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Europe (19)

page 1883 -

Ecrit le 1er janvier 2003

Vers une grande Europe
pour prolonger les Nations
sans s’y substituer

Si on consulte le dictionnaire encyclopédique Hachette (édition de 1991) on trouve au mot EUROPE la définition suivante : « Continent peu individualisé, séparé de l’Afrique par le détroit de Gibraltar et réuni à l’Asie par les plaines russes où les Monts Oural le séparent du monde asiatique ; 10.519.793 km2, 750 millions d’habitants ». La surface de l’Europe n’a pas dû changer, en revanche sa population doit avoisiner ou dépasser les 800 millions d’habitants à l’aube de 2003 .

Selon Gérard SOULIER (L’Europe : Histoire, Civilisation, Institutions .- Librairie Armand COLIN ) le nom d’EUROPE est d’origine grecque et viendrait de l’une des Océanides, fille de TETHYS (personnification de la fécondité féminine de la mer) et d’OCEAN (person-nification de la puissance de l’eau), et non pas comme on le prétend à tort de son homonyme qui séduisit Zeus par sa grande beauté.

La plus ancienne (et la plus complète) structure organisée de l’Europe contemporaine est le CONSEIL DE L’EUROPE dont le siège est à Strasbourg, constitué le 5 mai 1949, et qui regroupe comme membres invités ou permanents la quasi totalité des Nations européennes de l’Est comme de l’Ouest

L’extension de l’Union Européenne à 25 membres en 2004 est une décision importante et qui va dans la bonne direction (même si l’opération est plus ou moins, et plutôt plus que moins, télécommandée par l’O.T.A.N.,(ou N.A.T.O. pour les anglo-américains), et donc par les Américains qui, pourtant, n’ont normalement rien à voir dans cette affaire. (D’ailleurs, dès le 26 décembre, les Polonais, tout fiers d’être dans l’OTAN, se sont empressés d’acheter des avions militaires américains F 16, au lieu d’avions européens français ou suédois)

Mais le compte n’y est pas : il manque bien sûr la Turquie qui frappe à la porte depuis plus de 40 ans et dont l’Histoire est constitutive de celle de l’Europe depuis près de 4000 ans (c’est-à-dire 1000 ans avant que les Celtes d’origine indo-européenne viennent s’installer en Gaule ! ).

Il manque surtout les pays européens de la Fédération de Russie, dont la Russie elle-même, européens à part entière et par surcroît alliés traditionnels de la France (hormis au moment de l’équipée d’un certain Napoléon). Il ne faudrait pas oublier que si 350.000 Américains sont morts pour la liberté pendant la dernière guerre, 20 millions de Russes sont morts pour la même cause !

Yalta est mort depuis 1989
et fut enterré en 1992

On aurait pu gagner du temps . Toujours selon Gérard SOULIER : « Le Conseil de l’Europe pouvait sembler le lieu tout indiqué pour les retrouvailles continentales après la disparition des blocs ».

D’ailleurs : "Celui-ci n’est-il pas l’institution qui préfigure la CONFEDERATION EUROPEENNE envisa-
gée par MITTERRAND ?« . Ce dernier a semblé en convenir, après les vaines assises de Prague, lors d’une visite au Conseil de l’Europe, le 4 MAI 1992 . « Les Russes tiennent le même langage. Le mur de Berlin a été abattu en 1989, et Mikhaïl GORBATCHEV, Président du Soviet Suprême de l’U.R.S.S, Chef de l’Etat, et Prix Nobel de la Paix, parle aux côtés de François MITTERRAND, Président de la République Française, de la construction de la »MAISON COMMUNE EUROPEENNE" ».

Dès lors on pouvait constater que le partage de la planète, et de l’Europe, imposé à YALTA (ou plutôt IALTA) en 1945 par ROOSEVELT, CHURCHILL et STALINE, était mort et bien mort .

Las ! C’était compter sans les Américains qui ne pardonnent pas à GORBATCHEV de ne pas avoir abjuré le Communisme et qui ne tarderont pas à lui jeter le grotesque ELTSINE dans les jambes.

C’était compter sans les probables menées secrètes du Vatican sans doute plus en raison de la concurrence religieuse orthodoxe que de la référence communiste.

C’était compter sans les prosélytes intéressés du tout marché et de l’Europe Libérale.

C’était compter sans le camp des papimanes (comme les désigne le moine et médecin François Rabelais) et centristes de tous poils et de tous pays, effrayés par l’ombre du Communisme.

