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Terrena

Coopérative agricole

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Ecrit le 18 février 2004

CANA + CAVAL + CGA = TERRENA
Une vieille dame abusée, trahie ?

Il était une fois, dans l’Ouest, trois coopératives agricoles, la CANA (fondée en 1932 ), la CAVAL (fondée en 1967) et la CGA (fondée en 1936).

La première est sortie, autrefois, du milieu agricole chrétien (MRJC, mouvement rural de la jeunesse chrétienne) et est proche de la Confédération Paysanne.

Les deux autres sont d’esprit plus « libéral », et proches de la FNSEA (fédération Nationale des syndicats d’exploitants agricoles), d’autant plus qu’elles regroupent surtout des céréaliers, et des viticulteurs, qui ne font pas partie des agriculteurs les plus novateurs.

E

CANA, CAVAL, CGA : ces structures, pour peser davantage sur le « marché » agricole, en éliminant toute concurrence entre elles, ont décidé de travailler en union à partir de janvier 2000, puis de fusionner (en décembre 2003) en une coopérative appelée « Terrena », dirigée par Benoît Lamy, ex-Président de la CAVAL et comprenant deux établissements (Terrena Atlantic, et Terrena Loire) et une coopérative (Terrena Poitou).

Terrena

Le nouveau groupe s’appuie sur 22 000 agriculteurs adhérents auxquels s’ajoutent les 3400 adhérents de Terrena Poitou. Le groupe rayonne donc sur 4 départements (Loire-Atlantique, Maine et Loire, Indre et Vienne) en « mordant » un peu sur les départements voisins.

Basé à Ancenis, le groupe Terrena compte 11 000 salariés répartis dans 160 sociétés (et 95 magasins ouverts au public).

Politique sociale : 30 ans en arrière

Tant qu’on en était à l’union libre entre CANA et CAVAL, tout se passait à peu près bien. A peu près seulement car les salariés se souviennent qu’ils ont dû faire grève le 17 juin 2002 quand la Direction a voulu leur imposer la convention collective « jardinerie » ce qui entraînait : perte du 13e mois, perte de la prime vacances, réduction de la prime d’ancienneté, obligation de travailler un dimanche sur deux, etc. C’était l’époque où le conseiller du Président disait ouvertement : « la Cana et la Caval n’ont pas la même culture, notamment en ce qui concerne les salariés ». Un exemple : la CANA réunissait ses salariés plusieurs fois par an. Venait qui voulait. La CAVAL réunissait ses salariés, une fois par an. Présence obligatoire et pointage. Dans le premier groupe (CANA), les salariés posaient des questions, émettaient des suggestions. Dans le second groupe (CAVAL) les salariés écoutaient la bonne parole.

Le rapprochement officiel en décembre 2003 s’est donc fait avec des réserves des salariés, réserves vite justifiées car la prise de pouvoir par les dirigeants de la CAVAL s’est traduite rapidement par des choses désagréables.

Par exemple, il n’y a plus qu’un salarié (au lieu de quatre) au Conseil d’Administration, et la valse des personnels de direction a commencé : mise au placard voire licenciements du directeur financier, du directeur de transformation de la viande rouge, de responsables d’activités. Tous de la CANA évidemment. La direction a même évoqué une « faute grave » pour un directeur de secteur qui, pourtant, travaille depuis plus 20 ans dans l’entreprise et est connu pour sa créativité et sa force de travail.

Cette fois les salariés se sont rebellés, le 2 février 2004 il y avait 100 grévistes, le lendemain 300 puis 500 le 4 février et il était prévu un débrayage des salariés des filiales le 5 février ce qui aurait mis 1000 salariés dans la rue. Finalement le cadre été réintégré, du moins provisoirement. Chose symptomatique : seuls les salariés de l’ex-CANA ont fait grève. La Direction a fait pression sur les salariés de l’ex CAVAL pour qu’ils ne bougent pas. Ils n’ont pas bougé (sauf quelques exceptions).

La valse continue : le 3 février 2004, lors d’un conseil d’administration, devait se faire le remplacement du directeur général, issu lui aussi de la CANA, sans que cela soit annoncé auparavant. Les élus du Comité d’Entreprise de l’ex-CANA ont dénoncé « une véritable tromperie à l’égard des délégués à l’Assemblée Générale CANA, qu’ils soient salariés ou agriculteurs ». Le départ en bloc des administrateurs CANA a empêché la chose mais ce n’est que partie remise. « Rigolo » : le remplaçant, du directeur général, était déjà dans le couloir menant à la salle du Conseil. Il devra attendre un peu.

