Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Pays (international) > Turquie > Turquie

Turquie

La partie Histoire de cet article a été largement empruntée à Michel Gontier

Agriculture de la Turquie

(écrit le 15 janvier 2003)

 Istanbul

Istanbul, ville entre l’occident et l’orient. Istanbul, riche de 12 millions d’habitants, ne cesse de bouger, ça bouge de partout. Le marché aux épices ou marché égyptien, nous rappelle que nous sommes dans un pays qui a 95 % de son territoire en Asie et 5 % en Europe.

Istanbul, capitale de tous les empires, trois villes en une. Mille et un paradoxes ! Un pied en Europe, l’autre en Asie. De tout temps, l’objet de convoitises et de conquêtes. La ville d’Istanbul, occupe un site idéal, à l’entrée du Bosphore, bras de mer qui va de la Mer Noire, à la Mer de Marmara, laquelle débouche sur la Méditerranée. Cette position stratégique permet aux trafics maritimes de relier le nord et le sud de l’Europe. Une péninsule aux collines doucement ondulées s’avance entre la mer de Marmara et une baie sinueuse à qui sa forme, l’éclat que le soleil lui donne et la richesse de son commerce ont valu le nom de « CORNE D’OR ».

Trois villes en une

L’orient et l’occident se sont fait la guerre tout au long de leur histoire, cela a façonné la ville avec ses quartiers,

– la vieille ville ou ville à touristes, plus orientale avec son bazar, son marché aux épices, ses mosquées,
– le quartier européen avec ses avenues et ses boutiques chic, où les Génois ont laissé leur style dans l’architecture.
– le quartier asiatique moins touristique mais aussi charmant et européen.

Nous sommes surpris par le bouillonnement des stambuliotes, les taxis (plus de 20 000) klaxonnent pour vous prendre, on crie de partout, les vendeurs avec leur petit étalage, ou sur un drap par terre, vous proposent des mouchoirs en papier, des crayons, des briquets, du tabac, des portables, vêtements, sous vêtements, jeux, outillage etc. Ils vous crient le prix de leur article par millions (car un euro représente 1 700 000 lires turques !)

A la porte des restaurants les employés vous proposent leur menu, vous invitent à rentrer. Marchands d’eau, portefaix, épiciers ambulants, vont, viennent et se bousculent le long de façades où de minuscules boutiques s’efforcent de contenir des piles de marchandises en équilibre instable. D’emblée, nous sommes saisis par l’ambiance, mélange de vacarme et d’odeurs.

Un détail très important : notre guide nous a dit que les Turcs pratiquent le tri des déchets à un niveau incroyable : 80%. Le soir les ramasseurs font les poubelles, ils ont un petit chariot, de grands sacs style sac à patates, et ils récupèrent ce qui peut l’être. Ils vivent ainsi des restes des autres.

Fascination

Nous sommes surpris de voir si peu de mendiants, et pas d’enfants dans la rue. Les petits métiers, le vendeur ambulant de thé, le porteur qui porte sur son dos des machines à laver, gazinières, charges de toute sorte, sont une des réalités de la difficulté de la vie des stambuliotes.

Nous avons pu rencontrer des amis français qui sont depuis 3 ans comme enseignants à Istanbul. Ils nous ont fait part de leur confiance dans ce pays, et cette ville fabuleuse. Le lycée français (il y a 5 lycées privés et un public) a des élèves de religions et nationalités différentes, orthodoxes, juifs, chrétiens, arméniens, turcs, etc. qui choisissent d’aller dans les lycées étrangers (français, anglais, américains) en raison de la qualité de leur enseignement. Mais les places y sont limitées et tout le monde n’a pas les moyens de choisir. Le lycée turc, lui, a des classes surchargées, jusqu’à 50 élèves par classe, il manque toujours des professeurs .

Selon nos amis français, « La pratique religieuse est environ de 40 % ». (Les femmes ne sont pas voilées, nous en avons rencontré 5 tout habillées de noir, peut-être 20 % avec le foulard)

« La religion musulmane turque n’est pas monolithique, il y aurait plus de 80 religions et sous religions, bien loin des idées toutes faites.

La santé est une autre difficulté de la vie turque, des longues file d’attente dans les hôpitaux. Tout le monde n’a pas de sécurité sociale.

