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Algérie (13)

page 1888 -

(écrit le 27 novembre 2002)

Femmes des deux rives

Le ministre des Affaires Etrangères, Dominique de Villepin, l’a dit : « 2003 sera l’année de l’Algérie en France ». Le coup d’envoi sera donné par un concert à Bercy, le 31 décembre prochain.

Mais avant, le vendredi 29 novembre, le CCFD de Châteaubriant organise une soirée-partage avec des femmes du FEDA (Femmes et développement en Algérie) : des femmes algériennes, exilées ou immigrées en France, et des Françaises, ont mis en place un réseau de production et de vente d’artisanat réalisé par des femmes en Algérie. Ce projet a pour but l’amélioration du statut économique et social des femmes par la gestion directe de leur travail et de leurs revenus dans une situation de crise économique et politique.

Une exposition aura lieu à la Maison de l’Ange   du vendredi 29 novembre au mercredi 4 décembre, occasion d’achats de cadeaux de Noël, occasion surtout de soutenir un réseau d’économie solidaire.

Le projet, soutenu par le CCFD (comité catholique contre la faim et pour le développement) a trois objectifs :

– . créer des emplois pour les femmes autour de projets collectifs en les formant à la gestion des revenus de leur travail.
– . sauvegarder le patrimoine artisanal.
– . permettre une autonomie financière de ces femmes.

Le réseau de fabrication et de vente est déjà en place notamment autour de Tizi-Ouzou (grande ville proche de Tigzirt sur Mer où Pierre Urvoy s’est rendu récemment). La création d’un fonds de crédit est également envisagée à moyen terme.

Tissage, pièces de tissu brodées, gilets, manteaux, étoles, robes en laine et en soie, tapis, couvertures, sacs, pochettes, bijoux....Il y aura de tout à la maison de l’Ange  . Ce sera aussi l’occasion de rencontrer ces femmes qui, depuis les lois votées en 1984, sont placées sous la tutelle de leur époux, privées de toute autorité juridique sur leurs enfants, interdites de mariage avec un non-musulman. Soutenir le FEDA, c’est lutter contre l’islamisme intégriste, et contre le terrorisme qui peut en découler. C’est aussi signifier la confiance dans l’avenir des femmes en Algérie, par leur insertion sociale et économique.

La soirée du 29 novembre (20 h à la Halle de Béré  ), permettra une discussion avec quelques-unes de ces femmes qui refusent d’accepter leur dévalorisation personnelle et professionnelle.


(écrit le 2 décembre 2002)

CCFD-FEDA

La femme est l’avenir de l’homme

Au cours de la soirée du CCFD (comité catholique contre la faim et pour le développement), se sont exprimées trois femmes du FEDA (mouvement « Femmes et développement en Algérie), qu’on appelle encore « Femmes des deux rives ». C’est tout un réseau de femmes des deux rives de la Méditerranée, en Algérie d’abord, mais aussi en France, au Maroc, en Egypte, au Liban ... (et même jusqu’au Mali !) qui ont monté tout un réseau pour retrouver et développer l’artisanat local. Des stages de formation sont organisées par et pour les femmes : tissage, broderie, confection de bijoux, paniers, etc. Il s’agit de se procurer la matière première (laine, tissu), d’utiliser les couleurs traditionnelles venues du henné, du grenadier et de l’amandier, de réaliser des tissages avec des laines de moutons noirs, moutons gris, poils de chameau, de faire des objets avec de l’alfa et du raphia, des feuilles de palmier, et de reproduire les motifs hérités de la tradition, des motifs qui, pour nous, sont beaux mais qui, là-bas, ont en plus une signification.

Et ça marche ! Au cours des stages les femmes étudient la pratique artisanale, mais aussi la gestion, le marketing, la fiscalité, le dédouanement, tout ce qu’il faut pour créer une réelle activité artisanale. Elles sont aidées, sur place, par d’autres femmes algériennes venues apporter leurs connaissances. C’est un vrai échange de savoirs.

