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Le laboureur et la burqa

Ecrit le 18 novembre 2009

 Le labou-reur et labou-rqa

9 novembre
Novembal-TetraPak

L’agriculture va mal, les paysans de notre région parlent d’une baisse de revenu de 25 % à 50 %. Ils attendaient un discours mobilisateur du Président : ils eurent une aumône budgétaire et un copié-collé, c’était le 27 octobre à Poligny

Le 12 novembre, le Président se trouvait dans la Drôme. Ce déplacement visait officiellement à « enfoncer le clou » et à « montrer que le gouvernement n’abandonne pas les agriculteurs », selon le ministère de l’Agriculture. Les paysans espéraient un peu d’attention à leurs problèmes. Mais envolées les allusions lyriques à la terre, « la terre a une signification française et j’ai été élu pour défendre l’identité nationale française » … nous eûmes droit à un discours sur l’identité nationale et le … refus de la burqa !

L’identité nationale repose sur des valeurs, notamment la valeur « travail ». Mais les paysans constatent que leur travail ne paie pas.

L’identité nationale repose sur la souveraineté : la possibilité de faire, chez soi, ce qu’on estime le mieux pour la population. Mais les paysans constatent que la politique agricole française est dictée par les choix européens. Du moins c’est ce qu’on dit car les responsables politiques prennent en fait les choix qui les arrangent en laissant ignorer qu’il y a d’autres choix possibles.

Qui connaît, par exemple, les analyses de la Cour des Comptes Européenne, parues le 23 juillet 2009 ? Les voici :

 L’avis de la Cour des Comptes

Rapport Cour des Com

Le lait occupe une place majeure dans l’économie agricole de l’union européenne. plus d’un million de producteurs fournissent annuellement 148 millions de tonnes de lait, pour une valeur de 41 milliards d’euros au départ des exploitations.

La transformation du lait occupe environ 400 000 personnes et génère un chiffre d’affaires de 120 milliards d’euros. La matière grasse et les protéines du lait sont valorisées dans la fabrication de fromages, de beurre et de lait de consommation.

L’Union Européenne met en œuvre une politique laitière qui vise essentiellement à équilibrer le marché, stabiliser les prix, assurer un niveau de vie équitable aux producteurs et améliorer leur compétitivité. La réforme de 2003 a amorcé la libéralisation du secteur en affaiblissant le mécanisme de soutien des prix, et en instaurant des aides directes au revenu. Le « bilan de santé » de 2008 a confirmé que le secteur laitier allait poursuivre sa libéralisation, avec le démantèlement des quotas à l’horizon 2015.

Les dépenses européennes en faveur du secteur laitier ont augmenté, passant de 2 750 millions d’euros en 2005 à environ 4 500 millions d’euros en 2007, si l’on tient compte du montant estimé des aides directes qui ont été intégrées dans le paiement unique par exploitation. [Et aussi de l’augmentation du nombre de membres de l’Union Européenne]

Mais en monnaie constante, le prix du lait à la production a connu une érosion continue depuis 1984. Le prix du lait (payé à l’agriculteur) et le prix du lait à la consommation (acheté par le client) n’évoluent pas en parallèle, car ils subissent l’influence de paramètres différents : entre le début de 2000 et la mi-2007, les prix nominaux à la consommation pour les produits laitiers ont augmenté de 17 % alors que le prix nominal payé au producteur a diminué de 6 %

L’Union Européenne a perdu la moitié de ses exploitations laitières entre 1995 et 2007 ; plus de 500 000 producteurs ont cessé leur activité durant cette période. Dans le contexte de la libéralisation progressive du secteur laitier européen, la cour souligne l’importance de deux éléments de fait qui doivent retenir l’attention de la Commission Européenne et des Etats membres : •
– l’instabilité des marchés, susceptible de recréer rapidement des excédents ;
– l’accélération de la restructuration, avec le risque d’une disparition importante des éleveurs dans les zones les moins favorisées et d’une concentration géographique de la production ;

« Sur le marché libéralisé par l’abolition des quotas, les capacités de production resteront relativement rigides et les producteurs pourraient ne pas être en mesure de s’adapter rapidement aux fluctuations de la demande » dit le rapport en plaidant pour le maintien des quotas comme « filet de sécurité »

Préconisations

La Cour européenne des Comptes fait un certain nombre de préconisations qui rejoignent les demandes de paysans. Alors pourquoi on ne l’entend pas ?

La Cour demande aux instances européennes

– de continuer à superviser l’évolution du marché du lait et des produits laitiers pour éviter que la libéralisation du secteur ne conduise à la réapparition d’une situation de surproduction ;

– de poursuivre les efforts en vue de centrer prioritairement la production laitière sur la satisfaction des besoins du marché domestique européen et, complémentairement, sur la production de fromages et d’autres produits à haute valeur ajoutée exportables sur le marché mondial sans aides budgétaires.

C’est ça que les agriculteurs auraient aimé entendre : un appel à travailler avec la certitude de pouvoir en vivre. Il est urgent de revenir à une politique européenne qui garantisse la sécurité alimentaire, la valorisation de tous les territoires et une nouvelle dynamique rurale.

Il ne s’agit pas de recréer une préférence communautaire. Il s’agit de maîtriser la production (en diminuant les volumes de 5 à 10 %), en permettant le développement de la production dans les régions où elle doit impérativement se maintenir dans l’intérêt général (ce qui suppose une réflexion sur l’aménagement du territoire)

La Confédération Paysanne demande aux Pouvoirs Publics d’organiser l’adéquation de l’offre à la demande de consommation européenne. « Seule cette politique, moins coûteuse pour l’Etat et donc pour les contribuables, permettra l’établissement de prix couvrant les coûts de production et la rémunération du travail des paysans ».

Mais le Président a préféré parler de la burqa !

 

BP