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Etre Français ? oui !

Ecrit le 18 novembre 2009

Nationalité, Sécurité sociale, métiers réservés, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ; tandis que moi, morbleu ! perdu dans l’humanité obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour obtenir ma carte de séjour seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner tous les EPAD…
D’après Figaro dans La Folle Journée (Beaumarchais) Acte V, scène 3.

La question de l’identité française, amenée par le gouvernement, correspond avant tout à une volonté de mobiliser les électeurs de droite. Mais qui donc est français ? Un juriste, Maître Eolas, détaille différents cas.

Identité franç
Dessin de Eliby - 06 23 789 305

La naissance

► La première catégorie de Français est celle des gens qui sont donné la peine de naître en France à une époque où la nationalité française n’existait pas (c’est une invention révolutionnaire). Ce sont les Français d’origine, ainsi appelés car ils sont français dès l’instant de leur naissance, sans avoir rien demandé à personne.

L’acquisition

► La deuxième catégorie est celle des Français par acquisition : ils ne sont pas nés Français mais le sont devenus

– D’abord (par ordre d’apparition dans le Code) viennent les conjoints de Français (avec un tas de conditions à remplir) et en particulier les conjoints du Président de la République, qui bénéficient d’une procédure médiatique à effet immédiat.

– et ensuite : ceux qui sont devenus français par la naissance et la résidence en France (j’insiste sur le et la résidence) : devient automatiquement Français le jour de ses 18 ans l’enfant né en France de parents étrangers qui réside en France le jour de ses 18 ans, et qui y a résidé au moins 5 ans, de manière continue ou non, depuis ses 11 ans.

La naturalisation

► Troisième catégorie : les Français par décision de l’autorité publique. Ce sont les naturalisés.

Le cas le plus fréquent est celui de l’étranger qui le demande. La demande se fait en préfecture, et c’est là sans doute le service préfectoral le plus sinistré de tous. C’est une honte, un scandale sans nom. Le délai en région parisienne est de deux ans pour avoir un rendez-vous rien que pour retirer le formulaire de demande de naturalisation. Sachant qu’une fois que vous l’avez, vous devez réunir des pièces administratives en nombre, certaines de votre pays d’origine et traduites à vos frais, d’autres datées de moins de trois mois, et que si vous ne les avez pas réunies dans les six mois, votre demande part à la poubelle, tout est à refaire !.
Comme dans toute loi il y a des exceptions (voir à ce sujet l’article de Maître Eolas http://www.maitre-eolas.fr/archive/2009/11/05)

La Nation

L’histoire de France porte à croire que la France est une nation très ancienne, plus que millénaire. Quand commence-t-elle ? Vercingétorix, Clovis, Hugues Capet ? En réalité, le mot nation au sens où nous l’entendons aujourd’hui est une invention de la Révolution française ! Elle émerge comme nouveauté historique quand les députés des Etats généraux se proclament assemblée nationale, le 21 juin 1789. Cette assemblée incarne la souveraineté. [Il est donc étonnant de parler d’identité nationale au moment où tout est fait pour la gommer au profit d’une identité européenne (qui n’existe pas encore !)]

En 1789, l’idée de « nation » n’avait pas encore dans l’imaginaire des Français, ce qui, jusque-là, avait été leur référence symbolique commune : le Roi. Un siècle plus tard, quand la IIIe République fut définitivement installée, les Pères de la République entreprirent d’inculquer à la France des campagnes, des villages, des diversités linguistiques et coutumières, leur idée de la nation une, indivisible, abstraite, en même temps que de susciter l’adhésion au régime républicain. A côté du service militaire devenu obligatoire pour les hommes, c’est d’abord à l’école que fut assigné l’impératif de façonner l’identité nationale, de créer de nouveaux Français, patriotes et respectueux du nouvel ordre.

Hommes des villes, porteurs d’une culture secondaire et universitaire, les Pères de la République pensaient sincèrement que leur culture était supérieure. Il fallait civiliser les « barbares », en les nationalisant, d’abord en francisant les petits paysans parlant patois : ainsi furent éradiquées les autres langues parlées dans la République : breton, corse, basque, occitan, etc.

Il fallait aussi communiquer l’amour de la patrie, par une représentation du passé autour de la seule France, en faisant appel à des personnages en partie mythiques symbolisant l’héroïsme, le sacrifice « patriotique ». Vercingétorix, Jeanne d’Arc, le petit Bara, assassiné par les Vendéens, puis les Poilus de la Grande Guerre.
[A notre époque, Sarkozy fait de même ! Avec Guy Môquet, Jaurès et d’autres !]

La France n’a pas de commencement, elle est pré-inscrite dans un « autrefois » légendaire, pré-incarnée dans une Gaule mystérieusement toujours déjà-là. « Autrefois notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois », ainsi débutait le Petit Lavisse.

 Malheur aux vaincus

La seule logique de cette histoire est la légitimation des conquêtes qui donnent à cette France déjà existante sa visibilité. Tant pis pour les drames qu’elles entraînent. C’est l’histoire des gagnants, du pouvoir triomphant, une histoire où les annexés, les vaincus, les opposants, les « autres » ne sont pas Sujets de l’histoire. L’histoire de France n’est pas la mémoire des Français dans la différence de leurs origines, de leurs cultures. Mémoire de l’Etat, elle les intègre en les effaçant.

d’après un texte de Suzanne Citron, publié dans Dialogues Politiques, n°2, Janvier 2003

 L’élitisme

Le discours sur la Nation s’accompagne toujours d’un discours sur les « valeurs » parmi lesquelles : le mérite.

Suzanne Citron dit encore : « L’élitisme républicain est implicitement présent derrière notre système scolaire, la sélection-élimination, la religion des diplômes, le système des Grandes Ecoles, et en fin de compte, la coupure entre les élites dirigeantes et une partie de la société française. L’idéologie républicaine a, au départ, valorisé le modèle social et culturel d’une bourgeoisie sortie des lycées et de l’enseignement supérieur, dénigrant plus ou moins consciemment la condition et le statut des paysans et des ouvriers.

Echelle sociale, mobilité sociale, ascension sociale, France d’en haut et France d’en bas : derrière ces images, il y a des revenus très bas, il y a du mépris même inconscient, et donc des humiliations. Et quand on parle d’égalité des chances, cela veut dire : égalité des chances pour « monter », pour sortir du bas, pour s’arracher aux conditions inférieures.

Certes, il y a eu des progrès, mais la hiérarchisation entre le travail manuel et le travail intellectuel, cols bleus et cols blancs, demeure vivante dans notre société post-industrielle.

Il faut réinventer l’identité française par référence à :
– une nation non plus gauloise, homogène et passéiste, mais plurielle, métissée et ouverte sur l’avenir ;
– une République plus fraternelle, capable de reconnaître et de valoriser l’unité sociale et la dignité de tous les travaux et métiers propres et sales, manuels et intellectuels, nécessaires, indispensables à «  l’Être-ensemble  » de notre société ».

Est-on sûr d’être Français ? Voir l’histoire du brigadier Guissé : http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/11/19/Le-brigadier-Guiss%C3%A9-est-bien-fran%C3%A7ais