C’était compter sans la plupart des sociaux-démocrates-chrétiens et sociaux-libéraux frileusement blottis depuis un demi siècle dans le giron de l’Atlantisme.

Et c’était compter enfin sans les maniaques du fédéralisme et de la supranationalité (les « cabris » comme disait De GAULLE) qui tiennent à leur fonds de commerce plus qu’à leurs pères et mères et qui savent qu’ils ont tout à craindre pour leur marotte fédéraliste d’une Europe élargie à l’ensemble des Nations et des Peuples qui la composent.

On a perdu 10 ans pour parachever l’Europe !

Pour avoir donc laissé passer la chance en 1992 de construire une EUROPE CONFEDERALE équilibrée et créée à la seule initiative   des Européens, ouverte à toutes les Nations de l’Ouest, comme de l’Est ou du Sud, « de l’Atlantique à l’Oural », en faisant mine de prendre l’européen convaincu GORBATCHEV pour le valétudinaire BREJNEV voire le tyran STALINE, on en a été réduit à fabriquer de bric et de broc par périodes successives une Europe américaine, et même pas de l’Amérique de KENNEDY ou de CARTER, mais la pire qui soit, celle de BUSH !. La preuve : la décision concernant l’Europe à 25 pays a été prise le 13 décembre 2002 à Copenhague, et dès le 16 décembre, l’Union Européenne a signé à Bruxelles avec l’OTAN un « Accord de partenariat stratégique concernant la logistique, le renseignement, et la planification ... » ....pour aller faire la guerre à l’IRAK sans doute !! A-t-on oublié que la France s’est retirée de l’Organisation Militaire de l’OTAN et a viré les bases militaires américaines installées chez nous en 1966 rejetant de façon prémonitoire « la formule de l’intégration des forces militaires françaises » (dans le dispositif américain), cette décision n’ayant, semble-t-il ,jamais été infirmée ?

Quant aux Pays qui n’appartiennent pas à l’O.T.A.N. (N.A.T.O.), mais qui ne reconnaissent que les Nations-Unies (O.N.U.), comme l’Irlande, on serait bien curieux de savoir ce qu’ils pensent de cette décision qui les place devant le fait accompli.

L’Europe sera laïque
ou ne sera pas

Concernant l’adhésion de la Turquie (qui frappe à la porte depuis plus de 40 ans), le sommet de Copenhague a décidé .... d’attendre ; d’ailleurs GISCARD D’ESTAING, qui ne représente que lui-même, et qui confond l’Europe avec « la Chrétienté » (ensemble des pays ou peuples chrétiens), n’a-t-il pas décrété que la Turquie n’avait pas sa place en Europe, ce qui est à la fois une énorme bourde et une faute politique, d’abord parce que la Turquie est une République Laïque (comme l’Irak, d’ailleurs), parce que l’Europe ne peut être (de façon durable) que démocratique et laïque, et parce que le meilleur moyen de relancer la guerre entre les quatre religions, catholique, orthodoxe, islamique, ou protestantes, sœurs ennemies issues du même judaïsme (qu’elles combattent et qui les combat) serait d’exclure tel ou tel pays en vertu de sa religion dominante .

D’ailleurs, à ce sujet, il serait peut-être temps que les Citoyens de la République Française se réveillent et se souviennent que la LAICITE EST LE PRINCIPE FONDAMENTAL DE NOTRE REPUBLIQUE (La Constitution française précise que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » ) et qu’ils se souviennent aussi que si l’extension de l’Europe à 25 pays sera effective en 2004, on célèbrera en 2005 le 100e anniversaire de la loi de 1905 qui précise que « La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ». La laïcité (qui n’est pas l’anticléricalisme, le dictionnaire encyclopédique précisant :« Laïque signifie qui n’a pas d’appartenance religieuse, qui est indépendant de toute confession »), la laïcité donc est la seule voie possible pour permettre aux citoyens de vivre ensemble et en paix, quelles que soient leurs origines, couleurs et croyances.

Il ne serait pas acceptable que, sous prétexte d’institutions européennes, le principe républicain de la laïcité soit remis en cause « par la bande », et c’est pourtant ce qui se prépare.

