Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Tourisme > Patrimoine industriel : mines

Patrimoine industriel : mines

Ecrit le 28 octobre 2009

 Histoire et souvenirs de la Mine de Limèle

Que reste-t-il de Limèle ?
La mine a fait vivre de nombreuses familles entre les années 1900 et 1966. Elle a changé le visage de Sion, suscitant la création du quartier « Le Breil », pour loger le personnel, célibataires et familles. Elle a donné du travail à des artisans et commerçants.

Mines de Limèle
à Sion-les-Mines

Et maintenant il reste des souvenirs.
– Dans les écrits d’Emile FEUILLET, ouvrier d’entretien dans les mines de l’Ouest de 1928 à 1969.
– Dans les souvenirs d’Alfred GERARD, paysan voisin de la mine
– Dans les questions de Michel PERRINEL qui a racheté le terrain et les bâtiments en 1968.

Yannick GOINARD a fourni deux photos anciennes. Marc BOURNIGAULT n’est plus là pour évoquer ses souvenirs.

Cet article sera donc très incomplet. Qui pourra rectifier ou compléter ?

Mine de Limèle
Vue aérienne

 Limèle

« Cela fait 90 ans que je suis né à Limèle » : le père Alfred-Joseph-Marie GERARD a l’œil malicieux et la parole facile, dans ce coin de paradis nommé Limèle, verdoyant et vallonné, perdu à l’extrême-nord de la commune de Sion-les-Mines, à l’orée de la Forêt de Teillay, non loin du Ruisseau des Bouillonnais. Les routes y sont « virageuses », voire très pentues, et les maisons de pierres, bien restaurées, ont trouvé une nouvelle jeunesse.

Autrefois Sion-les-Mines s’appelait « Sion » seulement. La commune a pris « les-mines », à la demande du Préfet, à partir du 1er juin 1920, pour éviter les confusions « dans la transmission des dépêches » avec les autres communes de France portant le même nom. Le fer est connu dans ce secteur depuis longtemps. Le fer de la Haute-Noë alimentait les forges de la Hunaudière  . En 1856, des ouvriers de la Hunaudière   avaient même projeté de construire un haut-fourneau à Limèle.

« Il y avait eu de vieilles fouilles du côté de Limèle, mes parents en avaient entendu parler mais ne les ont pas connues » raconte Alfred. La « concession de Sion » a été signée le 30 septembre 1923 par le Président de la République (Millerand) en faveur des Éts JJ.Carnaud et forges de Basse-Indre. « L’extraction a repris vers 1928-1930 et la mine de Limèle a fonctionné jusqu’en 1932-1933 » dit A.Gérard. Lors de la fermeture, le personnel fut envoyé un peu partout, là où les patrons en avaient besoin.

Mine de Limèle
Années 30

« je me souviens de quelques gars de Limèle venant travailler aux mines de la Brutz » (Rougé-Soulvache). Distance : 17 km. « Ils faisaient la route tous les jours, à n’importe quelle heure et à vélo, par tous les temps, sans imperméable et en sabots de bois, habillés comme dans la mine : des vêtements de travail sales et humides. Et il fallait bien rentrer chez soi, souvent dans le froid, le vent, la pluie. Très peu de ces pauvres gens ont vu l’âge de la retraite, usés par le dur travail de la mine et toutes ces mauvaises conditions. Pauvres mineurs de Sion, vous avez eu
une vie des plus pénibles et si peu reconnue » écrit Emile Feuillet.

Alfred Gérard se souvient lui aussi : « Ils revenaient le soir, pas douchés, tout noirs » 

 Riche

A Limèle le minerai de fer est riche (50 % de fer en moyenne) et très peu profond. « Quand on laboure, on ramène encore de gros blocs de grès ferreux, des pierres bleu-noires, très lourdes, rouges quand elles sont cassées » dit Alfred. A l’époque les galeries de mine commençaient à peu près à 10 mètres de profondeur. Et descendaient jusque vers 100-120 m. « Le dimanche on y allait, raconte le fils, Jean-Claude Gérard, les installations n’avaient pas besoin d’être étayées, les travaux de récupération du minerai avaient laissé des galeries hautes comme des cathédrales. C’était impressionnant ».

