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Europe (13)-L’Euro. Le Franc est mort

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(écrit le 9 janvier 2002)

Faudra-t-il payer les chèques ?

Depuis près de quinze ans, les banques françaises cherchent à imposer le chèque payant, mais elles ont toujours dû y renoncer face aux réactions très hostiles des consommateurs, relayées par la classe politique française.

Le chèque est le moyen de paiement préféré des Français, qui émettent à eux seuls 70 % des chèques de la zone euro. Peu à peu, les paiements par carte progressent, mais les chèques conservent la primeur parmi les clients modestes.

La dernière tentative des banques de tarifer les chèques a été révélée par le quotidien Le Parisien le 29 septembre 2000, l’information a déclenché un tollé. Le ministre des finances, Laurent Fabius, ayant réitéré son soutien à la gratuité des chèques, puis le député MDC Georges Sarre ayant fait adopter par la commission des finances de l’Assemblée nationale, en avril 2001, une proposition de loi sur ce thème, les banques ont renoncé à ce projet avant l’arrivée de l’euro signant un armistice de plus d’un an, qui vient de prendre fin.

Si le passage à l’euro va coûter cher aux banques françaises (dit-on), elles se réjouissent que la monnaie européenne rende enfin caduc le fameux « ni-ni » : ni rémunération des comptes ni facturation des chéquiers, ce dogme qui assure la gratuité des chèques en France.

Des clopinettes

Pour l’instant, les banques françaises ne révèlent pas leurs intentions : elles attendent le 17 février, c’est-à-dire la fin de la circulation du franc. Pour la suite, rien n’est clair : les banques estiment que la gratuité des chèques, votée par le Parlement, s’applique au franc et pas à l’euro. Et ni le Ministère des Finances, ni les services du Premier Ministre n’apportent une clarification à ce sujet.

Les banques promettent de verser un intérêt, royal !, de 0,5 % sur les sommes laissées par les particuliers sur leur compte en banque. C’est un « avantage » qui n’avantagera que les ménages qui disposent d’un matelas confortable. Les autres ne récupéreront que des clopinettes et devront payer les chèques qu’ils feront ou devront se résoudre à disposer, dans leur porte-monnaie, d’une somme en espèces relativement importante pour éviter tous les « petits chèques ».

Reste à savoir si les organisations de consommateurs vont pouvoir organiser la résistance. Reste à savoir quelle banque se lancera la première ou s’il y aura simultanéité (donc entente) entre les banques.

Le Crédit agricole, les Caisses d’épargne et La Poste, gros collecteurs de dépôts et donc peu pressés de les rémunérer, ne lanceront sans doute pas le mouvement. Les banques commerciales, qui se préparaient à le faire, s’interrogent. BNP Paribas reconnaît, en privé, qu’elle n’envisage plus de se lancer la première. Belle bataille en perspective, à quelques semaines des élections présidentielles et législatives

Banquiers malgré eux

Après un premier test pour certains le jour de l’an, tous les petits commerçants se sont lancés dans la grande aventure de l’euro, généralement avec bonne humeur, en regrettant cependant d’avoir à jouer le rôle des banques à savoir celui d’un bureau de change. Nombreux ont été les paiements en billets de 200 ou 500 francs pour l’achat d’un paquet de cigarettes, d’un journal ou de petits articles. « Avant le 1er janvier, les entreprises n’avaient pas réellement pris conscience de cette mission », explique la Confédération générale de l’alimentation en détail. La situation aurait pu être autre si le rôle pédagogique des détaillants avait été reconnu. Et récompensé par exemple par un crédit d’impôt sur le montant des pièces en francs rapporté aux banques. C’est un geste qui aurait été apprécié.

Un certain nombre de commerçants ont, aux heures d’affluence, renoncé à rendre la monnaie en euros lorsque les clients payaient en francs. Espérons qu’ils n’auront pas eu trop de fausse monnaie : lors de la dernière kermesse de l’amicale laïque, 6 billets de 200 F se sont révélés faux !

Banquiers dans l’âme

En revanche, les banques n’ont pas toujours joué leur rôle : certaines d’entre elles n’acceptant pas un billet de 100 F pour donner un « kit » de pièces : elles ont préféré prélever directement les 100 F sur le compte de leurs clients, ce qui leur permettait d’éliminer les personnes qui n’avaient pas un compte bancaire chez elles, ce qui leur permettait aussi d’empocher 0,032 F par client, puisque le kit de pièces d’euros ne correspondait qu’à 99,968 F. A l’échelle de Châteaubriant, pour 1000 clients cela ne faisait que 32 F de bénéfice pour la banque, mais à l’échelle du pays, pour 5 millions de clients, cela a rapporté 160 000 Francs à la banque ! Y’a pas de petit profit.

