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Européennes 2004-1

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Ecrit le 7 avril 2004 :
_ ATTAC rêve

Le mouvement ATTAC estime que le néolibéralisme a été expulsé par la porte des régionales. Il se demande : va-t-il revenir par la fenêtre des européennes ?

Briser le cercle infernal

« Les citoyens ont rejeté les politiques de démolition sociale menées depuis deux ans, en connivence avec le Medef. Ces élections ont prolongé victorieusement dans les urnes les mobilisations du printemps 2003 sur les retraites, et celles qui ont suivi : chercheurs, intermittents du spectacle, chômeurs, mal-logés, salariés voulant préserver leur emploi, enseignants, agents hospitaliers, pompiers...

Les citoyens ont censuré, entre autres, les mesures contre les services publics et la protection sociale. Ils ont condamné la passivité des pouvoirs publics face à la violence et la multiplication des vagues de licenciements, l’impunité des patrons voyous, le démantèlement du Code du travail, ainsi que les agressions frontales contre les droits des chômeurs. A cette version française des préceptes de la mondialisation néolibérale, préconisée par les institutions financières internationales, et parfois aggravée par les politiques européennes, la société vient de dire un « non » d’une vigueur sans précédent en France ». (communiqué de ATTAC)

Par son travail quotidien d’éducation populaire, Attac a contribué à ce rejet global et massif du néolibéralisme. Très logiquement, l’association a constamment insisté sur la nécessité d’une autre cohérence politique et sociale en brisant le cercle infernal du libéralisme.

L’exigence d’une autre politique

Les premières déclarations des principaux responsables du gouvernement et de sa majorité parlementaire, ainsi que la reconduction de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, démontrent une incapacité à entendre le message des électeurs. (...) La mobilisation sociale doit être à la hauteur de cette obstination, mais, pour être pleinement efficace, elle doit s’articuler à la perspective d’autres politiques dans tous les domaines concernés.

Il est certes indispensable de dire « non », mais on attend des responsables politiques qu’ils disent également « oui » à autre chose, en particulier à l’abrogation des mesures déjà adoptées, notamment en matière de retraites. Attac contribuera à cette démarche par ses analyses et ses propositions.

Ni absolution ni blanc-seing

Le vote de mars 2004 a servi de vecteur au refus d’une généralisation de la précarité à toutes les catégories de la société et à l’exigence de justice sociale. Il ne vaut pas pour autant absolution ou blanc-seing pour les formations politiques qui ont remporté les élections, et auxquelles les électeurs ont accordé une nouvelle chance. Elles sont maintenant au pied du mur, sous le regard circonspect de citoyens échaudés.

Deux très proches échéances permettront de vérifier si elles ont bien perçu le sens des votes des 21 et 28 mars, et d’apprécier leur détermination et la sincérité de leur engagement dans le combat contre le néolibéralisme.

En premier lieu, il leur appartiendra de faire des régions qu’elles dirigent des boucliers qui, dans le cadre de leurs compétences, s’opposeront aux politiques néolibérales et feront du neuf, principalement dans le domaine de la démocratisation de la vie publique, de la réduction des inégalités sociales, de l’emploi et du logement.

Plus généralement, il leur faudra donner un contenu concret, en termes de propositions alternatives, au message sans ambiguïté envoyé par le suffrage universel au gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy.

Horizon : juin 2004

En second lieu, ces formations politiques devront adopter des positions sans équivoque à l’occasion de l’échéance qui se profile : celle de l’adoption, par les gouvernements des 25 pays membres de l’Union européenne, du projet de traité constitutionnel. Cette adoption pourrait intervenir juste avant ou juste après le 13 juin, date des élections européennes.

Si, comme tout le donne actuellement à penser, ce projet ne fait que reprendre les propositions de la Convention en matière de contenu des politiques européennes, c’est, comme nous en a aimablement avertis Valéry Giscard d’Estaing, à une peine incompressible de 30 à 50 ans de néolibéralisme que nous serions condamnés.

Le vote de mars ne doit pas être un coup d’épée dans l’eau. En d’autres termes, les électeurs auraient donné un coup d’épée dans l’eau les 21 et 28 mars, si les politiques néolibérales qu’ils ont rejetées ont de toute manière force de loi et statut constitutionnel « au nom de l’Europe ».