L’exploitation de la mine était faite par les Aciéries de Longwy puis par Lorraine-Escaut (devenue Sacilor) qui utilisait le minerai de Sion pour « enrichir » son propre minerai c’est-à-dire pour en augmenter la teneur en fer.

Mine de Limèle
La cantine

En 1928, l’entreprise a fait construire une cantine pour les ouvriers. Il n’y avait pas de parpaings tout faits à l’époque. Un italien est venu, avec sa machine, et pendant des jours et des jours, il a fabriqué ses parpaings et monté la cantine. Celle-ci faisait aussi épicerie (et bal le dimanche). Deux femmes de Sion y travaillèrent d’abord puis un couple de Rougé. Lui était Espagnol.

« Juste à côté, un homme a acheté un terrain et monté un petit bâtiment de deux pièces où son épouse cuisinait » se souvient le père Alfred. La mine avait donc deux cantines, l’officielle et l’autre.

« Quand un ouvrier était débauché, les bureaux vérifiaient qu’il était bien à jour de ses paiements à la cantine officielle. L’autre a souffert évidemment des ardoises oubliées » …

En 1928 aussi, les parents d’Alfred ont pris une licence pour vendre du vin, de la bière, et le cidre fait à la maison.

« Une barrique de 200 litres faisait trois jours. Les mineurs buvaient un coup le matin, ou le soir, et emportaient du cidre dans un baricot de bois. La nuit, ils se servaient tout seuls. Nous étions en confiance ».

 Coucher … partout

Pour loger le personnel, il y avait trois bâtiments, proches de la cantine, ils comportaient des chambres. Les couples étaient logés au Breil dans des petites maisons : deux couples par maison. « Mais je me souviens qu’il y avait des ouvriers logés un peu partout, un peu n’importe comment. Chez mes parents nous étions 7 dans la même pièce. Mon père et ma mère dans un lit, ma jeune sœur seule dans le sien. Moi je dormais avec l’italien qui installait la centrale électrique. Et il y avait deux hommes par terre ». Pas si extraordinaire en ce temps-là !

Mines de Limèle
Alfred GERARD

« Dernière chez nous, il y avait une buanderie. On y trouvait deux demi-barriques remplies de son pour les cochons, non loin du grand fourneau servant à faire cuire les pataches. Eh bien, dans cet endroit réduit, nous avons trouvé trois hommes dormant par terre ! » raconte Alfred. D’autres mineurs logeaient dans des greniers. La plupart du temps ils ne se déshabillaient pas ! Et ne parlons ni d’installations sanitaires ni d’hygiène !

« Quelquefois, ils demandaient à ma mère de leur faire des galettes ou de cuire les sardines. Il y avait un poissonnier à Sion, en ce temps-là, à l’angle de la route de Lusanger. Un poissonnier ambulant sillonnait la campagne et vendait ses sardines conservées dans du sel. « Fais-nous cuire les sardines, la mère, et mets du beurre ! » Tellement de beurre qu’il couvrait les sardines ! » rit Alfred.

Les œufs, les mineurs les faisaient chauffer près du feu pour les gober « à la température que la poule les fait » se souvient Alfred Gérard.

Après la fermeture de la mine de Limèle, la patronne de la petite cantine a trouvé à s’embaucher chez des agriculteurs. « Elle faisait souvent plus de boulot qu’un homme et elle était payée deux fois moins cher ... ».

 1958 : une réouverture ?

Mine de Limèle
Emile Feuillet

Emile Feuillet, lui, travaillait à l’entretien à la mine d’étain d’Abbaretz. La fermeture de celle-ci fut décidée en 1958 : « en raison de la baisse du cours de l’étain qui avait chuté de presque moitié. De plus, la carrière ayant atteint 70 m de profondeur, le minerai n’avait pas la même qualité car chargé de sulfure (poussière de soufre qu’il fallait éliminer). Tout devenait de plus en plus onéreux, de même que les salaires qui avaient eux aussi un peu augmenté ».

Par hasard, Emile Feuillet entend dire que l’on envisageait de reprendre des recherches à Sion-les-Mines. Par hasard encore, en se déplaçant à Sion pour glaner des nouvelles, il arrive juste au même moment que le camion de déménagement affrété par l’ingénieur chargé des travaux de la mine. Prenant son courage à deux mains, Emile Feuillet aborde l’ingénieur. Celui-ci se montre intéressé mais ne peut promettre du travail que pour deux ans. A l’époque ce n’était pas très intéressant. « Mais les temps ont bien changé : une promesse de travail pour deux ans aujourd’hui est plutôt une affaire » écrivait-il en 2001.