Parité ou domination

Lors de la fusion, la parité était promise, c’est plutôt une situation de domination qui se produit et provoque un malaise. En effet, le conseil d’administration de Terrena se compose de 29 membres : 14 de la CANA et 14 de la CAVAL et un directeur qui se trouve être Benoît Lamy, ex-directeur de la ... CAVAL.

Les salariés de la CANA découvrent alors avec horreur que la fusion entre les deux groupes ne s’est réalisée que sur des banalités, et que « le fonctionnement s’apparente à une fédération de PME dont l’unique objet est la rentabilité financière » comme dit La Lettre API (lettre économique) du 7 février 2004. Ils n’hésitent pas à parler de TRAHISON . « On nous a menti sur la mise en œuvre et les conséquences de la fusion. On n’a pris en compte ni l’intérêt des agriculteurs ni celui des salariés ».

Cadres et salariés manifestent alors leur inquiétude et un groupe de cadres, qui se dit « soucieux d’un projet constructif et harmonieux », constate « un bouleversement total des relations sociales ».

Ce groupe de cadres explique que la CANA pratiquait plutôt le « management participatif, dans une vision moderne de la relation entre dirigeants (agriculteurs ou cadres) et salariés » et qu’en revanche, la CAVAL aurait plutôt « des pratiques d’un autre âge : intimidation, relation autoritaire voire autocratique, souvent paternaliste, négation de l’autonomie et de la capacité d’innovation qui sont porteuses de richesse et d’intelligence de décision ».

Pour les salariés (de l’ex-CANA) il s’agit d’un recul social de 30 ans (ce qui est bien dans l’air du temps)
Le devenir

Derrière ce qui est visible (la pratique vis-à-vis des salariés), il y a un débat de fond : le devenir de l’entreprise.

La partie CANA a plutôt l’esprit « développement durable » : ancrage dans un territoire, écoute des attentes des agriculteurs mais aussi des consommateurs (qualité, sécurité alimentaire), protection de l’environnement. Bien sûr la CANA n’est plus ce qu’elle était au début, elle a eu tendance à devenir un groupe industriel comme les autres, mais il reste quelque chose de l’esprit des fondateurs.

La CAVAL a, dès le début, centré le projet de rapprochement sur la nécessité de diminuer les charges en restructurant, pour améliorer les ratios financiers, la compétitivité commerciale de la coopérative.

Les salariés ne remettent pas en cause la nécessaire adaptation de l’entreprise à l’évolution de l’agriculture, mais ils pensent que le projet d’un groupe coopératif ne peut se limiter à des enjeux financiers (ou alors il n’a de coopératif que le nom) et qu’il y a opposition entre un projet ancré sur les valeurs de la coopération et de l’économie sociale (porté par les anciens dirigeants de la CANA) et un projet capitaliste et financier défendu par le président actuel et les administrateurs issus de la CAVAL.

Ils se demandent, dans ces conditions, si le contrat de mariage a été bien pensé, ou si l’on ne s’achemine pas vers un divorce.

Divorce impossible : on ne sépare pas ce qui vient d’être uni. Il y a donc déchirement, la partie CAVAL s’efforçant d’éliminer les anciens dirigeants de la CANA, quitte à tenir des propos du genre « il nous faut des hommes neufs » alors que, dans le même temps, le nouveau Président de Terrena (ancien président de la CAVAL) a retenu, comme conseiller spécial, l’ancien directeur de la CAVAL qui a largement dépassé l’âge de la retraite. L’image que donne Terrena en est brouillée, ternie, ce que pointent les salariés : « les profondes divergences qui affectent les instances dirigeantes de Terrena [risquent de mener à] la perte de crédibilité du groupe auprès des banques, des fournisseurs et des clients ». « Les délégués continuent à croire au bien-fondé du principe de la fusion mais ne peuvent accepter que celle-ci soit l’objet de luttes de pouvoir qui menacent l’avenir de l’entreprise »

A propos, qu’en pensent les agriculteurs fondateurs de la CANA ? :

« Quand nous avons fait la CANA, nous avons fait en sorte d’associer le personnel car, souvent, la transformation du produit apporte une plus value importante. Le personnel a été encouragé dans ses initiatives et dans sa créativité. Tout est en train de changer ».

