Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Logement, habitat, lotissements > Immobilier-Presse-information : l’art du camouflage

Immobilier-Presse-information : l’art du camouflage

Ecrit le 3 septembre 2008

JPEG - 119.8 ko
Dessin de Moon - 06 87 32 7

La rentrée : c’est l’occasion de réfléchir au rôle de l’écrit. Nous avons trouvé des explications sensées sur le site http://www.bulle-immobiliere.org/ dont nous voulons vous faire profiter. Elles concernent l’immobilier, mais elles sont valables dans la plupart des cas.

Dans la mythologie générale, les journalistes sont investis du super-pouvoir de la connaissance. Ils sont l’équivalent du scribe égyptien, seul capable d’interpréter la volonté des dieux. Sans le super-pouvoir de la presse, les super-héros de l’immobilier et de la politique seraient inconnus et ne disposeraient d’aucun public. Tout l’art est donc d’informer la presse … tout en cachant les éléments qui peuvent être gênants. Le travail de la presse est donc d’analyser les éléments donnés tout en piochant des infos ailleurs. Pas évident : les journalistes disposent de peu de temps pour produire leur article et n’ont pas une large connaissance des sujets traités. Pour sourire, notons que les journalistes n’ont pas le pouvoir magique de superman, capable de lire un dossier en 20 secondes, simplement en le feuilletant.

Plus sérieusement, nous pensons que les journalistes sont pressés par le temps et par l’opinion dominante, car :

– Ils doivent publier leur article le jour-même de la sortie d’une étude ou d’un événement.
– Ils peuvent difficilement produire un texte en rupture avec l’avis général du marché ou de l’opinion publique.

Quand, de plus, les infos sont biaisées (vive la langue de bois !), il est bien difficile de s’y retrouver !

 La langue de bois

Les professionnels de la politique ont recours à la « langue de bois » pour masquer une mauvaise situation économique. Par exemple, le terme « baisse des prix » (en matière immobilière) est proscrit au profit de « ralentissement de l’activité » ou « prévisions d’activité en retrait ». De même, le terme « invendu » est totalement absent, alors qu’il s’agit d’un terme courant du marché immobilier. A la place, on utilisera l’expression « augmentation des délais de vente ». L’emploi de ces expressions permet de maintenir la fiction que la bulle immobilière est éternelle.

L’expression « atterrissage en douceur » constitue le plus bel exemple de langue de bois. Dans l’histoire économique, aucune bulle ne s’est jamais dégonflée en douceur. Il est plus rassurant d’utiliser l’expression « atterrissage en douceur », plutôt que d’employer les termes exacts de « krach », de « faillite » ou de « crise ». Autant de termes bannis parce qu’ils ne font pas vendre.

Les journalistes s’y laissent prendre souvent, les lecteurs s’y laissent prendre toujours, mais pas les banquiers d’affaires. Pour ceux-ci l’expression « atterrissage en douceur » est le signe qu’il faut délester les valeurs mobilières d’un portefeuille. Cette différence de perception illustre la fonction symbolique du langage. Des mots ou des expressions ne seront pas perçus de la même façon, selon que l’on est simple individu ou professionnel.

Le camouflage consiste à noyer les informations nouvelles dans un flot d’informations anciennes et sans intérêt. Les peintres en bâtiment comprendront facilement la technique, qui consiste à recouvrir d’une peinture uniforme les aspérités et les défauts.

Pour illustrer ce propos, nous allons prendre pour exemple une étude qui dirait :
LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT.
LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT.
LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT.

Que retenir de cette étude ? Si vous avez une bonne vue, vous allez retenir l’information principale : LES PRIX MONTENT.

Maintenant, un autre test :
LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. L’OFFRE D’INVENDUS AUGMENTE DE 30%. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT.
LES PRIX MONTENT. LES PRIX MONTENT.

Que retenir de cette étude ? Si vous n’avez pas l’habitude de lire les études de marché, vous allez retenir l’information la plus diffusée : LES PRIX MONTENT. En revanche si vous êtes un banquier d’affaires vous allez retenir l’information principale : L’OFFRE D’INVENDUS AUGMENTE DE 30%.

Toute l’astuce est là : la hausse des prix de l’immobilier est présentée comme l’argument principal justifiant l’achat. Les études martèlent des expressions phare : « le marché est fondamentalement sain », « pour-suite de la hausse », « hausse des marchés », « marché soutenu », « augmentation de x% », « de y% ». Le lecteur ne retient qu’une seule information : les prix montent…. et ne voit pas le reste.