 Sondages

Emile Feuillet est donc embauché pour l’entretien du matériel « sondeuse, camion américain Dodge 4x4 et voiture légère, une Citroën 2 CV »
Le premier sondage a lieu à l’automne 1958 : c’était par un temps pluvieux, dans des terres marécageuses, dans la boue à mi-bottes. Pour entretenir la sondeuse, « pas d’atelier, seul le bâtiment resté de 1930, doté d’un vieil établi, d’un étau probablement du même âge et d’une enclume » : Emile n’était pas pressé de venir travailler à Limèle !

Il est cependant embauché car le matériel de sondage devait tourner 24 heures sur 24, en trois postes de huit heures. « Un seul arrêt par semaine : du dimanche 6 h au lundi 6 h. Trois ouvriers se relayaient toutes les huit heures ».

Prospection et sondage

La recherche de minerai de fer se fait d’abord par prospection magnétique grâce à une « balance magnétique » portée par le chercheur au moyen de bretelles sur la poitrine. La présence de minerai est signalée par une aiguille sur un cadran. Un accompagnateur note toutes les indications repérées sur le terrain. Il faut parfois débroussailler celui ci pour pénétrer dans les haies ou sous de grands buissons.

Le sondage : on fait un trou qui peut atteindre plusieurs centaines de mètres de profondeur. Le noyau du trou, appelé « carotte », donne des précisions sur la nature du sol, le pendage des couches et la profondeur où elles se trouvent.

« L’ingénieur M. Valette nous avait expliqué cela un jour, muni d’un tableau noir. Il nous avait fait la coupe d’un sondage, expliqué les difficultés pour le faire, mais aussi montré tous les renseignements que l’on pouvait en tirer. J’étais le plus âgé de l’équipe et j’ai dit ce jour-là à mes camarades : j’ai vu déjà nombre de patrons, mais comme celui-là, je n’en ai jamais rencontré »

« Un homme qui nous a dit à maintes reprises : je veux que vous sachiez ce que vous faites ! De là grandira votre intérêt pour ce travail ».

« Pauvre M. Valette ! Il n’a pas pu voir, lui, notre intérêt, qui existait vraiment ». En effet, il est mort électrocuté. Ceux qui l’ont remplacé ne manifestaient pas autant d’intérêt pour le site de Limèle et leurs épouses ne se plaisaient pas à Sion-les-Mines.

Limèle aurait eu besoin d’un bon ambassadeur auprès de Lorraine-Escaut …

Source : mémoires d’Emile Feuillet

Mine de Li
Michel Perrinel

« La nuit, l’éclairage était assuré par des projecteurs alimentés par une dynamo entraînée par un des moteurs. On ne pensait pas aux 35 h en ce temps-là » raconte Emile Feuillet. Neuf ouvriers étaient employés à ce travail de sondage, plus deux de remplacement.

Les sondages se faisaient dans un très large périmètre, jusqu’au Morbihan et au delà. Le personnel rentrait à Sion chaque jour, si bien que les kilomètres s’accumulaient : transport des ouvriers, des carottes de sondage, du carburant, de l’huile ...

Un terrible accident

Mine de Limèle
La mort de l’ingénieur

Pour dresser une carte de la région, Monsieur Valette recherchait des points de repères, des points hauts visibles avec des jumelles. Pour cela il est monté sur le toit en terrasse du bâtiment contigu à la centrale électrique. Dans ce bâtiment existait un transformateur alimenté par des lignes aériennes dont l’une arrivait à peu près à un mètre de hauteur. Pour l’accès au toit, une échelle métallique scellée au mur était coupée à trois mètres du sol et une pancarte signalait le danger. Monsieur Valette a fait approcher une échelle et, quelques minutes plus tard c’était le drame : regardant dans ses jumelles, il avait reculé jusqu’à la ligne électrique. « Moi, à mon vieil établi j’ai entendu la détonation créée par le court-circuit. Tout était disjoncté, il n’y avait plus de courant nulle part, ce transformateur ne servant pas à la mine mais à la campagne environnante » raconte Emile Feuillet. « Nous n’avions pas les clefs de la cabine où il se trouvait mais le danger c’était la ligne à haute tension qui l’alimentait ».

