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2008 : on achève bien l’école publique !

Ecrit le 10 septembre 2008

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L’école publique est en danger de mort, sous la menace d’une « croisade » menée depuis une quinzaine d’années par les franges les plus intégristes des mouvement clérico-ultra-libéraux. Fantasme ?

Une croisade, oui, mais menée avec prudence et minutie, autour de mouvements comme « Enseignement et libertés », « SOS Education », « Familles et Libertés » « CLE » (Catholiques pour les Libertés Economiques), ALEPS (Association pour la Liberté Economique et le Progrès Social).

Cette croisade est dénoncée par la revue Golias (La revue des empêcheurs de croire en rond) à partir du livre de Eddy Kheldi et Muriel Fitoussi qui relèvent que toutes ces associations (et d’autres !) ont des idées proches de l’extrême-droite, autour du Front National, du Club de l’Horloge voire de l’Opus Dei. Leur thème principal : la liberté. Liberté de mettre en concurrence les établissements scolaires, répondant ainsi à « une attente désespérée des familles » comme ils disent !

Selon SOS Education, l’école publique est aux mains de « groupes et syndicats fanatiques », « d’organisations subversives » . Lesquelles ? « la Ligue des Droits de l’Homme, le Réseau éducation sans frontières (RESF), la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE  ) et les syndicats de l’Education Ferc-CGT et Snes-FSU... » dit-il dans son communiqué du 9 juin 2008.

il faut donc supprimer l’école publique ! Dans un exposé fait au Cercle Frédéric Bastiat, le 17 septembre 2005, le Président de SOS Education, Vincent Laarman, exprime son espoir : « refonder la philosophie même de l’enseignement. Un espoir qui ne peut renaître que si l’Education nationale se trouve menacée dans sa survie par la concurrence d’un grand secteur éducatif libre ». Nous voilà prévenus.

Au cours de la campagne présidentielle, en 2007, l’ALEPS et d’autres ont édité un « Guide du Candidat 2007/2008 », véritable feuille de route énonçant un programme auquel devait se conformer le candidat favori, dans une logique purement libérale. Et le gagnant fut … Nicolas SARKOZY, arrivé en tête des notes attribuées aux divers candidats.

En matière d’éducation, ce guide du candidat présentait un « agenda des réformes », avec, entre autres mesures-phares :

« Suppression de la carte scolaire et sélection à l’entrée des établissements scolaires et universitaires »
« Liberté totale de l’ouverture de classes, d’établissements, et du recrutement d’enseignants et de personnel administratif par contrat privé »…
Puis, « suppression progressive du budget de l’Education nationale et du statut des enseignants fonctionnaires »
ou encore, « autonomie totale des établissements en matière de programme, de personnel et de contrôle des connaissances ».
Dans son éditorial en ouverture de « La nouvelle lettre » n°928, le 8 septembre 2007, Jacques Garello, responsable de l’ALEPS, encourage le nouveau Président, avec cette mise en garde, qui laisse songeur : « Vous allez vous mettre à dos les syndicats d’enseignants à coup sûr, mais aussi les associations de parents et de façon plus large encore tous ceux qui sont attachés à l’idée du service public unique et laïque de l’Education nationale.
Mais vous allez aussi sauver la jeunesse et, avec elle, l’avenir du pays. »

Dispositifs dérogatoires

Revenons un peu en arrière, 1992, cent-cinquante personnes d’horizons divers fondent une éphémère association : « Créateurs d’écoles ». Dans son bulletin n°1 l’association préconise, non pas une révolution, mais une réforme de velours. « Ce sera sans doute la partie la plus délicate de notre travail, car il ne nous faudra pas tomber dans le piège de la « réforme globale », mais identifier avec précision les actions nécessaires, tout en les rendant possibles. (….) La solution réside sans doute dans la mise en œuvre de dispositifs dérogatoires, qui n’obligent pas à la remise en cause systématique de tout l’existant, mais qui permettent d’importantes innovations au niveau des établissements d’enseignement. ».

Carte scolaire, service minimum, modification du statut des personnels, soutien à l’essor de l’enseignement privé, diminution de la place de l’Etat dans les missions de l’Education. Un lent travail de déconstruction. Parmi les membres fondateurs de cette ambitieuse confrérie : Maurice Quenet, Dominique Antoine et … Xavier Darcos !
Soit, dans l’ordre, l’actuel Recteur de Paris, le Conseiller Education du nouveau Président de la République, et l’actuel Ministre de l’Education nationale.

Voyez alors comme c’est étrange : 11 juin 2007 Sarkozy annonce la fin de la carte scolaire ; 11 juillet : il demande à son ministre de favoriser l’implantation d’écoles privées dans les quartiers défavorisés ; 20 décembre 2007, il affirme que « l’institu-teur ne pourra jamais remplacer le curé ». Et tandis que les postes d’enseignants sont supprimés par dizaines de milliers, Emmanuelle Mignon, conseillère de Sarkozy, n’a jamais renié ce qu’elle disait le 7 septembre 2004 : « Je suis pour une privatisation totale de l’éducation nationale ». Nous voilà prévenus.


Ecrit le 10 septembre 2008

 Busing : laissez les pauvres entre eux !

