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Jeux virtuels, morts réelles

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(écrit le 10 avril 2002)

Les jeux vidéos peuvent-ils tout se permettre, sous le prétexte qu’ils se déroulent dans un univers virtuel ? La 16e Game Developers Conference, qui s’est tenue à San José (Californie), du 19 au 23 mars 2002, s’est terminée sur un double constat : les développeurs trouvent que les jeux ne sont pas assez divertissants, et reconnaissent qu’ils sont trop violents.

Un exemple : les jeux de tir. L’objectif y est simple : se déplacer, seul ou en équipe, dans un univers passé, présent ou futur, et éliminer des adversaires. Les titres les plus connus sont des jeux comme Doom, Quake, Max Payne, Half-Life et ses dérivés, tel Counter-Strike.

 Endosser l’uniforme nazi

Au cours des derniers mois, une série de jeux dont l’action se déroule pendant la seconde guerre mondiale ont été publiés par de grands éditeurs (Return to Castle Wolfenstein chez Activision, et Medal of Honor chez Electronic Arts) ou mis au point par des développeurs.

Leur point commun : ils permettent aux joueurs d’endosser les uniformes alliés et, en mode multi-joueur, il est possible de se glisser dans des uniformes nazis (uniformes noirs des SS et camouflés de la Waffen SS). Enfin, pour rendre leurs créations crédibles, les "développeurs" font en sorte que l’action se déroule dans des environnements où les croix gammées sont bien représentées. En janvier, le New York Times et le journal Amnistia.net se sont émus de cette dérive. Amnistia.net s’inquiétait de la possibilité « d’encourager les gens à exprimer des sentiments considérés comme socialement inacceptables : le racisme, l’antisémitisme et la haine ». En cause : la banalisation du mal.

 La banalisation du mal

Plusieurs acteurs participent à cette banalisation : les éditeurs de jeux, mais aussi les grandes surfaces. Ainsi, sur les sites Web de la Fnac, d’Amazon ou d’Alapage, la présentation du jeu est plutôt succincte, voire anodine. Sur le site de la Fnac, on peut lire : "Dans ce centre de recherches [Castle Wolfenstein], l’odieux Himmler réalise des expérimentations génétiques et tente de ressusciter les morts afin de créer une armée de super-soldats... qui va vous tomber dessus ! (...) Une ambiance sombre et fantastique et un impressionnant arsenal disponible." Présentation laconique qui ne suscite pas de réaction : ce n’est qu’un jeu n’est-ce pas ? Seul un internaute intervient sur le site de la Fnac pour remarquer : "Le jeu est superbe je ne le cache pas.

Mais comment peut-on accepter qu’en mode multi-joueur on puisse prendre l’habit nazi, ou même voir des portraits d’Hitler à côté de la cheminée ?"

 Un défouloir

Les distributeurs de ces jeux essaient de minimiser le scandale en expliquant que ceux qui l’achètent le font en connaissance de cause. « Les joueurs sont plus intelligents qu’on ne le croit. Il s’agit d’un défouloir pour eux, un jeu comme un autre dont l’environnement disparaît une fois la partie terminée ». Il y a quand même des façons de se défouler qui posent de sérieuses questions. Le tueur des huit conseillers municipaux de Nanterre, le mardi 26 mars 2002, s’est aussi « défoulé » de sa vie de raté.

Interrogé sur les dangers que peuvent constituer ces jeux, le représentant du Ministère de la justice lors des Rencontres   du Net, organisées à l’occasion de la Fête de l’Internet, a estimé que « tant qu’il n’y a pas de représentation positive du nazisme, il est difficile à la justice d’intervenir sur ce genre de jeux ». Laissons faire ...

 Terroristes

Le jeu le plus joué en ligne, est le Counter-Strike qui donne la possibilité de jouer les terroristes ou les contre-terroristes. Le but est de garder des otages et d’empêcher la police de les libérer (en "tuant" ses représentants), ou de poser une bombe pour tout faire sauter, ou de tuer une personnalité importante. Ce jeu ne posait pas de problème : « ils jouent pour jouer » disait-on. … Seuls les Américains s’en sont émus … mais seulement à partir des événements du 11 septembre 2001."Ces jeux ne font pas des joueurs des néonazis ou des tueurs, mais ils contribuent à banaliser certaines notions. Le jeu ne doit pas nécessairement passer par la violence et s’adresser aux adolescents en jouant sur la banalisation de symboles", observent pourtant des psychologues.