Il a fallu faire appel aux pompiers de Derval et Châteaubriant pour descendre la victime en piteux état, les deux reins brûlés. « Je ne veux pas mourir » disait-il avant d’être transporté au centre des grands brûlés à Nantes où sa vie ne devait durer que quelques jours.

 Les vieux bâtiments

Les anciens bâtiments de Limèle construits dans les années 30 sont alors réutilisés. La centrale électrique, alimentant les pompes d’évacuation des eaux d’exhaure, sert de magasin : on y installe des étagères pour ranger tout le matériel de rechange. Les baraques en bois datant elles aussi des années trente, bien entretenues, servent de bureaux.

Mine de Limèle
Les deux ateliers

« La centrale et l’atelier étaient de grands bâtiments en parpaings avec une charpente métallique et du vitrage tout autour et sur le toit, ce qui nécessitait pas mal d’entretien. Seul le sol de l’atelier n’était pas cimenté : nous nous y sommes attelés et sans bétonneuse ! Avec la pelle, la pioche et la truelle, le travail ne manquait pas pour les ouvriers «  de rechange  » des sondeurs, plus le chauffeur du véhicule qui était souvent disponible » (Source : mémoires d’Emile Feuillet).

Les eaux d’exhaure

Les eaux de pluie s’écoulent en surface et forment des rivières. Cependant, une partie de cette eau, absorbée par les sols perméables, forme les nappes souterraines et s’infiltre dans les galeries. Pour exploiter les sous-sols riches en minerai, les eaux souterraines doivent être évacuées.

L’eau présente au fond de la mine est ramenée à la surface grâce un ensemble de pompages dits d’exhaure.

 1962 : ouverture, enfin

1962 : la société Lorraine-Escaut décide d’entreprendre des travaux souterrains : « une descenderie dans la couche de minerai : longue de 377 m avec 25 % de pente et un montage parallèle presque aussi long ».

Il fallait faire aussi des installations « au jour » : « deux grandes trémies, l’une pour le minerai, l’autre pour les « stériles » ». Emile Feuillet est chargé d’installer un crible, un concasseur et un transporteur (tapis roulant) récupérés par ses soins dans une mine de l’Est. Le concasseur était « un fameux broyeur » : « les deux volants et l’axe excentrique pesaient à eux seuls la bagatelle de sept tonnes ». Tout ce matériel est acheminé vers Limèle, par camions, au cours de l’hiver 1962 et monté à Limèle par les ouvriers.

Emile Feuiillet, cependant, n’a pas le moral : lors de son séjour dans l’Est, il a appris que les travaux sur Limèle se limiteraient aux recherches. Mais il garde cela pour lui.

 1966 : crise et fin

La mine de Limèle bat son plein dans les années 1962-1965. Mais partout la crise frappe les mines et particulièrement les mines de fer. Celle de Limèle n’a aucune chance de survie, en raison de l’eau (voir plus loin) et de la configuration des couches de minerai : « A Limèle le minerai est de bonne qualité mais la couche n’est pas assez pentue ce qui fait qu’en l’exploitant en remontant, de façon traditionnelle, le minerai ne descend pas toujours tout seul. Il faut alors du raclage, qui exige un outil énorme et très lourd, attelé sur un câble avec une poulie de retour installée au front de taille et commandé par un moteur à air comprimé ».

1966 : la direction de Lorraine Escaut décide de fermer la mine de Limèle. « Alors que le matériel tournait à la perfection ! Mais le but principal était atteint : ce n’était pas l’exploitation du gisement de la région qui était en jeu, mais bien une reconnaissance de l’importance de ce gisement et de sa qualité ».