Dans ses analyses Attac dévoile ce que les grands médias et la majeure partie des responsables politiques se gardent bien d’avouer : le contenu de ce traité, dans sa forme actuelle, rendra quasi impossible à l’avenir toute « alternance » non compatible avec les canons néolibéraux, réduisant à la portion congrue le périmètre de choix des citoyens, et nourrissant ainsi un vote d’extrême droite qui prospère sur le thème de l’« impuissance » des élus.


Ecrit le 21 avril 2004 :

Elections européennes : s’engager

Le 1er février, j’ai diffusé un message appelant à s’engager lors des élections européennes. J’ai reçu un très grand nombre de réactions enthousiastes et quelques expressions de scepticisme. Maintenant que les élections cantonales et régionales sont passées, il est temps de préciser la démarche.

1. La grande particularité du scrutin européen :

Les élections européennes ont des implications totalement différentes des élections nationales, régionales, cantonales ou communales.

On ne vote pas, indirectement, pour un pouvoir exécutif. On vote pour une assemblée. Rien de plus. Il n’y a pas de conséquences non voulues, voire fâcheuses d’un choix donné sur la composition ultérieure de l’exécutif. Donc, pas question d’invoquer la nécessité d’un « vote utile ».

Par contre, par le vote, on peut envoyer un message de soutien ou de désaveu aux politiques suivies par les institutions européennes qui conditionnent aujourd’hui l’essentiel de nos vies.

L’élection du Parlement européen est, actuellement, celle qui offre la liberté de choix la plus grande, dégagée de toute contingence extérieure au choix d’un projet et du candidat qui le porte. C’est même le scrutin qui permet de voter au moins autant pour un projet que pour un candidat ou un parti. Sera affirmée l’orientation qui aura été choisie sans qu’elle soit altérée par la suite par des choix d’appareils.

Il est dès lors possible d’envoyer au travers de ces élections européennes du 13 juin un message très clair et d’indiquer l’Europe qu’on veut et l’Europe qu’on ne veut pas. Cette occasion doit être saisie.

2. Les réalités de la « construction » européenne :

Il me semble impossible, pour un chercheur, de rester indifférent en face des résultats de ses recherches. Sans a priori, j’ai étudié les politiques européennes proposées depuis 1999 par la Commission de Bruxelles et soutenues par les 15 gouvernements pendant la même période ; j’ai suivi les travaux du Parlement européen où j’ai d’ailleurs pris la parole à plusieurs reprises lors d’auditions. Tous mes travaux m’amènent à un quadruple constat :

1. plus la « construction » européenne avance, plus la souveraineté des peuples et la démocratie s’étiolent

2. plus la « construction » européenne avance, plus la casse sociale progresse ;

3. plus la « construction » européenne avance, plus les Européennes et les Européens sont soumis aux ravages de la mondialisation néolibérale ;

4. le projet de Constitution européenne va légaliser, renforcer et pérenniser cette triple évolution.

Ce sont les conclusions d’une analyse que je viens de terminer et qui paraîtra le 21 avril dans un petit livre intitulé « Europe : la trahison des élites ». Je partage le constat de Pierre Bourdieu : la « construction » européenne, c’est d’abord une destruction sociale.

3. Les promoteurs de l’Europe des marchés et des marchands :

Qui porte la responsabilité de cette Union européenne qui détruit l’Europe que nous voulons ? Il suffit d’examiner la manière dont les groupes politiques se sont exprimés lors des votes au Parlement européen. La réponse, alors, ne souffre pas la moindre contestation.

– la droite. Elle est regroupée dans plusieurs formations politiques : la plus importante (235 députés) s’appelle Parti Populaire Européen (PPE). On y retrouve l’UMP et l’UDF aux côtés des chrétiens-démocrates (allemands, autrichiens, belges,.) ainsi que des conservateurs britanniques. Une autre formation de droite regroupe les libéraux (53) ; ces deux groupes sont aux ordres de l’UNICE, le MEDEF européen

