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Un milliard d’euros, c’est rien

un milliard d’euros, c’est rien
_c’est rien, on vous dit
Et 50 milliards ?
baisse d’impôts et tours de vis
La dette publique n’est pas celle de nos enfants

Ecrit le 28 avril 2004 :

 1 milliard d’euros, C’est rien du tout !

Les citoyens « ordinaires » trouvent que « un milliard d’euros » c’est sûrement beaucoup d’argent ! Mais c’est parce qu’ils manquent d’éléments de comparaison.

Pour la seule année 2003 on note 3,761 milliards d’euros de bénéfice pour la banque BNP et 1 milliard d’euros de bénéfice pour les assurances Axa : qu’on ne vienne donc pas nous casser les oreilles avec les 1,5 à 2 milliards d’euros que coûteraient les 265 000 « recalculés » s’ils obtiennent tous, de la part des tribunaux, le versement des indemnités ASSEDIC qui leur étaient promises, par contrat, lors de la signature de leur PARE (plan d’aide au retour à l’emploi).

1 milliard de dollars (à peu près autant d’euros), c’est ce que le cigarettier Philip Morris s’est engagé à verser si l’Union Européenne abandonne les poursuites judiciaires engagées contre lui pour avoir favorisé la contrebande en surexportant intentionnellement des cigarettes dans les pays voisins de l’Union. Aux États-Unis les gouvernements des États ont accepté de ne plus intenter d’actions en justice contre les cigarettiers, en échange de 246 milliards de dollars à payer en 25 ans.

0,85 milliards d’euros : c’est le coût annuel de dépistage systématique et de prévention de la maladie ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) : en tout 913 vaches folles » recensées en France depuis 1991.


Ecrit le 11 mai 2004 :

 50 milliards

On sait qu’il faudrait 50 milliards de dollars pour libérer le développement des pays du Sud (revoir La Mée du 5 mai 2004). Ce serait somme aisément trouvable si l’on considère que George Bush envisage de dépenser 25 milliards de dollars supplémentaires pour sécuriser la présence des Américains en Irak.

Sodexho : l’entreprise de restauration collective a connu une hausse de 12,7 % de son bénéfice au 1er semestre 2003-2004 (97 millions d’€).

6 570 000 : c’est le salaire brut pour 2003 (547 500 € par mois soit 547 fois le SMIC) de Lindsay Owen-Jones. Le PDG du groupe de cosmétiques L’Oréal arrive en tête des dirigeants du CAC 40 les mieux payés en 2003. Il est suivi par le président de Michelin, Édouard Michelin (4,26 millions), et Antoine Zacharias (3 millions), le PDG du groupe de BTP Vinci.

44 milliards suffiraient pour procurer l’autosuffisance alimentaire


Ecrit le 26 mai 2004 :

 Un milliard d’euros, c’est rien

Dans notre rubrique « un milliard c’est rien du tout », voici quelques références :

1 milliard d’euros : c’est ce que rapporte aux banques le système des « dates de valeur » : vous remettez un chèque à la banque, celle-ci peut attendre 6 jours pour le verser sur votre compte. En attendant la banque le place à son propre compte !

50 milliards : c’est, en euros, le manque-à-gagner des recettes fiscales de l’Allemagne, selon les prévisions établies pour la période 2004-2007, en raison d’une faible croissance et d’un taux de chômage élevé.

100 milliards de dollars  : c’est ce que la corruption aurait coûté à la Banque mondiale qui finance des projets d’aide au développement dans les pays pauvres. Cette révélation a été faite par le sénateur américain Richard Lugar, jeudi 13 mai 2004, lors d’une audition d’experts devant une commission du Sénat à Washington.

311 milliards de dollars  : d’après le Conseil du fisc américain, c’est le montant de la fraude des entreprises et des particuliers aux Etats-Unis.

120 milliards d’euros : c’est la valeur du patrimoine immobilier de la France

9,4 milliards d’euros, c’est le déficit de la Sécu en 2002. A rapporter aux 250 milliards de prestations versées par cet organisme, cela ne fait guère que 3,8 % de déficit. A comparer aussi avec les 9,9 milliards d’euros de baisse des impôts accordée aux Français les plus fortunés entre 2001 et 2002. A comparer aussi avec les 1000 milliards de déficit de l’Etat


Ecrit le 30 juin 2004 :

 Vous avez aimé les baisses d’impôt ? Vous allez aimer les tour de vis !!!

Les baisses d’impôts ! Quelle merveille ! Ceux qui ne paient pas d’impôt n’y ont rien gagné. Ceux qui en paient un peu y ont gagné ... 20 € dans l’année ? 30 € ?

Pas de quoi faire des folies. Il n’y a que les gros contribuables qui ont gagné gros, mais ils n’ont rien dit.

Ah si ! Ils ont dit quelque chose : en tant que possesseurs de 70 % des journaux de France, ils ont martelé, à longueur de colonnes, que les baisses d’impôts c’est formidable (pour qui ?) , que ça va créer des emplois (on voit surtout des délocalisations), que ça va faire repartir l’économie française ...

