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Biche de Béré (biche de bere) - 1998

Ecrit le 11.03.98

La valse de bijoux

Quoi de neuf chez Biche de Béré ? Après des mois de rumeurs persistantes propagées par les salariés eux-mêmes, et fondées en bonne partie sur les propos tenus par le duo de choc qui dirige cette boite, va-t-on enfin pouvoir annoncer la nouvelle : le départ prochain vers des cieux plus propices où l’exploitation des hommes et des femmes se fait plus juteuse, par exemple vers le Portugal ?

Eh bien non ! Les journalistes d’Ouest-France et de Presse-Océan, après avoir entendu quelques salariés sont allés interroger le D.G. CAIS qui a rassuré tout le monde, jurant, la main sur le cœur, que ce déplacement n’était pas à l’ordre du jour ! Connaissant le personnage et sachant que sa parole n’est pas, loin s’en faut, parole d’Evangile, l’on pourrait être amené à penser qu’une négation de sa part vaut affirmation et vice-versa !

 Le style Biche

Les salariés, encore en place (car la valse des licenciements se poursuit) y voient clair : en effet, comment poursuivre la fabrication à Châteaubriant alors que tous les salariés de l’activité « fonderie » ont été « virés » ?

Et il y a aussi la Corée qui a déjà fabriqué et à qui l’on fera de nouveau appel. Quant aux chiffres donnés par CAIS concernant la « progression constante du chiffre d’affaires », là aussi ne devons-nous pas en penser exactement le contraire ? Car, en effet, si cela était exact, comment expliquer les difficultés qu’ont les salariés à toucher leur salaire ?

Du côté des fournisseurs, personne ne se plaint, donc de ce côté tout baigne (encore que...)

A part toutes ces questions, chaque semaine apporte son lot de licenciements habituels, licenciements économiques quand on le peut encore, licenciements pour faute grave quand ce n’est pas pour faute lourde (ce genre de licenciement est intéressant pour nos deux compères car il permet de sucrer préavis et indemnité de congés payés : le temps que les Prud’hommes rendent justice, l’argent roule !). Il y a même une salariée qui a été invitée à donner sa démission : « si vous partez de vous-même, on vous versera les mois de salaire en retard ». La salariée a démissionné. Devinez ce qui est arrivé : elle attend toujours ses salaires !

 Bichement sympa

Pour les vendeuses de magasins, la porte est toujours ouverte (c’est obligatoire) : on est plus vite dehors. En ce qui concerne les salariées à domicile, elles seraient plus nombreuses que celles encore sur le site, plus de 35 peut-être (on peut penser, vu le temps qui leur est imparti pour faire des bijoux, que le coût salarial doit avoisiner celui du Portugal).

Enfin, pour les salariées actuellement touchées par les mesures de licenciement, c’est toujours le style « Biche de Béré ». Par exemple, celles qui travaillaient habituellement en « équipe du matin » ont d’abord été informées par téléphone que, le lendemain, elles devaient travailler l’après-midi... et le lendemain matin, elles recevaient une lettre les informant qu’elles étaient... VI-REES !

A part ça, la Direction s’étonne « on ne trouve plus personne, si vous avez des parents, des amis, prévenez-nous ! »


Ecrit le 01.04.98

 Adieu Lisbonne

Adieu Lisbonne
Vieille cité du Portugal. 
Sous ton ciel bleu, sans égal...

C’est ce refrain populaire que peuvent fredonner maintenant 5 des sept salariés qui viennent d’être licenciés de chez Biche de Béré. Ces cinq personnes, en échange de leur licenciement, s’étaient vu promettre un contrat pour le Portugal rédigé, cela va de soi, selon la loi portugaise. Mais le contrat est tombé à l’eau, ADIEU LISBONNE.

Comme chez Biche un malheur n’arrive jamais seul, ces salariés attendent maintenant leur salaire de février. C’est vraiment un SALAZAR, pardon, un sale hasard.


Ecrit le 29.04.98

 La dernière création de Biche de Béré : Le dépôt de bilan en forme de cache-dettes

L’entreprise Biche de Béré a adressé une lettre à ses salariés.

