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Le sire de ces lieux : vivre sans ...

Ecrit le 12 septembre 2012

Retour des aventures du
Sire-de-ces-lieux, Seigneur vénéré de Schwarzschloss en ce beau mois de septembre 2012.

Depuis quelques mois, rien n’allait plus au palais de Schwarzschloss. Le frère du Sire-de-ces-lieux, ou Sire-bis-de-ces-lieux, s’était fait bouter hors du territoire par un manant, un gueux, un vulgaire paysan tout crotté alors que lui Sire-bis-de-ces-lieux avait donné tout son corps et toute son âme au peuple de Schwarzschloss. Mais que s’était-il passé pour que le peuple osât se débarrasser aussi malproprement du Sire-bis-de-ces-lieux ? Cette question trottait dans l’esprit des Sires et de leur bande depuis des mois et plombait l’ambiance du palais.

Mais la vie de Schwarzschloss était rythmée depuis toujours par la fameuse Foire de Rébé. Ce moment était l’occasion de faire venir un grand chambellan du Roi généralement (voir les chroniques des Sires des années précédentes) mais là, en même temps que le peuple boutait hors du territoire le Sire-bis-de-ces-lieux, ce même peuple avait viré le Roi Little Nico pour le remplacer par François 2 Tulle. Et hop, tous les chambellans avaient changé aussi et ceux-là étaient moins du goût de notre vénéré Sire-de-ces-lieux car ils avaient décidé d’augmenter les impôts pour les riches. « Pauvres cons - disait le Sire - les riches ont toujours été beaucoup moins nombreux que les pauvres, et je ferai en sorte qu’il en soit ainsi pendant longtemps chez moi à Schwarzschloss. Piquer un peu plus aux pauvres rapportera toujours plus et en faisant semblant de leur donner l’aumône de temps en temps, ils nous sont reconnaissants, ces abrutis ! » toujours dixit le Sire-de-ces-lieux mais en privé uniquement !!!

Mais revenons à notre sujet car ceci n’est pas une chronique politique mais historique. La rédac cheffe est déjà en train de s’arracher les cheveux dans son bureau de ministre acheté avec la sueur de ses fiers gratte-papier bénévoles !

Donc la Foire de Rébé approchait et le Sire demanda au Sire-bis s’il serait là pour le traditionnel défilé. Le Sire-bis ruminait toujours sa question : Mais que s’était-il passé pour que le peuple osât se débarrasser aussi malproprement du Sire-bis-de-ces-lieux ? Et il n’entendit pas celle de son frère.

Le Sire répéta, le Sire-bis ruminait.
Le Sire répéta, le Sire-bis ruminait.
Le Sire rumina, le Sire-bis répétait ...

Enfin, tout ce questionnement dura un long moment. Puis le Sire-bis dit : « Ok, banco, je viens mais je leur fais un discours d’enfer à tous ces bouseux ! ».

Le Sire eut un frémissement de peur qu’il cacha bien rapidement. Son frère et Sire-bis le rassura : « T’inquiète, je te l’enverrai avant ... » Et il s’en fut directement à ses plumes pour écrire le discours de sa vie, enfin, il le pensait …
Ce fut effectivement le discours de sa vie ... à l’écrit mais il ne fut jamais lu car le Sire, l’ayant parcouru fit en sorte que son cher frère ne vînt pas.

Vous aurez sans doute remarqué l’utilisation du verbe venir à l’imparfait du subjonctif. Vous ne manquerez pas aussi de me signaler que ce n’est pas la peine de me la péter en vous le faisant gentiment remarquer. Mais si vous connaissiez la raison de cet emploi - pas mon emploi mais l’emploi de l’imparfait du subjonctif mais je sens que je commence à vous embrouiller ... Bref, c’était un pari avec la rédac cheffe. « Tu me mets un joli imparfait du subjonctif dans ton Sire (c’est comme cela qu’on nomme ce texte, ce n’est pas mon Sire en vrai. D’ailleurs le Sire n’existe pas, c’est une histoire imaginaire et imaginée, je m’enfonce...) et je te paie une galette saucisse à la Chaumière. » a dit ma rédac cheffe. J’y ai répondu : « Tope-là !!! » Et voilà.

Je pense que certains d’entre vous, ceux qui n’ont pas décroché après toutes ces digressions totalement inutiles au fil de l’Histoire avec un grand H s’il vous plaît, aimeraient découvrir le discours du Sire-bis.