Il y a beaucoup de chômage, d’exode rural, les paysans perdent leurs repères, les islamistes recrutent et payent les femmes pour porter le noir.

La Turquie est une république laïque, de religion musulmane sunnite. Seulement 50 000 chrétiens sur les 68 millions d’habitants. Les Turcs ne sont pas des arabes, c’est une insulte de les traiter de la sorte.

Les Turcs sont fiers de leurs personne, aiment s’habiller. Les femmes investissent dans l’or, et les bijoux car cela leur fait un capital qu’elles conservent en cas de divorce !

Tout est bon à vendre. Les Turcs ont le culte de la presse, lisent beaucoup, politique, économie, foot et filles. Tout va très vite, société très libérale, femmes nues dans les journaux et quand nous nous en étonnons, ils répliquent : « Les occidentaux sont des hypocrites, ils se cachent derrière la morale, nous nous avons le goût de l’esthétique. Vous dites que vous avez une seule femme ? vous nous reprochez la polygamie ? oubliez-vous le nombre d’hommes qui, chez vous, ont une ou des amantes ? »

« Les Kurdes ne veulent pas d’un Kurdistan indépendant. Le parti Kurde n’a pas atteint les 10 % aux dernières élections législatives » disent encore nos amis français qui regrettent que la télé occidentale véhicule de la propagande anti-turque. « T.V. 5 Europe filme dans les quartiers les plus intégristes n’importe quelle manifestation de 30 personnes ultra minoritaires. C’est de la plus grande manipulation »

Et l’Europe ?

Nos amis nous ont dit que la Turquie ne pose pas de problèmes à l’Europe. Une petite enquête dans le lycée auprès des élèves, suite à la décision de l’Union Européenne de différer l’intégration de leur pays, a montré que 50 % étaient déçus, l’autre moitié disant « nous sommes des Turcs, nous allons vous montrer que nous avancerons sans vous. »

Le guide lors d’une pause thé, a accepté de donner son point de vue sur la crise en Turquie :

« La crise de 2000 à mi 2001 a fait plus de 2 millions de chômeurs de plus qu’avant. Les exigences du F.M.I. (fonds monétaire international) ont obligé la Turquie à dévaluer. La monnaie a perdu plus de 60 % de sa valeur. Le chômage est de 9 %.

Mais la reprise s’est dessinée, à partir de juin 2001 : plus de 6 % de croissance, 5 % en 2002. Et en 2003 la croissance doit être aussi de 5 %.

Le smic est de 150 euros, un ingénieur peut gagner de 800 à 2000 euros, il y a trop d’écart. 20 % des Turcs gagnent bien leur vie.

Les Turcs veulent être en Europe pour des raisons économiques, pour les droits de l’homme .

Des questions se posent. L’Europe doit-elle être seulement chrétienne ? Il faut montrer au monde que l’adhésion n’est pas une question de religion.

Depuis Gorbatchev, 300 à 400 000 ressortissants de l’ex-U.R.S.S. viennent faire du commerce à Istanbul, dans le quartier de Laleli où l’on fabrique du textile. Les acheteurs payent en liquide, pas de crédit à ces gens-là, 2 à 3 visites par an, pour un montant de 2 000 à 3 000 euros à chaque visite par acheteur. Le russe est la langue la plus parlée dans le quartier.

Des citoyens des pays de l’est s’installent, et, nouveau, des pays arabes aussi. »

Désenchantés

Nous étions huit à table, la discussion a porté sur le refus de la Turquie en Europe.Voici les réactions enregistrées : « de toutes façons on nous ne demande pas notre avis. Nous perdons notre identité, on ne peut même pas manger le fromage comme on veut : faut-il vraiment qu’il soit pasteurisé ? L’Europe n’est que question de fric. L’Europe ne nous apportera rien, les entreprises ferment pour s’installer ailleurs. L’Europe c’est plus de chômage. »

Ainsi, l’Europe pose question. Les commentaires désenchantés des personnes à table nous interrogent sur l’avenir. Comment se fait-il que les citoyens manquent d’enthousiasme pour l’Europe ?

La Turquie depuis 40 ans fait partie de toutes les organisations européennes soit comme membre à part entière ou associé, je ne comprends pas pourquoi son adhésion n’est pas acceptée.

