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Agriculture durable : nourrir les humains ?

Ecrit le 24 septembre 2008

 Qu’est-ce que l’agriculture durable ?

Françoise Verchère, Conseil Gén

Ce qu’il y a de bien, au stand du Conseil Général à la Foire, c’est qu’on peut débattre de sujets d’actualité. Par exemple : de l’agriculture durable. Mais quoitesse ?

« Durable » - c’est d’abord un mot à la mode. A entendre les publicités, tous les produits, désormais, protègent la planète. Sans blague !

Le débat du 14 septembre 2008 rassemblait (opposait ?) Mme Marie Ralison-Yon d’Erbray et M. Jacques Lemaître de Rougé. L’une est dans l’élevage bio. L’autre élève des cochons de façon intensive. Yannick Allard représentait la coopérative Biolait ( filières longues) et Marie Ralison-Yon représentait le GAB 44 (Groupement des Agriculteurs Biologiques) et plus précisément la filière courte. Jacques Lemaître était présent comme vice-président de la chambre d’agriculture.

Pour Françoise Verchère, vice-présidente du Conseil Général, tout le monde parle de développement durable, mais les pratiques n’ont rien à voir avec ce concept (par exemple TOTAL prétend faire du développement durable !) « Le rapprochement des deux mots est problématique car notre planète a déjà dépassé les limites. On pense souvent au quantitatif, mais c’est du qualitatif qu’il faut faire or la dégradation des sols et de l’eau est une réalité ».

« Moi je ne parle pas de développement durable. Je préfère parler l’agriculture alternative, d’un travail local, en harmonie avec le territoire, d’autonomie (par rapport aux grandes puissances agroalimentaires et chimiques) et d’économie, sans oublier de mettre l’humain au milieu de tout cela » dit Marie Ralison-Yon.

Bien entendu Jacques Lemaître ne reconnaît pas que son mode de production dégrade l’environnement « Il ne faut pas opposer l’agriculture bio et l’agriculture conventionnelle. Nous sommes complémentaires. Et puis, nous, nous assurons l’alimentation de la planète, à des prix intéressants ».

Yannick Allard, Président de Biolait, rétorque : « Il faut que l’agriculteur puisse vivre de son métier. Or actuellement le contribuable européen subventionne largement l’agriculture ». Ce qui n’est pas sain ! « L’agriculture durable c’est : ne pas gaspiller, ne pas créer de problèmes sanitaires pour l’avenir, faire en sorte que les sols continuent à produire ».

Gilles Denigot s’interroge : « Le but est de nourrir la planète ! Mais actuellement nous nourrissons nos porcs et nos poulets avec du manioc et du soja ! Nous affamons les paysans du Tiers-Monde pour nourrir nos animaux, sans pour autant pouvoir garantir un revenu à nos agriculteurs ».

Yves Daniel estime qu’on ne peut pas parler de développement durable tant que les décisions se prennent sur le profit et la spéculation !

Patrick Baron s’enquiert des pratiques de la Chambre d’Agriculture : « il faut savoir combien on peut mettre de bras pour assurer la production. Actuellement on n’arrive pas à trouver 10 hectares pour une installation en bio, parce que ces 10 ha sont souvent affectés à l’agrandissement d’exploitations existantes » [et surtout au profit des grosses exploitations, ndlr]

Patrick Pérès cite le cas des apiculteurs qui ont de plus en plus de mal à vivre de leur métier, en raison des insecticides qui font mourir les abeilles (parfois 50 % en un an). « Mais tout le monde s’en moque ! Mais que diriez-vous si nous inventions des vachicides et des cochonnicides ! ».

La conclusion revient à Henri Baron : « La durabilité, c’est le droit de se nourrir, partout, sur toute la terre. Les agriculteurs en place doivent penser que leur modèle de culture sera durable s’il est financièrement transmissible …. alors que, de plus en plus, nous courons le risque de l’intervention de fonds d’investissement ou de
fonds de pension. Certains agriculteurs l’envisagent, dans ce cas notre type d’agriculture irait dans le mur ».