De nombreuses jeunes femmes sont attirées par cette activité, qui est rentable pour elles, leur permet de faire vivre leur famille (mais au prix d’un travail important : une tisserande qualifiée tisse 10 cm par jour !). Dans un pays comme l’Algérie où le pétrole a été privatisé (sociétés japonaises, américaines, italiennes, mais très peu de françaises), où les rentrées liées au pétrole s’en vont dans les caisses de l’Etat mais ne bénéficient pas à la population, le chômage est très important. Toute source d’activité est donc très appréciée. Ce sont les femmes qui s’y sont mises. Pour l’instant les hommes regardent, mais quelques-uns frappent à la porte, souhaitant participer à ce réseau avec des activités propres (dans le domaine du bois par exemple).

Pas les hommes, mais ...

Mais la pression traditionnelle sur les femmes est si forte, que les femmes du FEDA (femmes et développement en Algérie) souhaitent rester entre femmes, mais verraient cependant d’un bon œil les hommes créer un réseau analogue. En quelque sorte, en Algérie, la femme est l’avenir de l’homme !

Les produits artisanaux fabriqués peuvent être réalisés aux dimensions demandées par le client. Il faut verser une partie des fonds au début (pour aider à acheter la matière première) et les commandes sont honorées au jour dit. Renseignements au 01 46 63 11 90 ou feda.feda@free.fr


Ecrit le 10 décembre 2003


Algérie : TOUIZA (solidarité)

« Touiza » cela veut dire « Solidarité ». Ce 28 novembre 2003 le CCFD (comité contre la faim et pour le développement) organisait sa traditionnelle soirée partage, chacun donnant un peu d’argent en échange de pain-confitures. La soirée a permis de récolter 1168 €.

Tant qu’on n’a que l’amour

En début de soirée, une jeune fille, Stéphanie Lahaye, a chanté avec passion la très belle chanson de Jacques Brel « tant qu’on n’a que l’amour », des paroles fortes qui, si elles étaient prises au pied de la lettre, permettraient de changer le monde. On se prend à rêver ...

Puis la parole a été donnée à Mohammed Khandriche de l’association algérienne « Touiza » qui veut dire « solidarité », une association née en 1989, au moment où la loi algérienne a commencé à autoriser la constitution d’associations.

Entraide

Dans un français parfait et sans accent, Mohammed a expliqué les multiples champs d’action de Touiza :

– . Une association d’éducation de la jeunesse, qui organise chaque année des chantiers d’été intéressant 400 jeunes qui s’engagent sur des cours de rattrapage et d’alphabétisation dans les villages éloignés, et qui font aussi des visites aux enfants malades et aux personnes âgées, et la mise en valeur du patrimoine.

– . Une association d’insertion par l’économique, en apportant des aides sous forme de micro-crédits (représentant de 1 à 50 mois de SMIC) « Nous cherchons à favoriser la créations d’activités, souvent de très petites entreprises, nous n’apportons pas d’argent mais nous achetons nous-mêmes les machines dont les futurs artisans nous disent avoir besoin ». Touiza est ainsi une sorte de mutuelle de crédit, ce qui est une innovation en Algérie où les banques sont toutes des banques d’Etat. (1) « Nous avons lancé aussi des pépinières d’entreprises, en partenariat avec le monde associatif et les collectivités locales » : ceci est aussi une innovation dans la mesure où, en Algérie, les collectivités locales n’ont pas idée du travail réalisable avec des associations.

– . Touiza accorde beaucoup d’importance à la formation.

– . Dans le domaine international, Touiza accueille des jeunes Français dans ses chantiers d’été (« mais uniquement dans des zones que nous savons sécurisées ») et accompagne les collectivités locales algériennes dans leurs contacts avec les collectivités françaises :

« Nos chefs d’entreprises, les cadres et élus de nos collectivités, viennent en stage dans des villes de France, sur la gestion rurale, le développement durable, l’eau et les déchets. Nous avons particulièrement à apprendre en matière de gestion participative (faisant participer les citoyens à partir de leurs associations) » a-t-il dit.