Non à la constitution supranationale de Giscard

Revenons en à GISCARD d’ESTAING, ce centriste ultra-libéral qui fut Ministre des Finances de De GAULLE, lui tira dans le dos en 1969, fut Président de la République Française en 1974 et viré en 1981 en partie à cause d’une sombre histoire de diamants que lui aurait remis BOKASSA, et qui depuis ne cesse d’intriguer et de régler ses comptes. Préféré à DELORS par CHIRAC et JOSPIN, il préside une Commission chargée de proposer d’impossibles institutions européennes, voire de mettre au point une « constitution européenne », dont BADINTER a rédigé une ébauche (on ne l’attendait pas dans cette galère) et dont on se demande bien comment et à quel titre elle pourrait faire échec et s’imposer aux Constitutions Nationales.

Il est vrai sans doute que, comme d’habitude, on se gardera bien de consulter la plupart des Citoyens des Nations européennes, y compris en France dont les citoyens ne furent pratiquement jamais consultés (à l’exception du Référendum sur la C.E.D. et sur le traité de Maastricht) .

Ca ne fait jamais que 2000 ans que certains cherchent à imposer une Europe supra-nationale !

Ce n’est pas la première fois qu’on essaie de bâtir un empire européen par dessus la tête des Peuples et des Nations. Ainsi en fut-il de l’Empire Romain avec notamment Jules CESAR. Ainsi en fut-il de l’Empire Carolingien de CHARLEMAGNE, puis du Saint-Empire Romain Germanique d’OTHON le Grand et de CHARLES-QUINT et de la Chrétienté où s’affrontèrent sur fond de querelles religieuses ROME et BYZANCE (aujourd’hui ISTANBUL, principale ville de Turquie, rien n’étant neuf sous le soleil) pour arriver à l’Empire de NAPOLEON BONAPARTE qui se termina (l’Empire et l’Empereur) à Saint- Hélène).

Le dernier (à ce jour) et sinistre avatar de Super-Etat Européen, usant d’une propagande utilisant des mots qu’on retrouve parfois dans l’actualité, fut LE GRAND REICH d’Adolf HITLER, dont on ne compte plus les atrocités
Il m’a semblé surprenant d’entendre il y a quelques jours à France-Inter, Jacques DELORS déclarer en substance que la Commission de Bruxelles ferait mieux de s’occuper de ses propres responsabilités au lieu de s’occuper de tout et de mettre son nez partout

(Par exemple, c’est moi qui précise, Bruxelles ferait mieux de prendre les moyens radicaux de supprimer les bateaux-poubelles et les équipages de fortune ou ... d’infortune, plutôt que d’interdire l’élevage des veaux de lait ou de procéder à la destruction de la pêche artisanale pour le plus grand profit de la pêche industrielle voire de l’élevage piscicole ).

Il m’a semblé tout aussi surprenant d’entendre DELORS parler des Cultures européennes (et donc des Peuples) au lieu de la culture européenne . Peut-être son éviction au profit de GISCARD, lui a-t-elle donné un certain recul qui lui a permis de relativiser le concept de la supranationalité européenne : il m’a donné l’impression de ne pas être un farouche partisan d’une super-constitution européenne .

Les peuples et les nations d’Europe
sont majeurs et vaccinés
depuis fort longtemps

En effet, contrairement aux Etats-Unis d’Amérique qui sont une création récente de colons anglais, parlant une seule langue, l’anglais, qui ont progressivement éliminé la vraie population d’origine (les Indiens), auxquels se sont ajoutés les esclaves noirs d’origine africaine et de multiples migrants ou aventuriers de toutes les parties du globe terrestre, lesquels se sont rapidement agglomérés, contrairement aux Etats-Unis d’Amérique donc, les Peuples d’Europe sont de vieux Peuples et de vieilles Nations qui ont chacun leur propre Histoire, leur propre Culture et leur propre langue. Ils ont pendant de nombreux siècles, et, pour certains plusieurs millénaires, participé de l’Histoire du Monde qu’ils ont souvent façonnée : ainsi en est-il de la Grèce, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Espagne, de l’Irlande, du Portugal, de l’Autriche, de la Hollande, de la Russie, de la Pologne, de la Turquie, etc ....

D’autres pays, de réunification plus récente, comme l’Allemagne, ou l’Italie, ou la Belgique ont une Histoire, des Cultures, des langues tout aussi multimillénaires.

Ces Peuples majeurs, et ces Nations majeures se sont donné leurs propres lois, leur propre Constitution, écrite ou non, leurs propres Chefs, et possèdent leurs propres traditions. Ils ne se font plus la guerre entre eux depuis longtemps, tout simplement parce de telles guerres sont maintenant impossibles et quelques-uns parmi eux ont déjà bien du mal à se dépêtrer des séquelles de leurs propres problèmes coloniaux. Ou plutôt, à chaque fois qu’ils font la guerre (pour la quasi totalité d’entre eux en rechignant), en Corée, au Vietnam, en Yougoslavie, en Irak, parfois par l’OTAN, voire par Europe interposée ils en retirent une certaine amertume et le sentiment de s’être fait duper .