L’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne se fera, mais certaines conditions doivent être remplies : les droits de l’homme ne sont pas respectés, la corruption est présente dans la vie de tous les jours dès le bas de l’échelle, la minorité kurde doit pouvoir accéder à l’autonomie sans mettre en cause l’unité de la Nation, le respect et la sécurité des religions doivent être garanties.

Aller voir ailleurs, au-delà de la visite, c’est regarder, et chercher à comprendre une autre histoire.

Fernando Riesenberger, de Châteaubriant


Istanbul : un peu d’histoire

La partie Histoire de cet article a été largement empruntée à Michel Gontier : http://perso.wanadoo.fr/gontier.michel/bospho.htm

Istanbul est un don du Bosphore, aurait pu dire Hérodote si ce géographe grec était passé par-là avant d’aller en Egypte où il déclara « l’Egypte est un don du Nil ». Mais à cette époque Istanbul n’était que Byzance, du nom du roi Byzas. Au IVe siècle la ville fut appelée Constantinople (étymologiquement : la ville de Constantin), lorsque l’empereur Constantin en fit la capitale du nouvel empire romain d’Orient, mais paradoxalement les Grecs délaissèrent cette dénomination et continuèrent à l’appeler Byzance ou même parfois simplement « cette ville » en grec « isten polis » ce qui donna pour les Ottomans après la conquête de la ville en 1453 : Istanbul.

Byzance
Constantinople
Istanbul

L’étymologie de Bosphore vient de la mythologie grecque, Era pourchassant Io, pour son idylle avec Zeus, la transforma en vache et la pauvre bête fut obligée, pour fuir le courroux de la déesse, de traverser ce détroit qui pris le nom de Bosphore : le gué de la vache (en grec : bos = bœuf et phore = porter). Ce véritable canal serpente dans Istanbul tel un fleuve et permet à la mer Noire de communiquer avec la mer de Marmara puis ensuite la mer Méditerranée via les Dardannelles.

En turc la mer Méditerranée s’appelle la mer blanche ( Akdeniz ) par opposition à la mer Noire, à cause de la différence de couleurs des eaux des deux mers.

Ces étymologies grecques, encore aujourd’hui conservées dénotent bien de la part des Ottomans une certaine tolérance. Les Grecs, colonisés par les Ottomans, se montrent aujourd’hui beaucoup plus vindicatifs vis à vis des Turcs. Le rapport colonisateurs/colonisés a laissé des séquelles entre ces deux peuples.

En fait les Grecs considèrent qu’Istanbul est toujours Contantinople et donc leur possession qu’ils espèrent secrètement un jour de récupérer. Preuve en est : ces panneaux routiers grecs qui mentionnent Constantinople et non Istanbul, avant de passer la frontière après Thessalonique. Un autre panneau à Kavala, avant la frontière gréco-turque annonce : « Amis touristes souvenez-vous de l’agression turque sur Chypre en 1974 ». Une façon grecque d’inviter les touristes à ne pas rentrer en Turquie. Peut-on imaginer un panneau semblable en Alsace : « Amis touristes souvenez-vous que l’Allemagne fût nazie » ? Cela est impensable.

Jacques Lacarrière dit, dans un de ses livres, que les grands-mères grecques racontent encore à leurs petits-enfants l’histoire de Constantin, le dernier Basileus, qui serait pétrifié, le glaive levé, quelque part dans une grotte non loin d’Istanbul, prêt à reprendre le combat pour reconquérir la ville....

D’ailleurs les Grecs, surtout depuis que Giscard les a fait rentrer dans la CEE, ont perdu leur sens de l’accueil des touristes ce qui n’est pas le cas des Turcs qui ont un sens de l’accueil extraordinaire.

Les tremblements de terre de l’été 1999 ont permis aux deux pays de se rapprocher par des aides mutuelles.

Istanbul, aujourd’hui s’étend sur les lèvres du Bosphore sur près de 100 km. Ville à cheval sur deux continents, cette cité baigne dans l’eau et pourtant l’eau fut et est toujours un problème crucial pour ses habitants.

