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Accueil > Thèmes généraux > Santé, questions générales > Obésité : 10 à 12 % d’enfants

Obésité : 10 à 12 % d’enfants

Ecrit en 2005

 Le mal qui frappe nos enfants

Le nombre d’enfants obèses en France a plus que doublé depuis les années 80. De par cette progression rapide, l’obésité représente aujourd’hui un problème de santé publique. On estime que 10 et 12 % des enfants de 6 à 12 ans en sont déjà atteints et que les enfants obèses sont plus gros qu’autrefois !

L’obésité est un excès de masse grasse entraînant des inconvénients majeurs pour la santé. Si elle apparaît avant la puberté, le risque de persistance à l’âge adulte est de 20 à 50 %. Ce risque s’élève à 50 %, voire 70 %, pour une survenue de l’obésité après la puberté.

Une obésité apparue durant l’enfance a bien souvent un retentissement délétère sur la santé à l’âge adulte. Les quelques études épidémiologiques publiées ont établi une surmortalité chez l’adulte de 50 à 80 % associée à ce type d’obésité. Cet excès de mortalité à l’âge adulte est surtout d’origine cardiovasculaire, et touche davantage les garçons. A plus brève échéance, chez l’enfant obèse, des anomalies apparaissent, telles qu’une augmentation de la pression artérielle, du cholestérol total ou une hyperinsulinémie.

Chez les enfants présentant une obésité sévère, des apnées du sommeil peuvent se déclencher, ainsi que des pathologies orthopédiques. Chez les adolescentes obèses, des troubles endocriniens (puberté précoce, aménorrhée) sont fréquemment observés. Des cas de diabète très précoce de type 2 (diabète non insulino-dépendant) sont décrits, aux Etats-Unis, chez des adolescents présentant une obésité sévère.

 Ca se voit comment ?

Il n’existait jusqu’à présent aucune définition officielle de l’obésité chez l’enfant. L’International Obesity Task Force, sous l’égide de l’OMS (organisation mondiale de la santé), vient d’en recommander une s’appuyant sur l’indice de masse corporelle IMC (le rapport poids - en kilos - sur la taille au carré - en mètres) selon l’âge.

L’IMC, qui reflète l’évolution de la masse grasse, semble être le meilleur critère de l’obésité chez l’enfant, mais celui-ci doit tenir compte de l’âge de l’enfant. Depuis 1995 des courbes de corpulence, figurent, en France, dans le carnet de santé des enfants. Il est donc recommandé aux médecins de suivre attentivement l’évolution des enfants.

 Génétique et alimentation

Le lait destiné aux nourrissons est mis en cause : il est trop riche en protéines (beaucoup plus que le lait maternel) et comporte certains acides gras qui déclenchent la multiplication des cellules de la graisse (adipocytes) : ces adipocytes pourront se remplir de graisse à tout âge et favoriser l’obésité, plus tard.

Dès que le risque d’obésité a été diagnostiqué, des conseils de prévention doivent être donnés aux enfants ainsi qu’à leur famille. Dans le cadre de la médecine scolaire, tous les enfants devraient donc être pesés et mesurés systématiquement chaque année.

 Obésité et génétique

L’influence de facteurs génétiques dans l’obésité est aujourd’hui établie. Des études effectuées sur des paires de vrais jumeaux ont permis d’identifier la part attribuée à l’hérédité dans la prédisposition à l’obésité. Selon ces études, elle varierait de 50 à 80 %.

Mais l’obésité ne peut se réduire à la seule génétique : il existe vraisemblablement plusieurs gènes liés à l’obésité, mais leur interaction avec l’environnement (notamment la nutrition et la sédentarité) resterait à déterminer.

Cela semble évident : une personne prend du poids parce qu’elle absorbe plus d’énergie par son alimentation qu’elle n’en dépense. L’excès d’énergie est stocké sous forme de lipides dans le tissu adipeux. Pourtant, depuis quelques décennies la population occidentale est vigilante et tend à diminuer le nombre de calories ingérées par jour. L’augmentation de l’obésité doit donc être liée à un autre facteur : la sédentarité : Celle-ci va en s’accroissant, en relation avec des évolutions sociales et comportementales : peu d’enfants vont à pieds à l’école, ou à vélo, il y a le ramassage scolaire, ou la voiture des parents. De plus des études ont montré que le temps passé devant la télévision durant l’enfance peut augmenter le risque d’une obésité ultérieure.

C’est pourquoi les chercheurs de l’INSERM incitent à une pratique adaptée et personnalisée d’une activité physique : il ne s’agit pas forcément pour l’enfant de faire du sport, il peut aussi être question d’augmenter son activité physique « natu-relle », spontanée (marcher davantage, être plus mobile...)

