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Algérie (07)

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(écrit le 16 mai 2001)

Sétif, 8 mai 1945 :
De sang et de gloire

Le 8 Mai 1945, la France, avec ses Alliés, célébrait la fête de la victoire sur l’Allemagne hitlérienne à l’issue d’une longue guerre à laquelle les contingents algériens durent participer au titre de « troupes coloniales ».

Ce 8 mai 45, pour Sétif, en Algérie, c’était jour de marché. Les gens étaient nombreux à vendre ou à acheter. Ils étaient également nombreux à manifester. A 8 h 30, parmi ceux qui se rassemblèrent pour fêter la victoire sur les forces nazies, au milieu des drapeaux alliés, il y avait le drapeau national algérien vert et blanc, porté par Echahid Saal Bouzid, un jeune de 22 ans, qui sera le premier martyr de cette tragique journée. C’était la semaine après la célébration du 1er Mai, aboutissement logique du développement du mouvement nationaliste algérien entre 1939 et 1945.

Les manifestations du 8 Mai 1945, par lesquelles la population voulait rendre hommage aux Algériens tombés pendant la guerre, ne provoquèrent que haine, violence et répression coloniale. A Sétif, Guelma et Kherrata, le peuple manifestait son espoir ardent de la liberté et de la libération, du fait que la lutte contre les nazis, à laquelle des milliers d’Algériens avaient participé, était une lutte pour la libération nationale.

Mais ce jour-là, le peuple algérien fut plongé dans la consternation devant les massacres perpétrés dans l’est du pays. Des milliers d’Algériens, qui avaient osé croire aux promesses de liberté du « monde libre », tombèrent sous les balles d’un appareil répressif mis en branle pour étouffer coûte que coûte la colère populaire.

L’après-midi et les jours suivants, l’insurrection gagna la campagne algérienne où eurent lieu des pillages, des assassinats et des viols. Européens et Algériens se massacrèrent aveuglément, des « milices d’auto-défense » se livrèrent à des « ratonnades », creusant un peu plus le fossé entre les deux communautés.

L’armée française jugula l’insurrection le 12 juin 1945, mais il fallut encore deux semaines pour que les rebelles réfugiés dans les montagnes soient dispersés ou arrêtés. Les prisons se refermèrent sur 3696 Algériens mais nul ne sait combien il y eut de morts ...

La tragédie que l’histoire appelle désormais « les massacres de Sétif » est restée dans les mémoires algériennes, prélude à la grande insurrection de la Toussaint 1954

Ainsi, tandis que la France célébrait la victoire, le 8 mai 1945, contre l’Allemagne Hitlérienne, elle entr’ouvrait la porte à la Guerre d’Algérie, pour n’avoir pas su reconnaître au Peuple Algérien la liberté à laquelle il avait droit.


écrit le 23 mai 2001)

Harcèlement contre la presse
en Algérie

Un arsenal répressif contre la presse : en dépit de la mobilisation des journalistes, l’Assemblée Nationale a adopté, mercredi 16 mai, des amendements au code pénal durcissant les sanctions pour diffamation « par voie écrite » ou « électronique ».

L’auteur du projet est Ahmed Ouyahia, actuellement ministre de la justice qui ne supporte pas la critique en général et le caricaturiste « Dilem » en particulier (auteur d’un livre de dessins intitulé « Boutef Président »). Le chef de l’Etat, M. Bouteflika est irrité d’être constamment - et ironiquement - croqué par une nouvelle génération de caricaturistes algériens.

Parmi les amendements, l’article 144 bis prévoit désormais des peines de trois mois à douze mois de prison et des amendes variant de 5 000 francs à 25 000 francs contre quiconque porte « atteinte au Président de la République en termes contenant l’injure, l’insulte et la diffamation, soit par l’écrit, soit par le dessin » et cela quel que soit le moyen utilisé : « diffusion sonore, image, support électronique, informatique et autres ».

Auteurs d’une pétition nationale contre ce qu’ils appellent des « lois scélérates », les journalistes figurent parmi les cibles d’un texte qui bride toutes les formes d’expression, sous prétexte de protéger le président et les corps constitués de la diffamation.

Tordre le cou

Le chef de l’Etat s’était publiquement indigné, l’année dernière, de la « légèreté » des peines prévues en cas d’outrage et d’attaques contre les institutions. La presse algérienne avait pris ces propos pour une déclaration de guerre, et une promesse de lui « tordre le cou ». Les appréhensions des journalistes se trouvent aujourd’hui largement justifiées.

La presse était, jeudi 17 mai, violemment critique à l’égard des députés du FLN et du RND qui « sans honte aucune et sans courage, ont décidé hier, répondant au vœu du président de la République, de bâillonner le peuple », selon l’expression du journal El Watan.

