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003-2002-03. Résultats premier tour

(écrit le 24 avril 2002) (voir tableaux chiffrés)

 Résultats de l’élection présidentielle, premier tour, à Châteaubriant et France entière

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Présidentielles 2002, premer

Seize candidats. Un record !

L’abstention a été forte à Châteaubriant : 27,01 % (au lieu de 18,77 % en 1995), analogue à celle de la France entière (27,63 %)

Si l’on totalise les abstentions et les blancs ou nuls à Châteaubriant on obtient : 29,68 % en 2002 (au lieu de 21,95 % en 1995). Il y a donc près d’un tiers du corps électoral castelbriantais qui ne s’est pas exprimé.

Chirac-Jospin

Châteaubriant-ville a placé dans l’ordre : Chirac (24,66 %), Jospin (18,02 %) et Le Pen (13,24 %). Ce dernier est donc loin, ici, de son score national (17,02 %).

Les candidats, on peut les classer globalement ainsi (ce n’est qu’un point de vue) :

A l’extrême-droite :
Bruno Mégret (dissident Front National)
Jean-Marie Le Pen (Front National)
Christine Boutin (apparentée UDF)

Ils ont fait à Châteaubriant 15,76 % - alors qu’en 1995 l’extrème-droite (Le Pen + DeVilliers) avait fait 16,11 %)

A droite :
Corinne Lepage - droite + écologie
François Bayrou - venu de l’UDF
Jacques Chirac - Président sortant, RPR
Alain Madelin - Démocratie Libérale
Jean Saint Josse - chasse, pêche ...

Ils ont fait à Châteaubriant 41,11 % alors que Chirac+Balladur+Cheminade avaient fait 41,99 % en 1995.

La « gauche » :
Christiane Taubira - Radical de Gauche
Lionel Jospin - 1er ministre sortant, PS
Robert Hue - Parti Communiste
Chevènement - Mouvement des Citoyens

Ils ont fait à Châteaubriant 26,44 % , alors que Jospin et Hue avaient fait 31,95 % en 1995. La chute est spectaculaire pour Lionel Jospin (18,02 % au lieu de 25,44 % en 1995) et pour Robert Hue (2,84 % au lieu de 6,51 % en 1995).

Ecologiste, à gauche :
Noël Mamère - Les Verts, a fait 5,81 % là où Dominique Voynet avait fait 4,11 % en 1995.

Extrême Gauche :
Daniel Gluckstein - Parti des Travailleurs
Arlettre Laguiler - Lutte Ouvrière
Olivier Besancenot - Ligue communiste révolutionnaire (LCR)

A eux trois, ils ont fait à Châteaubriant 10,88 % (au lieu de 5,84 % en 1995).

Les résultats à Châteaubriant sont donc plus contrastés qu’au niveau national :

– L’extrême-droite n’a pas progressé du tout (elle est à 15,76 % en 2002)
– La droite s’est à peine maintenue (elle est à 41,11 % en 2002)

– La « gauche » (gauche plurielle + Verts + extrême gauche) arrive à 43,13 %

Sur le papier

En détaillant un peu plus ce qui s’est passé à « gauche » à Châteaubriant :
– La « gauche » plurielle, celle du gouvernement, a fait une chute importante : - 5,51 %
– L’écologiste a progressé de + 1,7 %
– L’extrême-gauche a progressé de + 5,04 %

Ce qui est inquiétant (et c’est d’ailleurs pourquoi les élections municipales ont été perdues à Châteaubriant en mars 2001), c’est que la Gauche n’existe plus que sur le papier. Le parti dominant (le Parti Socialiste), s’est refusé souvent à prendre en compte les aspirations portées par ses partenaires (aspirations qui se trouvent être les aspirations populaires). Se voulant parti de gouvernement, sérieux et gestionnaire, il s’est montré plus libéral qu’un parti de droite dans de nombreuses circonstances. Du coup il s’est coupé de sa base populaire et celle-ci ne s’y est plus retrouvée. Pourtant Lionel Jospin n’a pas souffert de désaffection dans l’opinion, malgré la longueur de son bail comme Premier Ministre (le plus long à Matignon depuis Raymond Barre il y a 21 ans). Au contraire, son bilan, sur lequel les Français ont porté jusqu’au bout un jugement positif, était considéré comme son principal atout. Mais les urnes ne se sont pas montrées en accord avec les sondages d’opinion....

