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Manu Halet : dans les geoles mexicaines

Ecrit le 25 mars 2009

¡ Buenas tardes, amigos !
 
Au Mexique aussi, le printemps se rapproche. Bien qu’il ait plu   aujourd’hui, ô, miracle, ça n’était pas arrivé depuis deux mois, les températures atteignent régulièrement 30 degrés, les jours se rallongent et l’eau de la douche est par conséquent plus chaude. Evènement retentissant par ailleurs, le F.C. Puebla a réussi à arracher le match nul lors de son dernier match, ce qui lui a valu la première page dans tous les canards locaux.

Et, comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, “los cantonnieros” de la D.D.E. mexicaine qui ont récemment massacré ma rue ont terminé leur labeur, non sans un retentissant baroud d’honneur. La dernière nuit, je suppose qu’ils avaient une date butoir, trois ouvriers étaient chargés de détruire un trottoir à la masse. La pause taco du soir ayant vraisemblablement duré plus longtemps que prévu, ils ont terminé leur ouvrage entre 22 heures et 6 heures 10 du matin ! En bref, ce fut un ultime sommeil accompagné de la douce berceuse du béton face à l’acier.

Un nouvel inconvénient a cependant découlé de ces longs travaux : les beaux nouveaux lampadaires style Voltaire qu’ils ont installés tout le long de l’avenue semblent posséder les mêmes ampoules que celles d’un concert de Jean-Michel Jarre. Résultat, ne bénéficiant point de volets à la fenêtre de ma chambre, il fait jour toute la nuit. Il flotte ainsi chez moi vers trois heures du matin comme un sentiment d’Antartique en été, le froid en moins.
 
Un voyage, c’est aussi un bouleversement des sens, ce qui me donne l’occasion de vous parler de mes ressentis suite à trois mois passés loin de ma terre natale.

 Chile !

Je vais commencer par le goût et une brêve présentation de la cuisine mexicaine, parfois élaborée bien que souvent trop épicée pour mes papilles occidentalisées, même si j’accompagne désormais mes préparations culinaires de chile, progressivement s’entend.

Dans le plus simple, outre le taco (incontournable), et le caractéristique à Puebla, il y a les “Cemitas”, sandwiches forme hamburger garnis de viande frite, de poulet, de pommes de terre, d’avocat, de salade et de chile rouge. C’est très bon sauf avec ce dernier ingrédient. J’en ai fait la malheureuse expérience dans le bus où, fier comme Artaban, j’ai croqué à pleines dents dans le dit-aliment sans prendre conscience de tout le piment qu’il y avait dedans. J’ai ensuite demandé au chauffeur, hilare, de s’arrêter au plus vite afin que je puisse aller acheter une bouteille d’eau. Ainsi, j’ai payé deux tickets de bus pour le prix d’un et bu la bouteille en un temps record. Maintenant, je demande “sin chile”, c’est mieux.

Plus général au Mexique, il y a le Pozole, une soupe de maïs avec de la viande de poulet ou de porc et souvent d’autres ingrédients divers. Très “goutu” mais bien gras. Salvateur aux moments de grandes faims.

J’ai aussi testé les “Molotes”, soit du chorizo, des légumes et de la salsa entourés d’une pâte de maïs, le tout cuit dans l’huile ; où encore les tostadas, où l’on pose le plus d’ingrédients possibles sur un grand chip, ce qui s’avère impossible à manger à la main sans transformer sa table en un champ de bataille.

En vrac et sans m’étendre, on peut trouver des “Arracheras” qui, comme leur nom l’indique, arrachent ; des “Tamales” où tu peux, là aussi, avoir mal à ta bouche ; ou encore les “chilaquiles” avec lesquels tu finis par laisser le chile. Une chose géniale est la vente dans chaque restaurant et à de nombreux coins de rue de jus de fruits directement issus du fruit, naturel en somme. Je me délecte également de la saveur toute particulière au Mexique des nombreux fruits et légumes qui y poussent, notamment l’avocat qui devient ma nourriture de base.
 