Et de rappeler que dans les années 1980, les néonazis autrichiens ont utilisé des jeux comme Clean Germany, Test Aryen ou KZ Manager comme support pour propager leur idéologie auprès des adolescents, l’objectif étant de montrer qu’il n’y avait pas de différence fondamentale entre la destruction de robots et celle d’êtres humains.-

 Le regard décidé, la démarche volontaire

Voici la présentation d’un de ces jeux : « Le jeu présente l’opposition entre des terroristes armés jusqu’aux dents (décidés à tout faire péter pour un dieu quelconque, une crise internationale ou des soucis d’argent) et des forces d’intervention également très bien équipées. Chaque équipe contient de un à douze membres en général. La suite des événements dépend de l’objectif à atteindre. Il y en a plusieurs, au choix : l’un installe l’association de malfaiteurs dans une enceinte plus ou moins facile d’accès, avec à leur disposition une petite poignée d’otages. Leurs adversaires doivent évidemment sauver ces derniers en les ramenant à un point d’évacuation.

Toute une débauche d’énergie a, pour le joueur, plusieurs finalités dont celle-ci : gagner un peu d’argent. Car le jeu obéit en effet à une logique très vénale, basée sur le fait qu’il faut acheter son équipement. Les armes coûtent cher, il faut donc de l’argent pour s’en procurer. On gagne des sous en tuant ses adversaires ou en complétant certains objectifs (sauver des otages, désamorcer la bombe...) »

Comme disent encore ses « développeurs » : « le jeu possède une profondeur tactique qui se révèle rapidement. Les armes (au nombre de vingt-deux, sans compter le couteau), sont bien équilibrées tout en étant très variées. Par exemple les fusils à pompe sont très efficaces en corps-à-corps, inutiles à longue distance »

« Les modèles des personnages sont tout simplement magnifiques et animés de fort belle façon. L’arme à l’épaule ou à la hanche, le regard décidé et la démarche volontaire renforcent l’impression de réalisme »

 Les têtes éclatent

« L’ambiance sonore est excellente et colle bien à l’action, tant au niveau des explosions (de grenades, de vitres ou de têtes) que des rafales et autres sifflements de balles » dit encore l’analyste du jeu.

Comme dit un joueur : « c’est quand même fun de les tuer [les adversaires] en les faisant éclater en morceaux ». Voilà donc la merveille des jeux, que l’on peut pratiquer seul ou en équipe. Il n’y a plus, ensuite qu’à aller voir si la réalité n’est pas plus passionnante encore que la fiction.


Extraits du livre « Histoire d’un Allemand, souvenirs 1914-1933 » de Sébastien Haffner (Ed.Actes Sud) :

« la génération nazie est née entre 1900 et 1910. Ce sont les enfants qui ont vécu la guerre comme un grand jeu, sans être le moins du monde perturbés par sa réalité ».

L’auteur évoque ici la guerre de 14-18 comme « un grand jeu excitant dans lequel les nations s’affrontent : elle procure des distractions plus substantielles et des émotions plus délectables que tout ce que peut offrir la paix. Voilà ce qu’éprouvèrent quotidiennement, depuis 1914-18, dix générations d’écoliers allemands. Cette vision positive est la base même du nazisme ». On a connu la suite.


Ecrit le 13 janvier 2010

 Jeux vidéos , Info parents

Pour guider les parents perdus dans le monde des jeux vidéos, l’association e-Enfance vient de lancer un site d’information pratique sur les jeux vidéo. Le site propose des fiches descriptives pour plus de 700 jeux, assorties de l’avis d’une psychologue.

Adresse : http://www.jeuxvideoinfoparents.fr/

A signaler aussi le site :
http://www.pedagojeux.fr/

Deux objectifs : d’une part, sensibiliser le grand public sur les enjeux de la protection de l’enfance et sur le bon usage des jeux vidéo ; d’autre part, fournir aux parents et éducateurs une approche pédagogique autour des problématiques soulevées par le jeu vidéo