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Manu Halet .... le Mexique et la grippe

Ecrit le 6 mai 2009

La grippe mexicaine

En direct d’un Mexique qui, chaque jour, amène un peu plus ma peau de gringo à prendre cette teinte rouge homard si particulière, je vais tenter de vous faire partager un peu de mon voyage. Ce mois-ci, pas de prises d’otages ou autres incarcérations arbitraires, seulement le récit d’un Français heureux au Mexique et quelques considérations socialistes, voire rouges, soleil aidant.

Plante au Mex

Il fait toujours aussi jour la nuit dans ma chambre, mais le bruit ouvrier s’est exporté quelques rues plus loin. Oh, bien sûr, quelques séances de marteau-piqueur à trois heures du mat’ pour, peut-être, récupérer la pièce de 10 pesos que le “cantonniero” pense avoir fait tomber dans le béton il y a trois semaines. Ou ce fameux camion du gaz qui, dès l’aube, harangue les foules poblaniennes endormies avec cette horrible musique ponctuée de retentissants “GAS”. Cependant, c’est le Francais campagnard qui se plaint ici, mon sommeil se porte en fait plutôt bien.

En ce qui concerne l’université, chido, ce sont les vacances. Je me prépare donc à réaliser quelques voyages dans ce grand Mexique. Bien agréable, cette coupure universitaire, les cours devenaient franchement ennuyeux. Passer 4 heures à résumer des textes, sans plus de réflexion, ca va bien quelques semaines, surtout pour se perfectionner en Castillan. Mais ensuite, au fil d’une maîtrise toujours meilleure de la langue, on aimerait passer à autre chose. A propos de mes quelques soucis de transformation alimentaire, [comprenez, de tourista, que les Mexicains traduisent par « la revanche de Moctezuma » (l’empereur des Aztèques à l’arrivée des Européens)], je commence à établir des statistiques : c’est parfait après un pozole, plutôt art contemporain au lendemain d’un taco.

 Notre Président

Parlons dès lors de notre cher Président et de sa visite dans mon pays d’accueil au début du mois de mars dernier. Les conclusions qu’en ont tirées les presses d’opposition locales, en particulier “La Jornada”, mon papier de prédilection ici, illustrent assez bien l’immobilisme et l’irrespect de Nicolas. Ainsi, pas de décisions concrètes prises en économie, seulement l’assurance de “bonnes relations entre les deux pays qui, peut-être, un jour, se fructifieront par une collaboration industrielle”. Cependant, Felipe Calderón, le président méxicain issu de la droite conservatrice (le PAN), n’a pu accepter nos bonnes centrales nucléaires pour cause de problèmes budgétaires, la crise touchant de plein fouet son pays.

Au point de vue judiciaire, Sarko notre sauveur n’a pas vraiment fait avancer le dossier Florence Cassez, la Française incarcérée ici pour une soixantaine d’années pour complicité dans des affaires de drogue et d’enlèvement, orchestrées par son mexicain de petit ami. Je ne peux vous dire si elle est coupable ou non, bien que ma petite expérience en compagnie de la justice du coin me fasse pencher pour le négatif.

Outre ces sujets, les journaux mexicains ont surtout mis en exergue le séjour sur la côte Pacifique que se sont offerts aux frais de la princesse Nico et Carli Bruna. Il s’avère que c’est un grand industriel du coin, Roberto Hernandez Ramirez, grand ami de Calderón, qui a payé la facture, contredisant l’Elysée qui affirmait avant ce petit scandale avoir accepté l’offre « d’un conglomérat d’entrepreneurs mexicains ». Que des mensonges, petits ou grands, comme toujours... Triste droite.

Ainsi, ce n’est pas les raisons politiques du voyage de Sarkozy qui ont le plus fait parler l’opposition, mais plutôt ce qui s’est passé en dehors. Ses goûts pour le luxe et son dégoût pour le peuple ne se sont une nouvelle fois pas démentis. Dans tous les sites qu’il a visités, les touristes étaient interdits de poser le pied. On a ainsi pu voir un condensé de gros gringos américains, de Mexicains initialement heureux de pouvoir enfin visiter les beautés de leur pays, parqués à quelques kilomètres de là, outrés par leur traitement et par l’absence d’information initiale quant à la rencontre des deux chefs d’Etat. Encore tout bon pour l’image de la France à l’étranger, ça.

