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Europe (03)

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Ecrit en juin 2000

Même si la réduction de la durée du mandat présidentiel occupe actuellement le devant de la scène, c’est bien la question de l’infléchissement de la construction européenne qui demeure fondamentale à la veille de la prise de présidence de l’Union Européenne qui sera assumée par la France pendant la durée du second semestre 2000 .

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire le 3 mai dernier que les problèmes à résoudre en urgence étaient :
– 1) la modification du mode de décision (vote à la majorité qualifiée) ;
– 2) La limitation du nombre et des pouvoirs des commissaires de Bruxelles ;
– 3) L’Elargissement de l’Europe (20 pays frappent à la porte).

Paroles verbales :
Fédération ou Confédération ?

Comme depuis 50 ans, un certain nombre d’ « ultras » y vont de leurs déclarations péremptoires et tonitruantes, et le dernier en date est le ministre vert allemand Joschka FISCHER qui reprend, après Jacques DELORS et Helmut KOHL (dont il assure la succession sur ce plan), la proposition de création d’une « Fédération Européenne », provoquant les réactions de Jean-Pierre CHEVENEMENT, occasionnant le tohu-bohu que l’on sait, le chœur des effarouchés dénaturant les propos du Président du Mouvement des Citoyens en les interprétant à contresens.

Ce qui est moins connu (et ceci explique cela) c’est que Joschka FISHER a écrit il y a 6 ans un livre « RISIKA DEUTSCHLAND (LE RISQUE ALLEMAGNE ) » dans lequel il développait l’idée que « L’ALLEMAGNE, DU FAIT DE SON PASSE, DEVAIT TROUVER UN AUTRE CADRE D’ACTION QUE LE CADRE NATIONAL » .

Depuis, Joschka FISHER, en proposant un débat public avec CHEVENEMENT (qui l’a accepté) a déclaré : « je n’ai pas parlé de Fédération, mais de Fédération des Etats-Nations », ce qui est un contresens déjà formulé par DELORS : ou bien c’est une Fédération, et on ne peut plus parler en réalité d’Etats-Nations, ou bien les Etats-Nations demeurent et alors ce n’est pas d’une Fédération, mais d’une Confédération qu’il s’agit .

Les vrais problèmes

Mais foin des théories démagogiques et simplistes cent fois ressassées depuis un demi siècle : il y a des tas de problèmes autrement urgents et compliqués à résoudre . Il y a, par exemple, le problème du vote à la majorité qualifiée, le problème du nombre des députés européens, le problème du nombre de commissaires, quand on sait qu’il y a 82 millions d’Allemands pour 60 millions de Français, 60 millions d’Anglais, 60 millions d’Italiens, 40 millions d’Espagnols, 14 millions de Néerlandais et 9 millions de Belges, pour ne citer que 7 pays sur 35 . Essayez donc de donner plus de voix aux Néerlandais qu’aux Belges, interroge le journal El Païs, et vous verrez le tollé !.- Il n’empêche que les Allemands ont déjà obtenu, paraît-il, des garanties afin d’avoir une représentation plus élevée !

Et les vraies questions

Il est aussi un certain nombre de questions fondamentales posées justement par Jean-Pierre CHEVENEMENT dans le Nouvel Observateur du 1er juin 2000 : « Nous donnons-nous les moyens de préserver le fameux modèle social européen ? Quel projet de civilisation qui ne reproduise pas la « civilisation » importée des Etats-Unis ? Sommes-nous capables de concevoir une politique à long terme vis-à-vis de la Russie et du monde méditerranéen pour un développement partagé ? » etc.

Naissance de Europe S.A.

Dans un article implacable du Monde Diplomatique de juin 2000, intitulé « Naissance de l’Europe S.A. » Bernard CASSEN démonte le processus de construction d’une Europe Ultra libérale qui se met en place sous notre nez et à notre barbe .

