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L’école n’est pas faite pour les chiens

Ecrit le 10 décembre 2008

 Ecole des Métiers du Gers

(récit de Patrick Poumirau, professeur témoin des faits)

Lundi 17 novembre 2008, 10h.30. Descente musclée de la gendarmerie dans les classes. Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu clos de mon travail quatre gendarmes décidés, accompagnés d’un maître-chien affublé de son animal. Personne ne dit bonjour, personne ne se présente.

Dessin de Eliby 06 23 789

Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. Les élèves sont extrêmement surpris. Je pose des questions aux intrus, demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas. J’insiste, on me fait comprendre qu’il vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, l’ambiance est lourde, menaçante, j’ouvre une fenêtre qu’un gendarme, sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement.

Le chien court partout, mord le sac d’un jeune à qui l’on demande de sortir, le chien bave sur les jambes d’un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. La bête semble détecter un produit suspect dans une poche, et là encore on demande à l’élève de sortir. Je veux intervenir une nouvelle fois, on m’impose le silence. Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait ouvrir les portefeuilles, des allusions d’une ironie douteuse fusent.

Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d’une heure. Une trentaine d’élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d’enlever leurs chaussettes, l’un d’eux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs.

Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé. On lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! ». Il y a des allées et venues incessantes dans les couloirs, une grande agitation, je vois un gendarme en poste devant les classes. J’apprendrai par la suite qu’aucun évènement particulier dans l’établissement ne justifiait une telle descente.

La stupeur, l’effroi ont gagné les élèves. On leur dira le lendemain, dans les jours qui suivent, qu’ils dramatisent. Ils m’interrogent une fois la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix. Aucune explication de la direction pour le moins très complaisante. Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser rafler et conduire à l’abattoir sans réagir : l’effet surprise laisse sans voix, l’effet surprise, indispensable pour mener à bien une action efficace, scie les jambes.

Je me dis qu’en 50 ans (dont 20 comme prof), je n’ai jamais vu ça. Que les choses empirent ces derniers temps, que des territoires jusque là protégés subissent l’assaut d’une idéologie dure.

Ce qui m’a frappé, au-delà de l’aspect légal ou illégal de la démarche, c’est l’attitude des gendarmes : impolis, désagréables, menaçants, ironiques, agressifs, méprisants, sortant d’une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! » alors que, bien sûr il n’y a que des garçons, les félicitant d’avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». A vrai dire des marlous, de vrais durs n’auraient pas agi autrement.

C’est en France, dans une école, en 2008. Je me dis que ces gens-là, les gendarmes, devraient accompagner les gens, les soutenir, qu’ils devraient être des guides lucides et conscients. Au lieu de ça, investis d’un drôle de pouvoir, ils débarquent, on dirait des cow-boys, et terrorisent les jeunes.

 Collège de Marciac (32)

Un papa un peu bouleversé et très en colère...

J’ai eu cette semaine un message concernant une descente de police dans un lycée du Gers ...On a pu entendre aussi le témoignage sur France inter. J’étais absolument abasourdi par les méthodes utilisées....Mais vous savez parfois on se dit que les gens exagèrent dans leur témoignage.... Mais voilà que ce WE, j’accueille ma fille Zoé - elle a 13 ans - de retour du collège de Marciac.... Elle me raconte son mercredi au collège....

J’ai demandé à Zoé d’écrire ce qu’elle me disait là. Elle a accepté. Voici donc son témoignage, avec ses mots à elle :

« Il nous l’avait dit, le CPE, que des gendarmes allaient venir nous faire une prévention pour les 4e et les 3e.
Ce mercredi là (19/11/2008), toutes les classes sont entrées en cours comme à leur habitude, en suivant les profs.