Désillusion

Lionel Jospin a perdu, au niveau national, près de 7 points par rapport à son score lors de la dernière élection présidentielle,

Et punition personnelle supplémentaire, il perd même 11 points dans son propre fief de Cintegabelle. Héraut de la gauche gestionnaire, de par sa fonction mais également de par ses choix politiques, Lionel Jospin est désavoué. En ne réunissant plus sur son nom que les catégories moyennes et supérieures, Lionel Jospin a ouvert l’espace des jeunes et des catégories populaires à la gauche radicale.

Enfin, les inflexions de son positionnement politique durant sa campagne, du candidat dont le projet n’était « pas socialiste » au candidat de la « gauche réelle », n’ont pas permis de stopper l’hémorragie vers les autres candidats de gauche.

La démobilisation des électeurs normalement acquis à la gauche a été complète au point de créer la surprise ce 21 avril où la sanction, inattendue, est tombée : très dure car elle empêche la gauche d’être présente au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Il se produit donc, en ce mois d’avril 2002, ce qui s’est déjà produit en mars 2001 : la gauche au gouvernement est sanctionnée. Les Français attendent davantage d’elle. Les Français veulent une part de rêve. Ils vont la chercher dans les extrêmes, à l’extrême-gauche en l’occurrence à Châteaubriant, à l’extrême-droite au niveau de la France entière.

 Au niveau national

Au niveau national, les analyses sont différentes.

L’ampleur des votes en faveur de l’extrême-droite est très inquiétante. Dans une Union Européenne où l’extrême droite participe au gouvernement en Autriche et en Italie, la France apparaît comme l’un des pays où ce courant est le plus fort.

Le bon score de Jacques Chirac est incompréhensible comme-tenu des « affaires » qu’il traîne derrière lui. Les Français l’ont choisi plus pour son (réel) talent de bateleur que pour la qualité de ses réalisations. L’homme sait promettre. Les électeurs lui pardonnent ensuite de ne pas tenir ses promesses, ce qui est un comble !

Si les Français ont reconnu le sérieux et la rigueur de Lionel Jospin, ils ont manifestement préféré deux candidats jouant sur un registre plus populiste, avec comme thème central l’insécurité

 Mal élu

On peut bien sûr constater que les deux finalistes ne recueillent pas beaucoup de voix, si l’on se réfère au nombre des inscrits. Ce qui veut dire que le vainqueur du second tour n’aura rassemblé sur son nom guère plus de 13 % du corps électoral du premier tour. « Si ce n’est pas là le signe d’une crise majeure de la représentation politique, donc de la démocratie, qu’est-ce donc ? » interroge Bernard Langlois dans Politis. C’est comme si l’important était d’être élu, quelle que soit la façon d’obtenir le résultat.

Lors du duel du second tour qui va se jouer entre Chirac et Le Pen, Chirac sera vraisemblablement élu. Les premiers sondages (encore eux !) lui donnent même plus de 70 % des voix Si c’est le cas, ce sera par rejet violent de Le Pen. On pourra donc dire que Chirac sera un mal élu.

Qu’importe, il ne doutera pas de sa légitimité et les hommes qu’il mettra en place se sentiront les mains libres pour gouverner le pays à-droite-toute, en ignorant totalement les aspirations populaire de ceux qui, en désespoir de cause (l’expression est à prendre dans son sens le plus fort) auront voté Chirac pour éliminer le candidat fasciste et raciste.

Les législatives pourront peut-être rééquilibrer la balance des voix. Mais en est-on bien sûr ?

 Séisme

Le score de Le Pen est un séisme dans la vie politique française (puisse-t-il provoquer un sursaut salutaire !). Il doit nous conduire à nous interroger sur la démocratie et en particulier sur le rôle des médias.

Les grands médias (et en particulier de la télévision) et les instituts de sondage, sont une fois de plus mis en question.

D’une part pour avoir fait l’impasse sur les programmes des candidats (il a fallu attendre ce 22 avril au matin pour entendre comparer les propositions de Chirac et Le Pen en matière économique). La télévision a joué « le spectacle » comme un « loft story » (le sexe en moins). Des petites phrases, des ronds de jambe, des bains de foule, mais pas de débat sur les programmes.