Tout ceci est résumé dans le chapeau qui précède cet article : « Il y a une Europe mythique et une Europe réelle. La première est celle à laquelle aspirent les dix pays de l’Est candidats à l’Adhésion, celle qui nourrit le débat permanent sur l’avenir institutionnel de l’Union, récemment relancé par Joschka FISHER . La seconde, ne laissant pas place au rêve, n’est qu’une version régionale de la mondialisation libérale, soumise aux impératifs de la finance et des grandes entreprises, et mise en place sans consultation des citoyens et des parlements. Pendant que les projecteurs médiatiques font diversion en se braquant sur l’une, les affaires continuent dans l’autre »

La très grande discrétion des conseils européens

Bernard CASSEN note que « le décalage est flagrant entre l’effervescence provoquée par la déclaration de FISHER et le traitement beaucoup plus discret du dernier Conseil Européen de Lisbonne des 23 et 24 mars dernier ».

A côté de l’hymne à la nouvelle société naissante (allusion à la nouvelle économie), certaines conclusions du sommet auraient mérité plus de publicité : Les missions du système éducatif y sont réduites à l’adaptation « tant aux besoins de la société qu’à la nécessité de relever le niveau d’emploi et d’en améliorer la qualité » ce qui n’a rien de particulièrement humaniste .- La protection sociale « doit être modernisée en accordant une attention particulière à la viabilité des régimes de retraite à différentes échéances jusqu’à 2020 et au-delà si nécessaire ». Une façon de parler des fonds de pension en ménageant L. JOSPIN .

Il est également demandé « à la Commission, au Conseil et aux Etats membres d’accélérer la libéralisation dans les secteurs tels que le gaz, l’électricité, les services postaux, et les transports . De même en ce qui concerne l’utilisation et la gestion de l’espace aérien, le Conseil invite la Commission à présenter ses propositions aussi tôt que possible » et le reste remarque B. CASSEN est de la même veine .
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Par contre rien sur les objectifs sociaux et sur les propositions portugaises de réduire le chômage européen de 8,8 à 4 % jusqu’à 2010 et d’abaisser le taux de pauvreté de 18 % à 10 % .

Jacques CHIRAC, entouré de JOSPIN et de ses ministres déclarait à l’issue du Conseil Européen : « IL N’Y A PLUS DE DEBAT IDEOLOGIQUE ». Ce qui veut dire que tous les gouvernements, y compris Paris, ont entériné le modèle libéral comme modèle européen .

Bruxelles décide
Les députés entérinent

Ainsi à partir des conclusions de Lisbonne, la Commission de Bruxelles va prendre des « Directives » ou d’autres actes ou décisions législatifs communautaires. Les ministres, tenus par les engagements vont les adopter. Et les députés n’auront d’autres choix que de les transcrire en lois nationales puisque la parole du pays aura été donnée !

Et Bernard CASSEN résume : « L’Union fonctionne comme une puissante machine à libéraliser « par le haut », indépendamment de l’opinion des citoyens, des élus et même des gouvernements réticents, comme à l’occasion celui de JOSPIN »

De proche en proche, avec des Parlements réduits au rôle de chambres d’enregistrement, se met en place une Europe bien réelle qui s’éloigne de plus en plus du « modèle » qu’elle était censé incarner : C’est Alain TOURAINE qui a vendu la mèche : « En France, le mot libéralisme était imprononçable, alors on en a trouvé un autre : Europe ! »

La conclusion appartient (provisoirement, espérons-le) à Romano PRODI, Président de la Commission Européenne de Bruxelles : « La culture américaine, au sens large et telle qu’elle s’exprime symboliquement par les mass-media, est considérée par certains comme pouvant constituer une référence unitaire pour l’Europe à la recherche de son âme . Cette hypothèse n’a rien de scandaleux ! »

L’Europe succursale

Décidément, à la lumière de ce tour d’horizon européen, il apparaît une fois de plus que l’Europe est chaque jour un peu plus une succursale de l’Amérique, succursale dont la tête de pont est l’Allemagne, cette Allemagne qui depuis 1945 se sent redevable à l’égard des Etats-Unis de l’avoir délivrée du mal, cette Allemagne dont les Etats-Unis cherchent à tirer parti en faisant mine de lui offrir un partenariat privilégié, « the partnership in the leadership » que lui proposait hier George BUSH .

Jean GILOIS