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Algérie (09)

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(écrit le 20 juin 2001)

Révoltes en Kabylie

C’est depuis le 18 avril 2001 que l’Algérie est en proie à une révolte populaire très sérieuse : depuis la mort d’un lycéen dans une gendarmerie à Beni Douala, près de Tizi Ouzou.

Une marche pacifique de centaines de milliers de personnes, organisée jeudi 14 juin 2001 à Alger, contre la répression en Kabylie, a dégénéré en affrontement et émeute, faisant de nombreux blessés.

Deux journalistes algériens sont morts en couvrant la manifestation.

La manifestation, qui a démarré avec plus de cinq d’heures d’avance sur l’heure prévue en raison de l’affluence sans cesse renouvelée des manifestants venant de Kabylie, a tourné à l’émeute au moment où la police a empêché la foule de gagner le palais de la présidence de la République à El-Mouradia, un quartier des hauts d’Alger. On parle aussi de provocations policières, notamment des brigades anti-émeute.

Les manifestants, étaient essentiellement des jeunes qui ont défilé souvent torse nu sous la chaleur, arborant des drapeaux en signe de deuil pour les victimes des émeutes, qui ont fait plus de cinquante morts et 1.300 blessés en Kabylie pendant une quarantaine de jours en avril et mai.

Nous sommes déjà morts

Ils ont crié les slogans devenus familiers aux oreilles des Algériens : « pas de pardon en Kabylie », « pouvoir assassin », « y en a marre des généraux », « sortez nous de notre misère ». Une immense banderole noire proclamait : »Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts

Arrivés en fin de matinée sur la Place du 1er Mai après une marche d’une dizaine de kilomètres, les premiers manifestants se sont heurtés à un puissant cordon de policiers. Des affrontements violents s’en sont suivis faisant de nombreux blessés, (on parle de 168) qui ont été conduits à l’hôpital Mustapha, le principal établissement hospitalier de la capitale. Des blessés ont été vus poursuivis dans les jardins de l’hôpital par des policiers qui les ont matraqués.

Les manifestants ont été repoussés par une pluie de grenades lacrymogènes tirées par la police, qui a également actionné de puissants canons à eau pour dégager la place.

Les manifestants, échauffés par près de six heures de marche, s’en sont pris aux symboles de l’Etat qu’ils exècrent en brûlant un dépôt d’autobus et une gare.

Ils ont également attaqué des hangars du port, dont certains ont été pillés avec l’aide des habitants du quartier venus ramasser ce qu’il pouvaient avec des cartons. C’est à ce moment que la police débordée a tiré à balles réelles dans l’enceinte du port contre les manifestants.

Les manifestants ont alors allumé plusieurs incendies qui ont recouvert une partie de la capitale d’une épaisse fumée noire, visible à des kilomètres à la ronde. Refluant, vers la Foire d’Alger, d’où ils étaient partis, les manifestants ont notamment pillé un gros importateur de véhicules asiatiques dont des dizaines de voitures, camions, camionnettes et minibus neufs, ont été incendiés sur la route du front de mer.

L’incendie de ces véhicules a recouvert une nouvelle fois l’est d’Alger, qui s’est retrouvé sous une épaisse fumée noire tranchant avec le ciel bleu outremer caractérisant la ville en temps ordinaire.

Le Front des Forces Socialistes (FFS, opposition), bien implanté en Kabylie, avait déjà réuni le 31 mai quelque 200.000 personnes à Alger. Les comités de villages en avaient réuni 500.000 le 21 mai à Tizi Ouzou, la capitale de la Grande Kabylie (110 km à l’est d’Alger). La manifestation de ce 14 juin manifeste un pas de plus dans la contestation du pouvoir algérien par une jeunesse lassée d’être sans emploi et sans espoir.


(écrit le 15 juillet 2001)

Bonjour à toutes et à tous
je suis rentrée hier 15 juillet 2001 d’Algérie

Ce que j’y ai vécu, vu, mes inquiétudes et mes espoirs..