 Calderón

Je ne peux citer Calderón sans vous exposer ses idées et son accession au pouvoir. Issu du PAN (Partido de Acción Nacional), le parti qui a remporté les élections en 2002 avec Vicente Fox, après 85 ans de domination du PRI (Partido Revolucionario Institucional), le « parti unique démocratique » (C’est presque une traduction exacte !), visez un peu le paradoxe, Felipe s’est tout d’abord illustré comme le bras droit de Vicente. Puis, lorsque la popularité de ce dernier s’est amoindrie, il s’est mis à critiquer avec vigueur l’ensemble des siens afin de conserver une popularité intacte. Démarche aujourd’hui logique, il faut croire, pour espérer être élu. Je pense à Sarko ou McCain, par exemple, mais aussi à Royal… Bref, l’Histoire nous a démontré que le succès de ce procédé n’est pas forcément assuré, même si ca semble avoir fonctionné pour l’actuel président du Mexique.

Cependant, son adversaire lors des élections de 2006, Andres Manuel López Obrador, du P.R.D. (Partido de la Revolución Demócrata), la gauche en somme, conteste cette victoire. Avec raison il me semble, au vu l’écart minime de voix entre les deux hommes (37,16 % contre 36,27 %) et des fortes suspicions de fraude à l’encontre du PAN (Les cimetières du Mexique n’ont jamais été aussi vivants qu’en 2006). Mais voilà, « Asi es México » (Ainsi est le Mexique), comme diraient les autochtones ; il est par ailleurs fort probable qu’Oncle Sam avait plus à gagner avec la droite…

A propos des idées du supposé fraudeur, il n’est pas à droite pour rien. Catholique pratiquant, même s’il ne s’est pas affiché avec une croix dès son investigation comme l’avait fait Fox en 2002, ce qui la fout mal dans un pays soi-disant laïque depuis 1867, il est bien évidemment opposé au mariage gay, à l’euthanasie et à l’avortement. A propos de ce dernier, la loi mexicaine condamne seulement la femme qui oserait faire fi des lois du Seigneur, et jamais le chirurgien.

En économie, peu d’originalité également. Seulement les théories néolibérales du vieux Friedman ainsi qu’un alignement total sur le dollar. Du côté social, l’illusion de combattre la pauvreté pour en fait enrichir subtilement une oligarchie mexicaine (environ 10 %) déjà richissime et surtout sans scrupules. Ma conclusion est sans appel : ce n’est pas comme ca que ce pays va évoluer, alors qu’il en a cruellement besoin.

 Pauvretés

Malgré l’extrême richesse de ses ressources (pétrole, argent, gaz, pêche, climats, situation géographique…), le Mexique n’arrive pas à éradiquer ces quelque 20 % de pauvreté qui freinent son développement et ternissent son image. La faute à beaucoup de choses, la première trouvant sa source à l’origine même de l’époque post-colombienne : toute cette Histoire (1521-1810) est marquée par la domination économique quasi-totale des Espagnols, colonisation oblige, évidemment appuyés par l’Eglise. La guerre d’indépendance (1810-1821) se traduit par une prise de pouvoir par les Créoles, devenus plus puissants grâce à la formidable activité procréatrice espagnole en terre conquise. Cependant, ce nouveau pouvoir métis, désormais majoritaire, ne va faire que recopier le schéma économique et hiérarchique de ses ancêtres, et donc se constituer comme une nouvelle oligarchie régnante garante du bon catholicisme.

Les criantes inégalités actuelles découlent directement de cette situation, bien que la corruption, le copinage, les narco-trafiquants ou encore « los Gringos » (pas le groupe de musique des Andes, plutôt les Etats-Uniens) y aient aussi leur part de responsabilités. Cette pauvreté est visible partout. A Puebla, par exemple, pourtant réputée comme l’une des villes les plus riches du Mexique, il n’est pas possible de boire un verre sur la terrasse d’un café sans se faire assaillir toutes les 2 minutes par des vendeurs de chewing-gum, clopes, roses, colliers ou autres babioles en tous genres, la plupart du temps des enfants (fort sales, dirait la bourgeoise, mais évidemment pas le Français) qui n’ont pas 10 ans. De nombreuses jeunes et moins jeunes femmes passent leurs journées allongées sur le trottoir, en plein soleil, avec leurs enfants, afin de mendier quelques pesos avec un bol en plastique et de grogner sur le supposé gringo (moi) qui donnait un peu au début mais qui a depuis fort ralenti ses élans de générosité. Asi es…