En voici le texte intégral :

"Entre 1994 et 1997, Biche de Béré est passé de 6,8 millions de FF de chiffre d’affaires à 45 millions de FF et de 10 à 150 salariés. Une formidable expansion qui a été à 80 % autofinancée !!!

Alors que 1997 nous apporte 4 millions de FF de résultat d’exploitation positif, nous avons décidé de faire une déclaration de cessation des paiements auprès du Tribunal de Commerce.

En effet, l’administration fiscale et sociale n’ayant pas la possibilité de nous accorder un étalement de la dette, seul le tribunal pourra le faire. C’est ce que l’on appelle communément un dépôt de bilan.

En revanche, contrairement à de nombreuses sociétés qui se présentent devant les Tribunaux de Commerce à bout de souffle, avec des pertes importantes ou un chiffre d’affaires en baisse, nous sommes en pleine expansion, avec une augmentation de notre chiffre d’affaires de 66 % de 1996 à 1997 et un résultat d’exploitation bénéficiaire de plus de 4 Millions de Francs en 1997 : le concept que nous avons mis en place et que vous avez contribué à développer, fonctionne parfaitement.

Cette procédure correspond donc à un second souffle pour notre entreprise car le gel de nos dettes va nous permettre de reconstituer en très peu de temps une trésorerie confortable (*)

Concrètement pour vous, le seul changement sera le suivant : votre salaire de mars sera payé par le FNGS (Fonds National de Garantie des Salaires) dans les jours à venir.

Ensuite pour la période du 1er avril au 17 avril, le paiement de votre salaire sera encore effectué par le FNGS en date du 21 mai puis pour la période allant du 17 avril au 30 avril, Biche de Béré prendra à nouveau en charge les salaires..."

 Biche de Béré franchit le Rubicon

Il fallait s’y attendre ! Assignés en justice par les organismes sociaux, les deux compères qui président aux destinées de cette entreprise ont préféré, comme on dit, prendre les devants et se déclarer « en cessation de paiement », ce qui, pour un temps, les met bien à l’abri des soucis : les dettes sont « gelées », les poursuites tombent, (la Cour d’Appel de Paris vient pourtant de confirmer deux condamnations prud’homales pour licenciements abusifs en doublant les pénalités), et c’est le Fonds de Garantie des Salaires (FNGS) qui va prendre en charge les salaires actuels et les créances salariales.

Rappelons que ce FNGS est alimenté par les cotisations des artisans, des commerçants, et des entreprises, même si Biche de Béré n’a pas cotisé.

Alors que s’est-il passé le mercredi 22 avril 1998 au Tribunal de Commerce ? L’audience était « privée », mais cette fois nos compères étaient présents ; le Président du Tribunal qui, nous le pensons, n’est pas sans savoir la façon dont les salariés sont traités, et les règles de gestion habituellement appliquées, a certainement posé des questions embarrassantes aux compères.

Si comme Nelly Biche et Christophe Caïs le rappellent dans leur courrier du 20 avril (texte ci-dessus) la situation est florissante avec 4 millions de francs de résultats en 1997, alors pourquoi ne pas payer ses dettes ? Nelly, toute candide, a dû répondre : « Mais Monsieur le Président, j’ai toujours appris, comme le dit l’adage populaire, « qui paie ses dettes ne s’enrichit pas » »

Rappelons à ceux de nos lecteurs qui l’auraient oublié, le « Veau à deux têtes » dont l’une a disparu voilà un an : First-Construction, en liquidation judiciaire.

Rappelez-vous la Maman, gérante pot-de-fleurs, la SARL qui montait les magasins de Biche de Béré et rénovait aussi l’habitation familiale. Nelly Biche, qui était salariée de cette entreprise pour un salaire que l’on peut qualifier de « confortable », a dû apprécier le Fonds de Garantie des Salaires.

Mais revenons sur un autre point de cette lettre du 20 avril, le passage dans lequel les compères parlent d’une « formidable expansion qui a été financée à 80 % » : les fonds européens et les facilités, primes et exonérations diverses liées à l’emploi massif de handicapés reconnus par la COTOREP ne représentent que 20 % ??

