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Ecole maternelle : coucouche bébés, papattes en rond ...

Ecrit le 1er octobre 2008

 Coucouche bénés ... papattes en rond ...

15 septembre 2008, un article sur Rue 89 rapporte les propos du Ministre de l’Education pour qui « la fonction [des instituteurs] est essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ». Roxane écrit à ce sujet :
Stupeur ! Et tremblements ! Je suis enseignante au primaire mais j’ai longtemps travaillé en classe maternelle. Comment ose-t-il ? Quel déni de l’engagement pédagogique des professeurs ! Quel manque de connaissance des conditions d’accueil des jeunes élèves ! Monsieur Darcos n’a aucune idée de ce qu’est le travail en maternelle et il semblerait que ce soit le moindre de ses soucis.

Son souci premier, c’est la gestion comptable de son ministère : moins d’enseignants, moins d’argent à sortir des caisses de l’Etat. Mais même ça, il ne sait pas faire. On devrait lui proposer une semaine de soutien en mathématiques pendant ses vacances : un enfant en crèche coûte beaucoup plus cher qu’un enfant à l’école. A moins que l’idée ne soit de laisser un des parents à la maison ! Pas nécessairement la mère bien sûr…

Et puis qu’est-ce que c’est que cette information mise au placard tout l’été par les journalistes ! Car elle date de juillet ! C’est un long silence qui m’interroge. A leur décharge il faut bien admettre que notre ministre ne nous laisse guère le temps de reprendre notre souffle entre chacune de ses annonces farfelues ou injurieuses en l’occurrence. Si nous n’avons pas encore de médaille, nous sommes assurés avec Darcos d’avoir décroché le pompon.

 Vivre ensemble

Dans les nouveaux programmes, on a remplacé « vivre ensemble » par « instruction civique et morale ». Quel dommage ! « Vivre ensemble », c’était tellement plus parlant pour des élèves… Mais enfin, on y parle quand même un peu de « respect des autres ».

« Respect des autres », vous savez Monsieur Darcos ! A moins que…

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Mais enfin, que peuvent bien faire les enseignants avec des élèves de maternelle ? Il faut bien admettre que si on ne connaît pas l’école de l’intérieur, ce peut être difficile à imaginer… Et bien imaginez en ce début d’année une classe de 20 à 30 (ou plus !) élèves entre 2 et 5 ans.
Il va tout d’abord falloir leur apprendre à se séparer des parents et à accorder leur confiance à un autre adulte. C’est déjà un peu grandir que de faire ce pas.

 Les règles

Puis petit à petit, l’enseignant(e), avec l’aide d’une ATSEM, fixera les règles qui devront être respectées pour que tout ce petit monde fonctionne en harmonie.

Chaque règle cache une ambition pour l’enseignant : s’inscrire à un atelier (s’engager) - y participer jusqu’au bout (respecter son engagement) - lever le doigt pour demander la parole (respecter la parole des autres) - ne pas être plus de quatre élèves dans un coin-jeu (compter jusqu’à quatre, accepter la frustration s’il n’y a pas de place, négocier une place avec un camarade mais ne pas prendre sa place de force). On apprend donc à vivre ensemble … sans être le centre du monde.

L’écrit est un autre défi pour le maître ou la maîtresse. Il ou elle n’a de cesse de l’utiliser afin que chacun prenne conscience de son intérêt ou tout simplement de son existence. Cela passe bien sûr par la lecture d’albums mais aussi de tout l’écrit qui entoure les élèves. Le mot dans le cahier des parents, le registre d’appel, la date, les prénoms sur le tableau d’inscription à la cantine, le menu de la cantine… Tout est prétexte à découvrir le pouvoir que l’on acquiert quand on arrive à mettre du sens sur tous ces signes qui au début n’en ont pas.