Mine de Limèle
Souvenir de la centrale électrique

« Jusqu’au dernier jour le minerai est sorti de la mine, concassé et trié magnétiquement. Le 31 décembre 1966 la mine fut fermée et Barbazanges, ferrailleur de Châteaubriant, a tout acheté : les pompes, les tuyaux, les rails et même les traverses ». Les trémies, le transporteur, le crible ont été repris par la société Lorraine Escaut. Le concasseur et le treuil ont été achetés par l’entreprise Jardin qui avait une carrière à Fercé. Les « stériles » et les « fines » ont été donnés pour l’entretien des routes et chemins des environs. Les cultivateurs s’étonnèrent plus tard d’une usure accélérée de leurs pneus ...

En juin 1966 les terrains et bâtiments sont vendus par Lorraine-Escaut à la Société des Mines de Fer de Limèle (récemment constituée), avec l’accord du Premier Ministre (voir journal officiel du 15 septembre 1966). Cette société revend terrains et bâtiments en mars 1968 aux « Laiteries E.Bridel » qui avaient le projet d’y faire un dépôt de laiterie. Cela ne s’est pas fait.

Mine de Limèle
Souvenirs de l’installation électrique

Finalement l’ensemble a été revendu à M. et Mme Perrinel le 21 septembre 1973. L’acte de vente signale qu’il y a « l’orifice d’une descenderie en couche qui atteint 50 m de profondeur et un puis d’aérage communiquant avec la descenderie » - « et des bâtiments dont une partie appartient à l’EDF et une autre partie en indivis à la société JJ Carnaud et Forges de Basse Indre ».

 L’exploitation

Les wagonnets, concasseurs, trieurs, treuils, avaient été importés de l’usine de Lorraine-Escaut. Alfred Gérard se souvient : « Les mineurs descendaient dans la mine par un puits vertical, mais il existait un autre orifice, avec un plan incliné à 75 % par où un treuil tirait les wagonnets pleins, tandis que les wagonnets vides redescendaient en parallèle. Un jour, dans les années 30, l’ouvrier est parti avec. Il s’est tué en arrivant au fond. Sa veuve, trois enfants, mal conseillée, a choisi de toucher un petit-capital décès ».

Mines de Limèle
Les rails, verticaux, empruntés par les skips pour se hisser au sommet de l’estacade

Emile Feuillet ajoute des précisions techniques : « sur le « carreau » de la mine, à la sortie de la descenderie, une estacade permettait au wagonnet de cinq tonnes de monter au-dessus de la trémie réceptrice. La charpente métallique et le wagonnet étaient conçus de telle sorte que, à l’arrivée en haut, le wagonnet se mettait presque debout par l’effet de deux roues arrières prenant un chemin de soulèvement. Le poids du minerai faisait ouvrir la porte et il se vidait tout seul sans intervention manuelle. Seule la commande du treuil était faite par un ouvrier (un treuilliste) qui devait avoir l’oeil ».

« Sous la trémie était installé le concasseur récupéré dans un tas de ferraille à la mine de Metzange. Sous le concasseur un tapis-roulant transportait le minerai concassé vers un crible. Là il était débarrassé des « fines » c’est-à-dire de tout ce qui n’était pas accepté par les clients. Après le criblage, le minerai montait, toujours sur tapis-roulant, au dessus des deux trémies, sur un tambour magnétique qui séparait le minerai riche du moins riche »..

Il était extrait 130 tonnes de minerai par jour, ce qui donnait environ 100 tonnes de minerai riche par jour. Un camion emportait ensuite le minerai riche jusqu’au quai de Rougé pour l’embarquement sur wagons de la SNCF, vers la Moselle. Le camion pouvait transporter 30 tonnes mais il dut se limiter à 25 tonnes en raison des petites routes de nos campagnes. La benne a d’ailleurs versé deux fois par l’affaissement du bas-côté lors du croisement d’un autre véhicule encombrant. Ce problème du transport a, lui aussi, contribué à la fermeture de la mine de Limèle, trop éloignée des grands centres sidérurgiques de l’Est.

Après la fermeture, les galeries abandonnées se sont rapidement remplies d’eau.

On pense que celle-ci pourrait servir un jour si l’eau de la Brutz arrive à se tarir.

 Des excavations

La carrière de St Aubin des Châteaux a été sollicitée pour boucher les trous de mine, mais les riverains disent qu’il aurait fallu mettre de plus grosses pierres pour bien consolider. « il arrive que des excavations se créent spontanément dans certains champs. Un jour, non loin de sa maison, un habitant a remarqué un trou. Il s’est méfié, d’autant plus qu’il avait avec lui sa petite fille de 5 ans. Le bulldozer qu’il a fait venir a provoqué un effondrement, d’un simple coup de pelle » dit Alfred Gérard.