 Entendu ….

Cantines : Le Grenelle de l’environnement va imposer 20 % de produits bio dans les cantines. « Nous avons la responsabilité des cantines dans les collèges » dit F.Verchère, vice-Présidente du Conseil Général. « Nous allons progressivement introduire du bio. Comment la Chambre d’Agriculture pense-t-elle structurer les marchés ? » interroge-t-elle.

Cantines bio : il ne s’agit pas de remplacer des produits conventionnels par des produits bio. Il s’agit de manger autrement. Par exemple on n’a pas besoin de viande tous les jours : il y a des protéines tout aussi riches dans les légumineuses Lire : cantine bio

Agro-carburants : Les eurodéputés ont approuvé, le 11 septembre, l’objectif de l’Union Européenne d’intégrer au moins 10% d’énergies renouvelables dans le carburant consommé à l’horizon 2020, mais veulent limiter les agro-carburants actuels, très décriés car issus de cultures vivrières. Une réflexion est menée sur l’utilisation des carburants produits à partir de déchets et d’ordures, de biomasse lignocellulosique et d’algues.

Eau : Des efforts ont été fait par les collectivités locales et les agriculteurs en ce qui concerne l’eau. Mais il reste beaucoup à faire, d’une part pour freiner l’eau qui ruisselle, d’autre part pour laisser passer l’eau (ne pas imperméabiliser les sols).

Mais l’Etat a aussi du travail à faire pour ne plus employer de désherbant le long des routes nationales et pour interdire à Réseau Ferré de France d’en utiliser le long des voies ferrées.


Ecrit le 24 septembre 2008

 Nourrir 9 milliards d’hommes

Daniel Du

Nous serons demain 9 milliards d’êtres humains, comment allons nous les nourrir alors qu’on frôle déjà le milliard de malnutris ! Le débat s’anime, s’enflamme autour de ce sujet et bien souvent nous emmène vers des solutions « simplistes ». Tellement évidentes aux yeux de tous que le développement de demain, que l’on revendique durable, glisse désespérément vers la ré-intensification de l’agriculture. Eh oui, plus de bouches à nourrir, de moins en moins d’hectares pour produire, une seule solution, la ré-intensification !!!

Regardons de plus près : la France aujourd’hui utilise des millions d’hectares situés sur tous les continents du monde et importe soja, manioc, arachide, etc… tout pour la ration équilibrée de nos chers animaux. En fait, au bilan de notre agriculture qualifiée de performante, nous constatons que, sans ces intrants extérieurs, nous ne serions pas capables de remplir les assiettes de tous nos concitoyens. Pire, cette agriculture intensive dite « conventionnelle » vide les greniers du Sud pour remplir les nôtres. L’échec en termes de mission alimentaire est cuisant. D’autres voies sont bien sûr possibles : changer nos pratiques alimentaires.

En France, 85% de la surface agricole utile sont consacrés à l’alimentation des animaux. N’y a-t-il pas là un énorme vivier, une excellente source de réflexion à saisir en imaginant un autre équilibre entre production animalière et production végétale ? Cette réorientation, cette nouvelle mutation de l’agriculture règlerait bon nombre de problèmes :

– de santé, nous mangeons trop de viande
– de famine dans le monde, plus besoin d’importation, laissant les hectares du Sud pour leurs besoins alimentaires
– d’énergie, il faut 10 calories fossiles pour produire une calorie animale
– d’agronomie, un équilibre entre les espèces animales et végétales permet d’écarter les besoins d’intensification
– de qualité de l’eau, permettant la suppression des intrants chimiques
– de qualité de notre alimentation
– de répartition des revenus

Oui, nous avons d’autres propositions de développement durable. Elles ne sont pas ailleurs, elles sont chez nous, chez chacun de nous.

 

Daniel Durand