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Femmes : le corps féminin et l’idéologie

Ecrit le 31 janvier 2007

Trois jeunes filles du Lycée Guy Môquet, Lénie Paré, Florie Nathan et Kathleen Geslin ont animé un débat sur l’image de la femme. Non sans anxiété : c’était pour elles la première fois. Vingt-cinq jeunes, environ, se sont déplacés dont seulement ... quatre ... du sexe masculin. Au self le midi, les garçons disaient que le thème était « nul ». Comme si les garçons n’étaient pas intéressés par l’apparence des filles ? Allons donc !

Les trois animatrices ont parlé un peu de l’image que l’on se fait de la femme musulmane. Surtout autour du thème du voile : « Choix personnel ou soumission au mari et à l’idéologie ambiante ? Attitude d’affirmation religieuse ou signe d’une montée de l’intégrisme ? Porter le voile pour se cacher ? Ou pour se faire accepter dans certains milieux ? » . La question n’a pas été tranchée. Les jeunes n’avaient pas les éléments nécessaires. A noter quand même une réflexion : « La Chrétienne porte une croix au bout d’une chaîne. Pourquoi la Musulmane ne porterait-elle pas le voile ? ». Ce à quoi un garçon a répondu : « la rue est un endroit laïc. Pas question de montrer une appartenance religieuse ». Vaste débat ....

 Femmes parfaites

Au sujet de la femme occidentale, le débat a porté sur les clichés véhiculés, imposés, par les médias : « une femme mince au corps parfait ». Ces clichés « on les rejette mais on y obéit » - « Si je ne respecte pas cette image, je ne suis pas une femme » disaient les participantes à ce débat. « Les femmes parfaites, on les envie »...

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Venus

Parfaites ? Qu’est-ce que la perfection ?

Dans les reproductions antiques de la femme, on montrait celle-ci avec de gros seins, un gros ventre, symboles de la maternité.

[Ci-contre :
la Vénus de
Willendorf
25 000 ans
Avant JC]

Maintenant les femmes se doivent d’être minces (heureusement elles n’ont pas renoncé aux maternités !).

« On n’a pas besoin d’être mince et parfait pour être apprécié » dit l’une des animatrices du débat. « C’est vrai, mais à l’embauche par exemple, la fille bien faite sera préférée à tout autre » (et on s’apercevra peut-être après qu’elle est belle ... et bête !)

Un jeune homme interroge : « la femme ne fait-elle pas sa vie en fonction des hommes ? Ce qui expliquerait l’importance qu’elle attache à son apparence » . Il n’y a pas eu vraiment de réponse à ce sujet... sinon que ... « les hommes, aussi, sont de plus en plus coquets » !

 Barbie ... barbarie

Le débat s’est intéressé ensuite aux images « modernes » de la femme : « La Poupée Barbie présente des formes longilignes et une minceur qui font d’elle un objet plus qu’une femme, et qui induisent un mal-être des adolescentes se désolant de ne pas pouvoir respecter les canons de la beauté. Certaines savent faire la part des choses, d’autres se laissent influencer jusqu’à l’anorexie et la mort ».

A ce sujet Lénie, Florie et Kathleen ont évoqué le « mouvement pro-ana », qui vient des USA depuis 2001. Ce sont des jeunes filles qui sont « pro-anorexie » et qui échangent leurs trucs pour maigrir, pour ne pas avoir faim, pour cacher leur maigreur à leur famille et à leur médecin. Le désir de maigreur s’accompagne souvent d’un désir de mort. Des sites internet véhiculaient ces idées. Ils ont été fermés à la suite d’une intéressante émission télévisée qu’on peut revoir ici : http://www.tutoweb.com/blog/index.php?/
2006/12/31/700-pour-etre-belle-et-desirable-il-faut-etre-maigre

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Pro-Ana

L’anorexie conduit à des catastrophes : peau grise, perte des cheveux, dents déchaussées, etc. Mais les pro-ana nient cette réalité et diffusent des images fausses car retouchées comme celle qu’on voit ci-dessous. Une jeune femme, dans l’état de maigreur où elle est, ne pourrait pas avoir ce visage reposé.

Lénie, Florie et Kathleen et leurs camarades se sont interrogées sur le rôle des parents : « Ils devraient nous dire que la réalité n’est pas celle que véhiculent les concepteurs de la mode. Ils devraient nous dire que ... « les hommes préfèrent les grosses » pour redonner le moral aux femmes qui se sentent inférieures ». Tout ça finalement est une question de regard : celui qu’on porte sur soi-même, celui qu’on porte sur les autres. Une intervenante adulte a invité les élèves présents à ne jamais se moquer de l’apparence physique de leurs camarades. « La diversité fait le bonheur » a-t-elle dit.