Ma découverte progressive des environs m’a logiquement amené à me diriger vers México Distrito Federal, el dé èfé (D.F. en español), il y a de cela quelques semaines. Accompagné de l’un des beaux cadeaux que m’a offert le Mexique, Yazmin, j’ai parcouru en bus, pour 100 pesos (5,50 €), les 129 km qui séparent Puebla de la capitale. Première observation : c’est grand. Peu de zones rurales de par cette route montagneuse. La ville s’étend sur environ 50 km du nord au sud, de même d’est en ouest, parole de taximan. De nuit, l’éclairage public paraît s’étendre à l’infini. On m’a témoigné qu’il était très impressionnant d’y arriver en avion : on survole, pendant plus d’une demi-heure avant l’atterrissage, ces millions de lumières, sans y voir bout.

Mon premier jour au D.F., samedi, m’a permis de prendre un peu mesure de cette démesure. Le « zócalo », soit « place centrale », (présente dans chaque ville ou village mexicains, sans exception) est immense. C’est là que l’on peut voir, chaque jour, la montée du drapeau national au matin et sa mise en berne le soir, le tout accompagné d’une procession patriotique tout autant que militaire, n’ayant rien à envier au XIXe siècle européen. C’est aussi à cet endroit que se rassemblent les grands mouvements populaires. López Obrador y a par exemple réuni près de trois millions de personnes en 2006.

Cependant, cette démesure ne se vérifie pas dans les prix. On peut facilement trouver un hôtel en plein centre ville, très correct, pour 250 pesos (17 €). De même pour la nourriture. Le ticket de métro coûte 2 pesos (Je vous épargnerai la parité ici, et donc plusieurs zéros), ce qui en fait le transport en commun le moins cher du monde, surtout au vu de la distance que l’on peut parcourir dans la ville, bien desservie. De plus, cocorico, c’est Alstom qui a géré l’affaire. Le Français n’est ainsi que peu dépaysé par l’aspect mécanique du train. Mais ce même Français, une fois à l’intérieur, va ressentir le décalage. Pas ces têtes tristes et ces silences de citadins stressés, comme en France. Des sourires et de la musique, toujours.

Squelettes Mex

Le dimanche nous a permis d’aller visiter le Musée d’Anthropologie, très riche en œuvres préhispaniques et en tombes issues des diverses civilisations qui ont peuplé la région. Là où la petite Francaise va pleurer, observant ces squelettes plus ou moins conservés, la petite Mexicaine va simplement interroger ses parents sur les raisons de la mort. Cela pour traduire la relation toute particulière qu’entretiennent les Mexicains avec cette dernière, tradition directement issue du monde Aztèque. La Toussaint catholique du 1er novembre se transforme ici en une véritable fête, joyeuse et populaire, plus sûrement issue d’un culte païen.

Après cette visite culturelle, direction l’UNAM, l’université publique de la ville, afin de voir un concert de musique contemporaine sur un site autrefois important centre religieux aztèque. Impressionnant. Comme le sentiement d’être sur une autre planète. Ensuite, pour terminer la soirée autour d’une petite cervoise, Yazmin et moi-même nous dirigeâmes vers le quartier de Coyoacán, le Saint-Germain des Prés de Mexico, une petite ville qui s’est fait engloutir par la grande au XXe siècle, mais qui a gardé un charme et une culture artistique qui lui sont propres.

 Frida

C’est par exemple ici que l’on peut voir la maison de Diego Riveira et de Frida Khalo, deux des artistes les plus fameux du Mexique. Oui, cette Frida, celle qui avait ces sombres sourcils buissonneux qui se rejoignaient au centre. (1).

Je ne vais pas m’étendre sur le lundi et seulement vous préciser qu’il fut destiné à quelques visites de la ville et surtout à aller applaudir, comme 55 000 autres chanceux, les papis électro du groupe allemand Kraftwerk, ainsi que les Mexicains de Radiohead (Cabeza de Radio), pour leur tournée Sud-Américaine.

