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Algérie (01)

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Ecrit en décembre 1999 :

Algérie : Jeunes d’âge
riches en engagement

Du 25 novembre au 1er décembre 1999 inclus, la mairie de Châteaubriant a accueilli trois élus algériens de la ville de Tigzirt-sur-Mer « Jeunes en âge, jeunes en expérience, riches d’engagement » ils sont venus découvrir la démocratie locale.

Pourquoi cette visite à Châteaubriant ?

Du 25 novembre au 1er décembre inclus, la mairie de Châteaubriant a accueilli trois élus algériens de la ville de Tigzirt-sur-Mer « Jeunes en âge, jeunes en expérience, riches d’engagement » ils sont venus découvrir la démocratie locale.

Tigzirt-sur-Mer est une ville de 10 425 habitants, la moitié vit au bourg, les autres sont dispersés dans des villages. Tigzirt est situé à 125 km à l’est d’Alger. C’est une ville historique (important site archéologique), adossée au grand massif Kabyle aux portes d’un maquis impénétrable : la forêt de Mirzana.

Les contacts avec Châteaubriant datent de juin 1998, à l’initiative   de Pierre URVOY . « La venue de M. Urvoy a été un événement considérable dans notre commune, dit Rachid SEDKI, car, depuis la rupture du processus démocratique en 1992, nous n’avions vu aucun étranger passer dans notre ville

La venue de trois élus de Tigzirt, à Châteaubriant, s’inscrit dans le cadre de la coopération décentralisée, avec un financement du Ministère des Affaires Etrangères. Elle est patronnée par l’association « Cités Unies France » (qui dépend de la Fédération Mondiale des Villes Jumelées). Le but est d’établir des liens de coopération avec les collectivités territoriales algériennes. La mairie de Châteaubriant espère, à plus long terme, mettre en place des échanges multiples en y associant la population et notamment les jeunes et les associations.

Au cours de leur séjour à Châteaubriant, les trois élus algériens se sont initiés aux structures administratives de notre pays, au fonctionnement de l’intercommunalité et des réunions de quartiers. Ils ont visité les services de la mairie, deux stations d’épuration, une école primaire, un lycée, une entreprise et une exploitation agricole. Ils ont assisté à un concert au Théâtre de Verre  , ont rencontré l’association pour le développement du Tourisme  , le Comité de Bassin d’Emploi, la Chambre de Commerce, etc. Riche semaine !

Au cours d’une rencontre avec la presse, et d’une réunion publique, ils ont pu évoquer leur commune et, plus généralement, la situation politique de leur pays.

Tigzirt

Tigzirt est une commune surtout agricole, centrée sur l’élevage et les cultures vivrières traditionnelles. Pour le reste tout est importé : les bananes, les pommes de terre, et même le lait en poudre qui est utilisé dans la fromagerie. Il y a quelque 130 marins-pêcheurs, qui vendent leur production sur place, « mais il manque l’infrastructure permettant d’exercer cette activité toute l’année : par exemple, les bateaux sont encore tirés à la main sur la plage ». Au bourg s’est développé un artisanat traditionnel et le commerce. « Nous avons aussi une entreprise de 130 personnes spécialisées dans l’appareillage pour handicapés, et une fromagerie qui emploie 20 personnes. Nous avons enfin une unité de chaussures, toute neuve, bien équipée .... mais personne pour la faire tourner » dit Rachid Sedki

« Nous avons des possibilités, mais pas les moyens matériels et financiers de les exploiter. Et surtout nous n’avons pas une législation adaptée » ajoute Ali Diaf.

800 francs par mois

A Tigzirt, il y a 8 écoles primaires, 3 écoles fondamentales (= collèges) et 2 lycées. Pour aller à l’Université il faut se rendre à Tizi-Ouzou (40 km). La jeunesse est bien formée, mais ne trouve pas de travail. « Un salarié chez nous gagne 8000 dinars, soit environ 800 francs francais. Le salaire d’un mois d’un ouvrier parisien correspond à un an de salaire chez nous » explique Amar. On comprend pourquoi les jeunes cherchent à s’exiler.

« Nous avons un certain nombre d’associations, mais plus précisément des groupes informels car, en Algérie, la constitution d’une association demande de nombreux papiers dont ... 4 ou 5 exemplaires du casier judiciaire. Nous sommes venus voir comment vous fonctionnez ici » dit Rachid Sedki.

Tigzirt était une ville touristique ... avant les perturbations qu’a connu et que connaît encore l’Algérie : vastes plages, vestiges archéologiques, artisanat (po-terie, sculpture sur bois, robes kabyles).