Les sultans et leurs vizirs l’avaient bien compris. Ils offraient à la population de magnifiques fontaines monumentales, situées souvent près d’une mosquée. Mais bien sûr Istanbul est aussi parsemée de petites fontaines innombrables appelées « sébil » du mot arabe : public. Et souvent, à ces fontaines, était accrochée par une chaîne une soucoupe pour boire, ce qui a donné chez nous la « sébile » le récipient utilisé pour mendier.

Les Byzantins avaient construit des citernes souterraines telles que « Yérébatan » appelée aussi citerne-basilique ou « Bin bir direk » mille et un piliers. La citerne-basilique est un des endroits touristiques les plus insolites d’Istanbul, surtout si on la visite en été : havre de fraîcheur, immense cave soutenue par plus de 300 piliers dont certains furent « volés » aux temples grecs comme ce pilier orné d’une gigantesque tête de Gorgone curieusement placée à l’envers.

Cette rareté de l’eau se manifeste, depuis toujours, par la floraison, en été, des porteurs d’eau. Vêtus de tabliers et de guêtres de cuir blanc, l’aiguière sur le dos, il faut les voir se pencher avec précision pour remplir les verres d’eau, le bec du récipient par-dessus l’épaule. Métier de rue, qui apparaît et disparaît, au fil des saisons.

Voir aussi :

http://perso.wanadoo.fr/gontier.michel/bospho.htm

et aussi l’internaute


Ecrit le 23 juin 2004 :

Halte à la Turquophobie

TRIBUNE DE GEORGES SARRE PARUE DANS MARIANNE
(ÉDITION DU 31/05/2004)

La question de l’adhésion turque à l’Union européenne est, depuis des mois, voire des années, l’objet d’une surenchère d’hypocrisies. Et pourtant la Turquie entrera dans l’UE... et une fois de plus le débat fondamental sur l’Europe aura été escamoté...

A Helsinki en 1999, les Quinze ont reconnu Ankara comme candidate à l’adhésion. Les mêmes, lors du Conseil Européen de Laeken, ont confié à Giscard le soin de présider la Convention chargée du projet de « traité constitutionnel » pour l’UE. Or ce dernier a déclaré le 8 novembre 2002 que l’adhésion turque signifierait « la fin de l’Union européenne »..

En janvier 2004, Romano Prodi, Président de la Commission Européenne, s’est déplacé à Ankara pour « rassurer » le gouvernement turc sur son adhésion prochaine. Curieuse Europe : un Conseil européen qui se dérobe face à ses responsabilités, un « Père fondateur » qui lui met des bâtons dans les roues et le contredit ouvertement, un président de la Commission qui se comporte en notaire de critères technico-juridiques d’adhé-sion... C’est ainsi que les étapes tech-niques de l’adhésion turque semblent devoir être franchies sans que personne n’en assume la responsabilité politique !

Cyniques ou idéologues

Il existe deux types d’opposants à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne : les idéologues et les cyniques.

Ceux qui poursuivent l’objectif d’édifier une Europe supplantant les Etats-nations, une Europe fondée sur une essence unitaire transcendante, sont logiques avec eux-mêmes. Disciples de Jacques Maritain ou de Coudenhove-Kalergi, admirateurs de Schuman, Gasperi ou Adenauer, oscillant entre le personnalisme et la démocratie-chrétienne, ils n’ont aucune raison d’accepter la Turquie, pays situé, selon eux, hors de ce qu’ils définissent comme la « civilisation » européenne.

Mais il existe aussi une catégorie d’opposants plus indifférents à la nature du projet européen. Pour ces derniers, la Turquie fait déplacer des voix, elle est une variable d’ajustement électoral. Peu importe qu’elle entre finalement dans l’Union européenne ; seul importe son impact électoral immédiat. L’UMP fait volte-face pour ne pas perdre des voix qui risquent de toute façon de lui faire défaut. Les « souverainistes » combattent l’Europe mais en défendent « l’identité » en ressuscitant l’esprit de la Bataille de Lépante, se mettant ainsi en porte à faux par rapport à leur raison d’être... Au sein du PS, on voit poindre quelques attitudes cyniques liées à la seule prise en compte d’une hypothétique hostilité de « l’opinion publique » à l’adhésion turque.

Jacques Chirac a, pour sa part, suivi le Cardinal de Retz et sait bien, qu’en la matière, il ne sortira de l’ambiguité qu’à ses dépens. Ankara dans l’Union ? Oui ! Mais dans quinze ans !