Quant à l’effectif de l’entreprise, si l’on s’empresse de rassurer en proclamant qu’il n’est pas question de licenciement (ceci n’est pas courant chez Biche), c’est sûrement plausible car, en production actuellement, il reste à tout casser une douzaine de salariés. Alors s’il fallait encore « restructurer » cette fois, l’administrateur judiciaire serait contraint de muter Caïs en « fonderie » et Nelly aux « bains ».

Maintenant attendons la suite. Bon nombre de fournisseurs n’auront que leurs yeux pour pleurer. Les salariés licenciés injustement (sous prétexte de faute grave ou lourde, afin de ne pas débourser préavis et indemnités de congés payés) auront sans doute plus de difficultés à obtenir que justice leur soit rendue. Mais nos compères pourront jurer, la main sur le cœur ( ?) que tout ceci se déroule en toute légalité. Et c’est bien là que le « bât » blesse.

Finalement, il y a plusieurs choses qu’on peut reprocher à l’entreprise B. de B :

– Une mauvaise gestion, un endettement qui n’était pas compatible avec les possibilités de l’entreprise. On parle de près de 18 millions de francs de dettes en 1995, atteignant près de 26 millions en 1996. Le désir boulimique de réussir peut parfois conduire à un échec cuisant.

– Une mauvaise gestion du personnel : faire régner la terreur, licencier pour un oui ou un non, payer les salaires avec retard, insulter les salariés, ce n’est pas une façon d’avoir du personnel motivé.

En Amérique, quelques grands patrons renoncent à leur salaire, quand les résultats de leur entreprise ne sont pas bons...

Le Tribunal de Commerce a désigné comme administrateur judiciaire le cabinet « Collet-Meyer » et comme représentant des créanciers le cabinet HERVOUET. C’est auprès de ce dernier que les salariés doivent déposer leurs créances (pénalités, dommages et intérêts attribués par les Prud’hommes, frais professionnels, salaires en retard, etc.)

"Mais à cette heure passion, vous avez donné votre cœur à la belle et il est temps qu’elle le sache. Comment ?
Cadeaux vérité : tout ce que vous avez toujours voulu cacher " !! (extrait du catalogue de B. de B.)


Ecrit le 04.11.98

 Des nouvelles de.... BICHE DE BERE

L’entreprise BICHE DE BERE a été autorisée à poursuivre son activité par décision du Tribunal de Commerce en octobre 98.

Rappelons que c’est le 22 avril dernier que le Tribunal de Commerce a mis cette entreprise en règlement judiciaire. Créée en novembre 1993 par Nelly BICHE et Christophe CAIS, l’entreprise a démarré avec un capital social de 3,5 MF (millions de francs).

La stratégie de cette entreprise peut être définie en trois points :
–  élaboration et affinement permanent d’un concept marketing complet
–  expansion continue de l’image de marque par des moyens publicitaires appropriés
–  développement commercial actif en vue d’atteindre rapidement le seuil de rentabilité de la structure de production

Ces trois points constituent un processus classique. Mais un examen plus approfondi met en évidence deux choses qui, elles, sont parfaitement condamnables :
–  le développement de l’entreprise s’est fait dans le plus complet mépris des salariés, voire dans l’accumulation des retards de salaire et des licenciements sur coup de tête
–  la croissance « à marche forcée » a nécessairement généré un alourdissement considérable des besoins de fonds de roulement et une accélération du rythme des investissements, entraînant de très graves tensions de trésorerie. La sous-capitalisation initiale (3,5 MF) a institué les créanciers, notamment sociaux et fiscaux, en dispensateurs de crédit (c’est-à-dire que c’est le contribuable et la Sécurité Sociale, y compris les cotisations des salariés de Biche de Béré, qui ont servi à faire tourner, fort mal d’ailleurs l’entreprise).