Tout cela, le père Alfred l’a connu même si, lui, n’a pas travaillé à la mine. « Les gens de la mine, nous les fréquentions. Nous allions même leur faire faire des menues réparations. Mais aucun fils de paysan n’est allé s’y embaucher. Le monde ouvrier et le monde paysan ne se sont pas mélangés »

…. même si, un soir de battage, les joyeux battous se sont retrouvés pour danser à la petite cantine où la patronne avait un phono. « Vous savez, les jours de battage, nous allions de ferme en ferme, le soir il y avait un accordéon et des chansons. Je me souviens que l’ancien maire de Sion, Francis Lemaître, chantait très très bien. Ces jours-là, le travail était difficile mais en même temps c’étaient comme des vacances pour nous ». Jean-Claude GERARD ajoute cependant que, pour les femmes, ce n’était pas le cas : préparer le café, et le casse-croûte pour une trentaine de personnes, trois fois dans la journée, assurer la vaisselle et le nettoyage et parfois supporter le mari saoul le soir …

Alfred GERARD évoque aussi ses souvenirs de captivité. « Je suis parti 7 ans : 2 ans de régiment, 5 ans de prisonnier. En Allemagne, entre Berlin et Leipzig, j’ai couché dans le foin pendant 18 mois ! Puis nous avons eu des lits. Pendant 5 ans j’ai gardé le même pantalon, il était marqué d’un triangle rouge sur la cuisse, devant et derrière, pour rappeler que nous étions prisonniers. Si les fermiers avaient su ce que je faisais, sûr que je ne serais pas revenu vivant ! Je mettais l’engrais dans le ruisseau, je fauchais des poulets et je suis parti avec un cheval et une carriole ». Mais ça c’est une autre histoire !

Pour l’instant le père Alfred montre sa voiture à cheval (un petit bijou de 1936, bois ciré et roues caoutchoutées), le vieux puits caché dans une haie, et la cave où les trois grosses barriques contiennent 1600 litres de cidre. La récolte d’une année. Il y a des amateurs.

Allons. La vie est belle, n’est-ce pas ?

180 m3 à l’heure

Le principal fléau de la mine de Limèle a été : l’eau. A 100 mètres de profondeur Emile Feuillet a pu constater une venue d’eau à 180 m3 à l’heure (soit 3000 litres d’eau à la minute). « Mon expérience de plus de 30 ans dans les mines me disait qu’il ne serait pas possible de continuer longtemps à creuser des galeries à 100 mètres de profondeur dans un sous-sol gorgé d’eau ». Une nuit …

Une nuit, le mineur de service sonne à la porte du directeur « Je ne peux pas tirer la bordée de mines. Il y a trop d’eau. La pression repousse mes cartouches » - « Débrouille-toi ». Après le tir de quelques mines, réussi en coinçant une cartouche, derrière, l’eau jaillit avec une pression incroyable. Le mineur M. Hougron, et le directeur M. Rousson, ont passé la nuit dans les grandes eaux, entreprenant de boucher la plus grosse source avec un morceau de tronc d’arbre et des sacs de jute. Tout cela a été enfoncé dans la source et bloqué à l’aide d’un cric à manivelle contrebouté sur l’autre paroi de la galerie. Ils ont ainsi réussi, non pas à obturer totalement l’arrivée d’eau, mais à en diminuer le débit. Heureusement car le niveau de l’eau commençait à monter.

E Feuillet raconte « Nous, à l’entretien, nous avons dû installer une pompe supplémentaire dans les plus brefs délais. Si la société Lorraine-Escaut est fabricante de tuyaux, ceux-ci nous arrivaient non équipés, c’est à dire qu’il fallait souder à chaque bout une bride de raccordement et cela pour une longueur de plus de 370 m (chaque tuyau mesurait 7 mètres). Cette deuxième tuyauterie, installée au dessus de la première, nécessitait des chaises de support que nous avions également à fabriquer et tout cela sans arrêter l’exploitation. C’était prendre quelques risques. Mais si nous ne l’avions pas fait de cette façon, il aurait fallu le faire la nuit, les mineurs travaillant en deux postes de 8 heures et donc jusqu’à 22 h chaque soir »

Début 1967, après la fermeture de la mine, il a fallu démonter le matériel : les pompes, les tuyauteries, y compris les rails et les traverses. Seuls une vingtaine de mètres de rails sont restés au fond : la montée des eaux avait gagné de vitesse sur les ouvriers.