Pour arriver à Tigzirt lieu de mon séjour de 3 semaines : il fallait partir tôt le matin pour éviter de se trouver au milieu des « émeutes ». A 8 heures du matin le 24 juin, nous étions à Makouda, des blocs de pierres barraient la seule route qui traverse le village, ces barrages ne laissaient passer qu’une seule petite voiture à la fois pendant une durée limitée. Arrivée à Tigzirt vers 8h45, en début d’après-midi je vais photographier les différents dégâts et barricades de la ville, les banderolles « non à l’impunité »- « pour la démocratie », regroupement de jeunes, distribution de tracts, on me fait le point sur les différentes manifestations de la ville, dont la marche des enseignants de la région qui dénonçaient la répression et qui a eu un très grand succès. La rue a été occupée par différents corps de métiers qui ont permis l’encadrement des jeunes et évité des dérives fâcheuses. A Tigzirt il y a eu un mort au cours des manifestations qui ont précédé mon arrivée (un homme d’une soixantaine d’années) et quelques blessés dont un homme lacéré à coup de couteau par les gendarmes et jeté du 2e étage d’un immeuble en construction.

Le 25 juin, sono sur la place, diffusion des chansons de Matoub Lounès, toute la journée. Le 4 juillet ville morte jusqu’à 17 h, il n’y avait pas de voitures ni en stationnement ni qui roulaient, pas un chat dehors et magasins fermés, Tigzirt une ville fantôme .

Le 5 juillet à Tigzirt, la population attendait le retour de la délégation de manifestants (bloqués par des blindés à Naciria), leur retour s’est fait vers 21 heures. Des bougies ont été allumées partout, c’était très beau, très émouvant et très calme, un compte rendu a été fait par un délégué sur le déroulement de la journée, puis dispersion dans le calme.

Le 11 juillet à 20 heures, au moment du repas qu’on prend dans le jardin, coups de feu tout près, on rentre se réfugier à la maison. Vers 22 h autres coups de feux, on aperçoit la lumière des balles traçantes cette fois-ci en ville.

Renseignements pris le lendemain, les islamistes sont venus s’approvisionner à la seule boutique du hameau de Lazaieb, ils ont été repérés par l’armée, échanges de tirs. Les coups de feu de 22 heures c’était l’armée qui fêtait sa victoire sur les terroristes. Le lendemain 3 hélico militaires ont bombardé le maquis limitrophe du hameau de Lazaieb (commune de Tigzirt) durant environ 2h30 la matinée et autant l’après midi, chaque bombardement faisait vibrer les vitres chez mes parents. De la maison, il était possible de voir tomber les bombes, nous avions tous très peur, ces bombes comme l’année dernière à la même époque étaient tellement proches !

Coté activités associatives, deux réunions avec nos partenaires de Tigzirt, plusieurs rencontres   avec de nouveaux adhérents et employés à la bibliothèque de Tigzirt . Le 5e colis de 911 livres (envoyé par l’association « un livre une vie » parti à Alger le 27 juin) a été réceptionné par la bibliothèque le 15 juillet. Malgré l’autorisation de réception du ministre de la culture, le transitaire à Alger a prétexté qu’un visa n’était pas prêt. En fait les frais de douanes sont proportionnels à la durée d’emmagasinage du colis, il y a intérêt pour le transitaire et la douane de retenir le plus longtemps possible les colis, ça leur rapporte plus.

Entretien avec le chef de Daira (sous préfet) et le maire de Tigzirt, pour demander un ordinateur pour la bibliothèque, des étagères, etc. Du discours, des promesses, rien de bien crédible ou convaincant, par contre des projets au coût démesuré sans utilité véritable (exemple passage clouté à Tigzirt 600 000 dinars) . Il y a 4 cyber cafés (ceux que j’ai repérés et visités) à Tigzirt dotés de nombreux ordinateurs chacun, et rien à la bibliothèque de plus de 600 adhérents !

