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Lait - crise - un verre pour les p’tits Chinois

Ecrit le 3 juin 2009

Pay

Mardi 26 mai à la nuit tombée : dans le vaste hangar de la laiterie de Derval une salle de réunion a été improvisée entre des murailles de briques de lait. Tout un symbole : des producteurs de lait sont venus apporter un soutien officiel aux salariés en lutte pour conserver la laiterie à Derval. La réunion est à l’initiative   de la Confédération Paysanne mais une dizaine de participants de la FNSEA précisent : « Nous n’appartenons pas tous à votre syndicat, mais nous sommes tous solidaires des salariés ».

« Ce qui se passe à la laiterie se passe de même dans le monde agricole. On nous pousse à être de plus en plus gros, en faisant miroiter des profits qui, de toutes façons, ne seront pas pour nous » dit Dominique Lebreton.

Michel Moreau, délégué au Comité d’entreprise de la laiterie, explique :

« nous avons une usine rentable, mais le rapport d’expertise comptable montre que le groupe Bongrain nous impute des charges du groupe.

Nous avons une usine performante : c’est nous qui sommes médailles d’or de la production de crème. Nous avons un savoir-faire que les autres usines du groupe n’ont pas.

Nous avons une usine viable : nous avons des bâtiments de bonne qualité, mieux qu’à Cesson-Sévigné. Nous avons une chaudière neuve et une station d’épuration. Nous sommes aux normes. Nous recyclons 95 % de nos déchets.

Et de plus, malgré l’annonce de la fermeture, nous tournons à pleins tubes ! »

Cinq ans et Bain … ?

Les salariés ont une certitude : le groupe Bongrain veut fermer cette usine à tout prix, la vider avant de chercher un repreneur. En sachant qu’il existe une clause de non-concurrence : impossible de recréer une laiterie dans ces équipements, pendant une période de 5 ans ! Les bâtiments serviront peut-être de plateforme de stockage ….

En même temps on entend dire que le groupe Bongrain (ou un de ses satellites) aurait retenu 40 hectares du côté de Bain de Bretagne. Si c’est vrai, cela éclaire la stratégie que l’on voit partout : licencier ici pour embaucher là, en triant les salariés pour éliminer ceux qui sont capables de revendiquer, et en supprimant tous les avantages acquis. C’est là une stratégie mondiale, la revanche du grand capitalisme contre ces besogneux de salariés qui ont besoin de leur salaire pour subsister !

On ne discute plus

Entre les grands patrons qui ont une stratégie économique (= faire le plus de profits possible) et les salariés qui défendent leur subsistance, les discussions se font toujours plus difficiles. « Le patron ne veut plus venir à Derval, il nous convoque à Paris. Nous avons réussi à ce qu’il vienne plus près : une rencontre a eu lieu sur le port de Nantes le 27 mai. Les salariés y sont descendus nombreux. La discussion tourne actuellement sur les indemnités financières à accorder aux licenciés » explique Michel Moreau.

Territoire

Mais les meilleures indemnités du monde ne résoudront pas les problèmes locaux. « On nous propose de partir travailler ailleurs, loin. Cela signifie la perte de l’emploi du conjoint, la nécessité de reconstruire un logement ».

Cela signifie aussi une perte de compétitivité du territoire. « La Com’Com’   de Derval va perdre 53 % de sa taxe professionnelle, il y aura donc moins de services à la population. Le territoire sera moins attractif, les grosses entreprises refuseront de s’y installer, il y aura perte d’emplois pour tout le monde ».

Les producteurs de lait, présents, disent qu’ils se sont renseignés sur la possibilité d’acheter la laiterie de Derval. Mais la clause de non concurrence est rédhibitoire. « Et puis, produire du lait UHT et de la crème, ce serait faisable, mais le problème est de commercialiser ensuite et les grands groupes laitiers ne nous laisseront pas faire. Nous sommes en face d’un rouleur compresseur » dit Loïc Bothamy.

Collecte ou pas collecte ?