Lors du tremblement de terre du 21 mai 2003, les jeunes de l’association Touiza ont montré leur courage et leur solidarité : ils sont allés aider au déblaiement des décombres, ils ont créé des animations pour les enfants hébergés, avec leur famille, dans des camps de toile. « Actuellement, nous venons d’ouvrir une école de 8 classes (240 élèves), nous avons aidé à la réhabilitation des logements, à la construction de petits chalets (2). Nous avons un projet de centre de santé. La vie reprend mais la catastrophe a été si grave qu’il va falloir du temps pour revenir à la normale. »

En terminant, Mohammed Khandriche a insisté sur sa demande de partenariat, avec des collectivités locales, en matière de formation.

il s’agit en quelque sorte d’une « Banque des pauvres ». L’association exige du demandeur un apport personnel de 30 %, « car, lorsque la famille s’engage, c’est une garantie de sérieux et de pérennité »

Des petits chalets ont été construits pour loger des familles sinistrées. Le luxe : 20 à 25 m2 pour loger 6 personnes. Hélas il y a encore des familles dans des villages en toile.

BP  


(écrit le 6 mai 2001)

J’ai lu un article de « OUEST-FRANCE » du Jeudi de l’Ascension, 24 mai 2001, l’expulsion d’une jeune Algérienne, la veille de son mariage, alors que tout était prêt, y compris les papiers administratifs, de plus enceinte de 5 mois.

Je viens dans votre journal protester contre cette application de la loi qui révèle une cruauté gratuite.

Cruauté

Cela m’a fait le même effet que la hache du CRS défonçant la porte de l’Eglise Saint-Bernard à Paris, sur l’ordre de Jean Louis Debré, alors ministre de l’intérieur, pour déloger les sans-papiers, grévistes de la faim.

Cruauté, car comme prêtre, témoin privilégié de nombreux mariages, j’ai vu tout le poids humain, affectif, sentimental d’une telle démarche de mariage : projet de vie commune réfléchi, espérance de construire deux vies ensemble, don de soi à l’autre pour le meilleur et pour les moments plus durs.

J’imagine aussi l’angoisse antérieure de Nadia et de Mélik pour rechercher et présenter les divers éléments de leur dossier pour le mariage civil, dans la situation précaire de Nadia. Et enfin sans doute, le « ouf » de soulagement, quand tout était prêt et la voie ouverte à leur union.

Cruauté de l’application de la loi dans cette circonstance. Ceux qui ont décidé ces conditions et ceux qui les ont exécutées ont-ils oublié leurs sentiments le jour où ils ont contracté leur propre union ? S’ils s’en souviennent, que penser d’eux ?

Cruauté gratuite : expulser Nadia, dans un avion spécial affrété par le ministère de l’Intérieur,- à quel prix d’ailleurs - au moment où elle devait se marier, peut-on trouver cruauté plus forte ? - Le prix de son expulsion aurait été plutôt bien venu dans la corbeille de la mariée !

Car il faut savoir que le visa pour son retour qu’on lui promet comme une simple formalité administrative, n’est pas du tout assuré. L’administration française n’est pas sans savoir, en tout cas les associations qui soutiennent les démarches des sans-papiers le savent, que l’Algérie est un pays troublé administrativement, que le consulat français est débordé, et que le visa de Nadia peut être espéré dans un ou deux ans !

Puisque l’administration française savait la situation de Nadia, au lieu de la considérer comme une délinquante et d’invoquer « un strict respect des règles en vigueur », pourquoi ne pas apprécier sa volonté d’être française et fermer les yeux sur son cas ? Pourquoi à l’inverse cette cruauté gratuite ?

Je pense avec mes amis que le Ministère de l’Intérieur a voulu faire un signe fort de sa politique de refus d’accorder la régularisation aux demandeurs d’asile. Tant pis si c’est inhumain et choquant ! « Dura lex sed lex ! » (1) .Quel bénéfice politique recherche-t-il de tels agissements ? D’un point de vue international, est-ce une belle vitrine pour les droits de l’homme dont tant de personnes et de peuples ont besoin ?

Yves-Louis DANIEL, Prêtre

(1) Dura lex, sed Lex :
la loi est dure, mais c’est la loi