A peine 10 minutes plus tard - nous étions assis -, deux gendarmes faisaient déjà le tour de la salle où nous étions. La prof avec qui nous étions, les regardait en nous disant « Ils font leur ronde !?? » . Elle n’était a priori au courant de rien bien sûr. Soudain la porte s’est ouverte, laissant entrer deux gendarmes... Enfin non, pas exactement ! Il y avait un monsieur chauve habillé en militaire (le dresseur de chien en fait !) et un gendarme très gros.

Le chauve nous a dit : « Nous allons faire entrer un chien ! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas ! Quand il mord, ça pique ! ». Enfin il a dit ça, à peu près... Je me rappelle surtout du « Quand il mord, ça pique ! »

Après, il est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le chien. Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités de la classe tandis que le dresseur regardait son chien déjà à l’œuvre. Le chien s’appelait Bigo. Bigo s’est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et arrachant tout ce qui dépassait. Quand à la prof, elle restait derrière son bureau, bouche bée.

Le chien s’est attaqué au sac de mon amie, à côté de moi. Le dresseur a claqué des doigts en disant : « Sortez mademoiselle, avec toutes vos affaires ! » Elle a rangé son sac, s’est levée et s’est apprêtée à sortir mais le dresseur l’a repris vite : « Et ton manteau ! ». Elle a rougi et emporté aussi son blouson.

Plusieurs personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vient alors sentir mon sac. Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon corps avant de s’empresser de me faire sortir. Dehors m’attendait une petite troupe de gendarmes... Enfin, non, pas dehors : nous étions entre deux salles de classe.

Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de finir de fouiller une autre fille. Mon amie était déjà retournée dans la classe. Quand ils eurent fini, ils s’emparèrent de mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi. Je n’étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille qui se faisait fouiller les poches par une gendarme.

Ils étaient deux gendarmes hommes à la regarder faire. Le Gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse, dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes doublures.

La fille qui était là fouillée elle aussi, se fit interroger sur les personnes qui l’entouraient chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son entourage. Ils la firent rentrer en classe.

C’était à mon tour ! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le regard des deux autres gendarmes..... Je décris : Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures.

Le gars qui nous regardait, dit à l’intention de l’autre gendarme : « On dirait qu’elle n’a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier ! On ne sait jamais... ». Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle ! Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans bien sûr rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte ! Les gendarmes n’exprimèrent aucune surprise face à ce geste mais ce ne fut pas mon cas ! Je dis à l’intention de tous « C’est bon arrêtez, je n’ai rien !!!! »

La fouilleuse s’est arrêtée, j’ai remis mon sweat et mon fouilleur de sac m’a dit : « tu peux ranger ! ».

J’ai rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis repartie en classe après avoir donné le nom du village où j’habite.

De retour en classe, la prof m’a demandé ce qu’ils ont fait. Je lui ai répondu qu’ils nous avaient fouillé. Je me suis assise et j’ai eu du mal à me consacrer au math !

Tout ça c’est ce que j’ai vécu mais mon amie dans la classe à côté m’a aussi raconté. Le chien s’est acharné sur son sac à elle et elle a eu le droit au même traitement. Mais ses affaires sentaient, alors ils l’ont carrément emmenée à l’internat où nous dormons. Le chien s’est acharné sur toutes ses affaires, m’a t-elle dit. Le gendarme lui a demandé si elle connaissait des fumeurs de hash, vu qu’ils ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que le WE dernier elle a assisté à un concert.

Le CPE l’a ramenée ensuite au collège et elle m’a raconté.

Après les cours, le principal a rassemblé tous les élèves et nous a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention pour tout le monde. Une prévention ? Avec des chiens ? Armés comme aujourd’hui ?

Une élève de 4e nous a dit que le chien s’est jeté sur son sac car il y avait à manger dedans. Elle a eu très peur.

Les profs ne nous en ont pas reparlé....Ils avaient l’air aussi surpris que nous !