 Vers une meilleure façon de se nourrir

La manière de se nourrir en l’an 2000 n’a plus grand chose à voir avec celle d’il y a un siècle. L’être humain consomme de plus en plus d’aliments manufacturés à densité énergétique élevée (nombre de calories par unité de poids) : biscuits, barres chocolatées, chips ou autres carambars. Ces aliments contiennent souvent des lipides, ils ont des propriétés gustatives agréables, mais provoquent moins de satiété. Autrement dit, quand on mange « hypercalorique », on aime et les signaux d’alarme (satiété) se déclenchent trop tardivement. Ceci amène à prendre ces aliments, dans un but autre que celui de se nourrir, au risque d’entraîner une augmentation du tissu adipeux : on grossit ....

La prévention de l’obésité chez l’enfant passe donc par une alimentation équilibrée et une connaissance de ses besoins énergétiques (en fonction du poids et de l’âge). Les enfants, incités par la publicité, consomment des aliments « facultatifs » à forte charge énergétique. Les experts recommandent aux autorités compétentes d’exercer un contrôle rigoureux sur les messages publicitaires concernant les produits alimentaires, voire d’interdire ceux destinés aux enfants. Par ailleurs, ils recommandent aux parents et à l’école d’apprendre aux enfants à réguler leur prise d’aliments de type barres chocolatées, biscuits, chips, boissons sucrées...

Mais rien n’est simple en matière d’alimentation : « diaboliser » ces aliments à forte teneur en sucres et lipides n’est pas une solution en soi. Dans certaines familles, des régimes hypocaloriques et hypolipidiques sont observés : cette pratique est sujette à caution, elle peut engendrer des comportements alimentaires inappropriés qui, à la longue, pourraient favoriser le développement de l’obésité !

 Le stress en lien avec l’obésité

Dans le domaine comportemental, certains résultats ont mis en évidence un lien entre l’obésité et l’état de stress de l’enfant au début de la vie (manque d’affection). « Les enfants obèses sont souvent seuls, sans frères ni sœurs, issus de cellules familiales éclatées. Les parents, pour se déculpabiliser de rentrer tard, laissent des friandises dans le frigo et incitent ainsi leur progéniture à manger » dit un endocrinologue. Manger est une façon de passer le temps, de s’occuper de soi, de se faire plaisir.

Parallèlement, les enfants obèses sont l’objet d’une stigmatisation qui fonctionne sous la forme d’un véritable cercle vicieux. Plus l’enfant est exclu, plus il se sent dévalorisé, et plus il adopte des comportements alimentaires compensatoires. Les discriminations sociales précoces proviennent tant des camarades que des adultes, elles sont parfois insidieuses. Aussi les experts recommandent-ils de mettre en place une campagne d’information afin d’attirer l’attention du public, et du secteur éducatif et médical, sur l’isolement de l’enfant obèse et de lutter contre la ségrégation dont il est victime.

 L’enfant obèse « montré du doigt »

En Occident, l’obésité est considérée comme déterminant du statut social : les attitudes négatives vis-à-vis des jeunes personnes obèses puis leur stigmatisation peuvent aboutir à de véritables discriminations en termes d’accès aux études supérieures, à l’emploi et au développement des carrières professionnelles. Ainsi, le risque de descendre dans l’échelle sociale augmente avec l’obésité. Le sujet obèse semble demeurer celui « qui mange plus que sa part », celui qui est « déviant »

 Les recommandations

  • - Former médecins et infirmières, en particulier scolaires, au dépistage de l’obésité en train de se constituer chez l’enfant
  • - Mettre en place, à l’école primaire, une heure par jour d’activité physique encadrée par un enseignant
  • - Adapter au mieux la supplémentation des laits « premier âge » en acides gras essentiels
  • - Exercer un contrôle rigoureux des messages publicitaires sur les produits alimentaires à forte charge calorique et promouvoir un étiquetage rigoureux et compréhensible sur la valeur nutritionnelle
  • - Prévoir pour l’enfant une alimentation équilibrée : 4 repas par jour, suffisamment riches pour éviter le grignotage. L’eau doit être réhabilitée comme boisson. L’enfant ne doit pas être soumis à des tentations trop fortes devant les sucreries, les boissons sucrées et les charcuteries.

Enfin promouvoir l’activité physique des enfants, d’abord ludique, puis mieux structurée pour les adolescents .


Ecrit le 22 décembre 2004

 L’obésité et le sommeil

Le bon sens populaire, a raison, comme d’habitude : « Qui dort dîne ».... dit-il.

Une étude scientifique conduite sur 1024 volontaires souffrant de troubles du sommeil, tend à prouver que les veilles prolongées augmentent le risque d’obésité.

IL paraît que les personnes dormant moins de 8 heures par nuit sont, plus que les autres, exposées à un risque de surcharge pondérale et d’obésité (les personnes qui dorment 6 heures par nuit ont 23 % de risques supplémentaires d’obésité que celles qui dorment 7 à 9 heures)

 Ah, ghreline !

Ces observations sont confortées par des analyses biologiques : une réduction de la durée du sommeil augmente les concentrations sanguines de ghreline (hormone qui stimule l’appétit) et diminue les concentrations de leptine (hormone qui réduit la sensation de faim).

Selon ces chercheurs, des travaux doivent être menés au plus vite pour déterminer si le fait de dormir au moins 8 heures par nuit peut aider les personnes obèses à perdre du poids.

