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Le Sire de ces lieux

Tous à la tinoire !
Les voeux du sire-de-ces-lieux
Le sire-de-ces-lieux s’ouvre au monde
Le sire-de-ces-lieux et le crottin d’or
Le sire-de-ces-lieux, en campagne
Des chevaux et des carrioles

21 décembre 2005 :

Voici la première apparition du Sire-de-ces-lieux.

Ce récit est un conte de Noël destiné à tous, petits et grands.

 Avertissement

Toute ressemblance avec des faits réels ou des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et indé- pendante de notre volonté.

 Schwarzschloss

Schwarzschloss était une petite bourgade tranquille. Les gens y vivaient bien. Enfin, c’était l’image qu’on pouvait s’en faire. Certains disaient même que les Schwarz-schlossiens étaient benaises. Tous les habitants de la bourgade n’étaient pas d’accord avec ce qualificatif mais il s’agissait d’une minorité pas contente, toujours prête à critiquer et surtout tout ce qui concernait le Sire-de-ces-lieux.

Ce dernier était pourtant aimable, cordial, présentable et se promenait dans un joli carrosse noir. Il tenait son bourg d’une main de maître et tenait à tout gérer, ce qui n’est pas forcément un défaut quand c’est bien fait.

Un de ces petits défauts qui le tra-cassaient tout de même était qu’il souffrait d’une surdité sélective : en fait, dès qu’on lui adressait une critique, il ne l’entendait pas. Il avait consulté son médecin qui lui avait dit : - Messire, je crois que vous souffrez d’une surdité sélective, vous n’entendez pas la critique...

Mais le Sire-de-ces-lieux n’avait pas compris et il n’avait plus cherché à comprendre et puis ce n’était pas si grave que cela. Il avait décidé que quand on lui adressait la parole et qu’il ne comprenait pas, il ferait oui-oui de la tête et continuerait sur sa lancée, ce qui fonctionnait très bien !

 Eclair au café

Un jour, au réveil, le Sire-de-ces-lieux eut un éclair qui lui traversa l’esprit entre sa biscotte au beurre et le café :

– Mais bon sang, se dit-il, cela doit faire bien longtemps que je n’ai pas réuni le conseil du bourg pour les informer des grands travaux que j’ai mis en place et des surprises que je leur ai préparées.

Car Noël approchait et tout le bourg luisait déjà de mille feux. Rien n’obligeait le Sire-de-ces-lieux à annoncer toutes ces bonnes nouvelles au conseil mais il aimait bien que sa cour le flattât de temps en temps. Le Sire-de-ces-lieux contacta donc son bateleur préféré pour annoncer la grande nouvelle. La joie se lisait sur le visage du peuple, à part chez les quelques irréductibles opposants qui faisaient courir le bruit que le Sire allait encore se faire mousser en annonçant du Tapaloeil. Le Tapaloeil était un grand jeu gratuit où tout le monde pouvait gagner s’il participait, mais le nombre de gens à gagner était si faible que l’organisateur était le seul à se remplir les fouilles.

Mais heureusement ou malheureusement, plus personne n’écoutait les pseudo-révolutionnaires quand ils critiquaient le Sire-de-ces-lieux. Seuls quelques-uns d’entre eux avaient réussi à s’infiltrer dans le conseil du bourg mais le Sire-de-ces-lieux, du fait de sa surdité très sélective, n’entendait de toute façon pas ce qu’ils disaient.

Le grand soir arriva. La salle du conseil était bondée une heure en avance. Le Sire-de-ces-lieux entra suivi de sa cour. Les quelques irréductibles étaient déjà calés dans leurs sièges prêts à sortir de leurs gonds (les irréductibles, pas les sièges ...).

 Applause

Le Sire-de-ces-lieux ouvrit la présentation :
– Pour la Noël cette année, je vous ai mis plus d’illuminations...

Il aimait bien faire de longues pauses entre ses phrases pour laisser l’occasion à sa cour de réagir. Celle-ci, fort heureuse ce jour, applaudit.

– Pour le boulinge (NDLR : le boulinge était un jeu très en vogue dans cette contrée où les joueurs lançaient de grosses boules contre des quilles afin de les faire tomber toutes le plus rapidement possible) derrière le palais, j’ai installé une nouvelle ventilation, elle est actionnée par deux braves hommes qui sont cachés derrière les pistes et qui pédalent en permanence. Deux nouveaux emplois de qualité dans notre bourg...

Applaudissements nourris sauf de la part des irréductibles qui commençaient à ruminer fortement sur leurs sièges prêts à sortir de leurs gonds.

– Et chers cobourgiens (NDLR : aujourd’hui nous dirions concitoyens), pour la Noël, je vous ai préparé une surprise.

En plus des amuseurs habituels, troubadours, conteurs qui enchantent nos rues à cette période, je vous installe une tinoire derrière le palais ...

Et là, flop, grand silence.
Une tinoire, jamais personne n’avait entendu parler de cette chose. Le Sire-de-ces-lieux commença à s’inquiéter au bout de dix longues secondes et regarda son plus fidèle conseiller. Il lui demanda de s’approcher :

– Qu’est-ce qui se passe ? Vous m’aviez bien dit que tout le monde sauterait de joie quand j’annoncerais cette heureuse nouvelle, non ?!