« Au fil du temps, la CANA a pris le virage libéral. Terrena a accentué les choses et nous nous trouvons maintenant devant un groupe dirigé par des techniciens, qui savent compter, dans le sens des intérêts financiers, pas dans le sens des hommes. C’est l’entreprise qui passe avant les producteurs et les salariés ».

« Les producteurs (agriculteurs) ne vont plus être écoutés. Ils n’ont déjà plus de garantie de prix pour leurs produits. Le groupe Terrena est la plus grosse structure de transformation et de distribution en France, mais les centres de décision s’éloignent de la base. Les agriculteurs ne retrouvent plus l’esprit coopératif : ils ont le sentiment d’avoir en face d’eux un groupe industriel comme les autres »

« La technostructure qui gouverne le groupe, ne connaît plus que la rentabilité. Pour elle, les hommes sont une nécessité, mais les machines ont l’avantage de pouvoir travailler plus longtemps » (et sans revendiquer !).

« Avec ce regroupement, on nous avait dit que tout serait formidable, mais nous savons bien que ce type d’opération engendre des dégâts d’emploi pour tous les travailleurs (salariés et agriculteurs) ».

Bref, du côté des agriculteurs, comme du côté des salariés, le sentiment est celui d’un « grand écart » entre les promesses et la réalité.

Trahison

Du côté de la CANA l’amertume est forte. Innocemment, la CANA a joué l’union à 50-50, en minorant ses actifs : la valeur d’usage de ses bâtiments et surtout la valeur de son fonds de commerce (c’est-à-dire de ses clients, trois à quatre fois plus nombreux que ceux de la CAVAL). De ce fait, c’est essentiellement l’apport de capitaux qui a compté. Or la CANA (qui a fait de nombreux investissements : magasins, abattoirs, ateliers de transformation) a un apport financier inférieur à celui de la CAVAL (qui a préféré thésauriser).

C’est sur cette différence financière, qui induit une différence de projet d’entreprise, que s’appuie la lutte de pouvoir actuelle.

De plus, le nouveau directeur de Terrena, formé aux USA, et qui se dit ami du premier ministre Jean-Pierre Raffarin, n’a aucun état d’âme : c’est le business d’abord. Les hommes, qu’ils soient cadres ou ouvriers, salariés ou producteurs, ne sont que les instruments d’une plus forte rentabilité. Ca passe ou ça casse ?

Apparemment, ça casse puisque tous les responsables de zone agricole, issus de la CANA, des gens de 50 ans qui sont responsables de 20-25 personnes, sont obligés de passer un entretien de motivation et d’envoyer un CV, en sachant que 20 d’entre eux, sur 60, devront prendre la porte.

Dans les quelque 95 magasins de l’ex-CANA (Gamm Vert de Châteaubriant, Blain, Bain de Bretagne ; espaces Terrena de Rougé, St Julien, Moisdon, Issé, etc) les salariés de base s’inquiètent : « Qui va-t-on nommer comme directeur ? Aura-t-il mission d’appliquer un management à l’américaine ? ». Bref, l’ambiance de travail est très dégradée .... La vieille dame CANA a-t-elle été abusée ?

BP  


Ecrit le 10 mars 2004 :

Terrena et langue de bois

Le groupe Terrena (issu de la fusion-absorption de la Coopérative Cana par la CAVAL) a tenu un conseil d’administration le 17 février qui a décidé de recruter, en externe, un directeur général. Un nouveau conseil d’administration a eu lieu le 3 mars pour désigner M. Pascal LEBEAU, 55 ans, venu du groupe CECAB.

Le directeur actuel Jacques HUBERT, « assurera dans une première phase la transition des principaux dossiers et se verra ensuite confier une mission opérationnelle sur Terrena Viande, ainsi qu’une mission transversale sur les démarches qualité de l’exploitation agricole au client final ».

Ainsi le nouveau président de Terrena, M. Benoît Lamy est arrivé à ses fins et l’esprit Cana va tendre à disparaître de plus en plus.

On admirera au moins le vocabulaire : une mission opérationnelle, une mission transversale, cela ne peut que séduire le client final....


Ecrit le 3 juin 2004 :

Terrena : rentabilité à tout prix

Le groupe Terrena (né de la fusion de la coopérative CANA, avec la CAVAL) a présenté ses comptes, lundi 24 mai à Ancenis : il tente, enfin, de montrer quelques signes de transparence, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour un groupe coopératif (une première à ce niveau !).