Vite, on augmente

Le mensuel Que Choisir a comparé les prix des mêmes articles (strictement les mêmes) proposés d’une saison à l’autre dans les catalogues de vente par correspondance.

Chez Quelle, sur 10 produits identiques, les hausses vont de 8 à 25 %.

Chez Télémarket , sur 21 produits, 5 présentent des hausses de 9 à 11 %, et les seize autres ont augmenté de 13 à 36 %

Aux Trois Suisses, sur 9 produits identiques, les hausses vont de 12 à 34 %

Le mieux, c’est La Redoute : sur 19 produits identiques, les hausses vont de 8,99 % (un cas) jusqu’à 50,25 %.

Journaux :

– Ouest-France est resté à 0,70 €
– Presse-Océan est passé de 0,70 à 0,73 €
– Le Monde est resté à 1,20 € (mais il était à 1,14 € en août 2001)
– L’Eclaireur est passé de 1,07 € à 1,10 €
– La Mée est passée de 0,66 à 0,70 € en librairie mais en revanche l’abonnement n’est passé que de 29,73 € à 30 € ce qui donne, enfin, un avantage aux abonnés par rapport à ceux qui achètent le journal en librairie.

Pas d’eurodateur :

La ville de Châteaubriant a adopté ses tarifs pour l’année 2002 et en particulier les tarifs du stationnement payant. A dire vrai, on n’a pas bien compris. Voilà ce qui est écrit :

1re heure gratuité
la demi-heure supplémentaire 0,15 €
l’heure supplémentaire 0,30 €

Cela veut-il dire qu’on pourra stationner pendant 90 min pour 0,15 € (soit 1,00 F). C’est pas ça qui va faire peur aux voitures ventouses. Ce tarif n’est applicable d’ailleurs qu’à partir du 1er février 2002. Et jusqu’à cette date, a-t-on intérêt à garder des pièces de un franc ? Ou bien les agents de ville ne vont pas verbaliser ? (déjà qu’ils ne verbalisaient pas !). Jolie pagaille en perspective, en particulier dans la rue Aristide Briand toujours très encombrée et dans les rues semi-piétonnes où les piétons slaloment entre les voitures-ventouses. Tout ça parce que la municipalité n’a pas pris ses dispositions à temps pour changer les horodateurs en « eurodateurs » !


Date ? avril 2000 ?

Euro : des débuts difficiles

Jamais aucun nouveau-né ne fut présenté avec autant de pompe que cet Euro là ! Quand les banquiers présentèrent l’Euro au monde, ils dirent comme Napoléon présentant le roi de Rome : l’avenir nous appartient. Le Duc de Reichstadt mit 21 ans à mourir. Au bout de seize mois seulement l’Euro est déjà bien malade .

Lancée le 1er janvier 1999, la monnaie européenne, voulue comme monnaie forte (ce qui était une ânerie en terme de commerce et d’exportations) se situait à 17 % au dessus du dollar américain. L’ambition de ses géniteurs était d’en faire la monnaie de référence mondiale en même temps et si possible à la place du dollar et du yen japonais .

Aujourd’hui, seize mois après, l’Euro a perdu 22 % face au dollar et 28 % face au Yen ! (Ceci est d’ailleurs tout bénéfice pour les exportations françaises et européennes et démontre combien la fameuse politique du franc fort fut en son temps néfaste à notre économie. Mais cette dégringolade accélérée de l’Euro est bien involontaire.)

Une monnaie gribouille ?

Seulement nous sommes bien obligés de constater que, guère plus d’un an après sa création, l’Euro, encore monnaie commune, et qui deviendra (peut-être) monnaie unique européenne (enfin pour 11 pays d’Europe seulement), est en bien mauvaise posture internationale entraînant le franc dans son sillage, puisque celui-ci est à parité fixe et définitive et n’est plus coté, ce dont nos compatriotes n’ont pour la plupart pas encore pris conscience.

Or l’Euro, future monnaie unique, c’était la panacée, la référence absolue, la garantie que le franc, parait-il, n’était plus capable de présenter. Encore une vessie présentée comme une lanterne ! Encore un mensonge de plus .

L’Euro a sombré, écrivent les journaux spécialisés (et ça n’a effectivement pas amélioré sa santé, mais il était déjà malade avant) parce que l’Italie est en crise, parce que Massimo d’ALENA a dû démissionner et parce qu’il existe un risque du retour de BERLUSCONI avec ses alliés de l’extrême droite italienne et que ceci suit l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite autrichienne . Etonnant ! Les « milieux d’affaires » ne préfèrent-ils pas les « régimes forts » ? Mais, c’est vrai, il y a un certain risque d’instabilité et d’insécurité politique, et ça, les spéculateurs n’aiment pas .