La Confédération Paysanne, lors de cette réunion à Derval, a alerté les producteurs locaux sur la précarité de leur situation : « Le groupe Bongrain a cédé à Coralis un volume de lait, mais, par rapport à vous, il y a vice de forme, rupture de contrat sans que vous ayez été prévenus ». Pour la suite, c’est l’incertitude totale : Coralis a acheté le volume de lait mais n’a aucune obligation de poursuivre la collecte. Que va-t-il donc se passer à partir du 1er juin ?

Développement durable

Les agriculteurs, peu à peu adeptes du développement durable, comprennent la situation : « Il n’y aura plus rien entre Châteaubriant et Redon. Il y aura augmentation des coûts de collecte du lait, augmentation des dépenses de carburant, augmentation de la pollution » dit Dominique Lebreton.

« Nous avons le sentiment qu’on privilégie les exploitations agricoles faciles à collecter : celles qui seront à proximité des 4-voies. Tous les éleveurs qui seront au fin fond d’un village seront mis de côté, poussés à disparaître » dit Bruno Debray.

La crise du lait

Dans une deuxième partie de réunion les producteurs ont discuté de la crise du lait. Sous deux aspects : la surproduction et le prix. Problèmes liés d’ailleurs, comme le dit si bien Robert Brzusczac, directeur général délégué du groupe Bongrain, dans Ouest-France du 23 mai : « Le moindre petit manque de lait sur le marché fait s’envoler les cours des produits industriels. À l’inverse, lorsque la production mondiale est supérieure de 0,5 % à la demande, les prix payés sont divisés par trois ! Producteurs et transformateurs ont besoin d’une meilleure stabilité des prix ».

Pour cette stabilité, les producteurs unanimes réclament le maintien des quotas laitiers (il en est de même en Allemagne d’ailleurs). Mais la commission européenne et en particulier la commissaire Mariann Fischer Boel n’en veulent plus. « L’abolition du régime des quotas constitue pour le long terme, le scénario le plus prometteur pour le secteur laitier de l’Union », a déclaré Mariann Fischer Boel le 12 novembre 2006 : la nécessaire suppression des quotas pour s’orienter vers un régime laitier plus libéral. Depuis cette date les quotas de production du lait ont été augmentés, et les prix s’effondrent et les agriculteurs avec. Mais cela ne gêne pas Mme Fischer Boel qui, le 30 décembre 2006, affirmait que les agriculteurs devront se trouver un travail d’appoint hors de la ferme !

Du lait pour les Chinois ?

« On nous a dit : avec le développement des niveaux de vie, les petits Chinois vont consommer davantage de lait. Il y aura des débouchés pour nous » explique Dominique Lebreton. Les agriculteurs se souviennent de quelle façon ils bloquaient les camions de produits agricoles venant d’Espagne ou d’Italie qui concurrençaient les produits français. « Et nous irions maintenant noyer les Chinois avec notre lait ? » dit Jean François Guitton. Face à la surproduction laitière, les agriculteurs souhaitent le maintien des quotas et un prix garanti.

Les industriels laitiers souhaitent aussi un prix garanti. Mais très bas. « Un prix moyen annuel à 260-270 € les 1000 litres, les exploitations modernisées devraient pouvoir tenir le choc » affirme Bongrain. L’expérience prouve au contraire qu’il faut 305 à 310 € les 1000 litres pour s’en tirer, y compris dans les grosses exploitations très modernes, car le prix des machines est excessif. « Paradoxalement, ce sont les petites exploitations qui produisent au plus bas prix, mais celles-là sont condamnées à disparaître » dit Dominique Lebreton. « 20 à 25 % des producteurs de porcs sont endettés à 100 %. De ce fait, dès que les prix baissent ces agriculteurs sont éliminés. Il ne faudrait pas en arriver là pour les producteurs de lait ».

« Le marché est très mauvais, on rentre dans la précarité, tout a été mis en place pour isoler les producteurs : chacun ses aides de la PAC, chacun ses DPU. Nous sommes désormais fragilisés, il n’y a plus de réseau d’agriculteurs, plus de solidarité » dit Patrick Baron. Certains producteurs de lait sont démoralisés. « Nous sommes comme les salariés : on peut nous larguer du jour au lendemain ! On se croit producteurs indépendants, mais on est ligotés par les industriels laitiers, au nom d’impératifs financiers ».