Il est intéressant, à ce sujet, d’examiner le bilan passif de l’entreprise au 31 décembre 1997 et au 21 avril 1998 :

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Biche

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes :

– a) le montant des emprunts a diminué en 4 mois (de 5,781 MF à 4,359 MF)

– b) même chose pour les dettes diverses

– c) en revanche les dettes envers les fournisseurs sont passées de 4,114 MF à 8,018 MF (presque le double)

– d) et les dettes vis-à-vis des salariés, des organismes sociaux et de l’Etat sont passées de 15,387 MF à 20,094 MF

Cela veut dire que ce sont les salariés et les organismes sociaux (caisse de chômage, caisse de retraite, allocations familiales, etc.) qui paient l’extension de l’entreprise. C’est au nom du libéralisme sans doute, que cette entreprise a ainsi fait payer la collectivité.

Les salariés y ont gagné d’être traités comme des chiens. Les patrons, eux, ont continué à parader dans la ville et à regarder les autres de haut.

A part ça, l’entreprise a été autorisée à poursuivre son activité, parce que l’essentiel des investissements est désormais réalisé, et parce que la rentabilité de l’entreprise s’est confirmée pendant la période de redressement judiciaire. Les créanciers, eux, sont priés d’attendre pour être remboursés. Quant au fisc et à la Sécu... ???

Essayez donc, vous, de ne plus payer vos impôts et votre Sécurité Sociale pour agrandir votre logement. Et vous verrez si on ne va pas vous tomber dessus à bras raccourcis...


Ecrit le 18.11.98

 Biche de Béré : un plan d’apurement du passif

On se souvient (relire La Mée du 4 novembre 1998) que la société Biche de Béré a déposé son bilan le 22 avril 1998 et qu’elle a encore des dettes importantes à régler à ses fournisseurs (8 018 791,00 F) et aux organismes fiscaux et sociaux (20 094 609,00 F).

Le représentant des créanciers a proposé à ceux-ci deux modalités de remboursement :
– « Option 1 : paiement de 50 % du passif en 8 semestrialités constantes de 6,25 % chacune à compter du 30 juin 1999 »

Cela veut dire :

    • 1) que ces créanciers ne récupéreront que 50 % des sommes qui leur sont dues,
    • 2) qu’il leur faudra attendre le 30 juin 1999 pour commencer à se faire rembourser,
    • 3) qu’il leur faudra 4 ans pour ne récupérer que la moitié de ce qui leur est dû,
    • 4) que l’entreprise ne paiera aucun intérêt de retard sur ces sommes.

– « Option 2 : paiement du passif à 100 % en 18 semestrialités progressives à compter du 30 juin 1999 » soit :

30 juin 1999 2,50 %
31 décembre 1999 2,50 %
30 juin 2000 2,50 %
31 décembre 2000 2,50 %
30 juin 2001 5,00 %
31 décembre 2001 5,00 %
30 juin 2002 5,00 %
31 décembre 2002 5,00 %
30 juin 2003 6,25 %
31 décembre 2003 6,25 %
30 juin 2004 6,25 %
31 décembre 2004 6,25 %
30 juin 2005 7,50 %
31 décembre 2005 7,50 %
30 juin 2006 7,50 %
31 décembre 2006 7,50 %
30 juin 2007 7,50 %
31 décembre 2007 7,50 %

Cela veut dire que les créanciers qui préfèrent récupérer tout ce qui leur est dû, devront attendre 9 ans, à compter du 30 juin 1999, et ne seront remboursés qu’à petite dose (2,50 % au début).

De plus, il n’est prévu aucun intérêt de retard. Cela veut dire que les créanciers sont les banquiers de l’entreprise : c’est comme s’ils lui prêtaient de l’argent à 0 % pendant 9 ans. Allez donc voir votre banquier pour savoir s’il vous consentirait un prêt si avantageux !

Enfin, compte tenu de l’inflation, les créanciers perdent 1 % par an à ce petit jeu. Tout ça pour une bijoutière qui a eu des idées de grandeur. Il est facile de grimper haut quand on se sert des autres comme marchepieds.


NOTES:

(*) c’est la Mée qui souligne ceci.