– Oui, Messire. Mais on ne dit pas tinoire, mais patinoire.

– Comment, excusez-moi, je ne comprends pas.

– On ne dit pas tinoire, mais patinoire.

– Je ne comprends rien.

 Tins, tins

Tiens, se dit le conseiller, sa surdité sélective s’aggrave. Mais le Sire-de-ces-lieux voulait enchaîner, il commençait à être gêné par ce blanc qui montait en neige, voire en glace et il sentait le froid lui monter aux joues.

– 1, 2, 3, p’tit bonhomme de bois, chantonna-t-il pour lui-même. C’était sa manière à lui de se lancer dans les moments importants.

– Mais oui, vous savez : une tinoire : un truc sur lequel on glisse avec des tins.

Le conseiller s’approcha rapidement et souffla dans l’oreille de son Sire :

– Pas tins, mais patins.

Mais heureusement pour le Sire-de-ces-lieux, quelques esprits vifs étaient présents et avaient commencé à applaudir et à faire passer la bonne nouvelle en corrigeant les dires du Sire.

Ce dernier sentit la chaleur lui remonter aux joues et put lancer sa conclusion :

– Pour la Noël, tous à la tinoire !

 Morale de l’histoire

Une surdité sélective n’est pas forcément très grave mais mal soignée, elle peut entraîner de terribles incompréhensions voire des méprises dures à rattraper... surtout quand elles glissent toutes seules. Certains mauvais esprits, mais nous ne sommes pas de ceux-là, affirment même que la gente dirigeante serait la première touchée par ce mal . De grandes études sont actuellement en cours à ce sujet. Nous vous tiendrons bien sûr au courant. Joyeux Noël ! ! !


Ecrit le 18 janvier 2006

 Les voeux du sire de ces lieux

Avertissement : comme la dernière fois, vous connaissez le refrain. Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et totalement indépendante de notre volonté.

 Sueurs froides

Comme chaque début d’année, le Sire-de-ces-Lieux se réveilla en sursaut après avoir fait un cauchemar. Cela faisait des années que ce rêve revenait à la même époque. Il se trouvait sous les halles où il distribuait ses bons voeux de Sire à la population. La salle était remplie à ras-bord comme à l’habitude. Il commençait son discours, le même à chaque fois et tout à coup, il entendait un petit rire sarcastique derrière lui. Il se retournait, voyait une espèce de petit lutin perfide qui sautait dans tous les sens en riant et mangeant ses crottes de nez en même temps. Le lutin s’arrêtait tout à coup, se plantait bien en face de lui et lui jetait son fiel au visage : « Sire, un jour tu ne seras plus Sire et ça me fera rire, Sire... » . Et il répétait cette phrase à l’infini en reprenant ses bonds désordonnés. Au bout d’un temps infiniment long, le lutin disparaissait en riant. Alors, le Sire se retournait et il n’y avait plus personne sous les halles...

C’était toujours à ce moment-là qu’il se réveillait, en sueur et livide comme son drap du dessus. Il s’en était ouvert auprès de son médecin qui lui avait demandé s’il avait peur des lutins. « Les lutins, ça n’existe pas, c’est tout juste bon pour faire peur aux enfants, avait dit le Sire-de-ces-Lieux.
– Peut-être avez-vous peur de votre esprit d’enfant qui est enfoui en vous ? avait dit le médecin. »

Mais le Sire-de-ces-Lieux n’avait pas entendu car souvenez-vous, il souffrait de surdité sélective (voir Tous à la Tinoire du 21 Décembre 2005).

Il espérait chaque année que ce cauchemar disparaîtrait mais ce n’était pas le cas.

Pour cette nouvelle année, il décida une nouvelle fois pour conjurer le sort d’organiser une grand’messe des voeux sous les halles. Il convoqua donc son fidèle bateleur en lui donnant un texte tout prêt à dire le jour de marché. Le bateleur était un personnage sympathique très apprécié de la population locale. Il allait de droite et de gauche annoncer les bonnes et mauvaises nouvelles en ayant toujours un mot gentil pour chacun. Son seul défaut était d’accepter parfois trop facilement les verres qu’on lui offrait.

Pour le jour de marché et cette annonce des voeux, le bateleur s’était préparé spécialement. Il avait répété son texte jusqu’à ce qu’il soit dit à la perfection. Mais ce jour de marché fut terrible pour lui. Avant d’annoncer la cérémonie des voeux, il dut aller annoncer une bonne nouvelle et une mauvaise à deux familles du bourg. La première, il la fêta avec la famille heureuse, la seconde, il la noya avec la famille chagrine.

 Aïeu ...