Un débat intéressant, bien mené et qui a motivé les participants.


Le corps de la femme :

 objet sexuel, enjeu social

. De nombreuses jeunes filles demandent aux médecins un certificat de virginité, voire une opération permettant de récupérer l’hymen brisé. Les médecins sont tiraillés entre le souci de protéger une jeune fille qui risque d’être exposée, en cas de refus, à des mesures de rétorsion de la part de sa famille ou de celle d’un futur époux et le dégoût que leur inspire la démarche, cette atteinte à l’intimité de la personne, et le mensonge qu’elle nécessite.

Refaire les hymens, affirme un syndicat de Gynécologues, c’est « aider à la soumission de la femme et participer à une coutume machiste du sang sur le drap le soir de la nuit de noces qui n’a rien à voir avec la foi musulmane ». L’un d’eux s’insurge : « Les hommes ont placé leur honneur entre les cuisses des femmes, un corps qu’il faut transformer en objet dont on est l’unique propriétaire » (source : Le Monde). (1)

Viviane, Fathia : l’homme a tous les droits


NOTES:

(1) Le Monde du 28.01.07 - article de Annick Cojean

Dilemme face aux demandes de certificats de virginité
Article paru dans l’édition du 28.01.07

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CCEPTER ou non de délivrer des certificats de virginité ? Accéder ou non à la demande de réfection des hymens, notamment pour permettre à de jeunes musulmanes de se marier ? Les demandes sont de plus en plus fréquentes dans les services de gynécologie. Et les médecins, souvent perplexes, sont placés devant leur conscience, tiraillés entre le souci de protéger une jeune fille promise, en cas de refus, à des mesures de rétorsion de la part de sa famille ou de celle d’un futur époux et le dégoût que leur inspire la démarche, cette atteinte à l’intimité de la personne et ce mensonge auquel aboutit l’opération.

Le Collège national des gynécologues obstétriciens français a clairement affirmé en octobre son opposition à ces deux actes attentatoires à la « dignité » de la jeune femme et particulièrement « humiliants ». Refaire les hymens, affirme-t-il, serait « aider à la soumission de la femme et participer à une coutume machiste du sang sur le drap le soir de la nuit de noces qui n’a rien à voir avec la foi ». Voilà pour les recommandations. Mais dans les faits ? « Si on me demandait un certificat dans le but de protéger une jeune fille, je le ferais, déclare le professeur Frédérique Kutten (hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris). Connaissant les risques auxquels s’expose une fille n’arrivant pas vierge au mariage, je ferais un faux. Sans aucun état d’âme. » Le professeur Jacques Milliez (hôpital Saint-Antoine, Paris) affiche le même pragmatisme : « J’ai travaillé en Algérie comme interne et jeune médecin. Et j’ai vu, pendant des gardes de nuit à la maternité d’Alger, ces jeunes filles égorgées par le tribunal d’honneur des frères parce qu’on les soupçonnait d’avoir perdu leur virginité. Cela existe encore en Turquie, en Jordanie, en Arabie saoudite. Et c’est insupportable. » Et le professeur de poursuivre : « Alors, si on me le demande, je signe le certificat. Et j’accepte même la réfection d’un hymen dans le but d’éviter à la jeune fille tout risque de représailles. »

Une enquête parue dans la revue The Lancet, en 1996, indique que les réparations de l’hymen faites illégalement en Egypte auraient permis de diminuer de 80 % le nombre de meurtres de femmes accusées d’avoir « déshonoré leur famille »... Le professeur Israël Nisand (CHU de Strasbourg), lui, n’a pas de mots assez durs pour fustiger les deux opérations : « Un médecin ne devrait pas marcher dans cette combine ! Ne devrait pas contribuer à perpétuer le système d’inféodation de la femme ! » Pour lui, de telles pratiques ne sont que le fait de coutumes brutales : « Les hommes ont placé leur honneur entre les cuisses des femmes, et c’est apparemment un endroit où il n’est pas assez protégé ! Tout se joue donc dans le corps de la femme, un corps qu’il faut transformer en objet dont on est l’unique propriétaire, un corps que la femme soumise aura à cœur de faire réparer secrètement par un complice du système si l’objet est un peu ébréché... » Mais que faire devant la détresse d’une jeune fille ? Dialoguer, dit-il. Eduquer. Dénoncer la barbarie. Trouver des subterfuges, puisqu’il s’agit de mentir. Et puis, s’il le faut vraiment, « pour sauver » une jeune fille, consentir quand même, « gratuitement », à la réparation hyménale. « Hélas ! »

Annick Cojean