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Algérie (12)

écrit le 6 novembre 2002

Général Massu : entre torture et regrets

Un mot restera collé à son nom : gégène. Cette petite dynamo de production de courant électrique est devenue le symbole de la torture infligée aux combattants de l’indépendance algérienne, durant la bataille d’Alger, sous les ordres du général Massu. Voici à ce sujet ce qu’écrit le journal l’Humanité :

Compagnon de la Libération

« Et cependant, il serait injuste de ne retenir que cela de l’homme qui vient de décéder à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans. Si l’on voulait résumer en quelques phrases abruptes la vie de Jacques Massu, on pourrait dire de cet officier qu’il avait bien commencé, qu’il a ensuite mal tourné, pour finir dans une valse-hésitation entre ce qu’il croyait être encore son « devoir de soldat » et sa conscience visiblement hantée par les remords.

Massu incarne plus qu’aucun autre ce qu’une armée, selon la nature politique de son engagement, peut produire de meilleur ou de pire : des libérateurs au courage inouï, au nom de la France libre, contre l’asservissement nazi, des tueurs dans les colonies insurgées au nom de la France qui elle-même asservit.

Né le 5 mai 1908, à Châlons-sur-Marne, saint-cyrien, rallié au Général de Gaulle dès juin 1940, Jacques Massu est de la colonne Leclerc, puis de la 2e DB qui libère Paris, en août 1944, aux côtés des FFI-FTP. Rencontre de la grande guerre antifasciste - Massu est Compagnon de la Libération -, poursuivie jusqu’à la victoire, mais qui sera sans lendemain.

Le 8 mai 1945, éclate à Sétif et à Constantine une révolte aussitôt noyée dans le sang. Beaucoup de jeunes officiers vont être précipités dans des guerres affreuses, perdues d’avance, mais qu’ils vont livrer le plus souvent avec bonne conscience, et non sans mépris pour des peuples « inférieurs » qui osent se rebeller contre l’autorité de la « mère patrie ». Jacques Massu va faire sa carrière dans ce cadre, en Indochine, jusqu’à Diên Biên Phu en 1954, puis en Algérie.

Bataille d’Alger

C’est en 1957-1958 que les événements vont faire de lui un « personnage » dont l’histoire aurait pu et aurait dû se passer. Commandant de la 10e division de parachutistes, il se voit attribuer, par le gouvernement du socialiste Guy Mollet, au titre des pouvoirs spéciaux, tous les pouvoirs de police.

La bataille d’Alger va être une horreur. Au nom de la lutte antiterroriste - déjà ! - en général et de la prévention des attentats eux-mêmes horribles en particulier, les paras vont quadriller, arrêter, torturer, exécuter, faire disparaître des hommes, des femmes et des enfants par milliers. Le secrétaire général de la préfecture d’Alger, Paul Teitgen, aura ces mots terribles : « On gagne la bataille d’Alger et on perd l’Algérie, parce qu’elle était déjà perdue. La torture ne salit qu’un peu plus l’image qu’ils auraient pu en garder ». Il faudra attendre encore de longues années pour que la France se rende à la raison, en 1962, de l’indépendance algérienne.

La République va toucher les dividendes amers de sa lâcheté : en permettant à l’armée de « prendre » le pouvoir, ne serait-ce qu’un temps en Algérie, elle a joué à l’apprenti sorcier. En mai 1958, le général de la gégène, se retrouve président du « comité de salut public » (sic). Même si le Général de Gaulle, bientôt revenu aux affaires, ne suivra pas les factieux, comme d’ailleurs Massu lui-même, le rôle qu’aura joué ce dernier est plus que trouble. Après tout, la criminelle OAS sort de là, de cette partie liée entre l’armée et les partisans de l’Algérie française, de la prétention de militaires à faire la loi !