Se défendant de vouloir bénéficier d’ « un droit à la diffamation », les journalistes algériens considèrent qu’en l’absence d’une définition précise de cette notion, et surtout d’une justice indépendante, la voie est désormais ouverte à une pratique étouffante de harcèlement judiciaire. Cela pourrait générer des réflexes redoublés d’autocensure et entraîner à terme la banqueroute de titres qui, à quelques exceptions près, n’ont pas de solide assise financière.

Le nouveau texte donne en effet au parquet, dépendant du gouvernement, le pouvoir de déclencher les poursuites judiciaires de manière « automatique », c’est-à-dire sans nécessiter le dépôt préalable d’une plainte.

L’arbitraire

C’est ainsi que les représentants du parquet, « dont les dérives par le passé sont de notoriété publique, auront droit de vie et de mort sur les journalistes. Ils auront à apprécier tant l’information que le commentaire et, par extension, l’opinion. Les nouvelles dispositions ouvrent donc grande la porte à l’arbitraire », écrivait récemment Fayçal Metaoui du journal El Watan.

Le texte doit à présent passer devant le Conseil de la nation (le Sénat), mais son adoption ne devrait être qu’une formalité sur la route de ce qu’un député de l’opposition a appelé « l’extinction finale de la vie politique »


Il va sans dire que La Mée est particulièrement sensible à tout ce qui touche la liberté d’expression, à Châteaubriant comme ailleurs


(écrit le 30 mai 2001)

De la violence
et de l’illégitimité

Depuis l’assassinat du jeune lycéen GUERMAN Massinissa dans les locaux de la gendarmerie de Béni-Douala, dans la wilaya de Tizi-Ouzou le 19 avril dernier, veille de la date commémorative du « printemps berbère » d’avril 1980, la protestation populaire n’a pas cessé. Elle s’est, au contraire, durcie et intensifiée, s’inscrivant dans une durée incertaine, face aux seuls sifflements des balles meurtrières d’un pouvoir dont l’illégitimité et l’inconsistance feront comptabiliser à notre pays, des milliers de morts depuis 1988.

En Kabylie, la liste des victimes s’est allongée et les dégâts y sont de plus en plus importants. Des émeutes et échauffourées se font encore écho, çà et là, à travers les différentes communes des wilayas concernées, ripostant aux provocations, bien situées dans l’espace et dans le temps (Beni-Douala le 19 avril), elles mettent en exergue des revendications de fond (justice sociale, libertés collectives et individuelles, libertés tout court...) prises en charge aujourd’hui par une société civile qui cherche à se démarquer de ce qui peut être étatique ou partisan.

La revendication identitaire s’inscrit dans ce cadre-là, elle n’est ni la seule, ni la principale revendication, comme veulent le faire croire les pouvoirs publics (algériens). La spécificité culturelle de notre région étant, me semble-t-il, devenue un alibi au pouvoir en place, pour régler ses comptes en son sein, ou pour mettre en place des « projets » que le bon sens de notre peuple ne saurait accepter.

Tigzirt, à l’instar des communes de notre région, a connu ses barricades, ses émeutes, ses gaz lacrymogènes et son lot de blessés, et ce, plusieurs jours durant. Aujourd’hui les citoyens s’organisent, pour constituer des coordinations de comités de villages, qui avec d’autres communes de la Daïra (circonscription) tâcheront de mettre en place un cadre citoyen organisé et identifiable pour gérer dans la sérénité, la vigilance et la détermination, la suite des événements, pour échapper à d’éventuelles manipulations, éviter les débordements et surtout préserver les vies et les biens.

Même si cette nouvelle page de l’histoire qui est en train de s’écrire est douloureuse, elle montre, par ailleurs, que ce peuple est bien vivant et que les jours des dictatures les plus sournoises sont, espérons-le, comptés.

Tarik YACINE,
professeur de français à Tigzirt,
élu de l’Assemblée Populaire Communale et membre du conseil d’administration de l’Association Culturelle des Amis du Bassin Méditerranéen de Tigzirt,
association partenaire du Comité
Palestine Méditerranée du Pays de Châteaubriant  


Ecrit le 30 mai 2001 :

Qui pousse au pire ?

Demain, après-demain, dans une poignée d’heures, la Kabylie frémira au rythme des cérémonies du 40e jour des victimes des émeutes. On dit que c’est à l’issue de cette veillée funèbre que l’âme de tout défunt quitte définitivement le monde des vivants pour s’envoler, là-haut, dans le ciel.