Je ne peux pas aborder ce thème cuisine sans présenter le mets le plus célèbre de Puebla, le plus baroque aussi, j’ai nommé “el Mole Poblano” (Le Molé Poblanien). Le Mole est une sauce à base de chocolat mélangé à une quarantaine d´épices que l’on sert avec de la viande et le plus souvent avec du riz. Ça paraît bizarre comme ça mais c’est fort savoureux quand c’est bien préparé, ce qui n’est malheureusement pas le cas dans tous les restaurants de Puebla. L’Histoire veut que ce plat fut le préféré de Moctezuma, l’Empereur des Aztèques lors de l’arrivée de Cortés, ce qui paraît plausible lorsque l’on sait que la monnaie utilisée par cette civilisation précolombienne n’était autre que la fève de chocolat, et donc que seuls les riches avaient l’honneur de déguster. A propos, en voici une solution à la crise ? Remplaçons le dollar par le chocolat, la Côte d’Ivoire et le Mexique en seraient, à coup sûr, plus avantagés qu’à l´heure actuelle.

 Cacophonie

Mexicain jouant du pi

Concernant l’ouïe, ce pays se caractérise par une cacophonie générale, qu’elle soit musicale, vocale ou, par exemple et expérience, liée à des travaux. Dans tout le centre ville, de 10 h à 22 h, les magasins de CDs (piratés évidemment) rivalisent en décibels pour attirer le client avec les tubes du moment. C’est là où l’on peut entendre Christophe crier Aline, je dis bien crier. On s’en remet difficilement. De nombreux artistes de la rue jouent un peu partout dans l’espoir de ramasser quelques Pesos, avec des talents qui diffèrent. Je pense par exemple à cet homme d’age avancé qui s’installe chaque jour au même emplacement pour jouer avec une flûte scolaire des airs qui lui sont propres, c’est à dire pas très propres… Mais on peut aussi bien tomber sur une bande de mariachis, ce boys band de guitares, de trompettes et de chants populaires, l’incarnation du Mexique musical, que l’on invite traditionnellement, pendant quelques heures, aux fêtes mexicaines et qui vous suivent ensuite, jouant tout en marchant, là où vos pas vous mènent. Ici, pas de tapage nocturne. Qu’une vieille dame vienne se plaindre du trop de bruit que les jeunes font dans l’appartement du dessous, on la rembarre gentiment en lui demandant si elle avait oublié qu’elle vivait au Mexique. De jour comme de nuit, le klaxon est un sport national. Les chauffeurs de bus font d’ailleurs partie des champions de la catégorie “le feu est orange mûr, je passe en klaxonnant”.

 Jaune, rouge, bleu

Popocateplt enn

Parler de ces derniers me permet de poursuivre vers un autre sens : la vue. On est tout de suite alerté par le nombre incroyable de bus qui sillonnent la ville et le pays. J’ai compté qu’il y en avait en moyenne cinq dans chaque rue à tout moment de la journée. Le Mexique bénéficie en effet d’un réseau de bus très étendu et, pour 5 pesos (0.25 €), on peut sans problèmes traverser la ville et sa banlieue. Ce qui frappe également, c’est l’omniprésence de couleurs vives sur toutes les facades de la ville. Le jaune, le rouge et le bleu en dominent l’univers coloré. C’est très agréable de changer un peu de ce gris-béton qui incarne une bonne partie de l’Europe.

Le centre ville de Puebla est assez propre, visuellement en tout cas, mais dès que l’on se dirige vers la périphérie plus pauvre, on a le sentiment d’être dans un pays “en développement” : c’est sale, les routes sont souvent de terre et les maisons semblent délabrées. La campagne de Puebla est plus agréable : région assez verte, montagneuse car volcanique, les paysages sont souvent de toute beauté, surtout surplombés par l’imposant Popocatépetl qui a pour l’occasion de l’hiver recouvré à son sommet son épais manteau neigeux.

 Odeurs

Pour l’odorat, je vais aller vite en notant que c’est l’odeur de la viande cuite qui domine dans les rues et que la banlieue sent quelque peu le vieux pneu. Pour le toucher, je garderai le silence, ça devient personnel.