On rivalise d’imagination pour justifier le refus de voir l’Union franchir le Bosphore et les Dardanelles. De toutes les raisons avancées contre l’entrée d’Ankara dans l’Europe communautaire, on relèvera l’argument selon lequel il s’agit d’un pays « musulman ». Argument auquel on objectera facilement qu’il s’agit surtout d’un pays laïc, dans lequel il est plus dur qu’en France pour une étudiante de se voiler. Or, selon les détracteurs de la Turquie, cette laïcité ne serait garantie « que » par l’armée. Certes. Mais j’ai pour ma part le souvenir du rôle qu’a joué l’armée portugaise dans le renversement de la dictature salazariste de Caetano et dans l’établissement et la garantie d’une démocratie qui a amené Lisbonne à adhérer à la CEE en 1986.

L’opposition de façade à l’adhésion turque ne saurait prendre l’apparence d’un antimilitarisme de pacotille ni d’une absence complète de mémoire historique.

La vérité est que ce pays fait tous les efforts possibles pour remplir les fameux critères de Copenhague.

Faux arguments sur la religion, faux arguments sur l’armée... On n’en finit plus d’enregistrer les tentatives de justification de cette peur irrationnelle de cette nouvelle « turcophobie »...

L’identité de l’Europe ?

On peut disserter longuement sur « l’identité » de l’Europe. On peut interroger les philosophes, les ethnologues ou les géographes. Il se trouvera toujours un éminent spécialiste pour affirmer que selon les critères de sa discipline la Turquie est en Europe ou que, dans le cas inverse, elle n’y est pas. D’aucuns pensent que le Mont Elbrouz est le toit de l’Europe et le Caucase sa frontière ultime. Vaste débat...
Toujours est-il que l’Europe semble incapable de prendre la décision politique de définir ses propres frontières. Qu’est ce au final que cette Europe dont on nous a promis au fil des « avancées » successives qu’elle serait « politique » mais qui a éludé depuis le début la question de sa propre identité ? Curieuse Europe politique, curieux projet d’avenir que celui qui voit des dirigeants pratiquer la défausse perpétuelle. En vérité, l’affaire turque révèle bien l’incapacité décisionnelle totale de l’Europe, qui laisse d’ailleurs présager une fin rapide des illusions sur l’Europe-puissance ou l’Europe sociale. C’est à se demander s’il est à souhaiter aux Turcs d’intégrer pareille ùmachinerie

Georges Sarre


Ecrit le 22 mars 2006

 L’Agriculture en Turquie

Chaque année la coopérative agricole TERRENA (ex-CANA) organise une soirée débat de ses adhérents, occasion de rencontre, occasion de découverte. Cette année, le 17 mars 2006, TERRENA avait invité Mme Selma TOZANLI, docteur en économie agro-alimentaire et professeur-chercheur à l’Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier où elle étudie plus particulièrement la stratégie des firmes multinationales.

« Il n’était pas question de parler de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, mais de mieux connaître son économie en général, et plus particulièrement son agriculture, et de mieux cerner le quotidien d’une population turque pleine de richesses et d’envies » comme l’a dit Jean-Marc LALLOUE organisateur de la rencontre. Quatre membres de la Communauté Turque de Châteaubriant avaient également été invités et ont participé avec plaisir.

Carte_Turquie

 Géographie de la Turquie

Avec un montage audiovisuel, Mme TOZANLI a présenté la géographie de son pays, ses ressources naturelles, ses conditions climatiques très variées.

La Turquie c’est 70 millions d’habitants, sur un territoire de 776 milliers de km2 (plus grand que la France : 62,5 millions d’hab., sur 550 milliers de km2) dont 26 millions ont moins de 15 ans. Au rythme actuel, il devrait y avoir 89 millions d’habitants en 2025 car la fécondité est en moyenne de 2,5 enfants par femme (elle est de 1,94 enfant par femme en France). (La mortalité infantile est importante aussi : 39 enfants pour 1000 en Turquie, 4 pour 1000 en France)

La Turquie compte à elle seule l’équivalent du quart de la SAU (surface agricole utile) de l’Union Européenne.