Demain, après-demain, les bougies du souvenir et de l’adieu éclaireront les visages ravagés par la douleur de Na Ouardia, la mère de Massinissa, et de toutes les autres mères éplorées, avant de plonger, un peu plus, dans le noir et la tristesse mille et une humbles chaumières de ces villages abasourdis par ce qui est advenu de toute une région, de toute une population.

Moumouh a été tué à l’intérieur de la brigade de gendarmerie de Béni Douala et, depuis, plus rien n’est comme avant en Kabylie. En fait, plus rien ne sera comme avant. Les morts s’ajoutent aux morts, les blessés aux blessés. Les larmes se mêlent au sang. C’est la Fronde. C’est la Révolte.

La rue n’est plus que tumulte. Vite, très vite, le courroux est devenu colère et la colère populaire a été - elle l’est encore - un fleuve en furie charriant tout sur son passage.

Le face-à-face jeunes-forces de sécurité a tourné à l’affrontement généralisé, chaque fois répété, chaque fois violent, sans merci mais inégal puisqu’aux jets de pierres et de cocktails Molotov de fortune, les gendarmes et les policiers ont répondu et répondent par des tirs à balles réelles. À croire que c’est la seule réponse que doit donner, que sait utiliser le pouvoir algérien, dépassé par le cours des événements.

Dans quel but gendarmes et éléments des brigades anti-émeutes exacerbent-ils une situation déjà porteuse de tous les dangers ? Un peu partout en Kabylie, le même scénario a été observé. Un groupe de gendarmes s’arrange pour isoler un petit nombre de citoyens avant de les passer à tabac. À l’entrée de Maâtkas, un trio d’étudiants, rentrant de ville, fait les frais de ce manège. À Azazga, un CNS urine sur le portrait d’une victime.

À Tizi Ouzou, des gendarmes se présentent devant le bar Le Penalty, tirent une bombe lacrymogène à l’intérieur et cueillent ensuite clients et employés fuyant les gaz. Ils les rouent de coups. Un serveur a dû être admis d’urgence à l’hôpital.

Ce qui étonne dans ces actes, ce n’est pas la hargne des hommes en vert contre leurs victimes. À la limite, il est établi que gendarmes et population ne se font plus de cadeaux, depuis des semaines, en Kabylie. Mais la synchronie de la méthode - même espèce d’opérations commando, mêmes horaires qui, d’ailleurs expliquent que les échauffourées soient devenues nocturnes - laisse penser qu’il s’agit d’une démarche généralisée et préétablie.

Les véritables « descentes » recensées ces tout derniers jours inquiètent. Elles ressemblent trop à une entreprise systématique pour relever d’initiatives locales de gendarmes excédés ou marqués par la haine. Tout laisse croire qu’il y a volonté de « casser du Kabyle » ou de rallumer des mèches pas encore éteintes.

Il est navrant de constater que rien n’est fait pour réduire la tension physique. Il est terrifiant, aussi, de constater à quel point et on ne sait pourquoi, la haine est, de façon visiblement programmée, ainsi entretenue.

Une question s’impose, qui veut pousser au pire ?

Par M. Hammouche, Journaliste algérien, du journal « La Liberté »


Écrit le 24 septembre 2003 :

L’incohérence

Le gouvernement Raffarin n’en rate pas une ! Voilà qu’il vient de décider que le 5 décembre sera « la journée nationale d’hommage aux morts pour la France des combattants d’Afrique du Nord » (et non plus le 19 mars).

Depuis 40 ans, depuis 1963, la FNACA (Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie) honore la mémoire des 30 000 militaires morts en Afrique du Nord et celle des victimes civiles. Le 19 mars, c’est l’anniversaire du cessez-le-feu officiel du 19 mars 1962 et des accords d’Evian approuvés par 90,8 % des Français au référendum du 8 avril 1962.

Alors pourquoi le 5 décembre ? Cette date correspond à l’inauguration en 2002 (oui 2002 !) d’un mémorial, quai Branly à Paris, à la mémoire des soldats français et harkis tués en Algérie, Maroc et Tunisie.

Pour la FNACA, qui revendique 368 500 adhérents, « La date du 5 décembre (...) n’a absolument aucune signification historique en rapport avec ce conflit. Cette date est peut-être soutenue par des hommes de bonne foi, mais elle l’est surtout par tous ceux qui tentèrent de s’opposer à la légalité républicaine de 1961 à 1962", dit un communiqué de l’association.

Cette date du 5 décembre est totalement arbitraire et déconnectée du conflit algérien. C’est comme si on voulait célébrer Victor Hugo le jour anniversaire de la première statue sculptée à son effigie ! Ou si on voulait célébrer la fin de la guerre de 14-18 le jour de l’érection du premier monument aux morts.... C’est se moquer du monde et des combattants. BP  

Voir aussi : 1939-1945