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Benoit XVI : théologie de la Libération

Ecrit le 11 juillet 2007

 LETTRE ouverte à BENOÎT XVI par Claude LACAILLE

Cette lettre, publiée dans la presse québécoise au moment du voyage du pape au Brésil au mois de mai, a été largement reçue dans les pays francophones et hispanophones, grâce notamment à internet. On l’a en revanche peu lue dans la presse française. Nous la publions, avec l’autorisation de l’auteur lequel s’avoue lui-même « surpris de son retentissement et ravi des débats qu’elle suscite ».

 Cher Benoit

« Je t’adresse cette lettre parce que j’ai besoin de communiquer avec le pasteur de l’Église catholique et qu’il n’existe aucun canal de communication pour te joindre. Je m’adresse à toi comme à un frère dans la foi et dans le sacerdoce puisque nous avons reçu en commun la mission d’annoncer l’Évangile de Jésus à toutes les nations.

Je suis prêtre missionnaire québécois depuis quarante-cinq ans ; je me suis engagé avec enthousiasme au service du Seigneur à l’ouverture du concile oecuménique de Vatican lI. J’ai été amené à faire un travail de proximité dans des milieux particulièrement pauvres : dans le quartier Bolosse à Port au-Prince sous François Duvalier, puis parmi les Quichuas en Équateur, et enfin dans un quartier ouvrier de Santiago, au Chili, sous la dictature de Pinochet.

À la lecture de l’Evangile de Jésus pendant mes études secondaires, j’ai été impressionné par la foule des pauvres et des éclopés de la vie dont s’entourait Jésus alors que les nombreux prêtres qui nous accompagnaient dans ce collège catholique ne nous parlaient que de morale sexuelle. J’avais 15 ans.

À bord de l’avion qui t’emmenait au Brésil, tu as, une fois de plus condamné la théologie de la libération comme un faux millénarisme et un mélange erroné entre Église et politique.
J’ai été profondément choqué et blessé par tes paroles. J’avais déjà lu et relu les deux instructions que l’ex-cardinal Ratzinger avait publiées à ce sujet. On y décrit un épouvantail qui ne représente en rien mon vécu et mes convictions. Je n’ai pas eu besoin de lire Karl Marx pour découvrir l’option pour les pauvres. La théologie de la libération, ce n’est pas une doctrine, une théorie ; c’est une manière de vivre l’Évangile dans la proximité et la solidarité avec les personnes exclues,appauvries.

Il est indécent de condamner ainsi publiquement des croyants qui ont consacré leur vie, et nous sommes des dizaines de milliers de laïcs, de religieuses, de religieux, de prêtres venus de partout à avoir suivi le même chemin.

Être disciple de Jésus, c’est l’imiter, le suivre, agir comme il a agi. Je ne comprends pas cet acharnement et ce harcèlement vis à vis de nous. Juste avant ton voyage au Brésil, tu as réduit au silence et congédié de l’enseignement catholique le père Jon Sobrino, théologien engagé et dévoué, compagnon des Jésuites martyrs du Solvackw et de M” Ramera. Cet homme de 70 ans a servi avec courage et humilité l’Eglise d’Amérique latine par son enseignement. Est-ce une hérésie de présenter Jésus comme un homme et d’en tirer les conséquences ?

 J’ai connu Pinochet

J’ai connu la dictature de Pinochet au Chili dans une Église vaillamment guidée par un pasteur exceptionnel, le cardinal Roûl Silva Henriquez. Sous sa gouverne, nous avons accompagné un peuple épouvanté, terrorisé par des militaires fascistes catholiques qui prétendaient défendre la civilisation chrétienne occidentale en torturant, en séquestrant, en faisant disparaître et en assassinant.

J’ai vécu ces années dans un quartier populaire particulièrement touché par la répression, la Bandera. Oui, j’ai caché des gens ; oui, j’en ai aidé à fuir le pays ; oui, j’ai aidé les gens à sauver leur peau ; oui, j’ai participé à des grèves de la faim. J’ai aussi consacré ces années à lire la Bible avec les gens des quartiers populaires. Des centaines de personnes ont découvert la parole de Dieu, et cela leur a permis de faire face à l’oppression avec foi et courage, convaincus que Dieu les accompagnait.

J’ai organisé des soupes populaires et des ateliers artisanaux pour permettre à d’anciens prisonniers politiques de retrouver leur place dans la société. J’ai recueilli les corps assassinés à la morgue et je leur ai donné une sépulture digne d’êtres humains. J’ai promu et défendu les droits de la personne au risque de mon intégrité physique et de ma vie.

Oui, la plupart des victimes de la dictature étaient des marxistes, et nous nous sommes faits proches parce que ces personnes étaient nos semblables. Et nous avons chanté et espéré ensemble la fin de cette ignominie. Nous avons rêvé ensemble de liberté. Qu’aurais-tu fait à ma place ? Pour lequel de ces péchés veux-tu me condamner, mon frère Benoît ?