Oui à une Europe européenne à la dimension du continent prolongeant les Nations sans s’y substituer

Les Peuples et les Nations de notre continent savent que la construction d’une Europe solidaire est nécessaire. D’ailleurs depuis qu’ils ont la perception géographique de son existence, c’est-à-dire depuis des siècles, ils l’ont toujours su et bien souvent pratiquée. De nombreux européens n’ont pas attendu que ce soit à la mode pour traverser les frontières et pas seulement d’ailleurs celles de l’Europe : il y a bien longtemps que les hommes se parlent, voyagent, commercent et parfois s’établissent et font souche. Il y a d’ailleurs une langue qui facilitait les échanges notamment culturels .... et c’est, précisément le français, langue universelle que les instances européennes actuelles sont en train de bannir.

Mais les Peuples et les Nations ne sont pas prêts pour autant à se faire « hara-kiri » en sacrifice rituel sur l’autel de l’Europe : ils ne sont pas prêts à sacrifier leurs lois, leurs constitutions, leurs langues, leurs traditions.

En revanche ils sont prêts à mettre en commun des domaines importants et en priorité par exemple la Santé, la Protection Sociale, la Protection de l’Espace, notamment maritime, et de l’environnement, les transports (et l’imposition du ferroutage dans les secteurs à risques ou à haute pollution), la recherche scientifique, la lutte contre le chômage et la misère, le co-développement et le développement durable, le dialogue Nord-Sud, l’assainissement des marchés financiers, la protection du Service du Public contre l’invasion du secteur marchand, la réorientation de la Banque Centrale vers la croissance et l’emploi, la limitation de l’omnipotence tyrannique et paralysante des fonctionnaires de Bruxelles etc.

Ils sont prêts à établir une concertation organisée et permanente dans les domaines aux prérogatives fondamentales de la République : Affaires Etrangères, Diplomatie, Défense, Justice, Police, etc. (On ne voit pas pourquoi la France irait faire la guerre en Irak parce que l’O.T.A.N., ou le Parlement Européen, voire les fonctionnaires de Bruxelles, en auraient décidé ainsi !).

Les décisions fondamentales doivent être préalablement débattues par les Parlements Nationaux et obligatoirement soumises à une consultation populaire (Référendum) : il y a bien souvent une divergence profonde entre l’opinion majoritaire des citoyens et celle de leur Parlement dont les membres ont été élus sur d’autres bases ou en fonction d’une contingence circonstancielle ce qui est probablement le cas en France actuellement ; On ne peut pas élire un Parlement toutes les semaines, mais on peut à tout moment consulter le Peuple Souverain sur un sujet précis et important. A ce sujet, on peut affirmer qu’un certain nombre de décisions européennes actuelles ont été prises de façon illégitimes et sont donc d’une légalité douteuse.

Une structure Confédérale de l’ensemble du continent européen semble donc la plus appropriée et la plus souhaitable. Une seule chose n’est pas acceptable (ni viable) c’est un Etat supranational et un texte constitutionnel suprême qui rendrait caduques les lois nationales en général et la Constitution de la République Française en particulier. Une bonne structure de concertation permanente et organisée, basée sur un traité simple et clair est sûrement plus efficace (et plus démocratique) qu’une union boiteuse remise en cause en permanence .

Une remarque pour terminer : j’ai relu récemment sous la plume de Yann BREKILIEN, qui fait autorité en matière de Celtitude, dans son Histoire de la Mythologie Celtique, le passage suivant : « Avant l’invasion romaine, nos ancêtres vivaient dans un climat de liberté, chaque Tribu gérant seule ses propres intérêts et n’abandonnant de sa souveraineté au profit de la Cité que juste ce qui était nécessaire au bien commun, la Cité à son tour ne déléguant à la Confédération que la part de souveraineté strictement indispensable, et les Confédérations ne s’unissant entre elles pour une opération déterminée que de façon très exceptionnelle, en cas de péril imminent (comme ce fut le cas sous VERCINGETORIX) ».

Ce qui était vrai pour les Celtes (dont le Peuple Gaulois constituait le plus grand nombre) doit bien l’être encore pour leurs descendants, les Français, qui n’ont aucune raison d’être plus naïfs que leurs ancêtres !

Jean GILOIS