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Inné, acquis ?

Présidentielles : une histoire de génétique

Ecrit le 25 avril 2007

 Ne politisons pas la génétique

dit Élisabeth Roudinesco,
historienne de la psychanalyse,
dans Le Figaro, 13 avril 2007

Qu’il parle de gènes ou qu’il prétende réinventer le vieux débat sur l’inné et l’acquis, à coups de références à la plasticité cérébrale, Nicolas Sarkozy, sur le fond, n’a pas changé d’avis. Il continue à croire que la pédophilie et le suicide résulteraient d’une disposition génétique. Il a l’air de ne pas se soucier d’avoir désormais contre lui les représentants de l’Église catholique, les généticiens et les humanistes athées ou chrétiens :
– Les uns pensent que si un pédophile est ainsi désigné par ses gènes, on le transforme en un être irresponsable, inapte à être jugé ou sanctionné.
– Les autres soulignent au contraire qu’en se réclamant d’un tel déterminisme, on méprise la philosophie des Lumières qui a toujours affirmé que le pire des hommes pouvait être rééduqué par la raison.

Qu’un candidat à l’investiture suprême puisse parfois se montrer impulsif, cela est pardonnable dans le contexte d’une campagne où il est lui-même stigmatisé de façon scandaleuse par la famille Le Pen, en tant que fils de l’immigration.

Mais rien ne saurait excuser l’arrogance avec laquelle il revendique une opinion absurde.

Il n’a pas soutenu que telle ou telle maladie mentale - autisme, schizophrénie, etc. - puisse relever d’une prédisposition génétique, ce qui fait débat aujourd’hui. Non, il a choisi deux catégories d’actes - la pédophilie et le suicide - qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre mais qui ont pour seul point commun de ne relever d’aucune sorte de prédisposition génétique.

Nicolas Sarkozy a donc réussi le tour de force de récuser, peut-être à l’insu de son plein gré, les principes de la religion dont il se réclame, l’héritage humaniste dont il devrait être le garant et le discours de la science dont il ne cesse de valoriser les acquis.

 Suicide

Connue depuis la nuit des temps, la pratique de la mort volontaire a toujours existé dans toutes les sociétés. Et si le mot n’est apparu que tardivement (entre 1636 et 1734), il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que cet acte, considéré comme héroïque dans le monde antique et le Japon féodal, puis diabolisé par le christianisme, soit regardé, dans les démocraties modernes, comme une pathologie de type dépressif liée à un environnement psychique ou social.

Certes, le suicide est universel, mais il a de multiples facettes. Osera-t-on comparer l’attitude d’un Pierre Brossolette préférant se donner la mort plutôt que de parler sous la torture, avec l’immonde suicide collectif des chefs nazis dans leur bunker, choisissant l’autodisparition plutôt que la confrontation avec leurs crimes ?

Le suicide d’un adolescent rebelle à sa famille ressemble-t-il à celui d’un malade incurable qui décide d’en finir avec ses souffrances ? Certainement pas.

 Pédophilie

Quant à la pédophilie, elle n’a été criminalisée - à juste titre, d’ailleurs - que depuis un siècle. Considéré aujourd’hui comme un pervers sexuel, le pédophile est certes psychiquement malade. Mais il n’est ni fou, ni pénalement irresponsable (au sens de l’article 122 du Code pénal).

Quand on ne croit qu’à la causalité génétique, on peut jouer les docteurs Folamour, façon Orange mécanique, et traiter les déviants par des châtiments corporels (castration ou amputation) ou par des addictions à la normalité. Cela se fait, cela est horrible et inefficace.

Mais on peut aussi soigner dignement, et avec succès, les pédophiles par des psychothérapies qui leur permettent, sinon de guérir de leur perversion, du moins de la contrôler et de ne pas y céder.

Cela n’empêchera jamais l’existence de récidives. La société sans risques n’existe pas, puisque la condition humaine est traversée autant par sa passion de l’idéal du bien que par son envers : l’amour de la haine.

 L’alliance du gourdin et de la belle âme

Nicolas Sarkozy n’est ni antisémite ni l’adepte d’une quelconque vieille droite française chauvine et xénophobe, même s’il rêve de la domestiquer. Il est plus simplement l’imitateur d’une école de pensée bien connue, le néoconservatisme extrême, aujourd’hui désavouée par plus de la moitié du peuple américain et par ses élites à cause de ses résultats politiques et économiques désastreux.
Aussi bien adhère-t-il à une vision de la société centrée, d’un côté, sur l’utilisation policière des communautarismes ethniques et religieux et, de l’autre, sur la biocratie, laquelle consiste à pervertir les données de la science pour faire croire en l’idée qu’une société pourrait être entièrement nettoyée de ses éléments indésirables : l’alliance du gourdin et de la belle âme.

Nicolas Sarkozy s’étonne toujours de l’image que la société lui renvoie de lui-même : « On me dit que je fais peur, dit-il, on me prend pour un monstre. » Assurément, il ne l’est pas.

Aurait-il peur, cependant, de l’idée que la peur qu’il croit susciter chez autrui soit à ce point ancrée dans ses gènes qu’il ne saurait comment y remédier ? ...............

.E. Roudinesco.


Lettre des USA

Aux Etats-Unis, l’idée d’une prédisposition génétique à certains comportements sociaux est très répandue. Mais aucun scientifique américain sérieux ne nie l’importance de l’environnement et de l’acquis sur le développement de la personnalité des individus. Les sociologues continuent de penser que l’environnement peut contrebalancer des prédispositions génétiques.

Mais aux Etats-Unis comme en France, en ces temps incertains, les gens [ordinaires] sont à la recherche de certitudes, d’un déterminisme génétique. D’où une justice qui privilégie la punition et ignore presque complètement la nécessité de la réhabilitation. D’où une population qui n’a jamais vraiment appris à faire la différence entre justice et vengeance.

La prison américaine est un endroit pour punir. La prison école du crime ? On le constate mais on s’en désintéresse.

Source : http://jprosen.blog.lemonde.fr/


Ecrit le 25 avril 2007

 Le fouet

« Pourquoi la société ne disposerait-elle pas des criminels et des aliénés d’une façon plus économique ? [...] Peut-être faudrait-il supprimer les prisons. Elles pourraient être remplacées par des institutions plus petites et moins coûteuses. Le conditionnement des criminels les moins dangereux par le fouet, ou par quelque autre moyen plus scientifique, suivi d’un court séjour à l’hôpital, suffirait probablement à assurer l’ordre.
Quant aux autres, ceux qui ont tué, qui ont volé à main armée, qui ont enlevé des enfants, qui ont dépouillé les pauvres, qui ont gravement trompé la confiance du public, un établissement euthanasique, pourvu de gaz appropriés, permettrait d’en disposer de façon humaine et économique ».

Qui a écrit cela ? Un Français, le Dr Alexis CARELL,
Dans L’Homme, cet inconnu, 1936)