– la social-démocratie, le Parti Socialiste Européen- PSE (175) : depuis 1979, il s’est allié au PPE pour le partage des postes de responsabilité au sein du Parlement ; une tradition s’est installée de dépôt en commun de propositions de résolution qui soutiennent systématiquement les politiques néolibérales de la Commission. Quelques parlementaires belges (Dehousse, De Keyser, Van Lancker, Zrihen) et 6 (Carlotti, Désir, Ferreira, Gillig, Hazan, Roure) sur les 18 députés européens français sont totalement marginalisés au sein de ce groupe parce qu’ils défendent des positions plus authentiquement socialistes ; leur résistance, pour héroïque qu’elle soit, est sans effets. Le PSE soutient le projet de Constitution européenne. Quant au PS français, après avoir soutenu sans faille le Commissaire social libéral Pascal Lamy, il lance cette proposition trompeuse consistant à réclamer pour le Parlement européen issu des prochaines élections des pouvoirs constitutionnels ; ce qui est juridiquement impossible, sauf à obtenir avant le 13 juin, un traité entre les 25 gouvernements qui irait dans ce sens ; ce qui est, et les socialistes français le savent, politiquement impossible. Une tromperie de plus pour dissimuler des divisions internes ; Les groupes politiques qui précèdent sont les principaux promoteurs de l’ Europe adémocratique, asociale et néolibérale qu’on nous inflige.

– trois petits groupes se situent aussi à droite ; il s’agit du groupe Union pour l’Europe des Nations présidé par Charles Pasqua (23), du Groupe pour l’Europe des démocraties et des différences (18) où on retrouve pas mal d’élus d’extrême droite et du groupe des non inscrits (32) qui compte lui aussi un grand nombre de personnages à la droite de la droite ; les votes des parlementaires de ces trois groupes sont assez incohérents, mais peu combattent le néolibéralisme.

– un groupe politique laisse interrogateur : les Verts (44) : tout a long de la législature qui s’achève, plusieurs parlementaires, moins médiatiques que le bruyant Cohn-Bendit, ont abattu un travail considérable dans des dossiers, très sensibles pour les altermondialistes, comme l’OMC, l’AGCS, le brevetage du vivant, les OGM, le nucléaire, l’accord de Cotonou, l’espionnage industriel américano-britannique du réseau Echelon ; ils se sont bien battus pour dénoncer les politiques de la Commission. Mais aujourd’hui, ils soutiennent le projet de Constitution qui consolide les politiques qu’ils ont combattues.

– En face de ceux qui soutiennent cette Union européenne qui détruit l’idéal européen, on trouve le Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/gauche verte nordique (49). Ce groupe réunit des parlementaires provenant de partis différents qui sont à la gauche de la gauche et qui combattent sans ambiguïtés les propositions néolibérales et rejettent le projet de Constitution.

4. L’alternative :

– Face à l’Europe qui se fait, avons-nous le droit de nous contenter d’une condamnation ? Avons-nous le droit de nous limiter à la protestation ?

– L’union des peuples d’Europe est indispensable si on veut protéger leur dignité, leur identité, leur diversité et une conception commune des rapports humains, des rapports sociaux, du rôle des pouvoirs publics garants des droits individuels mais aussi de ces droits collectifs qui comportent tout à la fois des droits sociaux et des droits environnementaux. Face à l’empire américain qui tend à imposer partout son modèle, il n’y a pas d’autre défense que l’union.

– L’Europe est indispensable. Une autre Europe que celle qu’on nous impose depuis 50 ans et qui ne vise qu’à nous aliéner aux Etats-Unis. Il faut la rendre possible. Il faut proposer une alternative crédible à ceux qui font triompher une vision individualiste et marchande de l’Europe.

– Que se crée, à la gauche du PS, un front citoyen pour une autre Europe, rassemblant militants organisés dans des partis, des syndicats et des associations, mais aussi des citoyens déterminés à ne pas subir plus longtemps la restauration conservatrice irréversible que représente l’actuelle « construction » européenne.

– L’enjeu est trop important : la force transformatrice du peuple de gauche rassemblé ne peut plus être segmentée, réduite et neutralisée par le sectarisme et la bureaucratie des appareils. Il est encore temps de dépasser les divisions qui ont fait tant de mal à la gauche de gauche et désespéré tant de militants. Il est encore temps pour créer l’évènement du scrutin européen : une alternative de gauche européenne crédible et forte.

– Un message clair et fort doit être envoyé le 13 juin. Sa clarté et sa force dépendent de nous, du choix que nous ferons et du nombre qui l’exprimera.

Il faut dire non à l’Union européenne telle qu’elle est. Il faut désavouer la Commission européenne, instrument de la toute puissance technocratique, moteur de la destruction sociale et propagateur des nuisances. Après avoir désavoué Raffarin, il faut désavouer le socialiste Pascal Lamy. Les mêmes politiques doivent connaître les mêmes sanctions.

Dire non au projet de Constitution, dire oui à une Europe citoyenne et populaire dépend d’abord de nous.

Raoul Marc JENNAR, Chercheur militant
7, place du Château, 66500 MOSSET