Je vais dorénavant vous conter les péripéties de mon quotidien. L’université se passe bien même si les cours ressemblent surtout à un long débat de quatre heures sur des sujets variés, sans aller très loin dans la problématique. Cependant, c’est très bénéfique pour mon espagnol. Je peux désormais comprendre et m’exprimer dans un Catalan correct. Je suis d’ailleurs surpris par la vitesse à laquelle j’apprend cette langue, bien que cela soit logique avec un dialecte maternel lui aussi issu du latin. Je ne fais presque plus de fautes de conjugaison, et je peux aujour-d’hui conclure que le plus difficile en la matière, c’est bien le Francais, qui a plus de verbes irréguliers et qui souffre parfois d’un certain manque de logique. Je m’en rends d’autant plus compte que je donne depuis un mois des cours de Francais à des Mexicains, à qui il est difficile d’expliquer toutes les exceptions de la langue de Molière.

 Con de gringo terroriste

Dans les petits incidents qui m’ont échu, comment ne pas vous parler de mon incarcération de 4 heures dans une geôle mexicaine. Voici donc l’histoire d’un français suspecté de terrorisme. J’étais pour le week end en fiesta dans la ville d’Atlixco, située à environ 20 km de Puebla. Il était 9 h 30, un dimanche matin, un ami mexicain, Aldo, et moi-même admirions la vue du Popocatépetl sur l’esplanade de la ville. Un paysage magnifique. A ce moment, six policiers fortement armés se dirigent vers nous, nous retournent et nous passent les menottes, avant de nous amener dans l’estafette stationnée à proximité. Je comprends rapidement, grâce au policier qui m’insulte, que je suis considéré comme un “con de gringo terroriste” et que “je vais manger sévère”. La mauvaise idée d’Aldo était de détenir dans le coffre de sa voiture une petite carabine à air comprimé, qu’il avait par mégarde laissée après une sortie à la campagne.
 
Ainsi, la maréchaussée avait son mobile, bien que l’arme était en tous points légale et qu’il n’y avait de surcroît pas les munitions pour la charger. Ils nous ont donc emmenés au commissariat de Atlixco et nous ont enfermés dans la cellule de dégrisement. Interloqués tout autant que remontés, nous commençons par protester de vive-voix notre mécontentement. C’est là que me vient, au bout de trois quarts d’heures, l’idée de proposer au public carcéral en délire des chants guerriers français. Après la Marseillaise, le Chant des Partisans, l’Internationale et Aline de Christophe, alors que j’entamais Tri Yann, un agent, visiblement plus énervé qu’apeuré, est venu me rappeler à l’ordre avec ces doux mots “Si tu continues tu y passes la journée”.

 500 pesos

Vers 11 h 30, c’est la rencontre avec mon avocat qui semble s’être réveillé 12 minutes auparavant et qui me demande si j’ai des problèmes médicaux. Dans l’espoir de sortir plus tôt, et révolté par la bêtise de ces autorités, je réponds par la bêtise en me disant diabétique, dixlesique et allergique à l’eau potable. Puis, c’est la déposition où je comprends qu’il y avait peut-être des jeunes armés sur l’esplanade d’Atlixco, qu’un anonyme aurait dénoncés. De plus, ils ont trouvé une bière vide dans la voiture, d’où l’accusation de consommation d’alcool sur la voie publique... Mouais, c’est aussi là où je comprends que je serai libéré plus rapidement en versant une caution de 500 pesos. Mais voilà où ces braves représentants de l’ordre voulaient en venir. Je leur ai donc demandé si cet argent irait au gouvernement du Mexique, question à laquelle ils m’ont répondu oui avec un joli sourire. Bon, au bout du compte, je m’en sors bien financièrement, car c’est la maman d’Aldo, venue nous “libérer”, qui a payé et qui a ensuite refusé tout remboursement avec l’argument “c’est pour excuser la bêtise dont peut parfois faire preuve mon pays”.