Or, que voit-on ? Les suppressions d’emplois se succèdent, semaine après semaine. Les ministres suppriment des lignes de crédit (sans le dire) : il n’y a que les personnes ou associations intéressées qui le savent et ne peuvent le faire savoir.

Ce qui commence à se savoir c’est que la dégradation des finances publiques s’accélère au point que trois organismes économiques, qui font autorité, parlent ouvertement d’un très prochain tour de vis.

Un débat d’orientation budgétaire (DOB) - préparatoire à la loi de finances de 2005 - s’est tenu jeudi 24 juin à l’Assemblée Nationale, mais la Cour des Comptes, l’INSEE et la Banque de France s’alarment des déficits publics.

La Cour des Comptes note que : la dépense publique a été tenue en 2003 grâce à des astuces de présentation, en coupant le robinet des crédits aux ministères. ..... Mais cela n’a qu’un temps.

Pour 2004, la Cour indique que les dépenses obligatoires s’accroîtront de plus de 9 milliards d’euros, pour une hausse des recettes fiscales de 8,2 milliards. Effet de ciseaux ! L’Etat n’a donc aucune marge de manœuvre.

La Cour des Comptes regrette que les baisses d’impôt, engagées par l’actuelle majorité et avant elle par le gouvernement de Lionel Jospin, n’aient pas été gagées sur des diminutions de dépenses. Ce qui provoque une augmentation régulière du déficit de l’État, et, donc de sa dette et des intérêts à payer... par les générations futures.

Baisse de TVA ?

« Imaginons que le montant des réductions d’impôt sur le revenu ait été utilisé en baisse de TVA : celle-ci aurait baissé de presque un point : la consommation aurait augmenté d’autant alors que la baisse d’impôt sur le revenu, concentrée à 70 % sur les ménages les plus favorisés, n’a pas eu cet effet » dit Denis Clerc dans Alternatives Économiques.

 Tour de vis inévitable ?

Dans son Rapport sur les comptes de la nation de 2003, rendu public le 17 juin, l’INSEE consacre un chapitre à la dette publique, en s’interrogeant : « La tendance des vingt dernières années est-elle soutenable ? » L’Etat pourra-t-il rembourser sa dette par des excédents budgétaires futurs sans changement important de politique. En termes choisis, les auteurs de l’étude, Arnaud Buissé et Dan Lévy, répondent par la négative. Pourquoi ?

– d’abord parce qu’aucun budget n’a été en équilibre en France depuis 1980.

– ensuite, parce que la dépense publique semble de moins en moins efficace en termes économiques. Le pari du déficit, c’est que les dépenses supplémentaires de l’État produisent une augmentation substantielle de l’activité, qui génère des recettes fiscales supplémentaires.

Or, selon l’Insee, un point de PIB (produit intérieur brut) de dépense publique supplémentaire ne s’accompagne plus que de 0,24 point de recettes en plus, contre 0,6 au début des années 1990.

Gérer en « bon père de famille » ?

L’Insee relève en outre que chaque dépense publique nouvelle porte en elle-même sa propre dérive. Une augmentation de dépenses de 1 point de PIB se traduirait ainsi en moyenne, cinq ans plus tard, par une augmentation de la dette de 12 points de PIB, car l’État prévoit rarement les ressources pour financer sa dépense au-delà de la première année.

Autre inquiétude, la dette atteint un niveau record à un moment critique : les taux d’intérêt européens, historiquement bas, risquent fort de remonter. Philippe Marini, rapporteur général (UMP) de la commission des finances du Sénat, indique qu’une hausse de 1 point des taux d’intérêt coûterait 1,1 milliard d’euros au bout d’un an, 2,3 milliards la deuxième année, plus de 10 milliards à long terme...

La Banque de France, à son tour, met en garde contre les « illusions ».

Chaque année, le gouverneur de la Banque de France présente un rapport au président de la République et au Parlement. Rendu public le 10 juin, il appelle à la maîtrise de la dépense publique, y compris des dépenses de santé. Dans sa lettre d’introduction le gouverneur, Christian Noyer, prévient : « Il faut se garder de l’illusion que le déficit public favorise de façon durable la croissance ».

Pour lui, il risque plutôt d’être « compensé par une augmentation de l’épargne privée » tandis que les « recettes ponctuelles » ne fournissent « que l’illusion de l’amélioration » et « ont pour effet de retarder l’adoption des mesures appropriées ».

D’après Sophie Fay, Le Monde du 22 juin 2004

Reprisette

Nous sommes déjà à la fin du premier semestre de l’année 2004 et la reprise s’est fait attendre. Elle arrive cependant.

Pour 2003 le gouvernement prévoyait (espérait) 1,3 % de croissance : ce ne fut que 0,5 % : 13 milliards d’euros manquent à l’appel. Le gouvernement a cependant accordé 1 milliard de baisse d’impôts en 2003 (en plus des 5 milliards de 2002).