 Une mine de questions

L’examen des vestiges de la mine de Limèle suscite de nombreuses observations et des questions … sans réponse.

Mine de Limèle
Bureaux et laboratoire

Les bureaux (1) étaient construits en bois de faible épaisseur, on y faisait notamment l’embauche des salariés. Il ne devait pas y faire chaud l’hiver ! L’ingénieur y avait son bureau.

Le laboratoire (2) comportait une énorme cheminée et trois fours carrelés de faïence blanche avec entourage bleu, fermés par une paroi vitrée coulissante. Sans doute y testait-on la qualité du minerai. Il était éclairé par une verrière en proéminence par rapport au toit.

Mine de Limèle
Plan cadastral

La centrale électrique (3) voisinait avec l’atelier (4) où tournait une énorme locomobile. Il y avait aussi une forge, comme chez les forgerons de village. Et une fosse pour l’entretien des véhicules. Cet atelier, encore en très bon état, est construit en parpaings pleins et charpente métallique. Il est éclairé par treize immenses fenêtres de 2.60 mètres de haut comportant quatre rangées de quatre carreaux. Les quatre carreaux au centre sont ouvrants. Le bâtiment fait 7 m de haut, 10 mètres au faitage. Il atteignait même 12 mètres quand existait la verrière. Pourquoi cette verrière ? Aération ? Ventilation ?

Derrière le bâtiment (4) se trouvaient deux WC, datant des années 60, avec chasse d’eau. Celle-ci était alimentée par le château d’eau (7).

Mine de Limèle
Une fenêtre

L’atelier (5) est éclairé par quatorze grandes fenêtres ouvrantes à mi-hauteur. La toiture est faite d’une double épaisseur de tuiles, celles du dessous sont plates. De ce fait l’isolation est bonne : quand il fait très chaud dehors la température intérieure est fraîche. A l’intérieur se trouve un appentis en bois. Etait-ce un bureau d’atelier ?

Mine de Limèle
La fosse et le château d’eau

L’eau de pluie ruisselant sur les toitures était recueillie et filtrée sur du mâchefer (emplacement : X) et les eaux étaient stockées dans une fosse extérieure couverte (8). Un moteur actionnait une pompe qui envoyait l’eau dans le château d’eau (7).

 Estacade

Mine de Limèle
L’estacade

Le terre-plein (6) porte le nom d’estacade. Il se trouvait à la sortie de la descenderie et comportait deux jeux de rails, l’un pour le skip (wagonnet) montant, l’autre pour le skip vide descendant. Le système de rails avait été conçu pour que le wagonnet se décharge tout seul dans le concasseur situé juste en dessous.

De cette mine et de ses mineurs, Alfred Gérard et Michel Perrinel en parlent avec chaleur mais la commune ne garde que peu de traces de ce pan de son histoire. Pour Emile Feuillet la fermeture fut empreinte de tristesse :
« Nous avions mis tant d’ardeur, tant de soins à l’installation du chantier ».

Après la fermeture « on ne voyait plus que des acheteurs, ferrailleurs pour la plupart. Trois ou quatre ouvriers étaient occupés à nettoyer le matériel avant la vente : les ferrailleurs exigeaient de la ferraille propre avant pesage. Les tuyaux d’exhaure par exemple, ont été battus au marteau et soufflés à l’air comprimé. Les rails de même » raconte Emile Feuillet.

La mine avait laissé son empreinte sur la vie économique de la commune. Rien n’est venu la remplacer.

Mine de Limèle
Enrouleur pour flexible
Mine de Limèle
A quoi servait cette porte ?