Je vous avais promis lors du précédent message une explication des visées de Napoléon III dans le coin, mais je vais plutôt en rester là et ainsi vous épargner deux pages de plus. Mais ne vous réjouissez pas trop vite, vous allez subir d’ici peu ce récit. Je vais seulement terminer, comme à mon habitude, par quelques observations en vrac. Mon histoire d’amour avec les chauffeurs de taxi de Puebla continue : l’autre jour, pour un petit trajet dans la ville qui devait me coûter initialement 40 pesos, le monsieur avec qui j’avais bien discuté ne m’a fait payer que 35 pesos, pour traduire notre bonne entente. Wouah, très peu de Mexicains ont eu ce privilège, ca veut dire beaucoup de choses ici.

Procession au Mex

La situation de mon appartement, sur l’une des rues principales de la ville, me permet d’assister assez souvent à diverses manifestations populaires. Je me suis ainsi fait réveiller l’autre jour, vers 9 heures, par une procession de bigots qui accueillaient l’archevêque Machin à Puebla. La taille de la foule traduisait bien l’omniprésence et le succès de l’Eglise ici.

Le surlendemain, rebelote, cette fois-ci avec des gauchos qui ont passé leur temps à crier sur Calderón et, plus généralement, sur le pouvoir. Même s’ils faisaient beaucoup plus de bruit que les précédents à la même heure, je les préfère, et de loin, à ces adorateurs d’une institution qui a surtout fait du mal à ce pays.

Jorge et Manuel au Mex

Il y a quelques temps, tout près de chez moi, un nouveau magasin de CDs piratés a ouvert. Et, devinez quoi, les premiers tubes de la journée, pour ce grand jour d’inauguration, furent, dans l’ordre : Aet les Mots Bleus de Cri-stophe, puis une reprise « On va s’aimer » de Gilles-Bert Montagner, en espagnol s’il vous plaît, avant bien sûr un petit « Alizée en concert à Acapulcancun qui chante Lalito », où elle arrive à lâcher un petit « Gracias », ce qui déchaine les foules des Mexicains, forts connaisseurs. Bref, je peux en conclure que chaque jour, dans ma rue, est une nouvelle avancée culturelle pour le Mexique.

Terminons par ici cette ironie. Je vous souhaite de belles choses dans l’Hexagone, comme, par exemple, de prendre la Bastille, de rendre la spéculation illégale, de stopper les centrales nucléaires et, pourquoi pas, de changer de Président. Bonne chance, à bientôt.

 

Manu

 


Note du 8 mai 2009

 Récession au Mexique en 2009

Le PIB du Mexique va chuter de 4,1 % en 2009, y compris la baisse de 0,3 % due à l’impact de l’épidémie de grippe porcine, a annoncé jeudi 7 mai, le ministre de l’agriculture, Agustin Carstens, qui a souligné que le pays était déjà en récession.

Il a estimé que l’épidémie devrait avoir « un effet très marginal » sur l’économie mexicaine en 2010, et ajouté que l’évolution l’année prochaine « dépendrait fondamentalement de l’environnement international », en référence à la crise financière mondiale.


Note du 21 mai 2009

D’après lemonde.fr :

 Les géants d’Amérique latine en crise

Les grandes économies d’Amérique latine subissent aussi la crise que traversent les Etats-Unis. Le Mexique, 2e économie d’Amérique latine, est officiellement entré en récession, avec une chute impressionnante de 8,2 % de son PIB au 1er trimestre 2009, a annoncé l’Inegi. Le Mexique, dont l’économie dépend étroitement de ses liens industriels, commerciaux et financiers avec les Etats-Unis, paie au 1er trimestre la chute de ses activités secondaires et tertiaires. Le ministre des finances, Agustin Carstens, a pronostiqué un recul de 5,5 % sur l’année.

Au Brésil, la situation est « meilleure ». Toutefois, le gouvernement a revu à la baisse sa prévision de croissance pour l’année 2009, qui passe ainsi de 2 % à 1 %, a indiqué mercredi le ministère de la planification. Cette révision prend en compte les répercussions du ralentissement économique mondial, qui se traduit au Brésil par une chute des ventes, une baisse des rentrées fiscales et un développement moins soutenu que prévu du secteur industriel. La semaine dernière, la Fédération brésilienne des banques avait affirmé que le PIB pourrait terminer l’année légèrement en repli (- 0,01 %).


NOTES:

(1) Frida Khalo - 1907-1954 était une peintre mexicaine mondialement connue avec son mari Diego Rivera. Dès 1928, elle s’engagea dans le parti communiste mexicain pour s’occuper de l’émancipation de la femme, dans un pays où l’homme à toujours une position machiste.