« Il faut une politique laitière à l’échelle de l’Europe, pour maîtriser la production, c’est-à-dire pour s‘adapter au marché. Si nous faisions moins de lait, nous gagnertions mieux notre croûte. Pourquoi nous impose-t-on de vendre à perte ? » dit J.François Guitton. « Faut-il proposer de nourrir nos animaux avec de la poudre de lait ? ». Des agriculteurs sont réduits actuellement à jeter le lait dans les fossés !

 Contractualisation

Les producteurs de lait souhaitent des prix garantis, négociés sur une longue période au niveau européen. Les industriels laitiers sont disposés à proposer une contractualisation. « Mais sous la forme proposée, nous n’en voulons pas » dit Dominique Lebreton. « On nous propose des contrats individuels et une fois de plus on se fera bouffer les uns après les autres. Si vraiment il doit y avoir contractualisation, il faut que ce soit collectivement ! ».

 Conclusion

Conclusion ? Il n’y a pas de conclusion ! « Fischer a demandé d’augmenter les quotas, et ça nous met à genoux. Nous ne nous connaissons pas les uns les autres, nous avons perdu tous nos réseaux de solidarité, c’est le sauve qui peut ». Les agriculteurs manifestent, certes, mais cela ressemble à un combat d’arrière garde face à une politique européenne qui écrase les uns et les autres au profit du libéralisme, au profit de quelques-uns qui s’en sortent très très bien.

Qui a le pouvoir de modifier cette politique européenne ? Les parlementaires européens semblent peu au courant des difficultés et sans prise réelle sur les décisions prises en conseil des ministres, sur des critères économiques qui n’ont rien à voir avec la nécessité de nourrir les hommes en permettant aux agriculteurs de vivre.

Il reste donc la tentation du désespoir, des manifs violentes masquant les détresses individuelles. Mais qui proposera une solution ? Qui réussira à l’imposer ?

Le capitalisme est en crise, mondiale, mais les idées n’ont pas changé : les décisions prises au niveau mondial visent à restaurer ce capitalisme destructeur des hommes et des femmes.

 

B.Poiraud

 


Ecrit le 24 juin 2009

 Lait : les producteurs manifestent toujours

Les paies de lait du mois de mai arrivent ces jours-ci dans les exploitations agricoles à un niveau de rémunération dramatiquement bas : autour de 210 ou 220 € les 1000 litres, alors que les producteurs estiment qu’il leur faut 305 € pour vivre.

Le mécontentement des producteurs de lait s’étend en Loire-Atlantique. Les producteurs ont manifesté encore à Nantes le 19 juin pour alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de maîtriser la production laitière.

Pour que les producteurs de lait puissent vivre de leur métier, la Confédération Paysanne demande une réouverture des négociations sur le prix du lait, l’accord du 3 juin négocié par le syndicat agricole majoritaire (FNSEA) étant inacceptable !

Contact Jean-François Guitton : 06 98 90 46 04

 Syndicat voyou

Le député Ducoin, qu’on ne voit jamais prendre position au moment d’un conflit, s’est réjoui de l’accord signé le 3 juin 2009 entre le ministre Barnier et la FNSEA fixant le prix du lait à 280 € les mille litres.

Patatras ! Cet accord met en colère tous les producteurs de lait, y compris ses amis de … la FNSEA.
Pour faire oublier ce mauvais accord, ce syndicat incite ses adhérents à manifester contre les marges des grandes surfaces commerciales. Ce faisant, la FNSEA évite de demander la baisse des quotas laitiers et la maîtrise de la production laitière.

Quand la crise du lait sera passée, momentanément, l’absence de maîtrise de la production conduira à la disparition des plus petits producteurs.

Une mauvaise façon d’assainir le marché !

Le Conseil Général soutient les producteurs de lait

Le Président se répépète : http://www.youtube.com/watch?v=I3mdpuduAPc