 La route du fer : Trans, la Haute-Noë, Limèle, Le Claray

Une mine de fer a été ouverte vers 1900-1910 à La Haute Noë. C’était une mine à ciel ouvert. Des fouilles ont été faites par la suite du côté de Trans, puis à Limèle et au Claray

Sion-les-M
Souvenir du petit train mi

Un petit train transportait le minerai de la Haute Noë Il démarrait au bord de l’actuelle route de Châteaubriant à Sion et la locomotive se ravitaillait en eau au « puits de Launay », un puits bien connu des agriculteurs des environs car il n’est jamais à sec, même par les étés de grande sécheresse.

Le petit train arrivait ensuite au niveau de la mairie de Sion et tournait à gauche vers le Champ de Foire. Puis il descendait, à travers champs, pour rejoindre la route de Lusanger du côté de « l’Usine » Ensuite il suivait la route de Lusanger, jusqu’à la gare de Lusanger (route de Treffieux). Là le minerai était transvasé dans des wagons de train à voie normale. Le conducteur de l’époque était Joseph Goude.

Par la suite, vers 1920, pour éviter le bourg de Sion, le petit train bifurquait à La Maladrie et prenait le chemin qui mène à la ferme « Ste Anne » puis descendait vers la route qui mène du village de la Cramoisière au monument religieux « la Salette ». Il reprenait ensuite la route de Lusanger.

La « Concession de Sion », signée le 30 septembre 1923 par le Président Millerand, concernait une bande de terrain de 796 hectares d’Est en Ouest sur 5 km environ. Concession faite à la société JJ.Carnaud et Forges de Bassin Indre qui était autorisée à réunir cette concession à celle de même nature de Teillay.

Le gisement de fer était évalué à l’origine à 20 millions de tonnes.

(Sources : les documents de Thérèse Bournigault et le livre d’André David, les ressources du sous-sol castelbriantais)

 Le Claray

Mine du Claray
Entrée de la descenderie

La mine du Claray n’a jamais été vraiment en exploitation :
12 000 tonnes seulement.

Le minerai, très riche, ne pouvait rivaliser avec le minerai de Mauritanie qui commençait à arriver en France à cette époque (1962-1966). La présence d’eau en grande quantité dans le sous sol a été aussi un frein à l’exploitation.

Des sondages ont cependant été effectués par deux équipes se relayant en 3 x 8. Les forages étaient réalisés avec des trains de tiges d’une longueur de 2 m à 2.50 m avec un carottier à l’extrémité. La couronne de ce carottier était équipée de pastilles de diamant ! Les carottes faisaient 10 cm de diamètre, parfois jusqu’à 100 mètres de profondeur.

 Le statut du mineur

En 1946, dans la France de l’immédiate après-guerre, les matières premières, charbon, fer, potasse, sont essentielles pour la reconstruction et l’avenir économique du pays. Les mines ont besoin de main d’œuvre. C’est pour susciter les candidatures et fixer les populations que la profession se dote au plan national, le 14 juin 1946, d’un statut particulièrement avantageux pour l’époque.

Le Statut du Mineur organise sur de nouvelles bases une profession, où la pénibilité et les risques du métier sont reconnus et compensés par des avantages substantiels. Il y a d’abord, et c’est probablement ce que retiendra le grand public, les « avantages en nature », parmi lesquels un logement gratuit (ou une indemnité compensatrice) aux mineurs en activité, aux retraités et aux veuves non remariées. L’entreprise prend en charge le transport entre le lieu d’habitation et le lieu de travail et, lorsqu’elle ne le peut, rembourse le salarié « des frais réels et normaux ainsi occasionnés » (titre VII, art.24)

Sion les Mines
Mineurs

Le statut accorde des congés payés : un jour ouvrable par mois de travail effectif avec des majorations pour l’ancienneté, jusqu’à aller à 21 jours ouvrables.

Le statut reconnaît même le travail des femmes. « Les femmes, y compris les trieuses, ont la même rémunération que les hommes dans des conditions égales de rendement » (Titre V, art. 9).

Le droit syndical est officialisé, par exemple, au titre V, art. 18, il est écrit, au sujet du salaire : « Si les ouvriers s’estiment lésés, la question sera portée par la délégation syndicale devant la direction »

Le statut du Mineur prévoit également des dispositions en faveur de l’éducation et de la formation, l’institution d’écoles d’apprentissage et d’éducation professionnelle gratuites. Il créé enfin des bourses pour frais d’études, à la charge de l’entreprise. Le mineur se voit ainsi reconnu et respecté.