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Conseil National de la Résistance (CNR)

Ecrit le 3 juin 2003

27 mai 1943- 27 mai 2003

 Les 60 ans du Conseil National de la Résistance

Un anniversaire est passé inaperçu : celui de la création du Conseil National de la Résistance, le 27 mai 1943.

Créé par Jean Moulin, le Conseil National de la Résistance comprenait des représentants des mouvements de résistance, des syndicalistes, des représentants des partis politiques. Son programme adopté le 15 mars 1944 constituait un projet de société novateur.

Dans son livre sur Jean Moulin (1), Daniel Cordier, ancien responsable du réseau radio de la zone occupée, acteur de la Résistance devenu historien, rappelle que la mission de Jean Moulin dura dix-huit mois, de sa nomination à sa mort, et qu’une des directives rapportée (par lui) de Londres était politique ; « elle prescrivait la création du Conseil de la Résistance ». On imagine que cette mission n’était pas simple : « dissensions idéologiques, luttes d’influence, conflits personnels » au sein même de la Résistance ne la facilitaient pas. Les relations entre l’Homme du 18-Juin et les Alliés étaient très tendues : « Envisageant le pire, le Général de Gaulle avait prévu, dans le cas où les Anglais lui interdiraient toute communication avec l’extérieur, que le Conseil de la Résistance deviendrait le seul pouvoir légitime habilité à défendre les droits de la France et de l’État face aux empiétements des Alliés ». Dans ses démêlés avec Giraud, « cheval de l’Amérique », mal dégrossi des principes pétainistes, de Gaulle avait besoin « de la caution d’un organisme représentatif de la France résistante ; les partis et les syndicats devaient donc siéger aux côtés des mouvements ».

Jean Moulin parvint à atteindre l’objectif. Selon Daniel Cordier : « La volonté de redonner à la France une institution parlementaire dans laquelle siégeraient pour la première (et la dernière) fois les syndicats trouva son accomplissement dans la première réunion plénière du Conseil de la Résistance, le 27 juin 1943 » ; Jean Moulin fera, de sa main, le compte rendu de cette séance historique qui se déroula à Paris, au 47 de la rue Dufour. Il déclara avoir notamment rappelé les buts de la France combattante tels que les avait définis son chef :
1) faire la guerre ;
2) rendre la parole au peuple français ;
3) rétablir les libertés républicaines dans un État d’où la justice sociale ne sera pas exclue et qui aura le sens de la grandeur ;
4) travailler avec les Alliés à l’établissement d’une collaboration internationale réelle, sur le plan économique et spirituel, dans un monde où la France aura regagné son prestige...

Seize représentants étaient au rendez-vous de la rue Dufour. Daniel Cordier note l’absence des trois chefs de la Résistance de zone sud : d’Astier (Emmanuel d’Astier de la Vigerie) et Jean-Pierre Levy se trouvaient à Londres, tandis qu’Henri Frenay avait refusé de siéger. Mais ils s’étaient fait représenter.

 Projet de société

Seize représentants, donc : « huit pour les mouvements, six pour les partis politiques et deux pour les syndicats »

On peut considérer que la participation de syndicalistes aux travaux du CNR ne fut pas étrangère au caractère profondément novateur du programme élaboré, par la suite, par ses membres. Les syndicalistes et les ouvriers prenaient alors, et depuis longtemps, pleinement part à la Résistance. Ils la prirent aussi dans les combats pour la Libération, comme, dans la capitale, au sein du Comité parisien de Libération.

Le programme du CNR était, avant la lettre, un vrai projet de société. C’était le temps où, à la radio de Londres, de Gaulle appelait de ses vœux (il n’était pas le seul !) « un régime économique et social tel qu’aucun monopole et aucune coalition ne puissent peser sur l’État, ni régir le sort des individus, (...), un régime où les libres groupements de travailleurs et de techniciens seront associés organiquement à la marche des entreprises » (20 avril 1943). Le 1er octobre 1944, à Lille, le même n’hésitait pas à déclarer : « La collectivité, c’est-à-dire l’État, doit prendre la direction des grandes sources de la richesse commune ». [cela figure toujours dans le préambule de la Constitution française]

Les gaullistes ne sont plus. La droite, comme une partie de la gauche d’ailleurs, s’est jeté dans les bras d’un libéralisme effréné. Les grandes sources de la richesse commune sont confisquées par quelques poignées d’individus.

Jean Moulin, reviens ! Ils sont devenus fous !

D’après un article de Jean Morawski, Journal l’Humanité

Comparatif CNR-M

Programme du CNR, Conseil National de la Résistance


NOTES:

(1) Jean Moulin ; la République des catacombes, Daniel Cordier, Éditions Gallimard (avril 1999).