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Habiter ? ou occuper un logement ?

Ecrit le 9 août 2006 :

« Habiter ce n’est pas seulement occuper un logement. C’est aussi s’inscrire dans un environnement, un tissu relationnel  » dit un responsable associatif dans le monde rural. Pour l’avoir oublié une association d’aide au logement, a-t-elle créé des problèmes là où il n’y en avait pas.?

L’affaire se situe dans une petite commune de la région de Derval. Seul le cas social nous intéresse, nous ne donnerons donc pas le nom des personnes en cause.

Les lieux : une voie sans issue, en pleine campagne. Au bout de la route goudronnée : deux maisons en face à face :
– L’une, habitée par une famille de paysans (famille A) qui ont élevé 8 enfants
– L’autre, affectée par « Une famille un toit », à une famille de 7 enfants (famille B). Une famille « française de souche » qui posait déjà des problèmes dans un autre village de la même commune.

Les deux maisons sont très proches, la cuisine de la famille A est située à 6 m environ du portail de la famille B.

Peu à peu les relations se sont dégradées entre les deux familles. La famille A, accueillante, a tenté de nouer des liens de bon voisinage avec la famille B. Mais celle-ci, déjà chassée du village précédent, s’est tout de suite montrée agressive, considérant le moindre regard comme une intrusion. Mais comment faire quand la disposition des maisons impose un vis-à-vis inévitable ? Le maire, prévenu de la situation, en a avisé « Une famille un toit » qui n’a pas tenté de médiation.

 Enfants à l’abandon

En fait, la situation de la famille B est plutôt difficile : le père, maçon, parti en général pour la semaine, laisse son épouse à la maison. Celle-ci ne s’occupe guère des enfants. Quand le père rentre, fatigué, il fait régner la peur chez les sept enfants. Un des fils, violent à l’école, dira d’ailleurs ingénument : « Moi, quand je ne sais pas répondre, je tape ».

La situation des enfants, laissés à l’abandon, n’est pas sans poser des problèmes. Un jour, en l’absence de ses parents, un jeune garçon passe un bras à travers la vitre d’une porte. En face, dans la famille A, on se rend compte qu’il se passe quelque chose : le garçon est debout, appuyé au mur, tout pâle, le sang coule en bouillons. « Mon frère va mourir » dit une petite fille. Madame A, vient voir ce qui se passe et prévient les services d’urgence. « Faites une compression » lui répond « le 15 ». Mais il n’y a pas de torchons dans la maison de la famille B. La famille A prête donc le linge nécessaire et comprime le bras du gamin, qui pâlit de plus en plus. « Donnez-lui du sucre » dit « le 15 » en attente des pompiers. Mais dans la famille B, le sucre est sous-clef dans la chambre des parents. Finalement les pompiers arrivent, prennent en charge l’enfant qui a une artère coupée et l’expédient vers la clinique de la main à Nantes. Avec les pompiers arrivent les gendarmes.

La famille B en fera le reproche à la famille A en lui disant « vous n’avez pas à vous mêler de nos affaires ».

 Chaud

Une autre fois, c’est un petit de 2 ans qui se trouve sur la route, seul. Il n’y a personne, ni frère, ni sœur, ni parents. Il fait très chaud, le gamin pleure. « J’ai appelé la mairie » dit Madame A, « celle-ci a prévenu la maman par téléphone. En attendant j’ai mis le gamin à l’ombre et je lui ai donné à boire. Quand la maman est arrivée, je l’ai renvoyé chez lui. La maman m’a insultée, grossièrement et le père, en rentrant le soir a crié très fort : "elle se mêle de ce qui ne la regarde pas, mais ça va s’arrêter . J’ai eu peur »

 Barrière

Une autre fois, en revenant de cueillir des haricots verts, Madame A entend des pleurs d’enfant et voit une petite fille face contre terre, coincée sous la lourde barrière de la maison B. Elle appelle en vain : elle soulève donc la barrière pour libérer la fillette. A la longue Madame B arrive et gifle la petite fille. « Toute la soirée nous avons entendu des menaces contre nous. Nous avons fermé les volets et nous nous sommes terrés à la maison, n’osant plus sortir dehors ». dit Madame A qui, manifestement, vit dans la peur.