D’autre part, depuis le 11 septembre 2001 (attentats de New York) la télévision a mis l’accent, dans ses journaux quotidiens, plusieurs fois par jour et de façon répétée, sur tous les faits divers crapuleux, sur tout ce qui peut faire peur au citoyen. De plus, les rumeurs, plus c’est gros, plus ça porte et ça rapporte ! A force de parler du loup, les citoyens voient de l’insécurité partout. Il leur faut des flics, des maîtres-chiens, des caméras de vidéo-surveillance .... Et un LE PEN au gouvernement pour surveiller tout le monde ?

Car malheureusement le Front National ne fait plus peur. Un sondage réalisé les 3-4 avril pour la Dépêche du Midi, montre que 24 % des sondés ne sont pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle le FN   est « un parti raciste ». Ce score monte jusqu’à 27 % chez les ouvriers et 33 % chez les personnes de 65 ans et plus. De même 28 % des personnes interrogées (31 % chez les ouvriers, 36 % des patrons, artisans et commerçants) ne voient pas dans le FN   un « danger pour la démocratie ». Le camouflage du Front National a été efficace.

 Et maintenant ?

Maintenant, le Peuple de Gauche (car il existe) est sonné. Mais il est aussi DEBOUT comme en ont témoigné les premières manifestations spontanées au soir du 21 avril.

Les différents candidats de gauche (sauf Arlette Laguiller) ont appelé à barrer la route au Front National. C’est nécessaire. Comme dit Christiane Taubira, il faut que les choses soient claires. Il faut dire aux Français qu’il n’y a pas d’avenir dans l’intolérance, dans le rejet de l’autre, dans la lâcheté. Il faut appeler les Français au sursaut .

Mais ce sera avec désespoir : Chirac est un excellent artiste dans le genre amuseur de foire et jongleur « d’affaires » diverses et variées, et sa façon d’éviter toute investigation de la justice ne laisse rien augurer de bon.

Les « petits », ceux qui croient avoir trouvé un défenseur du côté de LE PEN auront vite fait de comprendre. Le 3e tour des élections se jouera dans la rue. Mais il y a des jeux où il faut jouer longtemps et perdre beaucoup avant d’espérer, sans garantie, gagner quelque chose

 La Peste et le Choléra

La cause première qui a provoqué le jaillissement de LE PEN de la boîte de Pandore, c’est le remplacement de la Démocratie par la médiacratie et la sondocratie : quand les médias et les sondeurs passent leur temps à vous seriner que c’est CHIRAC et JOSPIN qui sortiront du premier tour des Présidentielles, pourquoi aller voter au premier tour ou pourquoi ne pas se défouler sur l’extrême droite (19,40 %) ou sur les candidats marginaux (LEPAGE, BOUTIN, SAINT-JOSSE ...7,36 %).

La seconde raison qu’il faut bien admettre c’est la grande similitude entre le libéralisme du Président sortant et le néo-libéralisme du Premier Ministre sortant, qui se sont souvent inclinés devant les diktats de la mondialisation libérale et de l’Europe libérale, tout récemment encore à Barcelone, en matière d’âge de la retraite et de privatisations accélérées. Il y a combien de temps qu’un Président de la République ou un Premier Ministre ont su dire NON ?? Certes le départ de JOSPIN ne manque ni de grandeur ni de noblesse. Mais si sa politique était demeurée conforme à son discours inaugural à l’Assemblée Nationale, il aurait été élu triomphalement.

Enfin le camp des vainqueurs n’est pas, malgré les apparences, celui de l’extrême-droite, mais celui des abstentionnistes (autour de 29 % soit 12 millions d’électeurs inscrits). L’échec de CHIRAC est aussi évident que celui de JOSPIN et le score de LE PEN n’atteint pas 13 % des électeurs inscrits (ce qui est encore beaucoup trop). La France n’est pas devenue fasciste et CHIRAC sera élu facilement. Mais les Français sont mécontents et ils ne se sont pas privés de le faire savoir et de rappeler à leurs maîtres qui est le souverain.

Le constat qui en a été immédiatement tiré c’est que la Gauche est à reconstruire, ce qui prouve qu’elle était moribonde et qu’elle avait tourné le dos à son berceau naturel, la classe populaire.

Il lui faut faire vite et tâcher de présenter un programme et une façade présentable pour l’ultime enjeu des Législatives.

J.Gilois

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