L’agriculture turque est essentiellement de subsistance et de semi-subsistance. Dans l’ouest et le sud du pays, elle est très performante et utilise des techniques de production modernes, tandis qu’elle reste encore très traditionnelle dans le centre, l’est et le nord.

Les productions turques sont surtout végétales : fruits (17,4%), légumes (13,7%), céréales (11,6%), tabac... La Turquie est au 1er rang mondial pour la production des abricots, des figues, des noisettes et au 2e rang pour les concombres, les pastèques et les lentilles. Elle est au 3e rang pour les tomates, les poivrons et le lait de brebis.

Le potentiel agricole du pays est très important, mais pas encore exploité. Les fermes ont une superficie de 6 hectares en moyenne (45 ha en France), et le tiers des exploitations agricoles ont moins d’un hectare.

De ce fait les rendements sont très faibles, le revenu agricole est peu élevé, ce qui limite les investissements nécessaires.

10 % des villages n’ont pas encore d’électricité. Les progrès ont pourtant été phénoménaux : en 10 ans, de 1990 à 2001, le nombre de villages électrifiés a été multiplié par 2,5.

Même constat pour les routes : 7 % d’entre elles étaient asphaltées en 1990. On en compte 32 % en 2003. Mais cela signifie que 68 % des routes ne sont encore que des chemins !

Le téléphone, qui couvrait 39 % du territoire en 1990, en couvre 53 % en 2003 ... mais les jeunes sont déjà passés au téléphone portable, dans la mesure où existent les réseaux.

La commercialisation des produits agricoles se fait des trois façons :
– des achats publics, moyen pour l’Etat de garantir la vie de ses habitants
– la vente sur les marchés traditionnels
– et une petite part d’agriculture contractuelle : production pour l’exportation

Mais il manque de nombreux équipements. Par exemple, seuls 4 % des fruits et légumes peuvent être gardés en chambres froides, alors que, certaines années, la surproduction peut atteindre 40 % par rapport aux années ordinaires. Selon Mme Tozanli, 10 à 30 % de la production annuelle est perdue.

 D’importantes disparités

Le coût de production des céréales est 30 % plus élevé que dans l’Union Européenne, mais en revanche les fruits sont susceptibles de faire une forte concurrence aux produits européens.

Il y a en Turquie environ 8 millions de travailleurs agricoles, soit plus que dans toute l’UE, qui en compte 6,5 millions. Autre fait marquant, plus de 40% des emplois agricoles sont occupés par des femmes.

La réduction du nombre d’agriculteurs engendrerait de très sérieux problèmes sociaux dans un pays déjà relativement pauvre. La population agricole, dépourvue de compétences techniques (pour l’instant !), issue de classes sociales très modestes et à la recherche d’une vie meilleure dans les grandes villes, ne s’est jamais vraiment intégrée dans les villes turques
(ce qui explique pourquoi elle a eu des difficultés à s’intégrer dans les villes européennes où elle a été appelée pour servir de main d’œuvre industrielle).

En raison des nombreux emplois agricoles (près de 50 % de la population totale), le taux de chômage en Turquie est de 8,5 % (moins qu’en France où il est de 9,6 %)

De cet exposé on retient que la Turquie a un potentiel agricole énorme et que ce pays pourrait représenter pour la France des débouchés industriels importants, si la population locale était aidée dans le développement économique.

 Adhésion à l‘UE

En marge de cette réunion : faut-il craindre l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne ?

Selon Fernando Riesenberger : « Le retard de la Turquie est important, ce ne sera pas demain que la concurrence turque mettra en péril les produits français, la Turquie n’est pas une menace économique.

Les questions qui se posent sont surtout celles de la place de ce pays dans la modernité, la place de l’Islam, de l’Armée dans la société.

La Turquie est un pays laïque musulman mais pas arabe, l’Islam n’y apparaît pas comme une religion extrémiste comme dans certains pays arabes. L’armée, en restant fidèle aux principes de la Turquie moderne instaurée par le « père de la nation » Mustafa Kemal, n’a pas le même rôle que dans beaucoup de dictatures, elle est au contraire le garant de la laïcité des institutions.