Ne faudrait-il pas changer aussi nos habitudes de vie ?
Les sociétés industrialisées modernes, en réduisant le temps de sommeil, pourraient être responsables de l’épidémie d’obésité (qui frappe un Américain adulte sur trois !)et menace la France


Ecrit le 6 juillet 2005 :

 Les pauvres sont plus atteints par l’obésité

Une unité médicale spéciale du Center for Disease Control (CDC) y étudie l’épidémie d’obésité qui sévit dans cet état des USA.

Elle révèle des chiffres inquiétants en matière d’obésité : environ 35 % des résidents de cet État sont obèses, soit un quart des enfants, et le taux d’obésité y a doublé depuis 1990.

Qui dit obésité, dit évidemment cortège de problèmes médicaux tels que le diabète, la tension et les problèmes cardiaques. Pour le CDC, ce n’est pas un hasard si les États les « plus gros », notamment ceux de l’intérieur, sont aussi les plus pauvres d’Amérique.

Car les pauvres sont particulièrement touchés par cette « maladie » d’un genre nouveau. 27 % des enfants résidant en Virginie occidentale vivent en dessous du seuil national de pauvreté et le taux de mortalité y est plus élevé qu’ailleurs.

 Des chiffres troublants

Selon le ministère de la Culture, 36 millions d’Américains, dont 13 millions d’enfants, connaissent la faim et dépendent des subventions gouvernementales ou d’organisations caritatives pour se nourrir, soit une augmentation de 5 millions de personnes en six ans.

L’administration Bush envisage, hélas, de supprimer 500 millions de dollars des programmes de lutte contre la faim, notamment les coupons alimentaires distribués aux pauvres.

Selon les experts, les bénéficiaires des banques alimentaires sont souvent des mères célibataires qui travaillent à plein-temps, dépensent les deux tiers de leur maigre revenu pour s’acquitter de leur loyer et luttent âprement pour nourrir leurs enfants.

Pour Larry Brown, le directeur du Center on Hunger and Poverty de Brandeis University, « les économies étatiques et nationales ont subi des transformations tellement radicales ces dernières décennies que les revenus ont beaucoup diminué, si bien que maintenant les habitués des banques alimentaires sont des parents qui travaillent ».

« Ce sont des citoyens productifs mais ils gagnent entre 5,15 et 8,50 dollars de l’heure. Ils doivent payer leur loyer et, en général, ils veulent garder un toit pour leurs enfants. Ils paient les factures d’électricité et les soins médicaux mais comme ils n’ont plus d’argent, ils se privent de nourriture ».

Ou ils achètent de la « junk food » (aliments gras et sucrés) car, selon les experts, contrairement aux pays en développement, plus que la quantité de nourriture, c’est la qualité qui pose problème. Et la junk food est généralement meilleur marché. Un tiers du régime alimentaire américain consiste en produits sucrés. Les enfants en consomment plus que jamais, environ huit barres de chocolat de plus que leurs grands-parents.

Les fruits et légumes frais sont difficiles à trouver dans les cités où la violence quotidienne dissuade souvent les enfants d’aller dans les rues. Ceux-ci passent donc des heures à ingurgiter des séries télévisées accompagnées de chips et de sodas.

De nouvelles études montrent que les enfants pauvres et souffrant de malnutrition sont « programmés » pour devenir obèses. « Nous voyons de plus en plus de jeunes bébés mal nourris dans notre clinique. C’est inquiétant car leur cerveau grossit très rapidement, de deux fois et demi pendant la première année de leur vie et, s’ils ne mangent pas correctement, leur croissance est retardée, leur métabolisme se ralentit et ils sont donc plus enclins à l’obésité », explique Frank.

Et certains scientifiques pensent en outre que la nourriture sucrée provoque une situation de dépendance.

La bataille entre le très puissant lobby agro-alimentaire et ses opposants promet d’être rude. Le gouverneur du Connecticut, Jodi Rell, vient d’opposer son veto à une loi interdisant la vente de sucreries et de sodas dans les écoles publiques. Secoués par un vent de panique, les lobbyistes des multinationales s’emploient actuellement à miner les efforts des partisans d’une alimentation saine dans les écoles publiques à travers les États-Unis. 98 % des lycées et 43 % des écoles primaires disposent de distributeurs automatiques de boissons sucrées et certaines écoles perçoivent une commission sur les ventes.

L’American Heart Association compte plus de 50 multinationales alimentaires parmi ses contributeurs de fonds. Le conseil chargé de la nourriture et de la nutrition de l’Institute of medicine accepte des contributions de la part de M & M Mars et les journaux spécialisés dans la recherche nutritionnelle reçoivent le soutien financier de Coca-Cola, Gerber, Nestlé-Carnation et Slim-Fast.

Comment ne pas penser que la mission des institutions publiques chargées de la défense des citoyens n’a pas été dévoyée ?

D’après Natacha Saulnier

(Article paru dans l’édition du 25 juin 2005 de l’Humanité)