 Partir

Souvent, le week-end, c’est la fête à la maison B, toute la nuit du samedi, avec des amis venus d’ailleurs, une dizaine de voitures sur la rue, des coups de klaxon. Impossible de dormir. Pour des personnes de 80-85 ans, ce n’est pas le rêve. Dans la journée du dimanche, la musique est mise à tue-tête. Pas moyen de se reposer pour rattraper l’insomnie de la nuit.

« Un jour je leur ai demandé, poliment, de baisser le son. Mais je me suis fait insulter : « Appelle donc les gendarmes » m’ont-ils dit « Tu n’es pas capable de les appeler ». « Ce fut alors une demi-heure d’horreur, avec des coups de poings dans tous les volets. J’avais peur. Et puis tout-à-coup, le silence, la disparition de presque toutes les voitures : savaient-ils que les gendarmes arrivaient ? »

« Après le départ des gendarmes ce fut à nouveau la sérénade : des menaces, des coups de pieds dans la barrière du jardin » - « Arrêtez, vous allez la casser » - « Oui, m’ont-ils répondu et puis en-suite c’est à toi qu’on cassera la gueule. Tu vas t’habituer à notre monde, ou tu partiras » dit Monsieur B à Madame A, 80 ans, qu’il traite de putain, garce, salope.

« Faudra-t-il que je quitte cette maison ? » se demande Madame A tandis que ses enfants la poussent plutôt à ne pas se laisser faire.

 Sans culotte

Il arrive que Madame A, excédée par le bruit appelle la gendarmerie. Un jour, après le passage de celle-ci, elle a vu avec stupeur, au ras de sa fenêtre de cuisine, Monsieur B se déculotter tout-à-coup. La fenêtre étant assez basse, le spectacle était complet. « Le pire c’est que j’ai vu un gamin de la famille B, 5 ans, avoir exactement la même attitude vis-à-vis de mon petit-fils, âgé de 6 ans, qui passait sur la route. Cela m’inquiète car ce genre d’exhibition sans tabou semble naturel dans la famille.... ».

On n’en finirait pas, hélas, de raconter les débordements de cette famille qui ne se gêne pas pour venir s’asseoir sur les fenêtre de la famille A, les soirs de beuverie. C’est une famille où il y a trois chiens qui agressent les enfants des voisins dans la rue. Une famille où les adultes et les enfants jettent leurs détritus par dessus le mur, dans le terrain des voisins.

Dernièrement la famille B est partie pour plusieurs jours, laissant un chien attaché. Trop seul sans doute « le chien a hurlé jour et nuit, cela faisait mal au cœur » dit la famille A.

A l’école de la commune, les enfants B et d’autres cas sociaux perturbent la classe au point de faire craquer la directrice et de faire fuir les remplaçants.

Contactée à de multiples reprises par le maire de la commune, par téléphone ou par courrier, l’association « Une famille un toit » se dit incapable d’intervenir tant que la famille B paie son loyer. « Dans le meilleur des cas, l’accompagnement social est limité à 12 mois » nous a dit le responsable de l’association. « Le dispositif n’autorise pas l’accompagnement bénévole que la famille a toujours le droit de refuser »

Que faire ? La famille A ne souhaite pas quitter sa maison (du moins pour l’instant).
Elle ne demande pas non plus le départ de la famille B. Elle souhaite cependant que les relations se normalisent. Tout en acceptant que la famille B vive comme elle veut, elle souhaite qu’elle limite les nuisances infligées au voisinage.

Que peut faire l’association « Une famille un toit » ? « Si la famille B n’est pas réceptive aux questions de médiation, sera-t-elle réceptive aux sanctions ? La situation actuelle semble en effet intolérable, mais il faut que la famille A porte plainte » dit l’association.... Encore faut-il que la gendarmerie accepte d’enregistrer la plainte ... ce qui n’est pas évident !

Si les choses ne s’arrangent pas la famille A envisage de saisir le Procureur de la République pour l’aviser qu’elle n’interviendra plus si un enfant est en danger et pour dégager sa responsabilité en cas d’incident grave. Saine position de principe, « mais je ne peux pas rester inactive quand j’entends les plaintes ou les pleurs d’un enfant » dit Madame A. Affaire à suivre

B.Poiraud


Une famille, un toit