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Algérie (10)

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écrit le 31 octobre 2001

Plusieurs de nos lecteurs ont relevé dans Ouest-France dimanche, du 22 octobre 2001, cet ahurissant éditorial de François Régis Hutin dont voici des extraits.

« On a sifflé la Marseillaise !

Au stade de France, on a sifflé la Marseillaise ! C’était au cours du match France-Algérie (...)... Siffler la Marseillaise est inadmissible, blessant pour tous les Français

On a sifflé la Marseillaise, c’est-à-dire la France, tout ce à quoi nous sommes attachés (...) Peut-être, ceux qui ont sifflé la Marseillaise ne leur a-t-on appris ni la courtoisie, ni les égards dus à l’autre ? Ni que pour être respectés comme ils le souhaitent et parfois l’exigent, il faut savoir respecter l’autre. »

François régis HUTIN.

Point de vue

A ce sujet, un lecteur nous envoie son point de vue, en disant :

« Certes c’est nul d’avoir fait ça. Mais cet appel larmoyant à respecter la France est dépourvu (volontairement ?) de toute analyse. Qui, d’abord, ne les a pas respectés ? Qui est allé coloniser de force leur pays (la colonisation : une alouette de bienfaits, un cheval d’exploitation) ?

Qui par l’injustice a créé les conditions de la guerre d’Algérie ? Qui a crée les harkis (parfois de force), les a abandonnés au massacre vengeur, a parqué les survivants à l’écart dans l’indignité ?

Qui, au nom des valeurs humanistes de l’Occident, s’est laissé aller à la barbarie, il y a eu plus d’un Papon, plus d’un Aussaresse.

Qui a fait venir leurs pères dans des bidonvilles pour casser les revendications syndicales ? Qui les a mis au chômage, détruisant ainsi leur seule possibilité d’exercer la nécessaire autorité, celle dont tous les donneurs de leçons du jour se font des gorges chaudes ?

Qui empêche leurs enfants d’entrer dans des dancings ou dans des campings ? Qui leur dit, à l’énoncé maghrébin de leur nom : non, désolé, la place est prise ?

Qui les tutoie quand ils sont arrêtés ? Qui les soigne au chloroforme du sport, ce merveilleux moyen d’endormir les masses ? Qui leur a offert ce pur moment de démagogie pré-électorale ?

Pierre Marie Bourdaud

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Un autre lecteur a rapproché deux dates : celle du 6 octobre 2001 (le match de football France-Algérie) et celle du 17 octobre 1961 (le massacre des Algériens pro-FLN à Paris).

La réaction des jeunes Français d’origine Algérienne, le 6 octobre 2001 est sans doute liée au surinvestissement des manifestations sportives par les jeunes des milieux défavorisés (comme l’analyse la sociologue Nacira Guénif) : ce qu’ils ne peuvent pas dire ailleurs, notamment sur le terrain politique qui leur est barré, ils l’expriment dans les gradins d’un stade.

Algérie-France, c’était le match impossible à arbitrer « un dilemme impossible dont affectivement personne ne peut sortir vainqueur. Et c’est bien ce qui s’est passé puisque la partie a dû être interrompue » écrit par ailleurs Philippe Bernard dans Le Monde du 26 octobre. « Pour les centaines de milliers de Français d’origine algérienne, l’héritage n’est pas simple à assumer. Ils sont en effet la traduction vivante d’un paradoxe historique : leurs parents ont fait leur vie dans le pays qui leur a fait la guerre. Le pays contre lequel ils se sont battus, la France, est maintenant celui de leurs enfants » (...) « La France, sonnée par huit années de guerre, accueillit avec empressement dans ses bidonvilles cette main d’œuvre à la fois familière, abondante et peu exigeante »

« Cette contradiction, qui s’inscrit dans la longue histoire d’amour et de haine franco-algérienne, n’a pas fini de produire ses effets.

Reste à raccommoder les deux pans de cette histoire déchirée. (...) Cela exige la mise au clair de l’histoire coloniale et en particulier de la guerre d’Algérie, y compris dans ses épisodes des plus ambigus ou les plus détestables »

« Plutôt qu’une simple « mémoire » qui risque d’entretenir un rapport coupables-victimes, mieux vaut sans doute prendre le risque d’une histoire contradictoire et mutuelle, avec ses harkis et ses porteurs de valises, ses nationalistes devenus immigrés et même ses policiers anti-Papon. Une histoire complexe qui permettrait de comprendre pourquoi, aujourd’hui, ont peut être « céfranc » et siffler La Marseillaise »

Philippe Bernard, Le Monde du 26.10.01


Kabylie

(écrit le 10 avril 2002)

Province rebelle de longue date, la Kabylie connaît depuis le printemps 2001 des violences sporadiques qui ont fait, au total, une soixantaine de morts, en majorité des jeunes. Pour y mettre fin, le régime algérien a accepté récemment plusieurs revendications des manifestants, qu’il avait auparavant jugées irrecevables. Certaines touchent au cœur de l’identité amazight (berbère), telle la reconnaissance de la langue berbère comme une langue nationale, au même titre que l’arabe, qui est de surcroît la langue officielle.

Autre geste d’apaisement, le pouvoir a accepté de retirer de Kabylie certaines des unités de gendarmerie qui y stationnaient. Aux yeux de la population locale, celles-ci portent la responsabilité des violences de ces derniers mois dans la région.

