Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Pays (international) > Pays divers > Birmanie : travail forcé

Birmanie : travail forcé

Ecrit le 17 décembre 2003 :
Kouchner : une force au travail ...

Payé par Total,

Kouchner blanchit Total

Le fondateur de Médecins sans frontières a touché 25.000 euros pour rendre un rapport de 19 pages sur le travail forcé en Birmanie, qui conclut … à l’absence de travail forcé sous l’égide de Total.

L’existence de ce rapport a été révélée par Le Nouvel Observateur dans son édition du 4 décembre 2003, Le Canard enchaîné rapportant quant à lui, le 10 décembre, le salaire touché pour ce travail.

Pour rédiger son rapport, publié sur le site internet de Total, Bernard Kouchner s’est rendu pendant quatre jours en Birmanie. Il y a visité le site du gazoduc de Total, ainsi que les sept villages modèles installés par Total dans cette zone. Pour n’en dire que du bien. « Ce programme socio-économique, écrit Bernard Kouchner dans son rapport, est la meilleure publicité pour Total. Une sorte de bureau en ville, un show-room ».

Travail forcé ?

Sur la délicate question du travail forcé, qui a valu à Total une plainte déposée en août 2002 en France, le ministre conclut qu’il y a eu erreur : il reprend l’argument de la société pétrolière : « Le chantier a employé 2500 personnes, toutes bénéficièrent d’un contrat écrit, de salaires réguliers, d’une protection sociale et de normes reconnues ».

Publicité

Concernant l’accusation de travail forcé, il y a eu méprise, affirme Bernard Kouchner, avec le chantier voisin d’une voie ferrée, « où il est probable qu’il y ait eu des travaux forcés ». Et le ministre de rappeler que le travail forcé est de toute façon « une coutume ancienne, qui fut même légalisée par les Anglais en 1907 ».

Birmans « trop heureux »

Le « french doctor » note cependant qu’au début du chantier du gazoduc, « des villageois avaient été raflés par l’armée pour défricher la forêt et se livrer à d’autres besognes au service des militaires ». Mais Total une fois au courant de ces dérapages, « exigea que ces exactions cessent ». « Deux décrets abolissant le travail forcé furent publiés en 1999 et 2000 », poursuit Bernard Kouchner.

Ce que ne dit pas cependant l’ancien ministre, c’est que ces deux décrets n’ont jamais été appliqués, selon un militant du collectif Info Birmanie interrogé par Libération.

L’avis de Annie Faure, Chargée de mission sur la Birmanie à la FIDH
Médecin pneumologue
Ancien médecin de Monde
(Interview publiée dans Libération)

A votre avis, pourquoi l’entreprise Total a-t-elle demandé à Bernard Kouchner de faire un rapport sur le travail forcé en Birmanie ?

– Il y a plusieurs raisons à cela.
Tout d’abord, Bernard Kouchner connaît une grande notoriété en France. Il a toujours prôné un humanisme engagé notamment au sein de « Médecins du monde ». Cela apporte donc un crédit certain à son rapport aux yeux de beaucoup. A cela il faut ajouter des raisons politiques. La juge d’instruction [dans l’affaire des accusations d’emploi de travailleurs forcés en Birmanie par Total, ndlr] travaillait au cabinet de Kouchner quand ce dernier était ministre de la Santé. En demandant à Bernard Kouchner de faire ce rapport, Total fait jouer la hiérarchie : il était ministre, elle était subalterne, il est donc plus crédible qu’elle.

Total doit se sentir acculé pour réussir à trouver Kouchner et à lui faire faire ce rapport (…). Je suis scandalisée. Ce rapport est truffé de mensonges et se met au service de Total.

Dans son rapport, Bernard Kouchner innocente Total et indique que l’entreprise a permis des progrès dans le domaine de la santé…

– Globalement il reprend les arguments des chargés de communication de Total sur les « îlots géniaux » en Birmanie. Selon lui, 43.000 personnes sont en bon état grâce à Total. C’est vrai, mais Bernard Kouchner fait également de nombreuses omissions. Il y a 48 millions de personnes en Birmanie qui souffrent de la junte. Or cette junte est nourrie par l’argent de Total, qui lui permet de s’armer contre l’opposition birmane. D’autre part, Kouchner n’a pas vu les victimes des chantiers de Total. Ca lui était pourtant facile de le faire. Il n’a même pas rencontré les victimes qui sont en France !

Quand il dit que les enfants n’ont pas pu déplacer les Pipe Line, c’est ridicule, même un adulte ne pourrait pas le faire ! Les accusations portent sur le débroussaillage des endroits faits par des enfants. Ce rapport est une opération vénale pure. Bernard Kouchner n’a pas du se rendre compte à quel point il faisait une bêtise en l’écrivant.

Où en est l’action en justice menée par les travailleurs birmans à l’encontre de Total ?

– L’instruction suit son cours. La juge d’instruction a interrogé Hervé Madeo qui est accusé de « crime de séquestration », parce qu’en France, on ne peut pas juger quelqu’un pour « travail forcé ». La peine encourue est lourde. Quand Bernard Kouchner écrit dans son rapport que les victimes sont anonymes, c’est ridicule. Bien évidemment que les victimes ont donné leurs noms, leurs situations… La plainte a été reconnue. C’est important. En France on ne lance pas une instruction quand les accusateurs sont peu fiables.

Propos recueillis par Lucie Morant
(le mardi 10 décembre 2003)