Du coup, lorsqu’il arriva sur son estrade pour annoncer les voeux du Sire-de-ces-Lieux, il n’était plus en pleine possession de ses moyens. Il le sentait mais se disait qu’en respirant un bon coup, ça passerait et puis d’abord, il l’avait tellement répété qu’il ne risquait rien. Il se lança donc : d’abord un long roulement de tambour pour capter l’attention puis :
« Pour la nouvelle année, les vieux du Sire-de-ces-Leux auront creux sous les ...aïe (dit-il plus bas). »

Il se reprit donc, une grande bouffée d’air frais, un roulement de tambour et :
« Les pieux du Lyre de ces vieux auront mieux ...aïe.

Il relança direct,« Les lieux du Pire de son vieux... »

L’assemblée était tout ouïe et en demandait encore.
Certains avaient pitié mais beaucoup riaient sous cape (pour ne pas vexer), voire se roulaient par terre.

« Essaie encore, entendit-on »
« Les voeux (ça commençait mieux) du Cireux de ces lieux, enfin bon (c’en était trop, il fallait en finir), la cérémonie habituelle du début d’année aura euh, sera lundi prochain à l’heure de l’apéro. »

Et il partit en courant de son estrade chercher un rafraîchissement bien mérité à la taverne d’en face sous les rires à gorge déployée d’une assemblée qui n’avait pas eu l’occasion d’autant s’amuser depuis bien longtemps.

Le Sire-de-ces-Lieux eut vite vent de cet événement fâcheux pour lui. Il convoqua son bateleur expresso mais apprit qu’il était alité avec une forte fièvre. Sa femme (du bateleur) vint voir le Sire-de-ces-Lieux en lui présentant des excuses à genoux qu’il accepta.

Le Sire-de-ces-Lieux se dit tout de même intérieurement :
– Serait-ce un signe de ma prochaine débâcle ?

 Le Grand Soir

Puis il n’y pensa plus tout affairé qu’il était à préparer ses voeux, son discours, les petits fours et les affaires courantes.

Le soir vint. La salle était pleine à craquer. On allait manquer de petits fours, c’était sûr. Puis le Sire-de-ces-Lieux monta sur son estrade, commença par remercier la foule nombreuse d’être aussi nombreuse, souhaita ses meilleurs voeux à l’ensemble des habitants du bourg, la santé, etc... Puis comme il l’avait préparé, il annonça les grands travaux à venir :

« Cette année, je vais faire plein de nouveaux parcs à carrosses...
et la foule applaudit

je vais aussi lancer la réfection de la salle de joutes
et la foule applaudit

nous aurons aussi plus de courses de chevaux... et la foule applaudit.

Le Sire-de-ces-Lieux crut entendre un petit rire derrière lui, sentit la peur lui nouer le ventre, se retourna rapidement et ne vit rien. Il put reprendre tranquillement son discours devant une foule en transe.

Et je vous annonce pour bientôt une nouvelle pataugeoire...
applaudissements,

la nouvelle livrothèque sera inaugurée dans trois mois, _ applaudissements,

et je vous promets encore plus de discours et de petits fours, d’ailleurs si vous le voulez bien, c’est l’heure. Assez causé : à boire et à manger pour tout le monde. A moins qu’il n’y ait des questions ?!

C’était la première fois qu’il s’autorisait à demander l’avis de la foule. L’euphorie l’avait gagné après sa petite frayeur. Il s’apprêtait à descendre de son estrade lorsqu’il crut entendre une petite voix l’interpeller.
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 Petite voix

« Messire, qu’en sera-t-il cette année de la démocratie participative ? » Murmures dans la salle. Mais qui était donc cette personne osant interroger le Sire-de-ces-Lieux ? Certains eurent tout de même un début de sourire au coin de la bouche.

Le Sire n’avait pas entendu, il demanda de répéter mais n’entendit pas plus. Son conseiller s’approcha et lui glissa à l’oreille : « Je ne sais pas si ça vaut le coup de répondre à cela, Messire. Cette jeune femme demande ce qu’il en sera de la démocratie participative cette année. »

Le Sire-de-ces-Lieux se remit en place sur l’estrade et lança :

« C’est une très bonne question. En ce qui concerne la démagogie participative (le conseiller accourut près de son Sire-de-ces-Lieux mais ne put intervenir), ce sera comme d’habitude. On fera des réunions dans chaque faubourg où vous serez tous invités à témoigner de tout et rien, enfin de vos problèmes habituels et on boira un coup à la fin. Je tiens beaucoup à cette démagogie participative. Mon conseiller pourrait vous le dire mieux que moi. Il n’est pas une réunion où je n’évoque ce souci de respecter la démagogie participative. (Le conseiller était rouge écarlate et tremblotant de partout, mais n’osait plus bouger, il acquiesça tout de même timidement du chef). J’espère que j’ai répondu de manière satisfaisante à votre question et nous pouvons continuer cette discussion qui me tient à cœur autour d’un verre. »

Et la foule applaudit...

Pendant ce temps-là, le lutin était sous l’estrade, complètement bâillonné et se cognait la tête sur le sol ...

(ceci a été écrit avant les voeux du Maire de Châteaubriant)


NOTES:

Le Sire-de-ces-lieux est une chronique ironico-critique des mœurs du Premier édite de la petite ville de Schwarzschloss (château sombre), totalement imaginaire évidemment.