Le cycle des violences

Mais ce retrait partiel a mal tourné. En fin de semaine dernière, des unités de gendarmerie sur le départ se sont livrées à des actes de vandalisme, relançant du coup le cycle des violences. Aujourd’hui, la situation semble à nouveau bloquée entre le pouvoir central et les structures kabyles traditionnelles, les aârouch, qui encadrent le mouvement populaire plus efficacement que les partis politiques. Plusieurs délégués de la Coordination des aârouch ont été interpellés et incarcérés, ces derniers jours. D’autres ont plongé dans la clandestinité, dont Belaïd Abrika, l’animateur du mouvement.

Selon Saïd Sadi, chef du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), les exactions des forces de l’ordre algériennes sont « pires que sous l’occupation française » .

« Les forces de sécurité utilisent des haches, des barres de fer. Les gendarmes violent et saccagent le domicile des particuliers. Nous disposons de témoignages de torture. Ce qui se passe en Kabylie est pire que sous l’occupation française. C’est un massacre à huis clos qui laisse la communauté internationale indifférente », a déclaré au Monde le chef du RCD, Saïd Sadi.

Selon le journal algérien El Watan du 2 avril 2002, les émeutes ont gagné les villes de Tadmaït et Tigzirt où de violents affrontements se sont soldés par de nombreux blessés. (Tigzirt est la ville algérienne partenaire de Châteaubriant )

A Tigzirt de véritables batailles rangées ont opposé en plusieurs endroits de la localité, des gendarmes et des manifestants. Selon de nombreux témoignages de citoyens, les émeutes avaient éclaté déjà dimanche après-midi 31 mars vers 15h, à proximité de la brigade de gendarmerie située au cœur de la ville avant de se propager et de prendre de l’ampleur durant toute la soirée, notamment après que des gendarmes en tenue civile, eurent effectué des descentes punitives dans plusieurs quartiers de la ville tout en saccageant, au passage, de nombreux magasins, des bars-restaurants ainsi que le siège de l’Office local du tourisme   situé au centre-ville.

A la hache et au poignard

Après la soirée folle de dimanche, où sept citoyens ont été arrêtés, dont deux grièvement blessés et aussitôt hospitalisés, de nombreux villageois des communes de Tigzirt, Iflissen et Mizrana ont alors afflué massivement vers le centre-ville de Tigzirt le lundi 1er avril où les affrontements ont pris une tout autre dimension, notamment en cours d’après-midi. De nombreux blessés ont été évacués vers le CHU de Tizi-Ouzou ou encore vers la polyclinique de Mizrana du fait que l’hôpital de Tigzirt, situé au centre-ville, était pratiquement inaccessible en raison de la situation d’embrasement qui avait paralysé tout le trafic automobile dans les principales artères de la ville.

Selon le journal algérien Le Matin du 2 avril 2002 les gendarmes ont mené à Tigzirt, le 1er avril, une véritable chasse à l’homme. Armés de lance-bombes lacrymogènes, de haches, de couteaux ils ont pourchassé les citoyens jusqu’à la sortie de la ville. Plusieurs blessés parmi les manifestants ont été enregistrés dont trois sont dans un état jugé grave. Deux jeunes ont été tués à la hache et au poignard, et d’autres blessés par les gendarmes qui ont fait une « descente » en ville.

Pierre Urvoy, le castelbriantais qui est en contact avec les autorités de Tigzirt, en a eu la confirmation par téléphone.

Il commente : « Je vois avec une certaine angoisse que, pour reprendre l’expression récente d’un journaliste algérien : « Le pouvoir va réussir à faire ce que 132 ans de colonialisme n’ont pu réaliser : diviser le peuple algérien. » Leur isolement politique amène certains Kabyles à envisager des solutions séparatistes que je n’ai jamais entendu s’exprimer jusqu’à présent. Elles semblent encore très minoritaires. Bouteflika porte, une fois de plus, la responsabilité d’un terrible gâchis... »

Un appel de détresse

M’barek Ahmed, enseignant en Algérie envoie un véritable appel de détresse à l’intention des militants et organisations des Droits de l’Homme et des mouvements de citoyens afin d’éviter le chaos et l’irréparable en Algérie :

« Le pouvoir est passé à un stade de la répression qui risque de faire basculer la région de la Kabylie dans une violence qui aura pour nom « la guerre civile ».

Les dernières arrestations et enlèvements des représentants légitimes des citoyens de la Kabylie dissimulent à peine un scénario dangereux qui vise à décapiter le mouvement des citoyens, à lancer des procès fallacieux contre les délégués et conduira certainement à leur emprisonnement, ce qui d’un côté est une grave provocation pour la population. D’un autre côté, en l’absence d’interlocuteurs la seule alternative sera la « violence ». Les « aventuristes » du pouvoir prévoient une répression sans précédent en Kabylie quitte à embraser à jamais cette région rebelle, à dessein de pérenniser le pouvoir et de s’approprier la rente pétrolière

Je réitère mon appel de détresse afin de sauver l’Algérie du chaos, et ce en alertant les organisations des Droits de l’Homme, les parlements européens en particulier le Parlement Français pour contraindre le pouvoir algérien à cesser cette vague d’arrestations et à respecter le droit à l’opinion politique. Evitons le désastre ».

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« L’Etat Algérien réprime toujours l’aspiration à la justice et à la démocratie dont est porteuse la Kabylie depuis un an » conclut le Comité Palestine-Méditerranée du Pays de Châteaubriant   . (Contacts : Louis David - Tél/Fax : 02 40 28 43 87 ou Pierre Urvoy, Tél : 02 40 28 42 28)