Tous les élèves de 3e et 4e ont dû se poser la même question : que se passe t il ? Et tous les 6e et 5e aussi même s’ils n’ont pas été directement concernés ! »

 

Zoé D.R

 

« Qu’en pensez vous ? Que dois je faire ? Qui parle de violence ? » conclut ce père de famille.
« Les enfants « victimes » - et je pèse ce mot - de ces actes sont en 4e et 3e. Ils ont donc entre 12 et 14 ans ! Je n’en reviens pas.... »

 

Frédéric David

 

 Et en plus il n’y avait pas de drogue !

C’est rigolo …. Non ?


Note du 2 octobre 2009

Communiqué de la Ligue des droits de l’Homme, Section de Toulouse, Délégation régionale Midi-Pyrénées

 La CNDS stigmatise l’action de la gendarmerie

Affaire du collège de Marciac (32) : la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (C.N.D.S), menacée aujourd’hui de disparition, stigmatise l’action de la gendarmerie nationale

Toulouse le 28 septembre 2009

Le 19 novembre 2008, des gendarmes, accompagnés d’un chien, pénétraient dans des classes de 4e et 3e du collège de Marciac, dans le Gers, pour procéder à une opération de contrôle anti-drogue, présentée préalablement comme une opération de sensibilisation et de prévention.

Fouilles et palpations furent pratiquées sur des élèves mineurs. Pourtant rien ne permettait de soupçonner des infractions à la législation sur les stupéfiants, dans ce collège réputé calme. Aucune infraction ne fut relevée.

La gravité de cette initiative   et la manière dont elle fut menée amenèrent la Commission Citoyens-Justice-Police (composée de membres de la Ligue des droits de l’Homme, du Syndicat des Avocats de France et du Syndicat de la Magistrature), sur saisine d’un parent d’élève, à procéder à une enquête suivie d’un rapport rendu public en mai dernier.

La Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS), saisie par la Défenseure des enfants, vient de publier son propre rapport sur cette affaire, qui confirme les analyses de la Commission Citoyens-Justice-Police.

Elle déplore que cette opération « ait été sciemment détournée de son objet, pour des raisons vraisemblablement statistiques… ».et « souhaite que de sévères observations soient adressées au commandant de la communauté de brigades responsable du contrôle effectué à Marciac ».

La LDH de Toulouse salue le travail indépendant de la CNDS à propos de cette affaire.

Cet organisme officiel indépendant, a démontré à cette occasion et depuis plusieurs années l’importance de son rôle en matière d’analyse critique et de recommandations au sujet de comportements illégaux et de violences illégitimes commis par des personnels et responsables des forces de sécurité.

Or le gouvernement, dans un projet de loi organique, prévoit la suppression de la CNDS et de la Défenseure des enfants et le transfert de leurs attributions à une seule personne, le Défenseur des droits.

La Ligue des Droits de l’Homme considère que ce projet n’offre aucune garantie d’indépendance et de compétence multidisciplinaire de la future structure, qui aura des pouvoirs d’investigation limités. Elle manifeste son extrême inquiétude face à cette nouvelle atteinte aux libertés, qui s’inscrit dans la politique sécuritaire et répressive menée depuis sept ans.


Ecrit le 10 décembre 2008

 Rafle d’enfants

Mon fils, Wahid, a passé ses deux premières années de maternelle à l’école du Jardin de Ville de Grenoble, là où le 29 novembre dernier deux policiers en civil sont entrés, encadrant un père, pour embarquer ses enfants et les mettre dans un avion.

– C’est quoi, ce pays où la police pénètre dans les écoles maternelles ?
– C’est quoi, ce pays où des collégiennes et des collégiens sont fouillés au corps après qu’un chien ait été lâché dans leur salle de classe ?
– C’est quoi, ce pays où un journaliste accusé de diffamation est mis deux fois à nu pour une inspection corporelle ?

C’est notre pays. Honte à nous.