La place de la femme, n’est pas une question seulement politique. Les femmes en Turquie ont voté avant les Françaises pour l’Assemblée Nationale, mais la religion, les traditions, la pauvreté, la faible scolarisation sont causes du retard des femmes. Pourtant l’égalité est souhaitable pour le développement du pays. Ceci dit, cette inégalité n’est pas propre à la Turquie. Les femmes en Afrique, Asie, Amérique latine et même dans l’Europe bien chrétienne ne sont pas mieux traitées.

Les problèmes de la Turquie ne sont pas différents du reste du monde, questions de capitaux, de travail, de justice sociale, de corruption, de système bancaire. Tout ce que nous connaissons déjà.

Des négociations sont en cours avec l’Union Européenne. Nous avons le temps de mesurer les avancées, il sera toujours temps de nous faire une opinion le moment venu. »

Mme_Jean-Marc_Lalloue

 

Mme Tozanli, avec Jean-Marc Lalloué

 


Ecrit le 8 novembre 2006

 Au sujet de l’Arménie

(Courrier des lecteurs)

Qu’est-ce qu’un génocide ? Qu’est-ce qu’un massacre ? Qu’est-ce qu’une tuerie ? Qu’est-ce qu’une purification ethnique ? En réalité il y a peu de différence entre ces horreurs. Les morts se comptent parfois par millions.

En 1915 ce fut le cas de l’Arménie par la Turquie. Or la Turquie reconnaît le massacre mais pas le génocide. Les députés français ont donc décidé de faire un vote sur cette épineuse question : sur 577 députés, seulement 129 ont voté et une très forte majorité de ces 129 s’est prononcée pour une proposition de loi punissant d’un an de prison et 45 000 € d’amende la négation du génocide arménien.

Colère d’Ankara, réprobation de Bruxelles et embarras du gouvernement français. Est-ce vraiment étonnant ? Je ne le crois pas car lorsqu’il s’agit de commerce et de perte de contrats représentant des milliards d’euros, on se voile les yeux, on se bouche les oreilles et on reste muet. Cela a toujours existé et l’Arménie n’est qu’un tout petit « détail » sur l’échiquier mondial.

Alors quoi faire ? Surtout ne pas faire semblant d’ignorer ces atrocités. Le devoir des historiens est de révéler avec justesse et impartialité tout ce qui est honteux et nuisible. L’Histoire ne doit pas être falsifiée.

Mais quel est le pays qui peut se regarder franchement devant sa glace et se prévaloir d’être parfait et avoir la conscience tranquille ? Tout le passé, depuis deux millénaires, n’est qu’un très sombre résumé d’horreurs. Alors pourquoi seulement la Turquie ? Est-ce que, depuis 1915, rien ne s’est passé ailleurs ? Quel historien aura l’audace, le courage et la volonté d’écrire le grand livre de LA VRAIE HISTOIRE ,

Encore faudra-t-il qu’on le laisse tout raconter car, on le sait, toute vérité n’est pas bonne à dire. De nombreux scandales sont étouffés en raison de secrets d’Etat, d’immunité parlementaire, de propos blasphématoires, de xénophobie, de racisme, etc. Gare à celui qui ose trop parler. Guy Béart chante : « le premier qui dit la vérité doit être exécuté ».

Bof ! Quand on passe l’éponge sur des massacres et des génocides, on ne va tout de même pas s’apitoyer sur un simple mort surtout si ce dernier est un empêcheur de tourner en rond !
Paul Chazé

(ndlr : pour poursuivre ce que dit P. Chazé il faudrait parler, chaque semaine, de ce qui se passe en Palestine, en Tchétchénie, au Darfour, sans oublier toutes les atteintes aux droits de l’homme en Russie, en Corée du Nord, en Birmanie, en Tunisie, en Ouzbékistan, en Chine, aux USA, au Maroc, etc etc etc et même en France. Dix pages de la Mée n’y suffiraient pas chaque semaine.
L’humanité est bien malade).

Guide de voyage à Istanbul


NOTES:

Mme Selman TOZANLI, titulaire d’un doctorat de sociologie de l’Université d’Ankara, est venue en France en 1973, pour apprendre le français. « La France, pays de Voltaire dont j’apprécie l’esprit de contradiction et la recherche de justice » dit-elle. Elle a alors été dirigée vers l’Institut de Montpellier où elle a obtenu un doctorat en économie agricole et agro-alimentaire.