Pour 2004 le gouvernement espérait une croissance de 1,7 % ; l’INSEE dans sa note de conjoncture du 24 juin 2004 pense que cela pourrait être 2,3 % grâce à une hausse des exportations (prévision +3,6 % au lieu de -2,7 % en 2003), une hausse de 2,1 % de la consommation des ménages (1,7 % en 2003, 1,8 % en 2002), avec un taux d’épargne tombant à 15,2 % après 15,8 % en 2003, et, surtout, sur une augmentation de 3,8 % des investissements des entreprises après un fort recul les années précédentes (- 3,8 % en 2002 et - 1,5 % en 2003).

La reprise modeste de la croissance, n’est cependant pas suffisante pour entraîner une amélioration sur le front de l’emploi. Après un recul de 36 000 postes en 2003, l’emploi salarié marchand devrait certes renouer avec la croissance en 2004, avec 40 000 emplois créés, estime l’Insee. Ces créations seraient cependant plombées par une baisse sensible de l’emploi du secteur tertiaire non marchand et l’emploi total « reculerait d’environ 15 000 postes en 2004 ».

Ainsi, en raison du déficit public qui s’est creusé, un tour de vis est prévisible...


Ecrit le 25 janvier 2006

 La dette publique n’est pas celle de nos enfants

Quels bons apôtres ! Quels cœurs sensibles ! Qu’ils sont soucieux de l’avenir, tous ceux (Villepin, Breton, Sarkozy et tant d’autres...) qui s’inquiètent, les larmes aux yeux, du lourd fardeau que la dette publique pourrait faire peser sur les fragiles épaules de « nos » enfants !

Mais s’il y a dette,
c’est qu’il y a des créanciers.

Les créances de la dette publique sont aux mains des heureux détenteurs des titres du Trésor public, notamment les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) émises chaque mois par l’Agence France Trésor, remboursables au bout de 7 à 50 ans.

Les détenteurs de ces titres empocheront, en 2006, 42 milliards d’euros : six fois plus que le budget de la justice, 12 milliards de plus que le « financement de l’emploi ». Au total, une somme équivalente au total des budgets de l’armée, de la diplomatie, de la justice et de l’intérieur (43 milliards d’euros).

Les créances de la dette publique sont donc aux mains des rentiers. Ceux dont François Mitterrand affirmait qu’ « ils s’enrichissent en dormant ». Et ces bienheureux créanciers de la dette publique pourront parfaitement transmettre leurs titres à leurs enfants.

Plus tard, certains de « nos » enfants continueront à payer les intérêts de la dette, d’autres les encaisseront.

Mettre tous « nos » enfants dans le même sac relève donc de la supercherie.

Les enfants des rentiers, loin de ployer sous le fardeau de la dette, percevront les intérêts de cette dette.

Ce sont, par contre, les enfants de tous ceux qui ne bénéficient pas de cette rente qui devront payer.

La manœuvre est grossière. Les libéraux espèrent pourtant qu’elle leur permettra d’atteindre trois objectifs :

1) Ils escomptent bien, tout d’abord, que le tapage qu’ils mènent autour de la dette de « nos » enfants leur évitera d’avoir à reconnaître l’origine de la dette publique : la baisse des impôts des riches et les intérêts payés chaque année aux rentiers.

Les deux sont d’ailleurs liés puisque c’est parce que les impôts des riches ont diminué que l’Etat a été obligé de leur emprunter les sommes qu’il ne leur prélevait plus sous forme d’impôt.

Mais alors qu’avec l’impôt, les sommes prélevées aux riches ne coûtaient rien à l’Etat, il n’en va plus de même avec l’emprunt. Le service de la dette (les intérêts versés aux rentiers, créanciers de la dette publique) est aujourd’hui le deuxième poste de dépenses de l’Etat, juste après l’Education nationale. Avec la hausse des taux d’intérêts programmés par la Banque Centrale Européenne, il pourrait bien, d’ailleurs, devenir le premier.

2) Ils attendent, ensuite, de cette manœuvre qu’elle impose l’idée qu’il n’existe qu’une solution au problème de la dette publique : diminuer les dépenses publiques. C’est ce qu’ils appellent « la pédagogie de la dette ».

Cette façon de rembourser la dette est bien évidemment la pire : elle détruit le lien social, l’égalité entre citoyens, marginalise les plus pauvres et multiplie les ghettos. La crise des banlieues de nos grandes villes vient pourtant de donner un avant-goût de ce qui peut advenir quand les services publics reculent et désertent des quartiers entiers.

3) Ils espèrent, enfin, que la manœuvre permettra d’occulter la solution qui pourrait autrement apparaîtrait comme la plus évidente et la plus juste : augmenter les impôts des riches et baisser les taux d’intérêts des rentiers.

Jean-Jacques Chavigné - Gérard Filoche
(du mouvement « Démocratie et Socialisme)