Au-delà des belles paroles et d’un discours bien policé et rassurant, les président, vice-président et directeur général annoncent entre les lignes une évolution à venir de Terrena assez « décoiffante ».

Où il est question de réduire d’ici à trois ans 10 % à 15 % des charges du groupe (autrement dit, sur le personnel), où chaque exploitation (en particulier laitières, très nombreuses dans le coin) doit dégager la meilleure productivité possible, où la coopérative envisage de transformer à l’avenir des matières premières qui ne seront pas forcément produites par ses adhérents afin de faire face à la mondialisation (le comble pour une coop !)...

L’enjeu rappelé par le président Benoît Lamy : « Que l’ensemble des maillons soient rentables ». Et les autres, on en fait quoi ?


Ecrit le 30 juin 2004 :

Une salariée gagne aux Prud’hommes

Rires : une salariée a gagné contre le puissant groupe Terrena, issu de la fusion de la CANA et de la CAVAL. Lors de cette fusion, la salariée, cadre depuis une trentaine d’années, s’est trouvée mise sur la touche. L’entreprise lui a proposé un « habillage » déguisant le licenciement en départ volontaire, pour éviter d’avoir à payer le prix fixé par le Code du Travail. La salariée a refusé. L’entreprise l’a licenciée pour faute grave : « refus d’évolution de ses tâches et missions. ».

Selon Ouest-France du 23 juin 2004, le Conseil des Prud’hommes constate que « la Caval s’est dérobée et a refusé de fournir les justifications de la fusion entre la Caval et la Cana. Notamment sur le fait que, la réorganisation ayant porté sur plus de dix personnes, elle ouvrait droit à un plan social que la coopérative s’est bien gardée de mettre en œuvre. ». Le jugement du 18 juin 2004 estime qu’il y a eu licenciement à tort et ordonné la réintégration de la salariée, sous astreinte de 200 € par jour de retard. La coopérative doit aussi fournir, sous astreinte de 100 € par jour, les documents sur la création de Terrena et « la nouvelle organisation créant de nouvelles fonctions destinées à mieux répondre aux exigences économiques. »


Ecrit le 30 juin 2004 :

Une salariée gagne aux Prud’hommes

Rires : une salariée a gagné contre le puissant groupe Terrena, issu de la fusion de la CANA et de la CAVAL. Lors de cette fusion, la salariée, cadre depuis une trentaine d’années, s’est trouvée mise sur la touche. L’entreprise lui a proposé un « habillage » déguisant le licenciement en départ volontaire, pour éviter d’avoir à payer le prix fixé par le Code du Travail. La salariée a refusé. L’entreprise l’a licenciée pour faute grave : « refus d’évolution de ses tâches et missions. ».

Selon Ouest-France du 23 juin 2004, le Conseil des Prud’hommes constate que « la Caval s’est dérobée et a refusé de fournir les justifications de la fusion entre la Caval et la Cana. Notamment sur le fait que, la réorganisation ayant porté sur plus de dix personnes, elle ouvrait droit à un plan social que la coopérative s’est bien gardée de mettre en œuvre. ». Le jugement du 18 juin 2004 estime qu’il y a eu licenciement à tort et ordonné la réintégration de la salariée, sous astreinte de 200 € par jour de retard. La coopérative doit aussi fournir, sous astreinte de 100 € par jour, les documents sur la création de Terrena et « la nouvelle organisation créant de nouvelles fonctions destinées à mieux répondre aux exigences économiques. »


Ecrit le 13 juillet 2005

Terrena : Hubert Garaud

La Mée a expliqué comment deux coopératives agricoles, la CANA et la CAVAL se sont réunies pour faire le groupe « Terrena » (relire ci-dessus au 18.02.2004).

Le président Benoit Lamy, contesté dès le départ, a fini par démissionner en juin 2005. Le nouveau président est Hubert Garaud, de Lusanger. Son rôle ne va pas être facile notamment parce que la Confédération paysanne pose la question de « la place et du rôle d’une coopérative dans l’évolution de l’agriculture » et demande « le respect des producteurs ». IL arrive même que des agriculteurs ressent la coopérative comme un ennemi !

« Il y a des préjugés et de grandes méconnaissances de la situation des agriculteurs » dit un communiqué de la Confédération en date du 8 juillet 2005.

« Les 18 premiers mois de la coopérative Terrena n’ont pas permis de répondre à ces questions. » : la Confédération demande que s’engage la réflexion nécessaire sinon « une nouvelle crise pourrait être fatale au projet ».

Terrena et les OGM