Qu’est-ce qui t’indispose tellement dans cette pratique ? Est-ce si loin de ce que Jésus aurait fait dans les mêmes circonstances ? Comment penses-tu que je me sente lorsque j’entends tes condamnations répétées ? J’arrive comme toi à la fin de mon service ministériel et je m’attendrais à être traité avec plus de respect et d’affection de la part d’un pasteur. Mais tu me dis : « Tu n’as rien compris à l’Évangile. Tout cela, c’est du marxisme ! Tu es un naïf ! » N’y a-t-il pas là beaucoup d’arrogance ?

Je rentre du Chili, où j’ai revu mes amis du quartier après vingt-cinq ans ; en janvier dernier, ils ont été soixante-dix à m’accueillir. Ils m’ont accueilli fraternellement en me disant : « Tu as vécu avec nous, comme nous, tu nous as accompagnés durant les pires années de notre histoire. Tu as été solidaire et tu nous as aimés. C’est pourquoi nous t’aimons tant ! » Et ces mêmes travailleurs, ces mêmes travailleuses me disaient : « Nous avons été abandonnés par notre Église. Les prêtres sont retournés dans leurs temples ; ils ne partagent plus avec nous, ne vivent plus parmi nous. ».

Au Brésil, c’est la même réalité : pendant vingt-cinq ans, on a remplacé un épiscopat engagé auprès des paysans sans terre et des pauvres dans les favelas des grandes villes par des évêques conservateurs qui ont combattu et rejeté les milliers de communautés de base, où la foi se vivait au ras de la vie concrète.

Tout cela a provoqué un vide immense que les Églises évangéliques et pentecôtistes ont comblé : elles sont restées au milieu du peuple, et c’est par centaines de milliers que les catholiques passent à ces communautés.

Cher Benoît, je te supplie de changer ton regard. Tu n’as pas l’exclusivité du souffle divin ; toute la communauté ecclésiale est animée par l’esprit de Jésus. Je t’en prie, remets en questions tes condamnations ; tu seras bientôt jugé par le Seul autorisé à nous classer à droite ou à gauche, et tu sais autant que moi que c’est sur l’amour que notre jugement sera rendu.

Claude Lacaille

Benoit XVI : l’ouverture Lire ceci


Ecrit le 11 juin 2008

 Femmes excommuniées

En juin 2002, sept femmes, allemandes, autrichiennes et américaines ont été ordonnées prêtres au sein d’une communauté formée par un ancien prêtre catholique originaire d’Argentine, Romulo Antonio Braschi. Le Saint-Siège les a excommuniées par décret de la congrégation pour la doctrine de la foi dirigée en ce temps-là par le cardinal Joseph Ratzinger. (devenu pape, depuis). En septembre 2007, un groupe de Dominicains hollandais, faisant référence à la crise des vocations et à la pénurie sacramentelle qui pouvait en découler, exprima le souhait que soient ordonnés des hommes mariés, des homosexuels et des femmes.

Un décret du Vatican publié jeudi 29 mai, un décret menade d’excommunier immédiatement toute personne qui ordonnerait prêtre une femme. Toute femme ordonnée prêtre sera également excommuniée. Il ne parle pas des homosexuels.


Note du 16 juiin 2008 (d’après AFP)

 Benoît XVI remet en vigueur la communion à genoux

Après la réhabilitation de la messe « tridentine » en latin et la réapparition des aubes en dentelle, Benoît XVI a fait dimanche un pas supplémentaire dans le retour aux usages liturgiques anciens en distribuant la communion aux fidèles agenouillés sur un prie-dieu.

Ce retour à une pratique tombée en désuétude depuis une quarantaine d’années s’est fait durant une messe en plein air célébrée par le pape à Brindisi devant quelque 60.000 personnes.

Benoît XVI avait déjà procédé ainsi le 22 mai à la basilique St-Jean de Latran à Rome à l’occasion de sa précédente messe publique, mais l’événement avait eu moins de retentissement car le public était moins nombreux.

Les fidèles choisis pour recevoir la communion des mains du pape doivent donc désormais s’agenouiller devant lui sur un prie-dieu et accueillir l’hostie dans la bouche.

Depuis la réforme liturgique qui a suivi le concile Vatican II (1962-65), l’usage courant, moins intimidant, veut que les fidèles reçoivent l’hostie (un morceau de pain sans levain censé être « le corps du Christ ») debout et dans les mains, avant de la porter eux-mêmes à la bouche.

Ils pouvaient cependant toujours opter pour la réception de l’hostie dans la bouche, mais debout.

L’agenouillement, qui n’a jamais été interdit, restait cantonné aux paroisses traditionalistes.

En y recourant lui-même, Benoît XVI entend donner l’exemple à toute l’Eglise et surtout à son clergé.

« Nous, chrétiens, nous nous agenouillons seulement devant le Saint-Sacrement (l’hostie) parce que, en lui, nous savons et croyons être en présence de l’unique et vrai Dieu », avait-il dit le 22 mai.

« Je suis convaincu de l’urgence de donner à nouveau l’hostie aux fidèles directement dans la bouche, sans qu’ils la touchent » et « de revenir à la génuflexion au moment de la communion en signe de respect », avait-il ajouté.

Les modifications liturgiques introduites par Benoît XVI depuis plusieurs mois vont toutes dans le sens d’un retour à des usages que l’on croyait tombés en désuétude après le grand vent de réformes de Vatican II.