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Gare au gorille ou la mémoire défaillante

Gare au gorille : L’œil et le cerveau

Regardez autour de vous : vous pensez sûrement avoir une perception vivante et détaillée de votre environnement. Mais, si vos yeux ne vous trompent jamais, on ne peut pas en dire autant de votre cerveau. Des chercheurs viennent de prouver qu’il est possible de voir quelque chose sans le remarquer. Le peu d’attention que nous prêtons à ce qui nous entoure vient d’être démontré dans une étude dirigée par les Professeurs Daniel Simons, de l’université de l’Illinois, et Daniel Levin, de l’université Vanderbilt.

Substitution

Au cours d’une des expériences, menée sur un campus universitaire, un inconnu demande son chemin à des passants. Pendant l’échange qui s’ensuit, deux hommes portant une porte en bois passent entre les cobayes et leur interlocuteur. Après le passage de la porte, on demande aux sujets s’ils ont remarqué quelque chose. La moitié d’entre eux n’ont pas vu que l’inconnu avait été remplacé par un autre homme n’ayant ni la même taille, ni la même corpulence, ni la même voix, ni les mêmes vêtements...

Bien que les sujets aient parlé à l’inconnu entre dix et quinze secondes avant la substitution, la moitié d’entre eux n’ont pas réalisé qu’ils avaient changé d’interlocuteur après le passage de la porte. Ce phénomène, appelé change blindness [cécité face au changement], montre que nous voyons beaucoup moins de choses que nous le croyons.

Le gorille crève les yeux

En collaboration avec Christopher Chabris, de l’université Harvard, Daniel Simons a mené une autre expérience, aujourd’hui célèbre. Les chercheurs ont montré à des sujets une cassette vidéo où l’on voit un petit groupe de personnes en train de jouer au basket et leur ont demandé de compter le nombre de passes réalisées par l’une des équipes. La moitié d’entre eux n’ont pas remarqué qu’une personne déguisée en gorille traversait lentement l’écran pendant neuf secondes, passait entre les joueurs, s’arrêtait face à la caméra et se frappait la poitrine. En revanche, lorsqu’on leur demandait simplement d’observer la scène, les sujets n’avaient aucun mal à remarquer le gorille.

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Gorille

De bonne foi ?

Certains furent si stupéfaits qu’ils refusèrent d’admettre qu’il s’agissait bel et bien de la même vidéo. Ils étaient persuadés qu’on leur avait montré une autre cassette à laquelle on avait ajouté l’image du primate.

Le Pr Richard Wiseman, de l’université du Hertfordshire, en Angleterre, a récemment réitéré l’expérience devant un public londonien. Sur les 400 spectateurs, seuls 10 % ont repéré le gorille.

Bloc-notes visuel

Dernièrement, deux équipes se sont livrées à des expériences complémentaires, qui mettent en évidence la capacité limitée de notre mémoire à court terme et montrent que notre « bloc-notes visuel » est contrôlé par une région du cerveau de la taille d’une pièce de 5 centimes d’euro, le cortex pariétal postérieur, situé à l’arrière du crâne.

Ces études ont été publiées dans le magazine Nature par les Professeurs Edward Vogel et Maro Mashizawa, de l’université de l’Oregon et René Marois et Jay Todd, de l’université Vanderbilt, à Nashville.

Pas plus de quatre

Lors de scènes faisant intervenir quatre objets ou moins, les sujets n’ont aucun mal à se souvenir de chaque élément. En revanche, les erreurs sont plus fréquentes quand il s’agit de mémoriser davantage d’objets, ce qui indique que notre mémoire visuelle à court terme n’est guère capable de stocker plus de quatre éléments.

Mémoire visuelle à court terme

Le Pr Marois, pour sa part, a utilisé la technique de l’IRM (imagerie par résonance magnétique) pour mieux comprendre le fonctionnement de la mémoire visuelle à court terme. L’activité du cortex pariétal postérieur augmente en fonction du nombre d’objets stockés dans la mémoire visuelle à court terme, pour plafonner au-delà de quatre objets.

Edward Vogel a aussi montré qu’il existait, dans cette même région du cerveau, un lien entre l’activité électrique, mesurée à l’aide d’électrodes, et la mémoire à court terme - avec, là encore, un pic d’activité correspondant à quatre objets.

« Nous avons l’impression de retenir un grand nombre d’informations visuelles, mais, en réalité, dès que nous avons une scène sous les yeux, nous avons beaucoup de mal à la décrire en détail » analyse le Professeur Marois.

Fiabilité du témoignage ?

Ainsi, dans l’expérience de la porte des Professeurs Simons et Levin, les sujets semblent n’avoir pas retenu suffisamment d’éléments pour s’apercevoir qu’ils avaient changé d’interlocuteur.

Mémoire visuelle et intelligence ?

Il se pourrait que la mémoire visuelle soit liée à l’intelligence.

De même qu’un ordinateur ayant une mémoire plus importante résout les problèmes plus rapidement, les personnes ayant une plus grande capacité à retenir les images pourraient avoir des facultés de raisonnement accrues et être plus aptes à trouver des solutions.

Les retombées de ces études sont primordiales.

Si l’on en croit Edward Vogel, cette limitation de la mémoire pourrait favoriser les accidents de la route, parce que c’est elle qui nous « permet de retenir et d’utiliser des informations sur les objets » (notamment les autres véhicules, les vélos, les piétons) se trouvant à proximité immédiate, afin d’éviter d’entrer en collision avec eux.

Tant que cela n’a pas été prouvé, il paraît tout à fait plausible que les coureurs automobiles aient une mémoire visuelle à court terme supérieure à la normale, leur permettant de prendre en compte les trajectoires d’un plus grand nombre de voitures.

D’après Roger Highfield, International Herald Tribune