L’Euro avait des pieds d’argile

Mais ne nous a-t-on pas répété que précisément l’existence de l’Euro permettrait de garantir une stabilité que n’offraient plus les monnaies nationales, alors que c’est le contraire qui se produit. Si demain, l’Italie ou l’Espagne, ou l’Allemagne, ou les Pays du Benelux éternuent, c’est la France qui doit se moucher ? S’ils attrapent une crise de régime, c’est la France qui doit être opérée ? Etrange solidarité qui contraint l’ensemble à s’aligner non pas sur le meilleur, mais sur le pire !

Décidément, il n’est pas interdit de se demander, tant que les règlements de Bruxelles ne s’y opposent pas, si la future monnaie unique est réellement une bonne affaire et pas une arnaque, à moins que ce ne soit tout simplement une construction politico-théorique insuffisamment testée et digne du concours Lépine . Pourtant les banquiers allemands et européens qui nous gouvernent effectivement devaient savoir que les spéculateurs ne sont pas des enfants de chœur .Que n’aurait-on pas écrit si le franc avait perdu en seize mois 22 % de sa valeur ? Et pourtant c’est bien ce qui s’est passé en réalité sans que personne bouge le petit doigt .

Jean Gilois


Ecrit en décembre 2001

Le Franc est mort

Pavane pour une Thune défunte

Après 641 ans d’existence la thune vient d’entrer dans une longue agonie non pas parce qu’elle est exsangue et minée par quelque longue et fatale maladie, mais frappée à mort par une décision technocratique des banquiers de Francfort, s’appuyant sur un traité obscur, qui ont décidé que dorénavant la baguette, la tête d’oignon, le kilo de patates ou la quête du dimanche se paieraient en euros.

La thune, le franc pour l’appeler par son nom, a été créée par une ordonnance royale du 5 décembre 1360, en pleine guerre de cent ans, pour payer la rançon du Roi de France Jean II Le Bon, prisonnier des Anglais et valait 20 sols.

Le franc est devenu monnaie nationale par un vote de la Convention le 18 Germinal de l’an III (Avril 1795)

L’argmuche

La mort de la thune (plus exactement la pièce de 5 francs ou 100 sous) risque d’entraîner la mort de la seconde langue française, la plus pittoresque et la plus fertile peut-être, la langue de la Cour des Miracles, celle des gueux, des impécunieux et du mitan, la langue qui se réfère le plus souvent à l’argent ou au moyen de s’en procurer par ceux qui précisément n’en possèdent pas, j’ai nommé la langue verte, l’argmuche, dont les origines sont à peu près contemporaines du franc. (On retrouve la référence à la Cour des Miracles vers 1616, au Peuple des Gueux vers 1628 et à celui des Impécunieux vers 1677). Le javanais est plus récent et le verlan est contemporain, mais ils ont aussi leur dénomination de l’argent concrétisé par la monnaie utilisée actuellement.

Que signifiera maintenant la thune, la rondelle, la blanche, la ciguë ou la tuile ? A quoi correspondront la flèche, le francouillard, la mornifle ou la bigaille ?

Quelle valeur aura le talbin, le faf ou le bifton ?

Sous quelle forme matérialisera-t-on l’artiche, le beurre, le blé, la braise, le carbure, le flouze, la fraîche, la galette, le fric, le grisbi, le kopeck, l’osier, les pépètes, le pèze, les picaillons, le pogue ou le trèfle pour ne citer que les termes les plus connus ?

C’est François, VILLON, le plus merveilleux des poètes, qu’on répudie.

C’est RABELAIS, HUGO, BALZAC, qu’on récuse.

C’est RICHEPIN, CARCO, MAC ORLAN qu’on largue : Jésus la Caille n’a plus qu’à aller se faire rhabiller.

C’est Albert SIMONIN, Auguste LE BRETON, Alphonse BOUDARD, Pierre PERRET et Michel AUDIARD qu’on encriste.

Qui, dans dix ans pourra comprendre ce délicieux monologue de Raymond DEVOS
– Pour construire une maison y faut combien ?
– - Quinze briques.
– - Une brique combien ça vaut ?
– - Deux thunes.
– - Pour une thune qu’est-ce que je peux avoir ?
– - Des clous
– ..................................
– - Et pour le terrain
– - Pour le terrain y faut des briques

A la trappe Raymond DEVOS , ont dit les pères UBU et les mères UBU de Bruxelles et de Francfort. Et encore, s’ils avaient eu de l’imagination ! Au lieu de parler d’écu (terme risqué) puis d’euro (terme cul cul), ils auraient pu consulter Boris VIAN et lancer le Doublezon. Ca a de la gueule, le doublezon !

Jean Gilois

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Pouvoir d’achat comparé de l’euro et du franc