Les lions avec les lions, les singes avec les singes, les serpents avec les serpents : ne mélangeons pas les espèces, voyons !

Depuis le 2 septembre 2008, huit villes, (au lieu des cinquante annoncées), expérimentent le « busing » : transport par bus d’enfants issus de quartiers populaires « aux résultats moyens » vers des écoles au niveau social plus élevé, afin de favoriser la mixité sociale.

Mais cette idée est combattue par le mouvement « SOS Education » qui, dans un communiqué du 24 mai 2008, annonce des catastrophes :

– « la création de nouveaux quartiers sinistrés, consécutive au départ massif des familles ayant des enfants en âge d’être scolarisés et habitant les quartiers de centre-ville concernés par la mesure ;
–  l’appauvrissement sensible des collectivités locales frappées par cet exode des familles aisées ;
–  la dislocation des liens entre les enseignants et les parents d’élèves, en raison de l’éloignement géographique des écoles, ainsi que des liens entre les parents d’élèves, qui ne se connaissent plus entre eux, n’ayant plus l’occasion de se fréquenter à la sortie des classes.
–  le mécontentement de l’ensemble des populations touchées par le busing, à commencer par celles habitant les zones sensibles, dont les enfants perdent un temps considérable dans les transports, doivent généralement interrompre leurs activités extra-scolaires et sont séparés de leurs frères et sœurs affectés dans d’autres écoles » ;

C’est vrai, ça, laissons les riches avec les riches, les pauvres avec les pauvres, au nom de la Liberté.


Ecrit le 8 octobre 2008

 EPEPEPEP …. Ça pue !

La rentrée scolaire 2009 verra-t-elle apparaître des EPEP (Etablissements Publics d’Enseignement Primaire) pouvant regrouper plusieurs écoles primaires, dotés d’une personnalité morale et dirigés par un conseil d’administration ? Une proposition de loi en ce sens a été déposée par trois députés UMP le 25 septembre 2008.

Selon ces trois députés, il s’agirait d’abord de permettre « en milieu urbain, d’assurer une plus grande mixité sociale en réunissant (…) des écoles sociologiquement différentes ». Mixité sociale très illusoire puisque les établissements resteraient séparés ; chacun avec sa population propre.

Le deuxième objectif serait, en milieu rural, « encourager le regroupement d’écoles de petites tailles pour former un seul établissement, éclaté ». Mais il existe déjà des réseaux ruraux d’éducation qui marchent plutôt bien.

Et le troisième, plus général, serait de « mutualiser les moyens humains, pédagogiques et financiers » … ce qui ne signifie pas pour autant une meilleure utilisation de ces moyens. A chaque fois qu’on a fait cela en France, c’était pour supprimer des emplois. Par exemple, en milieu rural en particulier, cela permettra une globalisation des effectifs des enfants. Ainsi une classe unique de 15 enfants sera mise en regard des effectifs de 35 enfants dans un village du même EPEP. 15 + 35 = 50. On restera donc avec deux classes, pour la moyenne indiscutable de 25 enfants par classe.

Ce projet date de 2004 et 2006. L’Association des Maires de France (AMF) en février 2007 a émis des réserves. Mais le texte doit être inscrit dès janvier 2009 à l’ordre du jour de l’Assemblée.

Source : http://www.profencampagne.com/article-23351940.html


Ecrit le 3 décembre 2008

 OPA sur les bambins

Du Canard Enchaîné du 26/11 (1) : dans un dossier intitulé « Place aux tout-petits » (février 2008), la revue « Enseignement catholique actualités » prône l’ouverture de crèches à l’intérieur des établissements privés pour permettre un accueil précoce des enfants, « dès 18 mois ou même en-deçà ».

En juillet 2008 le Comité national de l’enseignement catholique a publié un document disant notamment ceci : « L’enseignement catholique veut continuer d’être présent à la scolarisation des deux ans, mais veut aussi travailler à la mise en place de dispositifs d’accueil de la petite enfance, dès le plus jeune âge. Il importe de mener rapidement la réflexion, pour engager les premières actions ».

Pas besoin d’une étude de marché : les moins de 3 ans sont 2,5 millions de « clients » potentiels ; une clientèle qui, avec un peu de chance, restera dans le privé durant toute sa scolarité.

Avec, côté financement, la bénédiction de la caisse nationale des allocations familiales. Son patron, Jean-Louis Daroussen — qui était jusqu’à sa nomination, en 2006, le président de la fédération CFTC de l’enseignement privé — a été invité à siéger au Haut Conseil de la famille, créé en octobre par Nadine Morano et présidé par Fillon.

Extraordinaire hasard, Darcos, ardent supporter de l’enseignement catholique, a préparé le terrain en affirmant que l’école maternelle était tout à fait inadaptée aux moins de 3 ans et qu’il vaudrait mieux s’orienter vers des « jardins d’éveil ».

Darcos ne s’est pas appesanti sur cette vérité statistique : faute de postes d’instits, 40 000 bambins, pour la plupart issus de milieux défavorisés, n’ont pu être scolarisés à la rentrée 2008-2009. L’enseignement catholique va-t-il accomplir des miracles ?

N’hésitons pas : en prison à 3 ans !

Un fichage psycho-social précoce


NOTES:

(1) relire aussi La Mée article 3481