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Le rôle des médias

Ecrit en mai 2002

 L’attitude des médias

L’attitude des médias lors de la campagne électorale des Présidentielles d’avril 2002 a posé de nombreux problèmes. Le numéro 63 de la revue « Manière de voir » y consacre une série d’études (mai-juin 2002). En voici des extraits :

1. - LES NOUVEAUX PRÉDATEURS

« Déstabilisés par la révolution numérique et l’irruption d’Internet, les médias vivent en ce moment un traumatisme inédit. Des mastodontes industriels venus de l’électricité, de l’informatique, du téléphone ou de l’eau se sont rués sur le secteur des nouvelles technologies attirés par des perspectives - en partie illusoires - de gains faciles. Ils ont rapidement édifié de gigantesques empires médiatiques. Et piétiné au passage quelques valeurs fondamentales » ... dit Ignacio Ramonet dans son article « Les nouveaux prédateurs »

2. - LA SOUMISSION DANS LES TÊTES

« Domestiquer, dresser, soumettre, tels sont les (vieux) objectifs que se fixent les grands médias de masse à l’heure de la révolution des nouvelles technologies. Des procédés plus efficaces de manipulation des esprits cherchent à réduire, dans des sociétés démocratiques, tout esprit critique, toute velléité protestataire, tout rêve de révolte. Le système médiatique se transforme ainsi en véritable appareil idéologique de la mondialisation libérale. »

« Malgré les appels répétés à l’éthique et à la déontologie, les médias de masse connaissent un nouvel âge du mensonge.

Bidonnages et tromperies se succèdent, surtout en cas de conflit. Les tentatives de persuasion à l’aide de faux grossiers se multiplient. Du Rwanda au Venezuela, en passant par le Kosovo et le Proche-Orient, les exemples pullulent de médias emportés par la haine et acharnés à intoxiquer les esprits. »

« L’objectif premier des médias de masse est de massifier les individus. Tandis que la publicité nous donne l’illusion de la différence, les informations ou les divertissements travaillent à uniformiser la pensée. Tous les moyens médiatiques sont bons pour nous persuader que nous sommes libres dans les limites de notre soumission »

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(écrit le 6 novembre 2002)

 La Guerre sociale

IGNACIO RAMONET ne nous en voudra pas de reprendre des extraits de son éditorial du Monde Diplomatique de Novembre 2002 : il traduit si bien la réalité : celle d’une guerre sociale, de l’exaspération des plus pauvres devant l’injustice du monde.

« Après le 11 septembre 2001 et la guerre d’Afghanistan, les citoyens ont le sentiment d’être plongés dans un monde dominé par la violence politique et le terrorisme.

Plus une semaine ne se passe sans que soit versé un douloureux tribut de sang, d’Israël à Bali, de Karachi à Moscou, du Yémen à la Palestine... donnant l’impression que la planète serait balayée par l’ouragan d’une sorte de nouveau conflit mondial - la « guerre contre le terrorisme international » - plus atroce encore que les précédents.

Cette impression est fausse. Contrairement aux apparences, la violence politique n’a jamais été aussi faible. Les révoltes et les insurrections d’ordre politique, les guerres et les conflits ont rarement été aussi peu nombreux. N’en déplaise aux médias, le monde est calme, tranquille, largement pacifié.

Il suffit pour s’en convaincre de comparer le paysage géopolitique actuel à celui d’il y a vingt-cinq ou trente ans. La presque totalité des groupes protestataires radicaux adeptes de la lutte armée ont disparu. Et la plupart des conflits de haute et basse intensité qui, dans tous les continents, causaient chaque année des dizaines de milliers de morts se sont terminés.

Il reste à peine, à l’échelle de la planète, une dizaine de foyers de violence : Colombie, Pays basque, Tchétchénie, Proche-Orient, Côte-d’Ivoire, Soudan, Congo, Cachemire, Népal, Sri Lanka, Philippines... Certes, un nouvel adepte de la lutte armée - l’islamisme radical - a fait son apparition et occupe désormais le devant de la scène médiatique. Mais ses actions, aussi spectaculaires soient-elles, ne doivent pas masquer l’essentiel : la lutte politique armée s’est raréfiée.

Cela veut-il dire qu’il n’y a pas d’autres formes de violence à l’œuvre ? Non, évidemment. A commencer par la violence économique qu’exercent les dominants sur les dominés.

Les inégalités atteignent des dimensions inédites. Littéralement révoltantes. (...)

Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, ces milliards de damnés de la terre se tiennent politiquement tranquilles. C’est même l’un des grands paradoxes de notre temps : plus de pauvres que jamais, et moins de révoltés qu’il n’y en eut jamais.

Cette situation peut-elle durer ? C’est peu probable. La grande leçon de l’histoire de l’humanité est celle-ci : les êtres humains ont toujours fini par se révolter devant l’aggravation des inégalités. La montée actuelle, au Sud comme au Nord, des délinquances et des criminalités - qui ne sont souvent que des manifestations primitives et archaïques d’agitation sociale- constitue un signe indiscutable de l’exaspération des plus pauvres devant l’injustice du monde. Il ne s’agit pas encore de violence politique. Mais chacun sent bien qu’il s’agit d’un sursis. Pour combien de temps ? »

IGNACIO RAMONET.