Un é_cri_vain écrit. Vainement. Ci-joint une scène extraite d’une pièce de théâtre que je suis en train d’écrire vainement. Pour dire la parole qu’un enfant m’a dite. Que je transmets vainement au nom des enfants embarqués à l’Ecole du Jardin de Ville de Grenoble.

– Pendant que nous Montreuil.
– Pendant que nous théâtre.
Pendant que nous Noël.
– Nous France.

Honte à nous.

C’est dans la rue que nous devrions être.
Au moins au nom de nos enfants.

 

Thierry Lenain

 


Note du 11 février 2009

 Encore des chiens

http://www.liberation.fr/societe/0101318720-des-chiens-anti-drogue-a-la-descente-du-car-scolaire

Et en plus ils n’ont rien trouvé !
Mais l’essentiel n’est pas là : il faut habituer les mioches aux interventions policières !
et habituer les chiens à la chasse aux enfants


Ecrit le 10 décembre 2008

 Parce que je suis née

(Extérieur : bruits de course dans la rue, dans la montée de l’escalier. Des cris, des ordres.
– Intérieur : une petite pièce où se trouvent le père et la fille).

Le père (il tient ouverte la porte d’un placard) : -Vite Juliette, vite !

Juliette (pleurant) : - J’ai peur papa…
Le père : - Notre amour est plus fort, Juliette…

(Les bruits de pas se font plus forts dans la montée d’escalier. Le père installe sa fille au fond du placard. Il se retourne, fait quelques pas précipités jusqu’à la table, prend une boîte de céréales et une bouteille de lait qui s’y trouvent, revient vers sa fille, pose les céréales et la bouteille à côté de l’enfant.)

Le père : - N’aie pas peur Juliette… On a tout répété, si souvent…N’aie pas peur… Tantine est de l’autre côté de la rue. Elle attend… Notre amour est plus fort, mon enfant…

(Le père enlace de nouveau sa fille, lui pose son téléphone portable sur les genoux.)

Le père : - Dès qu’ils seront partis, Tantine viendra te chercher, ne t’inquiète pas…

(Des coups sont frappés sur la porte d’entrée. Le père referme précipitamment la porte du placard).

Le père (à travers la porte du placard) :
– Je t’aime Juliette… Et n’oublie pas… N’oublie pas… Tu sais pourquoi tu as le droit d’être là, hein Juliette. Tu sais pourquoi…
Juliette (voix étouffée, sanglotant) :
– Oui papa…

(Le père pousse une armoire devant le placard. Il a à peine fini que la porte d’entrée cède sous les coups des forces de l’ordre qui s’engouffrent alors dans la petite pièce)

Les voix des forces de l’ordre :
– A genoux ! A genoux, les mains sur la tête ! (Le père s’exécute)

Une voix des forces de l’ordre :
– Il devait y en avoir deux ici ! Il devait y avoir une enfant aussi !

La voix des forces de l’ordre :
– Où elle est ta fille, où elle est !
Le père : - Partie… hier… des amis…

La voix des forces de l’ordre :
– Salaud ! Tu crois que ça va nous empêcher de t’expulser ? On l’embarque !

(Le corps du père est traîné en dehors de l’appartement.)

La voix des forces de l’ordre (hors de la pièce) : - L’armoire, on n’a pas vérifié ! La gamine est peut-être planquée dedans !

(Des bruits de pas qui retournent dans la pièce - le bruit des portes de l’armoire qu’on ouvre brutalement)

Une voix des forces de l’ordre :
– Non, personne !

(Bruits de course dans la montée de l’escaliers, dans la rue, des cris, des ordres, bruits et cris qui peu à peu s’amenuisent. Puis le silence.)

La voix du père (qui résonne dans le silence, au téléphone) : - Tu sais pourquoi tu as le droit d’être là, hein, Juliette ?

La voix de Juliette (voix ferme qui résonne dans le silence, au téléphone) :
– Oui papa. Parce que je suis née.

 

Thierry Lenain