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Le Sire-de-ces-Lieux fait sa rentrée

Ecrit le 14 septembre 2011

Le Sire-de-ces-lieux continuait à gérer tranquillement son bourg de Schwarzschloss. Tellement tranquillement que lui-même s’y ennuyait parfois mais il n’en disait rien. Il avait tout de même du boulot. Tout gérer tout seul, sans aucune voix discordante autour de lui, était parfois fatigant.

Il avait tout misé sur les grands travaux : la place de la Botte était en réfection, un nouveau système de chauffage révolutionnaire allait irriguer une grande partie de la ville, le tram-ouais allait bientôt arriver de Naoned, les maisons longeant les remparts du château tombaient une à une pour mettre en valeur cette architecture seigneuriale magnifique.

Arrêtons-nous quelques instants sur certains de ces endroits afin de ne pas perdre le lecteur peu habitué aux hauts lieux de Schwarzschloss.

La place de la Botte : place très importante où se tenait le marché. Pourquoi place de la Botte ? C’était en fait la contraction du nom original qui était place de la Botte-au-cul, en souvenir d’un ancêtre du Sire-de-ces-lieux qui s’était fait secouer l’arrière-train (qui ne sifflait pas trois fois) car il n’écoutait pas les commerçants qui lui demandaient de dynamiser (ils étaient très modernes) le centre-bourg.

Ce nom, place de la Botte-au-cul, plaisait peu au Sire-de-ces-lieux, vous vous en doutez et il l’avait changé en place de la Botte et seuls quelques vieux commerçants continuaient à propager l’histoire réelle le midi autour de l’apéro rituel après un bon marché.

Le tram-ouais : ça, c’était une autre histoire ! Un des ancêtres avait décidé quelques années auparavant que le train-train était dépassé. Ce dernier avait été arrêté puis était revenu à la mode sous le nom de tram-ouais.. Le Sire-de-ces-lieux semblait bien content de son arrivée proche pour dynamiser le bourg qui s’endormait un peu trop sur ses lauriers défraîchis. Et puis, faire et défaire, c’est toujours travailler, comme on dit chez nous !

Les remparts du château : pour le Sire-de-ces-lieux, les manants ne doivent pas trop s’approcher de son territoire. Il rachetait donc les maisons (avec l’argent des gueux, car c’étaient leurs impôts ! Ah, vraiment trop fort) et les détruisait. Le but étant de faire une jolie allée où lui et sa famille pourraient parader en carrosse tous les dimanches en saluant les gueux. C’était une de ses forces à notre Sire-de-ces-lieux, il était fort pour saluer.

Bon, bref, des grands travaux pour le pain. Eh oui, car le Sire-de-ces-lieux était un latiniste convaincu : « Panem et circenses », du pain et des jeux. Il fallait aussi des jeux et la foire de Rébé était un grand cirque foutraque qui revenait tous les ans et qui comblait de joies et jeux commerçants et gueux. Le Sire-de-ces-lieux se devait d’y parader en belle compagnie pour inaugurer la foire et, cet été-là, il était en réunion avec son frère, le Sire-bis-de-ces-lieux pour savoir qui faire venir.

« Bon, le grand Chambellan à la sécurité, déjà fait, celui à la justice aussi, le gouverneur du Roi itou, qui c’est-y qu’on va bien pouvoir inviter pour faire le gugusse et manger une galette-saucisse ? A cette époque-là de l’année, il nous en faut pas un trop occupé. Tiens, je verrais bien l’ancien fou du Roi … », ainsi parlait le Sire-bis-de-ces-lieux à son jumeau le Sire-de-ces-lieux (je sais, c’est long à répéter à chaque fois et ce n’est pas très beau non plus, mais franchement, est-ce que vous croyez que ça m’amuse d’écrire ce type d’ânerie alors que je pourrais tranquillement potasser le programme de l’UMP que Bruno (Le Maire, mais je l’appelle par son prénom) vient de m’envoyer pour relecture ! Mes émoluments à La Mée me servent à payer ma carte …).

Notre Sire-de-ces-lieux ne voyait pas trop.

« Mais si, tu sais, maintenant il est petit chambellan auprès du grand Chambellan de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme  , des Services, des Professions Libérales, de la Consommation, un Cognac et l’Addition ! Tu vois bien : Sire Frédéric Le Fevre, il a une voix de mollasson comme toi mais il raconte plus de conneries. J’avais bien aimé celle-ci : La défense de notre modèle culturel et de la « Douce France » chantée par Charles Trenet passe par la redéfinition de notre identité nationale, » dixit le Sire-bis-de-ces-lieux.

« Euh oui, d’accord, mais sa dernière sortie sur le lien entre la natalité et le fait que nos gueux aient du mal à trouver du boulot, ça m’a moins plu  . Il ne va tout de même pas m’accuser d’être responsable de la hausse du chômage ? » répondit le Sire-de-ces-lieux qui avait donné naissance à cinq marmots.

« Bon, on s’arrangera pour que personne ne lui pose la question, p’tit frérot ! Mais c’est une bonne nouvelle s’il vient, les commerçants seront contents et tu pourras lui montrer tes beaux remparts. »

Et jusqu’au jour d’inauguration de la Foire de Rébé, notre Sire-de-ces-lieux cau-chemarda toutes les nuits en voyant un faquin malin à tête de troll et grosses crottes de nez poser la question au petit chambellan : « Pouvez-vous confirmer votre déclaration selon laquelle la natalité ... ». Et chaque fois, il se réveillait en sueur, le cœur palpitant et criant en son for intérieur : « Celui qui fait ça, je l’épingle sur un rempart et je l’enduis de confiture pour qu’il se fasse bouffer par les insectes ! »

Dur, dur, l’exercice du pouvoir à Schwarzschloss ...

Lulutopie


NOTES:

Rappel : Le Sire-de-ces-lieux est une chronique ironico-critique des mœurs du Premier édite de la petite ville de Schwarzschloss (château sombre), totalement imaginaire évidemment. Toute ressemblance avec des faits réels ou même imaginaires est purement fortuite et ne saurait en aucun impliquer l’auteur inconnu et lâche de ce texte délirant.