Le vendredi 13 juillet premier jour où les plages jusque là vides sont noires de monde, un rush brutal et inattendu, en général des dizaines de fourgons de 20 places déchargent des habitants de l’arrière-pays (Tizi ouzou et ses environs)...essouflement ? accalmie ?

Autres événements : départs d’incendies du maquis limitrophe de la maison de mes parents, provoqués par l’armée. Les militaires ont emprunté nos sentiers à pied pour allumer plusieurs foyers, au risque que le feu brûle les habitations voisines, ces actes ont été commis à 2 reprises, j’en ai été témoin, est-ce en brûlant la forêt de Mizrana, les hameaux et habitations rurales qu’on éradiquera le terrorisme dans la région ? incompétence et mépris de la population.

Retour sur Alger le 15 juillet. Le 16 juillet à Heuraoua, commune banlieue Est d’Alger, quelques immeubles en construction et laissés à l’abandon sans fenêtres, sans portes, non crépis sont habités, quelques baraques bidonville, un quartier populaire et pauvre, beaucoup d’enfants, un seul édifice propre flambant neuf, parking en terre battue, super cours super jardin, un trottoir planté de résineux : la mosquée.

A 8 heures du matin des groupes de petites filles, 6 à 12 ans, et des garçons se dirigent vers la mosquée . Au programme, officiellement, apprentissage des versets coraniques, je les ai entendu, chanter une partie de la matinée. « On prend de l’avance sur le programme scolaire », réflexion qui m’a été faite en signe d’adhésion à cette démarche. Voici comment se fait la prise en charge de nos enfants à qui on ne propose aucune autre solution. La recrudescence des activités islamistes est là, encore une fois brandie, comme par hasard au moment où on revendique un état de droit, une réelle démocratie, la prise en charge des problèmes socioéconomiques et de tant d’autres (tous les domaines sont sinistrés)....

Il y a tant à faire ! et souvent il suffit de si peu quand on est nombreux à vouloir aller dans le même sens !

Amida ADJERAD


(écrit le 19 mars 2002)

Kabylie : une avancée ?

La langue tamazight (berbère) va devenir langue nationale en Algérie et sera inscrite dans la Constitution, a annoncé mardi 12 mars 2002, à Alger, le président Abdelaziz Bouteflika dans un discours à la Nation.

« J’ai décidé en toute liberté et en toute conviction d’inscrire dans la Constitution le tamazight comme langue nationale sans autre intention que de servir le pays et l’intérêt national », a déclaré le chef de l’Etat algérien.

La reconnaissance de tamazight est l’une des principales revendications du mouvement de protestation qui a fait une soixantaine de morts et quelque 2.000 blessés en Kabylie durant près de trois mois d’émeutes entre avril et juillet 2001, selon un bilan officiel. Ce bilan serait de 107 morts et 6.000 blessés, selon la Coordination des âarchs (tribus) et villages kabyles, qui dirigent la contestation dans cette région montagneuse et déshéritée.

L’arabe est actuellement la seule langue officielle en Algérie. Le tamazight, qui englobe plusieurs dialectes régionaux, est parlé par des populations extrêmement variées, installées dans plusieurs régions d’Algérie. Il est parlé, outre en Kabylie, dans les Aurès (sud-est) par les chaouias, par les mozabites dans la région de Ghardaia (500 km au sud d’Alger), par les touaregs dans l’extrême-sud saharien et dans le Chenoua (90 km à l’ouest d’Alger) aux alentours de Cherchell. On le parle également dans d’autres poches comme à l’extrême ouest, à Nedroma.

Les amis que les castelbriantais ont à Tigzirt (près de Tizi-Ouzou), doivent être contents de cette reconnaissance de leur langue, qui ouvre la voie à la reconnaissance de leur culture.

Il leur reste maintenant à conquérir les droits démocratiques qui manquent à l’Algérie et à contribuer ainsi à la sérénité dans ce pays qui souffre encore de sanglantes violences.