’en avait rien dit jusqu’alors, et par certains côtés, son expérience ressemblait à la mienne !) jusqu’à ce qu’il se souvienne d’un rendez-vous urgent. Elle a pris mes coordonnées mais je sais qu’elle ne m’appellera pas.

Alors voilà : on est éduquées à ne pas se mettre en avant, à la modestie, à toujours dire oui ou à jouer l’assertion, systématiquement. Et ça nous bousille de l’intérieur, surtout lorsque l’on sait que l’on a endossé un rôle de composition qui ne nous va pas et nous détruit... qu’on a, en somme, vendu notre âme au diable. Même pas vendue, d’ailleurs, mais offerte, voire proposée. On est éduquées pour être des putes gratuites qui doivent séduire le client et ne jamais s’y opposer.

Et bizarrement, c’est encore plus destructeur que si on était réellement des courtisanes : (je viens d’en rencontrer une, et j’y songe). Au moins serait-on payées ! Car c’est évident : cette attitude des mecs est plus ou moins clairement une démarche commerciale. Ce n’est pas pour rien si mon premier macho était agent immobilier et mon second, vendeur. C’est une attitude d’emprise qui vise à nous humilier pour nous faire casquer, pour nous exploiter. Une attitude de mac : il s’agit de nous abaisser sans en avoir l’air (enfin, presque) pour que nous achetions avec de l’argent -ou un service quelconque- (certes un objet, mais c’est secondaire) achetions l’estime de qui vous la refuse d’emblée comme femelle. Ce doit être une des raisons qui font que les femmes dépensent plus -dit-on- que les hommes.

Mon troisième macho était aussi un commercial (un chef d’entreprise) même si lui pour le coup ne voulait rien me vendre (en fait si, indirectement, car sa boîte de pub informatique ratisse large et une éditrice, c’est peut-être bon à prendre).

Mais on trouve cela partout, dans toutes les professions, y compris chez ceux qui n’en ont pas (mais qui alors demandent un service autre).

Même un chômeur, voire un SDF peuvent jouer ce jeu, et parfois plus hard encore car ils ont plus à démontrer. Cela explique aussi la « réussite » des mecs en affaires, et la difficulté des femmes sur ce plan.

 N’acceptez plus

Alors non, n’acceptez plus, mettez-vous en avant s’il faut : mal poli ? Macho ? Oui, c’est obligé, soyez impolies, macho (sans vous énerver) et vous vous en porterez mieux. N’hésitez pas.

Si vous le pensez, dites « ces bottes sont moches ou ne me plaisent pas » ou « cela ne s’écrit pas ainsi » voire simplement « non », calmement, et même, tant pis : « je suis à tel niveau (universitaire, technique, professionnel, de travail -femme au foyer, mère...-) et pas vous. »

C’est facile. Mais c’est aussi une tâche de tous les instants, un re-conditionnement régulier. Prenez le comme un jeu. A présent, lorsqu’un mec entre dans la galerie, je le jauge discrètement : macho ou non ? Un cobaye qui ne sait pas où il va ? Et franchement, je jubile d’avance. A nous deux, coco, je retrousse mes manches. C’est rigolo, au fond.

                                   Salut et fraternité.
                                     Hélène Larrivé

 Lettres à Lydie

A partir des lettres de Gustave Nouvel retrouvées il y a quatre ans au grenier de sa maison familiale juste après la mort de sa mère (Lydie), lettres adressées à celle-ci, Hélène Larrivé effectua une recherche autant sur sa mère que sur Gustave qui l’aimait et mourut sous la torture au Fort Vauban d’Alès... et fut précipité le premier dans le puits de Célas, un puits de mine désaffecté de cent trente mètres de fond. Trente autres environ suivirent.

La recherche d’Hélène donna des résultats inattendus... De multiples témoignages suivirent... d’où la création de la maison d’édition HBL, « paroles de femmes »... Et d’hommes aussi.

Et puis... le sujet est apparu plus vaste qu’il n’en avait l’air : la résistance à l’oppression, ce n’est pas seulement le fait de ces hommes et femmes de tout bords politiques, en 40, qui sauvèrent l’honneur, cachèrent les proscrits, des juifs, ou militèrent dans les groupes armés. C’est aussi au quotidien le fait de lutter contre la violence, quelle qu’elle soit, et ceci dans tous les pays et de toutes les manières.

Hélène Larrivé : http://larrive.info/sommaire.php3


 Les femmes, qu’est-ce qui a changé ?

Pour le 8 mars 2007, journée mondiale de la femme, le Conseil Général recherche des témoignages de femmes sur les évolutions qu’elles ont pu constater depuis 50 ans .

Pantalon, pilule, parité ... Tranches de vie quotidienne, photos, histoires et anecdotes...Témoignez avant le 2 mars .

Les témoignages sur l’évolution de la vie des femmes en Loire-Atlantique feront l’objet d’une publication dans un ouvrage édité par le Conseil Général. Ecrire au 3 quai Ceineray - BP   94109 - 44041 Nantes Cedex 1