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Forum social mondial de Bélem, 2009

Ecrit le 25 février 2009

 FSM, à Bélem au Brésil

Panneau à B

Le neuvième Forum Social Mondial (FSM) s’est achevé début février 2009 à Belém (Brésil), aux portes de l’Amazonie. Une dizaine d’habitants de Loire-Atlantique a partagé cette aventure humaine avec les quelques 130.000 participants, brésiliens à plus de 85%.

Belém est une métropole de 1,5 million d’habitants, capitale de l’Etat du Pará, près de l’embouchure de l’Amazone. La ville a acquis son importance au début du XXe siècle lors de la ruée vers le caoutchouc naturel de la forêt amazonienne. L’architecture en porte encore de splendides traces à l’ombre des manguiers géants, mais aussi quelques façades fort défraîchies. Elle n’a pas échappé à l’installation de favelas (bidonvilles) à sa périphérie.

Le défilé inaugural (70 000 personnes dit-on !) démarre mardi 27 janvier après-midi sous une pluie équatoriale, lourde, tiède qui vous trempe en quelques minutes... Cette pluie solidarise les participants, brésiliens en grand nombre mais aussi indiens, japonais, africains, européens, américains du Nord et du Sud... femmes, syndicalistes, peuples indigènes…

 Les enjeux de l’Amazonie

La première journée du Forum, mercredi 28 janvier, est consacrée à l’Amazonie et à ses peuples. L’Amazonie, concentre les dégâts les plus graves de la crise écologique avec ses conséquences désastreuses sur le climat : coupes forestières (illégales pour l’essentiel), pâturages et enfin culture du soja pour l’exportation et la production d’agrocarburants mais aussi exploitation sauvage de minerais, multiplication de barrages hydroélectriques... La forêt amazonienne a perdu près de 20% de sa superficie ! Les terres sont accaparées par de grands propriétaires privés ou des multinationales qui ne reculent devant aucun moyen. Mais les peuples de l’Amazonie résistent à la spoliation de leurs terres, à la confiscation de leurs connaissances et du patrimoine génétique de la forêt par les multinationales…

 La société civile

W

Pendant tout le Forum, les allées des universités, les tentes, les barnums, les salles de cours ont été prises d’assaut par une foule multiple dans laquelle les non-brésiliens étaient majoritairement européens (dont de nombreux français), mais hélas fort peu africains ou asiatiques…

Se retrouvent sur le forum toutes les associations altermondialistes (le CADTM, ATTAC, le CCFD...), caritatives (le Secours catholique...), féministes, pacifistes, environnementalistes, d’amitié entre les peuples (France-Amérique latine...), associations de la société civile, qu’elles se définissent comme force de contestation, de proposition, de coopération, de solidarité... Le forum est d’abord un lieu d’échanges foisonnant (2000 ateliers, séminaires, débats...). Tous en reviennent avec des souvenirs, des contacts, des projets pour un autre monde possible et nécessaire.

Les syndicats sont présents, bien évidemment ceux du Brésil : la CUT (Centrale unique des travailleurs) et la UGT brésilienne (Union Générale des Travailleurs), mais aussi des représentants des syndicats des autres pays d’Amérique latine et des confédérations européennes comme la CGT et la CFDT françaises.

L’engagement des Églises ne se dément pas. Reste à évaluer leur poids réel. L’ouverture intellectuelle et sociale de l’Eglise catholique brésilienne ne peut faire oublier la place de plus en plus pesante des mouvements évangéliques d’origine américaine dont les opinions politiques sont le plus souvent réactionnaires.

La place des partis politiques est ambiguë : ils ne peuvent faire partie du Conseil International et du Comité d’organisation du FSM. Les organisations politiques les plus nombreuses sont locales. Les enjeux politiques sont ailleurs, notamment dans l’articulation entre le Forum et les enjeux politiques locaux et globaux, qu’il s’agisse par exemple du positionnement des acteurs politiques locaux par rapport au Forum ou du poids de la crise actuelle dans les réflexions et les décisions du Forum.

L’intérêt du FSM est de concerner des aires géographiques différentes : forum mondial, forums continentaux, forums locaux... Son organisation peut varier impliquant plusieurs « centres ». Ainsi en 2006, le forum mondial s’est déroulé en même temps à Caracas pour l’Amérique latine, Bamako pour l’Afrique, Karachi pour l’Asie.

