Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Immigration, Sans-Papiers > Les immigrés dans le Castelbriantais

Les immigrés dans le Castelbriantais

Ecrit le 12 novembre 2008

 Souvenirs ...

Manif le 4 Nov

Un rassemblement a eu lieu mardi 4 novembre 2008 à Châteaubriant, devant la stèle commémorative du Camp de Choisel, en hommage à HOUYNK-KUONG, dit Luisne, 29 ans, d’origine vietnamienne, fusillé à Châteaubriant le 22 octobre 1941. Il s’agissait de protester contre la tenue, à Vichy, d’un sommet européen consacré à l’immigration. Le choix de la ville de Vichy a été ressenti comme une provocation par les associations invitantes. Celles-ci ont retracé à grands traits l’histoire de l’immigration à Châteaubriant, l’histoire aussi des lois anti-juives de Vichy et des lois anti-immigrés récentes (loi CESEDA entrée en application en mars 2005)

CESEDA = Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile

 Les Italiens

Les Italiens sont arrivés à Châteaubriant fuyant la misère d’alors à la fin du XIXe siècle. Au début on les regardait avec méfiance. On les trouvait même trop catholiques pour pouvoir devenir français ! Pourtant les Castelbriantais ont donné le nom de l’un d’entre eux à une de nos rues : Quentin Miglioretti. Son père arrivé à Châteaubriant en 1897 à 20 ans n’a été naturalisé qu’en 1929. Il était maçon comme beaucoup d’Italiens, ou plutôt cimentier : technique que les Castelbriantais d’alors ne connaissaient pas. Quentin Miglioretti souffrira aussi des lois de Vichy. Arrêté le 21 janvier 1944 avec d’autres Résistants castelbriantais. Une rue de la ville porte son nom.

Le 16 juillet 1940, le gouvernement de Vichy fait une loi portant révision des naturalisations obtenues depuis 1927 : sur 195 000 naturalisations, 15 000
personnes se voient contraintes de reprendre leur nationalité d’origine,
dont environ 6 000 Juifs.

 Polonais et Espagnols

Les Polonais, eux aussi fuyaient la misère. Ils étaient mineurs de fond. Les propriétaires des mines de Bonne Fontaine les ont font venir vers 1925-1930. Ils étaient environ 250 à 300, venus en famille, avec curés et chères sœurs. Certains sont restés et se sont fondus à la population…

Les Espagnols fuyaient la dictature de Franco. Dictature victorieuse au printemps 1939. Un dictateur qui reçut alors comme ambassadeur de France un certain Philippe Pétain !

110 Espagnols sont arrivés à la gare de Châteaubriant en avril 1939, d’abord hébergés dans le hall de la mairie puis dans la salle Lutétia. Le maire de l’époque, Ernest Bréant, les accueille de son mieux. Les Castelbriantais font ce qu’ils peuvent pour les aider. Un mois plus tard, 800 Espagnols, surtout des femmes et des enfants, seront parqués dans d’anciennes ardoisières à Juigné, et aux forges de Moisdon.

Après l’entrée en guerre de la France, en septembre 1939, le gouvernement français organise leur expulsion progressive, sauf ceux qui se mettent au service de l’armée française. Certains seront utilisés par les Allemands pour construire le mur de l’Atlantique. D’autres rejoindront les maquis de la France Libre. Mais, parfois aussi, ils suscitent la méfiance (la 5e colonne)

Souvenirs …

Le 12 novembre 1938, la France n’est pas en guerre et pourtant un décret crée des centres spéciaux pour la rétention
d’étrangers indésirables.

Cette appellation d’indésirables désigne tous ceux qu’on ne juge pas dignes d’entrer dans la communauté française, soit par leurs origines, soit par leurs orientations politiques ou mêmes sexuelles.

Le 30 août 1939, une circulaire prévoit le « rassemblement dans les centres spéciaux de tous les étrangers résidant sur le sol français qui sont ressortissants de pays ennemis ». En fait ce sont des personnes qui ont cherché refuge en France contre les persécutions dans leur pays d’origine ! Les immigrés sont obligés d’y travailler dans des conditions déplorables
et sans salaires.

Les autorités coloniales de Vichy créent en Algérie française et dans les protectorats du Maroc et de la Tunisie plusieurs douzaines de camps de travail avec 8 000 travailleurs forcés, surtout des réfugiés espagnols venant des camps
d´internement et des déportés
de la métropole.

Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (ceseda) art R551-2
« Les étrangers retenus sont placés dans des établissements dénommés « centre de rétention administrative ».Les centres de rétention administrative reçoivent les étrangers quel que soit le lieu de leur résidence ou de leur interpellation »

CESEDA art 611-2
« Les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière »

CESEDA art 611-3
« Les empreintes digitales ainsi qu’une photographie des ressortissants étrangers peuvent être relevées, mémorisées et faire l’objet d’un traitement informatisé »

 Les Tsiganes

Les Tsiganes : immigrés de l’intérieur !
La décision de les interner est prise le 6 avril 1940 et signée du président Lebrun.
Internés à Moisdon (où ils remplacent les Espagnols à partir du 11 novembre 1940) puis à Choisel. Eux aussi sont indésirables !
En 1942, à la fermeture du camp de Moisdon aux conditions de vie immondes, il y avait 262 personnes dont 160 enfants. Ils ne retrouveront la liberté qu’en avril 1946 !
Il y a peu, on a eu bien du mal à leur trouver un terrain de stationnement, quelque part derrière la zone industrielle le long du futur périphérique…

 Les Juifs

Des familles juives ou d’origine juive résident dans la région de Châteaubriant. D’autres se sont réfugiées là, en fuyant le nazisme. Par exemple, en juin 42, une juive polonaise arrive à St Julien de Vouvantes. Elle sera arrêtée un mois plus tard.

En effet une loi du 4 octobre 1940, promulguée simultanément avec le Statut des Juifs, autorisait l’internement immédiat des Juifs étrangers.

Loi Ceseda art 621 -1 : « l’étranger
qui a pénétré ou séjourné
illégalement en France sera puni
d’un emprisonnement d’un an
et d’une amende de 3750 euros »

De plus, le 3 juillet 1942, Laval a donné son accord pour déporter les juifs apatrides et le 6, il a proposé que les enfants de moins de 6 ans accompagnent leurs parents en déportation. Les rafles n’épargnent pas Châteaubriant. Fischer et Bienna Rimmel périront dans les fours crématoires. Des actes honteux, il y en a eu. On préfère se souvenir de M. et Mme Mousson qui figurent au mémorial de Yad Vashem pour avoir sauvé les enfants de Fischer et Bienna.

La Suède, pays officiellement neutre, a dès mars 1940, ouvert des camps d’internement pour ses indésirables ! Sans être jugés, des milliers de personnes y furent internés : étrangers, nationaux, soupçonnés seulement de « risquer attenter à la sécurité de la Suède ».

 Les Portugais et les Turcs

Les Portugais, au début des années 70, cherchent à échapper aux dernières guerres coloniales, à la dictature de Salazar qui dure depuis plus de 40 ans ! Ca tombe bien, à Châteaubriant dans les fonderies, on recrute et les fondeurs n’hésitent pas à aller les chercher jusqu’à la frontière espagnole. Papiers ou pas, on n’est pas trop regardant dans ce temps-là ! Certains épouseront des Françaises et ils continuent d’aller passer les vacances au pays…

Les Turcs : en 1973-74, l’entreprise Huard, les fait venir pour des postes difficiles, ils n’étaient pas très exigeants sur les salaires. Seuls les hommes arrivaient. Mais très vite, la crise comme on disait, pointe son nez et le gouvernement de Giscard d’Estaing, qui décrète une émigration zéro, accepte, dans sa grande bonté, le regroupement familial. Ils font alors venir les épouses.

Dans les années 80, il y a bien eu quelques boat people aidés par les gens de Châteaubriant. Aujourd’hui : des ressortissants d’ex-Pays de l’Est, comme leurs prédécesseurs, fuient les régimes irrespectueux des droits de l’homme ou la misère. C’est le cas de la famille Ataeva qui a fuit les guerres fratricides du Caucase.

 Les Africains

Les Africains, comme Henry-Paul, Marguerite, Eric, Véronique, fuient les guerres civiles et leurs interminables règlements de compte, les dictatures. Comme au temps des réfugiés espagnols, des habitants du Castelbriantais essaient de les soutenir .

Art L622-1 du CESEDA :
toute personne qui aura par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour
irrégulier d’un étranger en France
sera punie d’un
emprisonnement de 5 ans
et d’une amende de 30000 euros

 Demain…

Il est important de se rappeler que dans chaque période de difficultés, il faut trouver un bouc émissaire. Montrer du doigt l’étranger est une vieille recette avec laquelle, en désignant un supposé ennemi commun, on espère unir les gens et surtout leur éviter de s’interroger sur les vraies causes de leurs problèmes. Ce fut hélas le cas à l’époque de Vichy ! Nous ne devons pas oublier ce passé pour ne pas qu’il ressurgisse.

La manifestation s’est terminée avec le poème « Prose pour les errants » d’Yves Cosson.

J’écris pour les fuyards,
les Afghans dans l’anfractuosité/
De la montagne, les Iraniens saignés aux quatre membres/
Les Vietnamiens accrochés au bordage/
Les Juifs dans les ghettos/
Les pauvres Noirs écorchés par les chiens/
Les enfants d’Argentine arrêtés dans le petit matin blême/
Tous les incarcérés des goulags dans la neige/
J’écris pour les fils et filles du vent/ (…)
Ecoutez piétiner le troupeau des errants/
Comme un tambour roulant avant l’appel des morts/
Ah croyez-moi, la peste fait tache dans le monde.

Quand les chiens faméliques sans niche et sans coussin/
Aboient à la lune/
Hurlent à la mort/
Il ne faut pas dormir tranquille ….