Baden-Baden

L’autre épisode où le nom de Massu réapparaît n’est pas sans relation avec les précédents : au plus fort de la crise de mai 1968, quand tout semble vaciller, c’est à Baden-Baden que se rend quasi clandestinement de Gaulle. Et c’est au retour de sa rencontre avec Massu qui l’aurait incité à ne pas céder, pour ne pas dire plus, que l’intéressé prononce un discours de reprise en main. (...)

La dernière partie de la vie publique de Jacques Massu n’est pas la moins intéressante. Quand, à la suite du témoignage de Louisette Ighilahriz dans le Monde, la question de la torture revient au premier plan, il « craque » 23 jours après « l’Appel des douze » lancé dans l’Humanité.

A la question posée par Florence Beaugé du Monde sur ce qu’il pense de cet appel à la condamnation de la torture il répond très nettement ceci : « Je pense que ce serait une bonne chose. Moralement la torture est quelque chose de moche, je prendrais donc cela comme une avancée. ». Peut-être y avait-il là comme une sorte de testament qui le différencie du soudard qu’est resté Bigeard ? D’où la gêne extrême des généraux de la guerre d’Algérie qui se sont fendus d’un « manifeste » pour se justifier. On peut tenter de faire passer Aussaresses pour un personnage spécial, c’est plus délicat pour le patron de la bataille d’Alger.

Si, comme il a été dit de façon ironique, Massu aura été à sa manière le treizième signataire de l’appel des douze, la condamnation de la torture par le pouvoir politique, aujourd’hui celui de Jacques Chirac, et par l’armée, se fait encore attendre. Mais si la reconnaissance de l’existence de la torture a pris quarante ans, peut-on espérer que la condamnation prenne moins de temps ? »

Article de Charles Silvestre
publié dans l’Humanité du 28.10.2002


Documents sur l’Algérie

La Mée a reçu, dans le courant de l’été, une lettre d’un castelbriantais, Ancien d’Algérie, qui a eu l’honnêteté de signer de son nom, et qui s’insurge de ce qu’on parle de la torture en Algérie. Sa lettre a été lue avec le respect qu’impose la souffrance que l’on sent chez cet homme qui reste incontestablement marqué par le temps qu’il a passé « là-bas » et par les horreurs qu’il y a vues, du côté des « fellaghas ». Mais les exactions commises par les uns ne peuvent autoriser des Français à en commettre d’autres, ou à nier les avoir commises.

On lira à ce sujet un livret publié en mars 2002 et intitulé « Documents sur l’Algérie ». Il reprend un dossier, tiré sur machine à alcool en février 1957, qui a été réalisé par des prêtres et des séminaristes cette année-là. Ces prêtres et séminaristes avaient été mis en garde par l’aumônier général en Algérie, les invitant au silence. Leur document a été remis à l’époque à Monseigneur Villepelet, évêque de Nantes, qui en a simplement accusé réception. Les signataires ont tenté diverses démarches : journaliste parisien, ecclésiastique, gaulliste de gauche et ancien ministre « Et ils sont rentrés à Nantes un peu dépités » du peu d’écho que l’on accordait à leurs témoignages.

Pendant 45 ans, le dossier « a été enfoui, enterré, la plupart d’entre nous le gardant précieusement et le donnant à lire à quelques amis. Il a fallu que la question de la torture ressorte, par le témoignage de Louisette Ighilahriz*, puis les interviews retentissantes du général Massu et du général Aussaresses, pour que ce qui s’est réellement passé à cette époque ressorte ». Les journaux La Vie (1er mars 2001) et La Croix (3-4 mars puis 27 mars 2001) ont publié des dossiers à ce sujet. Une émission de télévision devrait passer sur Arte en novembre.

Ce document est disponible à la permanence du député Jacques Floch à Rezé. Il comporte « Des faits inquiétants ; des réflexions sur l’action militaire dans certains secteurs ; des réalisations plus heureuses »

voir aussi : torture en Algérie

OAS : honte publique