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Le partage de l’oie

Le partage de l’oie

Un pauvre moujik, tombé dans une grande misère par suite d’une mauvaise année, ne pouvait payer son fermage ; il pensa demander crédit au barine ; mais, afin de le bien disposer en sa faveur, il fit rôtir la dernière oie qui lui restait et la lui porta. Le barine prit l’oie et dit au moujik :

– Je te remercie de cette oie, seulement je ne sais pas la partager. J’ai une femme, deux fils et deux filles. Comment s’arranger pour que chacun soit content ? Le moujik dit :

– C’est moi qui vais faire le partage.

Il coupa la tête et dit au barine :
– Tu es la tête de la maison, prends la tête.

Puis, prenant le cœur de l’oie, il le donna à la barina :
– Tu es le cœur de la maison, prends.

Il coupa les deux pattes, les donna aux deux fils et dit :
– Vous êtes les pieds, vous devez marcher sur les traces de votre père.

Et coupant les ailes, il les offrit aux jeunes filles en leur disant :
– Voici les ailes, car vous vous envolerez bientôt de la maison.

Et désignant ce qui restait, il dit :
– Je suis pauvre et affamé, ceci est pour moi.

Le barine sourit, remis sa dette au pauvre moujik et lui donna encore une somme d’argent et du pain. Le pauvre s’en fut en le comblant de bénédictions.

Un autre moujik, riche et avare, apprenant que le barine avait remis la dette du pauvre moujik, fit rôtir cinq oies et les porta au barine. Le barine dit :

– Merci pour les oies, mais je suis bien embarrassé, car avec ma femme et mes enfants nous sommes six ; Comment partager ces cinq oies entre nous ?

Le riche moujik réfléchissait et ne pouvait rien trouver. Le barine envoya alors chez le pauvre moujik un serviteur qui lui dit :

– Viens tout de suite car le barine a besoin de toi ;

Le barine lui ordonna de faire le partage . Le pauvre moujik prit une oie, la donna au barine et à la barina et leur dit :
– Vous voilà trois avec cette oie.

Il en donna une autre aux deux fils et leur dit :
– Vous serez trois avec cette oie.

Puis il donna une autre oie aux deux filles et leur dit :
– Et vous aussi vous serez trois.

Alors, il prit les deux oies qui restaient et il dit :
– Nous aussi, nous serons trois, car je suis pauvre et affamé.

Le barine sourit, donna encore de l’argent au pauvre moujik qui se retira en le comblant de bénédictions et renvoya le riche à vide.

Moralité :
Un peu d’esprit vaut mieux qu’un trésor.

Extrait de « Lectures pour le dimanche »
N°65, paru à Soudan le 24 mars 1912
– Envoi de Jacques Leray