 Crise financière, justice climatique, biens publics

Avec la délégation d’ATTAC-France, il était tout indiqué de se consacrer aux réflexions et élaborations liées à la crise financière. A partir des travaux antérieurs de chacun des réseaux, les riches débats ont abouti à un texte (1) analysant la crise comme crise globale du système capitaliste. La nouvelle vision du monde qu’il appelle de ses vœux vise la remise en place d’un nouveau système démocratique. Cela passe-t-il par la sortie du « système de production capitaliste » considéré comme responsable de cette crise ou bien est-ce compatible avec de nouveaux modes régulation de ce système ? Ce texte ne se prononce pas !

Le capitalisme néo-libéral pille sans vergogne les ressources de notre planète, détruit les éco-systèmes et les modes de vie, et jusqu’aux conditions même de la vie sur notre planète. A l’initiative   du réseau « Climate Justice Now » un texte réaffirme le lien entre justice climatique et sociale, le refus des peuples de payer les conséquences de la crise climatique et des fausses solutions libérales. Il prépare les mobilisations nécessaires lors de la conférence de Copenhague sur le climat (décembre 2009).
Le concept fondamental de « biens publics mondiaux » affirme le droit inaliénable et imprescriptible pour tous d’accès aux biens communs (eau, air, ressources diverses naturelles) et aux biens publics (éducation, santé, monnaie...) plus construits socialement. L’idée avance d’une Déclaration Universelle du Bien Commun, centrée sur des droits collectifs, complémentaire de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme.

De nombreux autres séminaires auraient mérité autant d’attention... sur la situation des femmes, celle des peuples indigènes, sur l’eau, les mouvements sociaux, les migrations, contre la guerre. Pas moins de 21 déclarations de réseaux ont été lues lors de l’Assemblée des Assemblées le dimanche 1er février.

 En marge du forum, cinq chefs d’Etat

Dans l’après-midi du vendredi 30 janvier, Hugo Chavez (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Équateur) et Fernando Lugo (Paraguay) ont tenu, à l’extérieur et en marge du Forum, une première réunion, à l’invitation de mouvements sociaux (dont Via Campesina, le Mouvement brésilien des Sans Terre, les mouvements de femmes). L’absence remarquée de Lula est significative des débats de la société brésilienne sur les orientations politiques portées par Lula. A l’invitation de Lula (qui est « chez lui » !) un meeting (toujours à l’extérieur du Forum) a ensuite regroupé les 5 chefs d’Etat.

 Mobilisations

A l’issue du Forum une vingtaine de journées de mobilisations (2) ont été annoncées dont une mobilisation contre le G20 le 28 mars à Londres, une mobilisation contre la guerre et la crise le 30 mars, une journée de solidarité avec le peuple palestinien le 30 mars, une mobilisation contre l’OTAN le 4 avril…

 Un autre monde est possible ... et nécessaire.

Le succès du Forum Social Mondial de Belém ne se mesure pas seulement au nombre – impressionnant – de participants. Il augure bien de l’avenir du « mouvement de la société civile qui s’oppose au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme » (article 1 de la Charte de Porto Alegre). La qualité des débats, des déclarations finales et décisions d’actions en attestent. Les convergences, la structuration de la société civile et sa capacité à peser s’en trouvent confortées.

Face au forum des élites économiques de Davos, le Forum Social Mondial est l’occasion pour le mouvement altermondialiste de construire les convergences des mouvements citoyens, dans toute leur diversité intellectuelle, culturelle, géographique. La dynamique de l’altermondialisme semble largement assurée. La forte présence de jeunes (brésiliens ou non) en est une garantie.

Le processus des Forum Sociaux vit aussi des tensions qui le traversent : de nombreuses déclarations finales, témoignant d’une dynamique de radicalisation des luttes face à la radicalisation du capitalisme, cohabitent avec d’autres plus soucieuses de « tempérer » les dégâts et les contradictions de la mondialisation néo-libérale et de rechercher de nouveaux modes de régulations.

Les Forums restent un cadre dans lequel critiques et alternatives sont discutées et énoncées, cadre de confrontation des progressistes qui luttent pour un monde qui soit socialement solidaire et écologiquement soutenable.

 

Augustin Grosdoy

 

Les participants locaux au Forum Social Mondial rendront compte de leur expérience et participeront à un débat autour des thèmes de ce Forum 

JEUDI 26 Février à 20h30
– Maison des Citoyens du Monde
– (8 rue Lekain, Nantes)


NOTES:

(1) (http://www.france.attac.org/spip.php?article9541)

(2) voir http://www.fsm2009amazonia.org.br/programacao/6o-dia/resultados-das-assembleias/declaration-de-l2019assemblee-des-mouvements-sociaux-lors-du-forum-social-mondial-2009/