L’espoir d’une vie démocratique

Tigzirt, qui se situe à proximité d’une Wilaya très touchée par le terrorisme, n’a pourtant pas connu les massacres qui ont ensanglanté le pays. « Quand la population le veut, on peut tisser des liens. La sécurité chez nous est liée à l’accueil des citoyens » dit Ali DIAF « La venue de Pierre URVOY nous a permis de tisser des liens affectifs avec Châteaubriant, de comprendre que nous n’étions pas seuls contre la dictature et le terrorisme »

Chacun sait les multiples événements qui ont marqué la vie en Algérie, après les accords d’Evian en 1962. Le romantisme autogestionnaire des premières années de l’indépendance, a peu à peu fait place à la corruption à grande échelle. Le FLN, qui a régné sans partage sur le pays pendant près de 30 ans, a laissé la situation économique se dégrader. Le mécontentement social a provoqué de violentes émeutes en octobre 1988 (on a parlé de 159 morts), obligeant à mettre en place une démocratisation du régime, avec création de différents partis et promesse d’élections libres. Celles-ci, le 26 décembre 1991 ont donné la majorité au FIS (front islamiste du salut) : 188 sièges sur 231.

Mais un coup d’état déguisé en démission du Président Chadli a interrompu le processus électoral : il n’y a pas eu de deuxième tour aux élections. Ce coup de pied dans la fourmilière islamiste a fait basculer l’Algérie dans la guerre civile, l’a fait passer « du verbe au fusil ».

Pourtant la démocratie est repartie à petits pas. Depuis novembre 1997 les citoyens ont obtenu le droit de désigner leurs élus par le suffrage universel. « Sous la pression populaire, l’armée est obligée de jouer le jeu ». dit Ali Diaf qui poursuit « Nous souhaitons davantage d’ouverture sur le monde, et un renforcement des liens politiques, culturels, économiques entre l’Union Européenne et le Maghreb

L’appartenance politique des élus de Tigzirt sur Mer devrait faciliter les choses. le parti au pouvoir en Algérie, pour ne pas dire l’Homme au pouvoir, est le RND, partisan d’un libéralisme non contrôlé. « Nous, nous sommes FFS, front des forces socialistes, premier parti d’opposition démocratique né en 1963 », dit Ali DIAF. Le FFS est en quelque sorte un parti social-démocrate. « Nous nous battons pour la démocratisation, contre tous les intégrismes qu’ils soient politiques, religieux ou culturels »

Chaleureux

Les élus de Tigzirt, détendus, ouverts, chaleureux, ont multiplié les contacts avec les castelbriantais, en allant au concert, ou à une réunion de quartier, ou à la rétrospective du spectacle « Trois dames et un château ». Les castelbriantais ont su se sont montrer très accueillants.

Algérie : il y a aussi
des gens qui sèment l’amour

Dites à Châteaubriant
Que l’Algérie
Ce n’est pas seulement la terreur
Il y a aussi des gens
Qui sèment l’amour
(8 février 1999)

Déclaration d’Hamid Lahlouh, directeur de l’école El Mokrani de Tigzirt-sur-Mer.

« Vous savez, quand un Algérien vient en France, il se demande toujours comment il va être reçu. Nous étions venus avec des a-priori. On nous avait dit que les Français n’étaient pas accueillants. Eh bien, nous repartons avec le message contraire. Nous avons été très bien reçus. Nous avons été spontanément invités à déjeuner ou dîner dans de nombreuses familles, alors que ce n’était pas prévu au programme. Dans les cafés les Français nous ont abordés, ont discuté avec nous. Nous avons trouvé ici une dimension humaine remarquable » : les trois élus de Tigzirt, Rachid, Ali et Amar sont très satisfaits de leur semaine de stage à Châteaubriant.

« Nous avons pu visiter de nombreux services municipaux, à Châteaubriant et à l’extérieur. Nous avons collecté un maximum de documentation. Cette découverte va nous donner une nouvelle vision de notre commune, d’autant plus que tout le monde a promis de continuer à nous aider »

« Chez nous, l’intercommunalité existe dans les textes, mais il n’y a pas de pratique sur le terrain. Nous allons, dès notre retour au pays, contacter les municipalités voisines pour mettre en commun nos actions : nettoyage des plages, entretien des routes, ramassage des ordures ménagères. Nous allons chercher les mécanismes et la stratégie pour amener les autres à travailler avec nous »

Associer
les citoyens

« En matière de tourisme  , nous avons découvert le système des Gîtes de France. Nous allons essayer d’appliquer cela le plus vite possible, pour exploiter les infrastructures existantes et associer les citoyens au tourisme   »

Les élus algériens se sont intéressés aux réunions de quartier, aux activités destinées à la jeunesse (centre de loisirs), aux activités culturelles, à l’observatoire économique du Comité de Bassin d’Emploi. Ils ont aussi rencontré les élus d’Opposition (sur la demande de ceux-ci). Bref, une bonne semaine.

Il n’y a qu’une chose qu’ils n’ont pas aimée : le système de liaison froide dans les cantines scolaires. « Dans un pays renommé pour sa gastronomie, n’êtes-vous pas en train de gâcher le goût des enfants ? ». Eh oui, nous sommes bien d’accord avec eux. Mais les règles d’hygiène ..., mais la sécurité alimentaire .... !

A part ça, à quand une visite de castelbriantais à Tigzirt sur Mer ? Nul doute qu’il y ait des candidats.