Ce que je préfère, c’est quand l’écrit sert à régler un problème. On a besoin par exemple d’un accompagnateur pour aller au cinéma : pas d’accompagnateur, pas de sortie ! Vous n’imaginez pas l’énergie déployée par chacun pour écrire en dictée, à l’adulte, le message qui ira dans les cahiers de liaison ! C’est un moment très riche pour un enseignant. Faire travailler les élèves sur leurs représentations de l’acte de lire, de l’acte d’écrire, de la nature de l’écrit aussi. Et tout cela passe par le langage !

 z’ai apoté un liv

Un autre domaine à privilégier en maternelle : faire parler l’enfant. On est très attentif à mettre en place des situations où l’élève parle. Autrement que pour répondre oui ou non. Il apprend à raconter une expérience personnelle, à expliquer ce qu’il a retenu d’un album qui lui a été lu, il peut aussi expliquer quelque chose à un camarade, proposer une solution à un problème posé…

Des petits groupes de langage sont parfois mis en place afin de favoriser la prise de parole de ceux que nous appelons les « petits parleurs ». En groupe restreint et sans les « grands parleurs » de la classe, il est souvent plus facile de mettre en confiance des élèves dont on n’entend guère le son de la voix en grand groupe. Pendant ces temps forts ou juste après, nous notons les observations qui nous permettront à la séance suivante de proposer une nouvelle situation ou au contraire de relancer la même, avec l’objectif de faire parler, d’enrichir le vocabulaire ou la syntaxe.

Quelle satisfaction quand l’élève qu’on n’avait pas encore entendu vient vous dire dans le creux de l’oreille « z’ai apoté un liv. » Cela devient le sujet de conversation du jour ! Dans la classe d’abord parce qu’évidemment on met cet élève en valeur ! On en profite pour mettre ses camarades au courant en répétant sa phrase correctement : « X m’a dit qu’il avait apporté un livre ! » et on en rajoute : « Quelle bonne idée ! Voilà qui me rend service car je ne savais pas quoi vous lire aujourd’hui ! Mais peut-être veux-tu nous raconter cette histoire toi-même ?! Si vous avez des livres à nous montrer, faites comme X ». Il y a toujours un ou deux élèves pour relayer les compliments de l’enseignant. Les enfants décèlent très vite les difficultés des autres ; ils s’en servent parfois pour exercer maladroitement leur pouvoir mais ils sont aussi capables, quand c’est une habitude de classe, de valoriser les progrès. Et puis ce petit fait est évidemment rapporté aux autres enseignants, à la récré ; parce que c’est une respiration, un point de marqué avant de reprendre le collier pour franchir l’étape suivante et qu’on est content de partager ça.
Nous sommes bien loin des couches !

 

Roxane Zerrouki

 


 Entre les murs

Pour Philippe Meirieu, pédagogue et homme de gauche, le film palme d’or, Entre les murs de Laurent Cantet, est « un bon film mais un mauvais exemple ».

Il s’inscrit dans le débat public sur la démocratisation de l’école. « Il pose la question de la mixité sociale et culturelle dans l’enseignement public : comment assumer la fonction de creuset républicain dans les collèges » - Le film montre le parcours singulier d’un professeur qui adopte une posture de gauche. « Pour moi la gauche parie sur l’éducabilité des élèves alors que la droite a tendance à traiter l’échec par l’exclusion ».

Mais les pratiques pédagogiques dans le film ne sont pas de gauche. « On y voit un enseignement fondé sur l’affect, la complicité avec un petit nombre d’élèves. Une pédagogie de gauche donne la parole aux élèves et préconise de se mettre à leur portée et non à leur niveau, c’est là qu’il y a confusion dans le film ».

Pour Daniel Pennac, auteur de Chagrin d’école, le film dit « la violence intrinsèque à la nécessité d’apprendre et à l’obligation d’instruire. La difficulté du métier de professeur tient à ce choc perpétuel entre l’ignorance qui veut s’ignorer et le savoir toujours perçu comme venant d’ailleurs. Très violent, ici, le choc, entre ces murs, très !
L’art d’enseigner consiste sans doute à transformer cette violence en désir. ».