 Serrer les dents

Voici un document de l’observatoire FNAIM des marchés de l’ancien, octobre 2004. Le développement important de l’offre au troisième trimestre 2004 est présenté, en des termes diplomatiques, comme un élément conjoncturel « Comme chaque année à la même époque, les agences immobilières ont continué à regarnir leur portefeuille », avant l’annonce majeure suivante « Le mouvement est cependant plus ample que par le passé [...] sur un an, le niveau global de l’offre a ainsi progressé de 27,1% ». Et un peu plus loin : « « Au cours des prochains mois, l’activité des marchés de l’ancien va marquer le pas, puis amorcer le recul qui est habituellement le sien durant les mois d’hiver [...] L’activité devrait donc fléchir, dans quelques mois, au delà de la tendance saisonnière habituelle ».

Traduction : "Beaucoup de biens immobiliers invendus viennent encombrer nos vitrines. Gardez votre calme, saisissez les gilets de sauvetage à votre droite et gonflez-les comme à l’exercice. Nous allons amerrir en catastrophe dans une eau tiè-de d’une température de 2°C, au beau milieu de l’Atlantique » ....

Cet exemple, datant de 2004 peut être repris en 2008. Voici en effet ce que dit la FNAIM dans sa note de juin 2008 :

« Les risques directs de contagion au marché immobilier français de la crise des « subprimes », déclarée il y a presque un an déjà, méritaient bien d’être écartés [donc ça va]. Toutefois, la crise financière et boursière déclarée depuis apparaît bien, quant à elle, de nature à affecter la bonne santé du marché. [Traduction : ça se gâte ! ]

Sur un an, à la fin du 1er semestre 2008, les prix progressent en effet à un rythme de +1.9% en Ile-de-France [donc ça va].

Pour autant, alors que la stabilité des prix devrait être favorable à une bonne expression de la demande, le marché reste emprunt d’attentisme. Les banques pénalisent la demande et la production de prêts immobiliers, contraintes de resserrer les conditions d’octrois et de renchérir le coût des crédits immobiliers pour reconstituer leur taux de marges bancaires et améliorer leur rentabilité. Les tensions inflationnistes sur les prix de l’énergie et des matières premières freinent l’évolution du pouvoir d’achat et pèsent sur le moral des ménages [Traduction : ça se gâte ! ]

Les risques apparents qui pèsent sur l’activité du marché immobilier sont donc nombreux ». [Traduction : tous aux abris !!]

Ainsi l’analyse de la FNAIM mélange le chaud et le froid et, pour qui sait lire, attire l’attention sur les risques à venir…. Risques qui sont venus car, un mois plus tard, il n’était question dans la presse que de crise dans le marché immobilier !

Mais tout ça s’est passé en août, Not’Président était en vacances, Fillon est rentré pour dire que tout va bien. Il n’y a que Mme la Ministre de l’économie qui dit que « il faut serrer les dents ». Pour ne pas mordre ?

Conclusion : se méfier beaucoup de ce qui est dit, et apprendre à lire entre les lignes. C’est en cela que La Mée présente souvent des analyses différentes, sans pourtant prétendre avoir la vérité.

A chacun de se faire sa propre opinion ! Source : http://www.bulle-immobiliere.org/study/fr/ch08s02.html - Pour ceux qui veulent éviter de se faire tondre….


Ecrit le 3 septembre 2008

 Les Objecteurs de croissance

Dans une interview à Presse-Océan, le 25 août 2008, Serge Papin, patron du groupe Système U, s’inquiète : « Pour la première fois, depuis le printemps, la consommation a baissé en volume, de l’ordre de 2 à 3%. Ce n’était jamais arrivé », dit-il. « Il y a une crise de l’immobilier, une crise climatique, une crise de l’énergie et une crise de confiance dans la capacité du pouvoir politique. Cette addition de problèmes est anxiogène et attise la question du pouvoir d’achat »,

Selon lui, « la crise financière au niveau international laisse penser qu’on est à la fin d’un modèle, celui d’un capitalisme sans limites et d’une industrie de l’argent qui ne repose que sur des « bulles » ».

« Comme il y avait autrefois les objecteurs de conscience, vous avez aujourd’hui les objecteurs de croissance ou de consommation. Ils veulent consommer mieux, de façon plus raisonnable ».

[Ndlr : Ils ont bien raison !! ]