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Europe (20)-Lisbonne

page 1884

écrit le 30 avril 2003

Lisbonne ... à tout faire

Une conférence européenne s’est tenue à Lisbonne en mars 2000 décidant de « faire de l’économie européenne l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ( ... ) » Les « objectifs de Lisbonne » sont résumés ainsi : « mettre en œuvre un programme décennal ambitieux, complet et synergique de réformes des marchés du travail, des capitaux et des produits ».

Le Conseil européen de Bruxelles, le 20 mars 2003, s’est félicité « de la mise en place du Sommet social tripartite (ndlr : patronat, syndicats, institutions européennes) pour la croissance et l’emploi » en soulignant « la contribution importante que les partenaires sociaux peuvent apporter à la stratégie européenne pour l’emploi et la réalisation des objectifs fixés à Lisbonne, dans le cadre du programme de travail pluriannuel conjoint qu’ils ont arrêté récemment ». (hou ! Que c’est bien dit !)

Derrière ce charabia alambiqué se cache une profonde évolution qui touche à la protection sociale, aux services publics, à l’éducation, et au marché du travail.

Le texte des Quinze, se réclamant des conclusions du Conseil tenu à Lisbonne en mars 2000, demande aux divers pays européens « d’entreprendre de vastes réformes économiques ».

Retraite et protection sociale

Depuis des années, la Commission Européenne se plaint des lenteurs des réformes des systèmes de retraites. Les Quinze réaffirment donc que : « ce programme de réformes doit à présent s’attaquer aussi de manière plus efficace aux problèmes liés au vieillissement de la population, si l’on veut qu’il assure la viabilité à long terme des finances publiques ». Ainsi il ne s’agit pas d’assurer aux personnes un vieillissement dans la dignité mais il s’agit de fric.

La protection sociale est également en ligne de mire : « Les États membres devront entreprendre de vastes réformes des systèmes de prélèvements et de prestations ( ... ) ».

Marché intérieur et services publics

Le Conseil invite chaque pays à opérer « une nouvelle réduction des aides d’État », surtout celles « qui faussent le plus les échanges ».

Les Quinze appellent à veiller « à ce que la fourniture des services publics soit compatible avec les règles de l’Union Européenne en matière d’aides d’État et de concurrence ». A titre d’exemple, « le Conseil européen appelle à l’adoption finale rapide et la mise en œuvre effective des directives et du règlement concernant les marchés intérieurs de l’électricité et du gaz conformément aux conclusions de Barcelone » (ce qui veut dire : libéralisation et privatisation de l’électricité et du gaz et fin du service public).

Ciel unique, Ciel ouvert

Le Conseil « Transports » est invité « à parvenir rapidement à un accord final sur le deuxième paquet ferroviaire, ainsi qu’à adopter rapidement les propositions concernant le ciel unique européen et les services portuaires » (ce qui veut dire libéralisation et privatisation de la SNCF, entre autres).

Il est question aussi « de donner mandat à la Commission en vue de négocier un accord « ciel ouvert » avec les Etats Unis ».

Les fonds de pension ne sont pas oubliés, puisqu’on parle aussi d’« examiner les obstacles aux investissements, réalisés par les investisseurs institutionnels (fonds de pension) sur les marchés de capital-risque ».

Education et esprit d’entreprise

Les demandes insistantes du patronat européen (notamment l’UNICE) trouvent dans la déclaration un large écho : « Au niveau de l’Union Européenne et au niveau national, il faut poursuivre les efforts pour améliorer l’environnement général des entreprises ( ... ), réduire les charges administratives et réglementaires (c’est pas l’environnement en général, c’est l’environnement au service des entreprises)

« Il est également essentiel de promouvoir la culture d’entreprise en motivant les individus et en incitant la société à valoriser le succès des entreprises. Enfin, il faut veiller à rétablir la confiance du public dans les entreprises en encourageant la mise en place d’un gouvernement d’entreprise responsable ». (Si les entreprises sont destinées à créer de l’emploi et de la richesse pour tout le monde, c’est très bien. La réalité nous prouve qu’il en est autrement).

« Il convient une fois de plus de placer la compétitivité au centre des préoccupations. Cela suppose de créer un environnement où l’entreprise et les entrepreneurs peuvent prospérer [...] ».dit encore le texte de Bruxelles.
Le monde de l’éducation devra être particulièrement sollicité : le Conseil « invite les États membres à mettre au point des initiatives visant à encourager l’esprit d’entreprise par le biais du système éducatif et à promouvoir la valeur de l’esprit d’entreprise dans l’ensemble de la société, y compris en créant des prix récompensant l’esprit d’entreprise à l’échelle de l’Union Européenne, en collaboration avec les organisations d’employeurs ». C’est l’éducation au service des entreprises.

Marchés du travail

Naturellement tout ce programme serait incomplet sans la pression mise sur les marchés du travail, que le sommet de Lisbonne appelait à rendre plus flexibles.

Ainsi, « le Conseil européen engage vivement les États membres à maintenir la dynamique de la réforme des marchés nationaux du travail, en mettant l’accent sur :

– les réformes des régimes d’imposition et des systèmes de prestations, afin qu’ils contribuent à l’augmentation de la demande de main d’œuvre et à la participation au marché du travail, notamment des personnes qui ne peuvent espérer que des rémunérations faibles (faire en sorte que les gens se contentent de faibles rémunérations)

– l’amélioration des systèmes de formation des salaires, afin qu’ils tiennent compte du lien entre les salaires, la stabilité des prix, la productivité, les niveaux de formation et les conditions du marché du travail, et la modernisation de la législation de l’emploi en prenant en compte la nécessité d’assurer à la fois la flexibilité et la sécurité, notamment en assouplissant les éléments trop restrictifs qui nuisent au dynamisme du marché du travail, tout en respectant les rôles des partenaires sociaux selon la pratique nationale ; ( ... ) . Autrement dit : lier les salaires à la productivité, à la concurrence, en réduisant le code du travail (on veut bien concéder, pour la forme, qu’il faudra tenir compte des partenaires sociaux !).

– l’amélioration de la mobilité des travailleurs ; ( ... )

– l’accroissement de l’offre de main d’œuvre, en particulier chez les personnes plus âgées, les femmes, les immigrés et les jeunes ; l’encouragement à la prolongation de la vie active, en freinant les incitations à la retraite anticipée » (il n’est nullement question d’améliorer les conditions de travail, mais de faire en sorte que tout le monde travaille plus longtemps).

Enfin, le Conseil appelle de ses vœux une nouvelle immigration « compte tenu des déficits de qualifications et des changements et des prévisions démographiques dans l’Union Européenne », et approfondira cette réflexion « lors de sa réunion de Thessalonique en juin 2003 ».

Il va donc se prendre encore des décisions à Thessalonique en juin 2003, et les citoyens n’en connaîtront pas le contenu ... sauf lorsqu’il leur tombera sur le coin du nez !

(infos Bastille République Nation)