 ¿ A donde es la cárcel, por favor ?

La prison, c’est aussi l’endroit rêvé pour apprendre des mots que l’on ne connaissait pas avant. Je sais maintenant que menottes se dit “esposas” en espagnol, soit “épouses”, comme c’est mignon. Juge se dit “juez” alors qu’avocat se traduit par “abogado”. Où est la prison s’il vous plaît ?” devient “ ¿ A donde es la cárcel, por favor ? ”. J’espère seulement que ça ne me sera pas utile au Mexique, j’ai peu confiance en sa justice. D’ailleurs, le principal point noir (aïe !) du pays s’avère être, à mes yeux, l’ensemble des autorités administratives, judiciaires et policières. Sont-elles aussi lentes que corrompues ou aussi corrompues que lentes ? Question existentielle.

 Douches

Comme à mon habitude, je mets votre patience à rude épreuve avec mes interminables courriers. Pourtant, je vais continuer avec quelques lignes d’observations générales. On se demande souvent ce que les autres peuples pensent de nous, Francais. Pour les Mexicains, le stéréotype, plus que le vin et le fromage, c’est la réticence du Gaulois à prendre des douches, et que sa femelle ne se rase point le dessous du bras. Aïe, est-ce la réputation du Roi Soleil qui nous fait encore de l’ombre ? Par ailleurs, dans mes paragraphes “cuisine” ci-dessus, j’ai omis de mettre en garde tout étudiant dans l’hygiène alimentaire qui souhaiterait réaliser un stage au Mexique. Agent ou futur agent de la Direction des Services Vétérinaires ou de la Répression des Fraudes, si tu me lis, ne vient pas ici, où tes considérations liées à la propreté risquent de changer. Il est vrai que je me demande parfois s’il est bien censé de manger ce taco préparé par la gentille vieille dame dans son “boui-boui” (On dit “hacienda”) un peu pourri. Je crois à propos qu’une bonne tourista qui dure est inévitable, paroles de la communauté francaise du coin.
 
Sur ces paroles un peu molles, je vais vous quitter en vous promettant un peu d’Histoire dans le prochain article, notamment sur cette problématique : qu’est donc venu faire Napoléon III ici ? D’ici là, portez-vous bien.

 

Manu Halet

 


Ecrit le 25 mars 2009

 Morts

Manuel Ponce Rosas et Raúl Lucas Lucía sont respectivement secrétaire et président de l’Organisation pour le Futur du Peuple Mixtèque (OFPM). L’OFPM défend les droits des peuples indigènes de la région, en rapportant les violations des droits humains, ainsi qu’en élaborant et gérant des projets qui visent à améliorer la qualité de vie des groupes indigènes.

Or le 13 février 2009, vers 13h35, les deux hommes ont été arbitrairement arrêtés par trois hommes armés qui ont été identifiés comme étant des officiers de police.

Raúl Lucas Lucía avait déjà été victime de harcèlement car son travail met en lumière des affaires de violation des droits humains par les membres de l’armée mexicaine, notamment des viols, des cambriolages, des détentions et des interrogatoires illégaux. En février 2006, il avait été illégalement détenu par des membres de l’armée mexicaine. En février 2007, des inconnus lui avaient tendu une embuscade au cours de laquelle il avait été touché au cou par une balle, ce qui l’avait presque tué.

20 février 2009 : les corps de Manuel Ponce Rosas et Raúl Lucas Lucía ont été retrouvés. Ils portaient des traces de torture et étaient enterrés à 80 cm sous terre, en état avancé de décomposition

D’autres défenseurs des droits des indigènes sont régulièrement menacés au Mexique. Quatre d’entre eux sont retenus illégalement depuis un an. Le 20 octobre 2008, un juge d’un tribunal fédéral a conclu à une insuffisance de preuve contre eux et ordonné leur remise en liberté. Malgré cette décision, les quatre hommes sont toujours en prison ..

Source :
http://www.frontlinedefenders.org/fr

Et Amnesty international : http://www.amnesty.org/fr