Je dois vous prévenir tout d’abord : la lecture de ce texte demande une préparation psychologique et physique importante. Psychologique car ce discours n’a jamais été lu en tant que discours et qu’il peut choquer certaines âmes sensibles ... Physique ensuite car vous allez lire le discours de quelqu’un qui a écrit le discours de sa vie. Je vous conseille une lecture à voix haute et debout face à votre famille, belle-mère comprise …

Avez-vous déjà essayé de lire à voix haute « I have a dream » de Martin Luther King ? Difficile de tenir plus de quelques secondes sans avoir une boule qui vous envie la gorge et les yeux qui s’humidifient, la voix qui change, les tripes qui tournent, vrillent ...

Dites-vous que vous allez peut-être vivre cela ou pas ???

Voici donc enfin le discours du Sire-bis-de-ces-lieux :

« Chères et chers amis ! Il n’est pas d’usage de commencer ainsi ici. Mais ayant perdu un de mes titres et celui qui m’honorait le plus, je me donne le droit aujourd’hui d’enlever toutes ces fioritures qui nous font perdre un temps fou quand on a des choses importantes comme moi à vous dire.

Quel est le secret de cette foire de bouseux, je vous le demande ? Attention, bouseux n’a rien de péjoratif dans ma bouche. C’est un mot affectueux pour désigner ce que vous êtes, vous tous ici qui défendez cette foire comme un morceau de vous-mêmes.

Je suis venu ici tous les ans depuis ma naissance. Depuis bientôt 30 ans, j’y ai serré plus de mains que nulle part ailleurs. J’y ai entendu un nombre de discours creux et plats incroyable. J’en ai même commis un certain nombre. J’y ai mangé plus de charcutaille, de saucisses frites que n’importe où ailleurs. J’ai passé un temps certain sous la douche à enlever toute cette poussière et ces odeurs de foire : graisse de frites, bouses de vache, blancs et rouges qui piquent …

La seule question qui vaille est : si on annonçait aujourd’hui que cette foire est la dernière, que c’est fini, que l’an prochain au 2e week-end de septembre, Schwarzschloss devra s’occuper autrement, est-ce que la face du monde en serait changée ? Sans doute, Schwarzschloss devrait quitter le Moyen-Age pour entrer dans la Modernité : arrêter de répéter « on a toujours fait comme ça ... », inventer d’autres formes d’événement collectif car le vide créé par l’absence de foire devrait bien sûr être comblé !

Mais, non, ce n’est pas la dernière foire. Ne vous inquiétez pas, votre force d’inertie vous tient collés à cette foire et nous ne pourrez pas la quitter comme cela sur un coup de tête.

C’est ce qui fait que vous vivez et tenez à votre territoire. Tout peut bouger autour de vous, tout peut évoluer, changer. Mais la Foire, elle, reste là, majestueuse millénaire et nous regarde, nous, pauvres petits humains qui vivront avec un peu de chance près d’un siècle, mais jamais 10 siècles !!! Notre repère dans ce monde de brutes est la Foire, et, oui, nous sommes tous un peu bouseux, mais surtout humains avec un grand besoin de sécurité. Il est grand temps de terminer ce discours qui va finir par être vraiment long et chiant et d’aller boire un coup avant de manger une saucisse frites entre humains, tout simplement. »

Mais ce discours ne fut jamais lu …

signé : Lulu Topie

Note de la Rédac en cheffe

à monsieur le gratte-papier bénévole et nez en moins fidèle :

Je vous signale, à toutes fins utiles, que le Sire-bis, comme vous l’appelez, n’osa pas pointer le bout de son nez à l’inauguration de cette foire, de peur que ceux qui, jusqu’ici, l’avaient salué en raison de son poste de député, ne lui manifestent qu’indifférence polie, malgré son titre d’encore-conseiller-régional.

Constatant son absence, nombre de manants rirent sous cape. Bêtement, cela va sans dire ! Et la presse locale bien-pensante osa même signaler son abstention.

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé : on nota en conséquence une assistance deux fois moindre qu’à l’habitude aux discours officiels postérieurs au défilé officiel. Une page est tournée. Une autre page reste à tourner ...


NOTES:

Rappel : Le Sire-de-ces-lieux est une chronique ironico-critique des mœurs du Premier édite de la petite ville de Schwarzschloss (château sombre), totalement imaginaire évidemment. Toute ressemblance avec des faits réels ou même imaginaires est purement fortuite et ne saurait en aucun impliquer l’auteur inconnu et lâche de ce texte délirant.